Chapitre 3

Les deux chapitres précédents nous ont donné le caractère général de l’évangile de Luc ; ils nous ont montré comment les pensées de Dieu descendent vers l’homme. Si nous considérons son évangile dans son ensemble, Luc est spécialement occupé de ce qui n’est pas juif ; toutefois la partie qu’on peut appeler juive est donnée d’abord avec beaucoup de détails, parce qu’Israël, vu son incrédulité et de sa dépravation morale, sera mis de côté pour ouvrir la voie à de nouvelles relations, fondées sur la révélation de ce que Dieu est pour l’homme en Jésus, vrai et seul Médiateur. Mais si le chapitre 1 nous a montré la fidélité de Dieu aux promesses faites à Abraham, à Son alliance et à Son serment, le chapitre 2 nous met en présence du gouvernement actuel du monde, du pays et du peuple du Seigneur, sous la quatrième « bête » qui est l’empire romain. Quelle confusion le péché ne crée-t-il pas ! Les Juifs sont assujettis aux nations : Joseph et Marie, de la maison royale de David, vont se faire enregistrer et taxer ! Mais les voies de Dieu brillent d’un éclat d’autant plus grand qu’elles s’accomplissent au milieu des ténèbres. « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même » (2 Cor. 5, 19). Cependant, Israël allait être mis à une nouvelle épreuve morale par le fait que Dieu se présentait ainsi aux regards des hommes. Hélas ! on devait voir bientôt si les Juifs n’avaient pas gardé la loi, ils haïssaient la grâce. « Voici, celui-ci est mis pour la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et pour un signe que l’on contredira ».

Au chapitre 3, Dieu intervient par un prophète, comme jadis Il était intervenu par le ministère de Samuel : « La parole de Dieu vint à Jean, le fils de Zacharie, au désert ». — Ce n’est pas sans motif que l’Esprit mentionne ici la quinzième année de Tibère César : toute la terre jouissait en apparence du repos sous son maître païen ; la parole de Dieu trouvait dans le désert la sphère qui lui convenait. La loi et les prophètes étaient jusqu’à Jean ; au milieu d’un tel état de choses, quel lieu pouvait convenir à celui-ci, sinon le désert ? Pouvait-il reconnaître moralement l’état d’Israël ? Dieu ne veut pas que Son messager soit à Jérusalem.

La « prophétie » est l’intervention souveraine par laquelle Dieu peut communiquer avec Son peuple, quand il est déchu et s’est détourné de Lui. Jean le comprend et prêche le baptême de repentance pour la rémission des péchés. Ésaïe le prophète, bien des siècles auparavant, lui avait assigné cette place. Il ne servait de rien à Israël de mettre en avant ses droits et ses privilèges : son état tout entier était mauvais, et le Juge était à la porte. Jean ne rappelait pas le peuple à la loi ; il préparait le chemin du Seigneur. En cela il différait des prophètes aussi bien que de la loi, ou plutôt il allait plus loin ; car le temps de Dieu était venu pour faire un pas en avant. Les prophètes ramenaient le peuple en Horeb ; Jean parle autrement, quoique son père fût un sacrificateur, et lui-même un descendant d’Aaron. Il ne cherche pas à rétablir ce qui était terminé ; il annonce le royaume. Il n’introduit pas l’Église, ni même les bonnes nouvelles de la grâce de Dieu, car toutes deux attendaient l’accomplissement de l’œuvre de la rédemption ; mais il laisse la loi et montre que le dessein de Dieu, c’est « le royaume ».

La citation d’Ésaïe met de côté Israël, non pas les Gentils seulement, mais Israël, comme de l’herbe séchée dans laquelle il n’y a plus un seul brin vert. Cependant la Parole de Dieu demeure à jamais ; et elle demeure quand tout espoir du côté de l’homme s’est évanoui. Israël peut avoir failli, mais la Parole de Dieu demeurera. De plus, puisque c’est le Seigneur qui vient, « toute vallée sera comblée, et toute montagne et toute colline sera abaissée… » ; et non seulement les Juifs, mais « toute chair verra le salut de Dieu ». Si le péché plonge tout le monde dans une commune ruine et sous un même jugement, Dieu peut satisfaire aux besoins de l’homme ainsi déchu ; mais Sa gloire ne sera pas renfermée dans les limites étroites d’Israël.

