Chapitre 22

La pensée de la chair s’est montrée ce qu’elle est — inimitié contre Dieu, par la réjection de Christ ! L’iniquité a été résumée, mise en évidence chez tous — peuple, prêtres, conducteurs. L’ami ? — Il est un traître. Les disciples ? — Ils fuient quand le danger approche. Celui d’entre eux qui s’est le plus avancé ? — Quand il se voit exposé, il renie son Maître. Les chefs religieux, ceux qui auraient dû reconnaître le Messie ? — Ils Le livrent au pouvoir idolâtre du monde. Celui qui est assis au tribunal ? — Il lave ses mains en reconnaissant l’innocence de Celui qui est amené devant lui ; mais il Le livre à la volonté, à la rage des hommes. Ainsi le péché de l’homme a été mis en complet et flagrant contraste avec ce qui était parfait, et cela par la mort de Jésus. Il est inutile de chercher du bien dans l’homme, non qu’on ne rencontre d’aimables traits du caractère naturel, mais Dieu n’a absolument aucune place dans le cœur de l’homme, quand celui-ci est mis à l’épreuve.

En même temps, nous trouvons ici le tableau de la patience parfaite du Seigneur au travers de tout. Ce n’était pas seulement l’homme, mais Satan aussi, qui était là pour tenter. C’était la puissance des ténèbres, aussi bien que l’heure de l’homme. Jésus traverse cette scène de la méchanceté de l’homme et de la puissance de Satan ; Son cœur se fondait comme de la cire, mais l’effet était toujours la manifestation de Sa perfection. Un ange vient Le fortifier ; car Jésus était réellement homme, mais un homme parfait, endurant tout ce qui pouvait L’éprouver, et ne manifestant rien que la grâce et l’obéissance parfaites. Partout où il y a de la douleur, Son amour surmonte Sa propre souffrance pour consoler les autres et leur venir en aide.

Versets 3 à 13. — Qu’il est solennel de penser que, plus on est près du Seigneur, si la vie spirituelle fait défaut, plus on résiste à Dieu, plus aussi l’on devient un sûr et triste instrument de l’ennemi. Satan n’a nulle part plus d’empire que lorsque la vérité a été présentée et n’a pas été reçue dans le cœur. La convoitise fut le moyen employé par Satan à l’égard de Judas ; mais les principaux sacrificateurs et les scribes peuvent comploter avec lui pour livrer Jésus en secret, Dieu ne le permettra pas : ils sont forcés d’accomplir leur crime selon les desseins de Dieu. Alors, de derrière la scène (v. 8-13), la lumière jaillit : c’est le Seigneur ; quelles que soient Ses souffrances, et quoi qu’Il rencontre sur Son chemin, nous trouvons toujours chez Lui la connaissance et la puissance divines. Quelle paisible et calme dignité ! Point d’effort — rien pour faire montre de Son caractère. Tout fléchit devant l’autorité de ce Sauveur rejeté, tout, excepté le cœur non renouvelé de l’homme auquel il avait été le plus manifesté. Pour le maître de la maison, inconnu d’eux tous à ce qu’il paraît, sauf d’un seul, il suffisait d’entendre : « Le Maître te dit ».

Versets 14 et suivants. — Qu’il est précieux de voir des affections humaines parfaites mêlées avec une connaissance divine de toutes choses. « J’ai fort désiré de manger cette pâque avec vous, avant que je souffre ». Le Seigneur parle comme quelqu’un qui, avant de quitter sa famille, désire avoir encore avec elle une réunion d’adieu. Quand nous voyons la gloire divine dans la personne du Sauveur, nous voyons briller en Lui les affections humaines (comp. Matt. 17, 27). C’est là ce qui donne à Jésus une puissance et un charme qu’aucun autre objet ne possède, en sorte que Dieu peut trouver Son plaisir en l’homme et l’homme son plaisir en Dieu. — Le Seigneur rompt tous lien avec l’ancien ordre de choses (v. 16) : Il n’établit pas le royaume ici-bas, mais Il met l’homme en relation avec Dieu, quand les anciens rapports étaient devenus impossibles. Il prenait une place nouvelle, où la chair et le sang ne peuvent entrer ; Sa mort et Sa résurrection introduisent une nouvelle relation avec Dieu.

Le Seigneur fait ici une distinction entre l’agneau pascal et le vin, et les distingue tous deux d’avec la cène. Il entre de la manière la plus complète dans tous les sentiments d’Israël, de l’Israël de Dieu, dans les intérêts du peuple comme tel, jusqu’à ce que Sa réjection les place sur un autre terrain et que la faveur divine soit transportée dans une autre scène par la résurrection, Lui-même devenant le substitut, le vrai Agneau pascal. Les disciples étaient au premier rang quant à cette communion avec Lui, comme nous voyons ailleurs Hushaï, l’ami du roi. C’est à eux qu’Il veut donner ce dernier témoignage de Son amour, avant de se séparer d’eux. Mais tout en exprimant ainsi Son affection pour eux, Il prend d’une manière manifeste (v. 18) le caractère de nazaréen, qui était moralement toujours le sien, mais qui désormais le devient extérieurement et douloureusement : « Car je vous dis que je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu ». Il renvoie le moment de Sa joie avec eux dans la commune jouissance du royaume, jusqu’à ce temps-là.

