Chapitre 21

La fin du chapitre 20 et le commencement du chapitre 21 présentent un contraste instructif, quoique affligeant, entre l’hypocrisie égoïste des scribes, que le Seigneur condamne devant le peuple, et l’amour vrai et dévoué de la veuve qu’Il distingue pour « l’honorer ». On voit aussi à ce propos que le Seigneur sait comment séparer l’intention d’une âme sincère du système qui l’entoure, en jugeant l’état de choses tout entier auquel la personne est associée. De plus, remarquez la différence qu’il y a entre donner ce qu’on a pour vivre et donner de son superflu. Il est facile de s’approcher respectueusement de Dieu avec des présents, tout en se gratifiant réellement soi-même ; mais la femme qui donne ce qu’elle a pour vivre, se donne elle-même à Dieu et montre qu’elle dépend de Lui. Ses deux pites, car elle n’avait pas davantage, exprimaient tout cela parfaitement, car ses besoins, et toutes les circonstances dans lesquelles elle se trouvait, auraient pu l’arrêter ; en même temps, la louange des hommes et la vanité de la donatrice n’avaient pas de place ici. Pour la jactance juive, l’acte de cette femme avait peu de valeur ; mais le Seigneur la voyait et lui rendait témoignage ; elle était bienheureuse dans ce qu’elle faisait.

Versets 5 et suiv.. — La description que le Seigneur nous donne dans cet évangile des souffrances de Jérusalem est aussi, comme ce qui précède, liée bien davantage au simple fait du jugement de la nation et au changement de la dispensation. Les détails que nous lisons ici diffèrent beaucoup de ceux que nous trouvons au chapitre 24 de Matthieu, qui se rapporte entièrement à ce qui doit arriver à la fin, tandis que Luc envisage, plus que les deux premiers évangiles, le temps présent et le jugement de Jérusalem. C’est pourquoi Luc parle très clairement du siège et de la destruction de cette ville par Titus, ainsi que du temps des Gentils. Remarquez également que la question des disciples, au verset 7, ne va pas plus loin que la destruction prédite. C’est pourquoi, dans ce qui suit, nous trouvons le jugement de la nation envisagé comme un tout, depuis la destruction de Jérusalem par Titus jusqu’à l’accomplissement des temps des nations, de « l’économie » desquelles Luc est si occupé. Nation s’élèverait contre nation, il y aurait des signes du ciel, et des douleurs sur la terre ensuite ; et avant tout cela, les disciples seraient les objets de l’hostilité des hommes ; mais tout leur tournerait en témoignage au lieu de détruire leur témoignage. Ils devaient persévérer et poursuivre leur chemin, tandis que la malheureuse Jérusalem où ils se trouvaient comblait la mesure de ses péchés. Le Seigneur permettait qu’ils fussent éprouvés, mais pas un cheveu de leur tête ne périrait. Cependant il y aurait un terme à ces choses : Jérusalem serait environnée d’armées, car c’est de ce fait historique et non de l’abomination de la désolation qu’il est question ici. La désolation de Jérusalem approchait. Les disciples auraient à s’en retirer, non pas à y retourner. Ce seraient les jours de la « vengeance », non de la tribulation sans pareille (comme au chap. 24 de Matthieu) qui aura lieu seulement aux derniers jours — afin que toutes les choses qui sont écrites fussent accomplies. Il y aurait une grande détresse sur le pays et de la colère contre ce peuple. Ils tomberaient sous le tranchant de l’épée, et seraient menés en captivité, et Jérusalem, jusqu’à ce que son heure fût passée, serait la proie de maîtres gentils.

Dans les premiers versets (v. 8-19), le Seigneur s’étend sur les dangers, les devoirs et les tribulations des disciples avant le sac de la ville par Titus. Les disciples auraient à se tenir en garde contre un prétendu libérateur et contre le cri que le temps (celui de la délivrance) était venu. Ils ne devraient pas non plus se laisser épouvanter par les guerres et les bruits de guerre, pas plus qu’ils ne devraient se laisser séduire par de belles promesses. « Il faut que ces choses arrivent premièrement ; mais la fin ne sera pas tout aussitôt ». Il n’y aurait pas seulement des bouleversements, des pestes et de grands signes d’un changement et d’un mal à venir dans le monde ; mais avant toutes ces choses, les disciples eux-mêmes passeraient par la tribulation et la persécution pour le nom de Christ. Alors, aux versets 20 à 24, vient le jugement de la ville et du peuple, déjà virtuellement jugés par la réjection du Seigneur ; et cette partie s’étend en principe jusqu’à nos jours. Mais tout n’est pas encore accompli, car, au verset 25, le Seigneur commence à décrire la scène finale — le jugement non pas seulement des Juifs, mais aussi des nations, car les puissances des cieux, la source d’autorité, seront ébranlées, comme nous lisons en Aggée 2 et Hébreux 12. Jésus ne dit pas que ces choses dussent arriver immédiatement après le siège de la ville par Titus, mais Il laisse, au contraire, de la marge pour la longue période où Jérusalem est foulée par les Gentils, jusqu’à ce que leurs temps soient accomplis. C’est dans Matthieu qu’il faut lire les détails sur la grande tribulation des derniers jours, parce que Matthieu est occupé des conséquences de la réjection du Christ, et spécialement en ce qui concerne Israël. C’est pourquoi Matthieu dit : « Et aussitôt après la tribulation de ces jours-là », c’est-à-dire des jours abrégés de la « tribulation de Jacob », qui est encore à venir. Ici, cependant, après la mention des temps des Gentils, nous lisons qu’il y aura des signes dans le soleil, et dans la lune, et dans les étoiles, et sur la terre une angoisse des nations en perplexité, la mer et les flots faisant un grand bruit, les hommes rendant l’âme de peur, etc. Les hommes seront épouvantés, parce qu’ils ne verront pas la fin, et ils trembleront, parce qu’ils se sentiront entraînés vers une fin terrible et inconnue, par des principes qui agiront sans qu’ils sachent comment, et qui les envelopperont bon gré, mal gré, dans la ruine générale. La venue du Fils de l’homme place toute la scène dans son vrai jour devant les disciples. Mais il est évident par les circonstances et particulièrement par le caractère de la rédemption dont il est question (v. 28), qu’il s’agit non de chrétiens, mais de disciples terrestres et d’une délivrance terrestre par un jugement exécuté ici-bas. Le Seigneur, dans Sa miséricorde, fait de la terreur de l’homme un signe de délivrance pour le résidu de ce jour-là.

