Chapitre 2

Lorsqu’il plaît à Dieu de s’occuper de ce monde et de prendre une part à ce qui s’y passe, il est merveilleux de voir comment Il agit et quelle instruction Il donne. Il n’y a aucun accord, mais une complète opposition entre Ses voies et les voies des hommes : l’empereur et son décret ne sont que d’insignifiants instruments entre Ses mains. César Auguste agit en vue de ses sujets ; mais, sans le savoir, il est le moyen dont Dieu se sert pour accomplir la prophétie qui annonçait que Jésus devait naître à Bethléhem. Le courant tout entier de ce monde est en dehors du courant des pensées de Dieu. Le point capital pour Dieu et pour Son royaume ici-bas, c’est la naissance de l’enfant de Bethléhem : mais l’empereur ne s’en doute nullement. Son décret met le monde en mouvement, et Dieu accomplit Ses pensées ici-bas. Qu’elles sont admirables les voies de Dieu ! Tout le monde doit se faire enregistrer, afin qu’il arrive, comme cela était nécessaire pour l’accomplissement de la prophétie, que le pauvre charpentier avec Marie, la femme qui lui avait été fiancée, se trouve dans la cité de David et que l’héritier de David y naisse à ce moment-là. Ce fait est d’autant plus remarquable que le recensement lui-même n’eut lieu que quelques années plus tard, lorsque Cyrénius était gouverneur de la Syrie. Dieu accomplit Ses desseins d’amour ; mais l’homme n’a pas d’yeux pour les voir ! Qui prenait garde au pauvre Juif, bien qu’il fût de la maison et de la lignée de David ? Les choses qui sont absolument indifférentes à l’homme remplissent le cœur et le regard de Dieu.

L’atmosphère est toute juive ici : des promesses s’accomplissent, l’enfant doit naître à Bethléhem, dans la ville de David (v. 4 ; comp. Matt. 2, 1 et suiv.). « La ville de David » n’est rien pour le chrétien, sauf comme témoignage de l’accomplissement de la prophétie : pour nous, le Fils vient du ciel. Sur la terre, l’enfant Jésus est l’objet des conseils de Dieu : les anges et le ciel sont occupés de Sa naissance ; mais, dans le monde, il n’y a point de place pour Lui ! Allez où le vaste monde enregistre chacun, entrez dans le petit monde d’une hôtellerie où l’œil exercé du maître d’hôtel estime chacun et lui assigne sa place, de la mansarde au premier étage… : il n’y a point de place pour Jésus ! Et la crèche, quand le temps est venu, aboutit à la croix !

Quelle leçon pour nous relativement à ce monde ! Quelle différence aussi entre laisser le monde ou être laissé par lui ! Nous disons adieu au monde avec une certaine facilité peut-être ; mais quand il nous méprise comme il a méprisé Christ, nous découvrons, à moins que Lui ne remplisse et ne satisfasse notre cœur, que nous tenions à son estime sans nous en douter. Si l’obéissance est pour nous, dans notre mesure, aussi importante qu’elle l’était pour Christ, nous poursuivons notre course, quelque obstacle que nous ayons à rencontrer sur notre route, sans nous inquiéter du monde : non que nous soyons insensibles, mais quand on a Christ devant soi comme objet, on n’est occupé que de Lui.

Toute intelligence des choses de Dieu vient de Sa révélation et non pas des raisonnements des hommes. C’est pourquoi les pauvres en esprit avancent davantage dans l’intelligence spirituelle que les sages et les prudents de la terre. Dieu agit ici de manière à mettre de côté toute apparence de sagesse humaine. Heureux celui qui a assez saisi l’intention de Dieu pour être identifié avec elle, et n’avoir besoin de personne si ce n’est de Lui ! Tels étaient les bergers : ils connaissaient peu la pensée qui avait présidé à l’enregistrement ; mais ce fut à eux, et non aux sages, que Dieu se révéla. Notre vraie science est produite par ce que Dieu révèle ; mais nous n’arrivons jamais à la possession des pleines bénédictions de Dieu sans que notre chair soit abaissée et annulée ; je parle ici de la marche. Nous ne pouvons entrer dans la joie simple et la puissance de Dieu sans avoir pris une place d’abaissement et d’humiliation, sans que notre cœur soit dépouillé de ce qui est contraire à l’abaissement de Christ. Les bergers qui reçoivent le message de Dieu étaient paisiblement occupés de l’accomplissement de leur humble devoir : c’est là qu’est la place de la bénédiction. Celui qui transige avec le monde ne marche pas avec Dieu ; car Dieu n’est pas là avec lui. De la crèche à la croix, tout en Christ était simple obéissance. Combien autre était Theudas, qui « se disait être quelque chose » ! Christ faisait tout selon que Dieu L’enseignait ; il faut que nous en venions là, nous aussi.