Versets 7 à 14. — Mais, pour être béni, il faut que l’homme se repente. Dieu veut de la réalité et non pas seulement un peuple nominal ; Il veut des faits qui conviennent à des cœurs sentant et jugeant leur condition morale et qui par conséquent se tournent d’eux-mêmes vers Lui. Des ordonnances, des droits formels, qui auraient dû être des moyens de bénédiction, n’étaient nullement un abri contre la colère qui vient, et Dieu ne permettrait pas à ceux qui se prévalaient de ces droits, d’empêcher qu’Il créât de vrais enfants de la promesse, si la génération présente devait reprendre le caractère d’Ismaël. Le jugement doit commencer par la maison de Dieu (voyez 1 Pier. 4, 17).

De fait, nous le savons, Jean fut décapité, le Seigneur crucifié, et le royaume présenté en Lui et par Lui, rejeté par Israël ; mais bientôt, le royaume sera établi visiblement et en puissance[2]. En attendant l’Église est formée, parce que le royaume n’est pas encore établi sous cette forme visible ; et ceux qui maintenant prennent leur place avec le Seigneur partagent Sa réjection. Ils sont membres de Son corps, l’Église ; ils partageront Sa gloire ; mais ce sera une gloire céleste et non pas terrestre. En un autre sens, nous sommes dans le royaume maintenant. Pour la foi, les cieux règnent à présent, et nous le reconnaissons et nous le savons ; mais Satan est actuellement prince et dieu de ce monde ; et ainsi, ceux qui sont faits rois pour Dieu (car c’est là notre vraie place en tant que chrétiens) sont appelés à souffrir. C’est pourquoi Paul allait partout, prêchant le royaume de Dieu, aussi bien que Christ et l’Église. Nous avons ce en vertu de quoi nous régnerons avec Christ ; mais nous avons une part bien plus glorieuse encore qui est d’être avec Christ, Son corps et Son Épouse. Pour peu que notre pensée s’arrête sur la personne de Christ, nous comprendrons facilement que, lorsque Lui est retranché, tout est fini pour ce qui concerne la terre. Il est le centre de tout ; et lorsqu’Il est rejeté, c’en est fait de ce que la prophétie annonçait et de ce qui semblait sur le point de s’accomplir. Mais Christ rejeté ressuscite et monte au ciel, entrant dans une gloire qui est au-dessus des cieux ; et là, dans les cieux, les saints trouvent leur place avec Lui (comp. Ps. 2 et 8).

Jean s’adresse aux Juifs, demandant la repentance et la justice qui en est le fruit. Il leur montre que si, extérieurement, ils sont plus rapprochés de Dieu que les nations, ils doivent d’autant plus tôt attendre le jugement : il insiste sur le fait que, si le Seigneur venait, Il devait trouver ce qui convient au Seigneur. Même alors la cognée était mise à la racine des arbres ; chaque arbre, s’il ne portait pas de bon fruit, devait être abattu et brûlé. Repentance ou colère : choisissez ! Le Seigneur n’admettra pas vos prétentions comme descendants d’Abraham, si vos voies renient Abraham : le Seigneur veut de la justice. C’est le Seigneur qui vient ! Et il faut qu’Il ait un peuple préparé pour Lui ; sinon des pierres mêmes Il se formera un peuple selon Ses pensées.

Évidemment, la parole de Jean n’est pas une voix de miséricorde pour le pauvre pécheur ; Jean présente Dieu comme juge, et non pas comme agissant dans la souveraineté de Sa grâce ; il ne dit pas et ne pouvait pas dire : « Venez à moi », parce que Jean n’était pas Christ. Christ seul a pu dire : « Venez à moi ». Jean venait dans la voie de la justice.