Les versets 31 et 32 sont intéressants à ce point de vue, et fournissent une preuve évidente, d’abord que « le royaume de Dieu » ne signifie pas « l’évangile de sa grâce », et ensuite que l’expression de « cette génération » ne peut pas se rapporter à la période qui sépare la prophétie de la destruction de Jérusalem.

Je dis que le royaume de Dieu n’est pas l’évangile de Sa grâce, car quand les disciples verront arriver ces choses (et le Seigneur avait parlé de la tribulation finale et universelle qui viendrait sur tout le monde habitable, et non pas seulement des calamités qui sont tombées sur les Juifs), ils doivent en conclure que le royaume de Dieu est proche. Or, si même il ne s’agissait que de la prise de Jérusalem par les Romains et de la dispersion du peuple qui en fut la suite, et à plus forte raison, si le discours du Seigneur embrasse la tribulation des derniers jours, on ne peut nier que l’évangile s’était répandu bien loin en tous sens avant le premier de ces événements. En fait, la manifestation de son influence déclinait plutôt déjà avant cette époque, comme nous l’apprennent les dernières épîtres. Mais les signes, dont le Seigneur parle ici, étaient comme les bourgeons des arbres, quand ils commencent à pousser, et le royaume de Dieu viendra à l’arrivée du Roi, quand le Seigneur Dieu Tout-puissant prendra en main Sa grande puissance et régnera. Qu’il y ait eu un jugement analogue partiel, lors de la chute de Jérusalem, cela ne fait pas l’objet d’un doute ; mais les versets 25 à 28 montrent clairement qu’il y a encore un jugement postérieur plus étendu, accompagné de signes qui introduisent, non pas les afflictions des Juifs, mais le Fils de l’homme venant dans Son royaume.

Pour une raison analogue, l’expression de « cette génération » ne s’applique pas à la durée de la vie d’un homme seulement, mais elle est employée dans un sens moral comme au chapitre 32 du Deutéronome, au psaume 12 et dans une foule d’autres passages de l’Écriture. Elle s’étend ici expressément à la fin, non seulement au temps qui a suivi la chute de Jérusalem, mais à la scène tout à fait distincte de la venue de Christ en puissance et en gloire.

L’expression du verset 33 est très solennelle : il s’agissait de quelque chose de plus que d’un simple changement momentané quant à Jérusalem. Le temps précis était enveloppé dans une obscurité intentionnelle, mais rien n’était plus sûr que les deux faits annoncés.

Le Seigneur a préparé pour Ses disciples d’alors ce qui était nécessaire, mais Il a aussi donné Sa Parole écrite, pour des temps analogues à venir. Cependant, quoique le principe soit toujours vrai, le verset 34 s’applique clairement à un jour à venir sur la terre. Le privilège dont le Seigneur parle consiste à échapper aux jugements et à se tenir devant le Fils de l’homme ; et quant à ceci encore, il s’agit de la terre, et non pas de l’enlèvement des saints dans le ciel. Les grands principes moraux, sans doute, restent vrais pour tous et, d’une façon particulière, pour ceux qui, en vertu d’un appel plus glorieux, peuvent en jouir d’une manière plus excellente.

Versets 37 et 38. — Le Seigneur cependant poursuivait Son témoignage, marchant et travaillant pendant le jour ; mais le lieu de Sa retraite était « dans la montagne des Oliviers », là où Il quitta ce monde, et où Ses pieds se tiendront de nouveau dans ce jour-là. Patient dans Son service, Il enseignait dès le matin, dans le temple ; de nuit, Il se tenait éloigné de la cité jugée ; Son temps était maintenant venu.