La gloire du Seigneur resplendit autour des bergers ; l’ange leur parle ; il leur indique le signe auquel ils reconnaîtront l’enfant ; et quel signe ! « Vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche » (v. 12). « Et soudain il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu » — et pourquoi ? À cause du mystère de la piété : « Dieu a été manifesté en chair »… (1 Tim. 3, 16). L’espérance d’Israël est révélée aux bergers — la bonne nouvelle d’une grande joie pour tout le peuple (v. 10), car Jésus est le pivot de tous les conseils de Dieu en grâce. Adam lui-même n’était qu’une figure de Celui qui devait venir (Rom. 5, 14). Christ était toujours dans la pensée de Dieu. Il n’est pas donné tous les jours à des yeux mortels de contempler de pareilles manifestations de gloire, mais Dieu les place devant nous dans Sa Parole ; et chaque jour il nous faut considérer le signe donné de Dieu, Jésus, l’enfant dans la crèche. Si Lui remplissait l’œil, l’oreille et le cœur, quels n’en seraient pas les effets sur notre personne, notre esprit, notre conversation, nos vêtements, nos maisons, nos richesses !…

Le signe que Dieu donne de l’accomplissement de Sa promesse et de Sa présence dans le monde, c’est « un enfant emmailloté et couché dans une crèche » — ce qu’il y a de plus petit et de plus humble ! Mais c’est là qu’on trouve Dieu, quoique ces choses dépassent l’homme, qui ne peut ni marcher avec Dieu ni comprendre Sa gloire morale — mais le signe de Dieu est à portée de la foi, signe de faiblesse parfaite, un petit enfant qui ne peut que pleurer. Tel est, né dans ce monde, Christ le Seigneur ; telle est la place que Dieu choisit : la dernière place ! L’intervention de Dieu est manifestée et reconnue par un signe comme celui-là. Jamais l’homme n’eût eu cette pensée. Les armées du ciel louent Dieu, et disent : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir dans les hommes » (v. 13-14) ; car rien n’est plus merveilleux, sauf la croix, pour ceux qui ont la pensée du ciel. Le chœur céleste voit Dieu, Dieu manifesté en chair, et loue Dieu dans les lieux très hauts. Les anges se réjouissent de ce que Ses délices sont avec les fils des hommes (comp. Prov. 8, 30-31). Aux jours d’autrefois Dieu s’était révélé à Moïse dans une flamme de feu qui ne consumait pas le buisson (Ex. 3) ; mais ici, d’une manière bien plus merveilleuse, Il se révèle dans l’objet le plus faible sur la terre : pensée moralement infinie, quoique le monde puisse la mépriser ! Qu’il est difficile d’accepter que l’œuvre de Dieu et de Son Christ s’accomplit toujours dans la faiblesse ! Les chefs du peuple voyaient en Pierre et en Jean des hommes ignorants et illettrés. La faiblesse de Paul à Corinthe était l’épreuve de ses amis, la joie de ses ennemis, mais ce dont lui se glorifiait (2 Cor. 12, 7-10 ; 1 Cor. 2, 3-5). La puissance du Seigneur s’accomplit dans la faiblesse. L’écharde dans sa chair jetait du mépris sur Paul, et il pensait qu’il vaudrait mieux que l’écharde fût ôtée. Il avait besoin de cette leçon : « Ma grâce te suffit ». Il fallait qu’il apprît que Dieu choisit les choses faibles pour confondre les fortes. Il faut que tout repose sur la puissance divine, sinon l’œuvre de Dieu ne peut se faire selon la pensée de Dieu. On se persuade difficilement qu’il faille être faible pour faire l’œuvre de Dieu, mais Christ a été crucifié en faiblesse, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes (1 Cor. 1, 17-29). Pour faire l’œuvre de Dieu, il faut que nous soyons faibles, afin que la puissance soit de Dieu (2 Cor. 4, 7 et suiv.), et cette œuvre demeurera quand la terre aura passé.