Les versets 10 à 14 renferment un témoignage moral. Jean entre dans les détails et s’occupe de l’iniquité pratique de chacune des classes dont se composait la foule qui l’entourait. Même lorsque la question du Christ est soulevée, dans les versets 15 à 18, Jean dit : Il en vient un « plus puissant que moi » ; il pense particulièrement à la puissance de Celui qui vient — à Sa puissance morale aussi bien qu’extérieure. Celui-là « vous baptisera de l’Esprit Saint et de feu ». Il s’agit ici de la puissance du Saint Esprit et de Son jugement consumant. Jean ne pouvait parler de la grâce de l’évangile tel que nous le connaissons maintenant ; il annonçait un glorieux personnage qui venait après lui, non pas un salut actuel. Tout ce qui ne pouvait pas endurer le feu devait être brûlé ; car « il a son van dans sa main, et il nettoiera entièrement son aire et assemblera le froment dans son grenier » (comp. És. 21, 10 et suiv.). « L’aire de Dieu » — c’était Israël : là Dieu trouvait Son froment, s’il y en avait ; mais Il avait Son van dans Sa main et Il allait faire une œuvre abrégée. Titus finalement a mis de côté l’aire de Dieu sur la terre ; le péché d’Israël avait fait perdre moralement sa place au peuple, lorsqu’il rejeta Christ ; mais à la destruction de Jérusalem, Israël perdit entièrement cette place pour le présent.

Versets 19 et suivants. — Le mode d’enseignement de Luc mérite d’être remarqué ici en passant : Luc montre que Jean avait prêché et exhorté au point de vue moral ; — et puis il dispose de Jean, l’éliminant pour ainsi dire de la scène, afin d’y introduire Christ. Ce n’est pas que, historiquement, Jean ait été emprisonné à ce moment-là par Hérode le tétrarque, car cet événement n’eut lieu que beaucoup plus tard ; mais nous avons ici un exemple de la manière de Luc ; il revient au Seigneur prenant Sa place au milieu du résidu d’Israël, car le Seigneur ne s’identifie pas avec la nation ; mais dès qu’il y a un pauvre résidu, Il s’identifie avec lui.

Nous trouvons le récit de ce fait dans les versets 21 et suivants. Qu’elle est merveilleuse et pleine de grâce, cette entrée de Jésus au milieu de ceux que la voix de Jean-Baptiste avait rassemblés ! « Et il arriva que, comme tout le peuple était baptisé, Jésus aussi étant baptisé et priant, le ciel s’ouvrit ; et l’Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe ; et il y eut une voix qui venait du ciel : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir ». — Quelqu’un eût pu contempler et écouter avec tristesse ce que nous lisons au sujet de Jean-Baptiste et de son témoignage ; nous eussions pu, en entendant le glas funèbre de l’humanité, nous écrier : Qu’est-ce que l’homme ? Mais maintenant notre œil se repose sur Jésus : nous trouvons le Seigneur venu du ciel, un homme ! Tout est à recommencer. Si je demande encore : Qu’est-ce que l’homme ? — aussitôt Christ apparaît. Si je regarde à moi-même, à tout ce qui m’entoure, que vois-je ? — assez pour briser le cœur, s’il y a un cœur qui puisse être brisé. La seule chose qui empêche qu’on ne soit entièrement accablé par la vue de l’état des choses ici-bas, c’est qu’on n’a pas de cœur pour sentir les choses comme elles sont. Mais ici il y a du repos ! J’ai trouvé maintenant un homme qui a satisfait Dieu, un homme sur la terre dans la présence de Dieu, regardant vers Dieu, et étant un objet pour Dieu ! — non pas le Messie purifiant Son aire, mais Celui en qui toutes les pensées et tous les conseils de Dieu sont renfermés ; — non pas l’homme et sa beauté détruits par la teigne, mais Jésus, le Fils de l’homme, non seulement le descendant d’Abraham et de David, mais Celui dont la lignée remonte jusqu’à Adam et jusqu’à Dieu — « fils d’Adam, fils de Dieu », le second homme, le dernier Adam, l’Esprit vivifiant ! Quelle consolation ! — car qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que le « moi », quand le péché du cœur est connu ? — ce « moi » qui, depuis le commencement jusqu’à maintenant, abandonne Dieu pour le fruit d’un arbre ? Mais ici un homme apparaît, un homme béni « et priant ». Nous ne trouvons pas ce détail ailleurs. Et pourquoi nous est-il donné ici ? — Parce que Luc présente l’homme dans Sa perfection, l’homme dépendant ; car la dépendance est l’essence d’un homme parfait. Sans doute, nous voyons Dieu briller en Jésus, mais en Jésus, l’homme dépendant, à la place et dans la condition de perfection comme homme. La racine du péché en nous, c’est la volonté propre, l’indépendance ; ici, en Jésus, mon cœur trouve du repos ! — un homme dépendant au milieu de la misère et de la ruine, mais parfaitement avec Dieu en tout (comparez aussi le récit que Luc nous donne de la transfiguration) ! Dans l’humiliation ou dans la gloire, il n’y a point de différence quant à ce point : l’homme parfait est toujours l’homme dépendant.