Versets 21 à 38. — À côté du témoignage additionnel que la mère de Jésus rend par son offrande aux circonstances dans lesquelles le Seigneur de gloire naquit ici-bas, nous pouvons voir que Dieu qui, à travers tout l’évangile, place l’homme dans une nouvelle position devant Lui, n’oubliait pas Son ancien peuple. Oui, Dieu, on le voit ici, était là pour répondre à toute pensée de tout cœur d’homme touché par la grâce, en Israël ; Son cœur était spécialement tourné vers ceux qui menaient deuil sur les péchés et la désolation de Son peuple, et qui attendaient la délivrance, criant à Lui du milieu des ténèbres : « Jusques à quand, Seigneur ? » — Dieu accomplira en puissance ce en quoi l’homme a failli au point de vue de sa responsabilité. Serait-ce une raison de nous tenir pour satisfaits lorsque le peuple de Dieu ne Le glorifie pas ? — Non, assurément : la foi n’est pas insensible, elle mènera deuil, mais elle se confiera en Dieu et attendra que le temps de Dieu soit venu ; car Celui qui a promis est « fidèle, qui aussi le fera » : Il saura accomplir Ses propres desseins.

Verset 25. — Siméon « attendait la consolation d’Israël » ; Anne ne quittait pas le temple, mais servait Dieu en jeûnes et en prières, nuit et jour (v. 36, 37) ; ainsi faisaient tous ceux qui attendaient la délivrance, à Jérusalem. Il y avait « ceux qui attendaient » ; et Anne les connaissait et leur parlait. Les autres sans doute étaient occupés de l’oppression romaine ; mais ces quelques-uns attendaient le Christ, courbés sous la main de Dieu qui juge le mal, mais attendant Sa délivrance.

Je pense qu’il y avait dans l’âme de Siméon quelque chose de plus que la joie de tenir dans ses bras le petit enfant, le Messie désiré : Siméon sentait qu’il avait Dieu ; et il était satisfait. C’est pourquoi, sans même porter ses regards en avant jusqu’à la gloire, il dit : « Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton esclave en paix selon ta parole ». Au chapitre 5, verset 11, de l’épître aux Romains, l’apôtre, après avoir dit que nous nous réjouissions dans l’espérance de la gloire de Dieu, ajoute : « Et non seulement cela » (car il y a même plus que cette espérance), « mais aussi nous nous glorifions en Dieu ». Les yeux de Siméon ont vu le salut de Dieu, et il demande au souverain Maître de le laisser maintenant aller en paix.

Nous voyons souvent quelque chose de semblable au lit de mort des chrétiens qui jouissent profondément de l’amour du Seigneur pour les siens, et de la proximité de Sa venue pour eux. Quelqu’un dira peut-être : Quelle consolation peut apporter la proximité de la venue de Christ à ceux qui meurent et qui s’en vont auprès de Lui ? — La voici : Plus nous sommes près de Dieu, plus nous attachons de prix à toute Sa vérité et à tout ce à quoi Lui attache du prix. Ainsi, aux versets 30 à 32, Siméon se réjouit en contemplant l’étendue de la délivrance de Dieu : elle était pour la révélation des nations, qui avaient été jusqu’alors cachées dans les ténèbres de l’idolâtrie et de l’impiété, aussi bien que pour la gloire d’Israël. Mais l’âme de Siméon est satisfaite, parce qu’elle possède Christ et qu’elle anticipe l’effet de Sa présence dans le monde entier : Siméon a tout en Lui, et désire s’en aller en paix. Si un homme marche avec Dieu et qu’il ait achevé sa course, il sait que son œuvre est accomplie, et il a le sentiment que le temps du Seigneur est venu ; il est associé et en communion avec le Seigneur, avec lequel il a marché. Si, au contraire, il est simplement placé sur un lit de maladie, il ne sera pas, à ce moment-là, prêt à s’en aller, non pas qu’il craigne, mais Dieu lui apprend autre chose. Mais lorsque le temps de Dieu est venu, tout est joie et l’âme est prête ; elle sent et dit comme Siméon : « Maintenant tu laisses aller ton esclave en paix ».

Lorsque Siméon bénit Joseph et Marie, l’Esprit lui donne d’annoncer les résultats immédiats de la présence de « l’enfant » en Israël : Jésus devait être une pierre de touche pour plusieurs cœurs, un sujet de chute, aussi bien que de relèvement pour plusieurs en Israël ; un signe auquel on contredirait, et l’âme de Marie devait être transpercée, quelle que fût d’ailleurs la joie présente ou la gloire à venir.

Israël, en effet, était tombé bien bas, mais Israël ne le savait pas et il fallait que Dieu le lui fît connaître. Nous aussi, nous avons besoin que Dieu nous enseigne à cet égard, car Christ a dû descendre dans le sépulcre et ressusciter d’entre les morts. Il faut que les pensées du cœur soient révélées, quelle que soit l’apparence extérieure de l’homme ; mais Christ est celui qui manifeste aussi les pensées de Dieu. S’il est le Christ, la gloire du peuple de Dieu, Il est aussi Celui qui abaissera la chair et qui rencontrera et humiliera l’homme dans son orgueil ; Il est Celui qui nous fera connaître si dans Sa réjection Il est plus précieux que tout autre chose.

Verset 39. — Quand ils eurent tout accompli selon la loi, les parents de Jésus s’en retournèrent en Galilée, à Nazareth. Jésus ne serait pas le Christ dont nous avons besoin, s’Il avait reçu quelque gloire de Jérusalem : partout en Israël Sa place est au milieu des pauvres du troupeau.

Verset 40. — « Et l’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur lui ». Luc nous fournit plus de détails que les autres évangiles sur la réalité de l’enfance du Sauveur. Il n’en a pas été de Jésus comme d’Adam qui a été créé homme fait.

Si quelqu’un lit seulement, sans commentaires, ces pages que Dieu nous a données, combien il en sent l’indicible prix ! Quand nous voyons qui est Celui dont elles nous parlent, nous voyons la nature humaine en Lui remplie de Dieu, pour ainsi dire. Il ne s’agit pas d’une distinction officielle ; mais le cœur sent que Dieu s’est approché de lui, et le charme et la beauté intrinsèque de l’enfant le remplissent.

Versets 41 et suivants. — L’incident lié à la Pâque, alors que Jésus avait douze ans, n’est pas moins profondément instructif que ce qui précède. Le vrai caractère du Seigneur y apparaît, quoique Jésus ne fût pas encore appelé à agir selon ce caractère. Il vint pour être un nazaréen, pour être aux affaires de Son Père, Luc nous le dit positivement avant que Jésus entre dans Son ministère public, afin qu’il soit bien évident que ce caractère se lie à Sa personne et ne dépend pas seulement de Son office. Jésus était le pasteur du troupeau, en esprit et en caractère. Le troupeau était à Lui. Il était le Fils du Père, quoiqu’Il attendît pour le manifester le temps déterminé de Dieu.

Verset 51. — « Et il descendit avec eux, et vint à Nazareth, et leur était soumis ». Quelle majesté dans toute la vie du Sauveur ! Le fait qu’Il était Dieu assurait Sa perfection comme enfant et comme homme ici-bas. Il avait toujours conscience de Sa relation avec Son Père ; Il était un enfant obéissant, mais ayant conscience d’une gloire qui était indépendante de tout assujettissement à une parenté humaine. Il était à Marie et même à Joseph ; mais, dans un autre sens, Il n’était pas à eux. Il avait pleine conscience de Sa relation comme Fils de Dieu, quand d’autre part Son obéissance à Ses parents était absolument juste et parfaite.

Verset 52. — « Et Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes » : Son intelligence humaine se développant, Il devenait ainsi — quoique toujours parfait — parfait dans un sens plus complet : l’enfant parfait devenait l’homme parfait. La plante pleine de beauté et de grâce croissait et s’épanouissait devant Dieu et devant les hommes.