Et lorsque ce cœur exprimait ainsi sa dépendance, ne reçut-il aucune réponse ? « Le ciel s’ouvrit ». Est-ce que le ciel s’ouvre ainsi sur moi ? Il est ouvert pour moi, en vérité, sans doute ; mais moi, je prie parce qu’il est ouvert ; — il s’ouvrit, parce que Lui priait. Mais, je viens et je regarde en haut, parce que les cieux furent ouverts sur Lui.

Quel attrayant tableau de la grâce, un tableau dont nous pouvons dire avec hardiesse, que le Père aimait à le contempler. Oui, le Père aimait à regarder d’en haut sur la terre, au milieu de tout ce péché, sur Son Fils. Rien que de divin ne pouvait ainsi attirer le cœur de Dieu ; et cependant l’homme humble et parfait, Jésus, ne prend pas la place de Sa gloire éternelle comme le Créateur, Fils de Dieu : Il s’abaisse et Il est baptisé ; Il dit à Dieu : En toi « je me confie ». Il dit à Jéhovah : « Tu es le Seigneur, ma bonté ne s’élève pas jusqu’à toi » ; et Il dit au résidu fidèle en Israël, c’est-à-dire aux saints qui sont sur la terre et aux excellents : « En eux sont toutes mes délices » (Ps. 16). Jésus n’avait pas besoin de repentance, et cependant Il est baptisé avec eux, précisément comme plus tard Il met dehors Ses brebis et va devant elles. Il s’identifie en grâce avec Israël, c’est-à-dire avec ceux qui avaient le cœur pur ; et le Saint Esprit descend sur Lui comme une colombe — vrai emblème de cet homme sans tache — vrai lieu de repos pour l’Esprit dans le déluge de ce monde (comp. Gen. 8, 9) ! Combien aussi il est précieux pour nous que Jésus nous soit désigné comme l’objet de Dieu. Nous savons quels sont les sentiments du Père à Son égard ; nous sommes initiés aux pensées du Père et admis à L’entendre exprimer Son affection pour Son Fils, à voir les liens se reformer entre Dieu et l’homme. Le ciel est ouvert, non pas sur quelque chose qui soit en haut, mais sur un homme qui est sur la terre. Ainsi je trouve du repos ; et mon cœur entre en communion avec Dieu au sujet de Son Fils bien-aimé. Il n’y a que le croyant qui en jouisse ; mais le lien est là ; et si j’ai en moi et autour de moi ce qui trouble mon âme, j’ai en Lui ce qui est une joie et une consolation qui ne pourront défaillir.

La généalogie dans Luc s’accorde avec la pensée que Dieu agit en grâce dans l’homme et envers l’homme. Jésus, le Fils bien-aimé de Dieu, a une généalogie qui remonte jusqu’à Adam et jusqu’à Dieu. Jésus est Fils de l’homme ; Il est héritier dans ce sens et vient revendiquer l’héritage que Dieu donna à l’homme. Quelle vérité ! De quel côté le cœur se tournerait-il pour trouver du repos, s’il n’avait pas Jésus pour se reposer en Lui ? Avec Lui, que le ciel et la terre soient renversés, j’ai cependant un repos ! Quel bonheur pour le cœur d’avoir l’objet dont Dieu Lui-même est occupé ! Que nos cœurs aussi soient de plus en plus tournés vers Lui et occupés de Lui.