Ensuite dans les versets 19 et 20, Il institue le mémorial de la meilleure rédemption, de Son amour qui va jusqu’à la mort et au sacrifice de Lui-même ; s’Il se séparait maintenant pour Dieu, dans Sa joie, ce n’était pas un manque d’amour pour Ses disciples, mais au contraire le plein déploiement de Son amour. « Faites ceci en mémoire de moi ». Nous nous souvenons de Lui souffrant, mort, absent ; nous Le connaissons comme un Sauveur présent et vivant. La nouvelle alliance est établie par Son sang. Dans toute la joie de la communion avec Christ dans le ciel, nous ne pouvons pas oublier ce qui nous a amenés là. D’un côté, c’est un corps rompu, et un sang répandu ; de l’autre, c’est Lui-même et toute la perfection de l’amour dans Sa mort pour nous. Nous sommes unis à Lui, un Christ ressuscité ; mais Il nous appelle à nous souvenir de Lui comme d’un Christ mort. La bénédiction de cette mort est dans l’œuvre qu’Il a accomplie tout seul : par Sa vertu, je suis uni à Lui, et vivant pour toujours. Quant à la part de l’homme dans cette œuvre (v. 21, 23), c’était la trahison et l’iniquité.

Le Seigneur montre ensuite, de la manière la plus évidente, la nécessité pour les siens de marcher dans la même humiliation que Lui, et non pas comme le monde. La grandeur humaine était reconnue parmi les Juifs, mais cette grandeur, désormais, était jugée et condamnée, ainsi que tout le système judaïque, comme des rudiments du monde. Toute autre grandeur, même si elle se présentait sous forme de bienfaiteurs, était du monde. Christ était venu pour être serviteur. Sa grâce redresse les siens, sans qu’Il leur fasse aucun reproche. Il leur fait connaître que quelque élevée que fût la place qu’ils pourraient chercher, Lui prenait la plus basse. Il aurait pu dire : Rien ne brisera donc votre affreux égoïsme ! — Mais Il dit : « Vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes tentations ». Il est le même maintenant. Ce que nous devrions rechercher, c’est de porter autant du fardeau de l’Église que nous pouvons en porter. Si nous souffrons ainsi avec Lui, Son cœur est avec nous.

Versets 31 à 34. — Pierre avait assez de confiance en la chair, pour aller au-devant de la tentation. Mais il est impossible à l’homme de tenir ferme quand il s’agit d’une question de bien ou de mal : il est pécheur et ne peut traverser cette épreuve. Si Dieu juge, c’en est fait de la chair : elle est comme l’herbe. Il y a la faiblesse de la nature humaine et en outre les droits et le pouvoir de Satan sur l’homme, qui avait mis à découvert sa propre condition en la présence de Dieu et était assujetti à la mort par le jugement de Dieu. Je puis avoir appris, par la grâce, que la chair ne profite de rien, mais il me faut l’apprendre par des relations avec l’ennemi, si je ne l’apprends pas avec Dieu. Le Seigneur a prié pour que la foi de Simon ne défaillît pas ; mais toute la confiance de Pierre en lui-même devait périr ; l’effet de l’intercession du Seigneur, c’est que Pierre ne perdît pas sa confiance en Christ, comme Judas, qui n’avait pas de foi. — Qu’est-ce qui le rendit plus tard capable de fortifier ses frères ? Il découvrit qu’il n’y avait que du péché en lui, quand il avait les meilleures intentions, et qu’il y a une parfaite grâce en Christ, quand lui, Simon, agissait au plus mal.

Les versets 35 à 38 nous présentent un changement complet de circonstances. Jusque-là, le Seigneur avait protégé les siens et avait pourvu à tout pour eux, comme le Messie qui disposait de tout ici-bas. Ce temps était passé, et le Juste allait être de plus en plus rejeté. Il était venu avec la capacité de détruire le pouvoir de Satan ; mais c’était le Seigneur qui était venu, et l’homme ne voulait pas Le recevoir : telle est la condition dans laquelle le monde se trouve. Il faut que Lui, le Juste, Il soit compté parmi les transgresseurs ! Quel lien pouvait-il y avoir entre Dieu et l’homme ? — L’humanité est condamnée, parce qu’elle a rejeté Christ. Nous pouvons trouver chez elle une conscience scrupuleuse quand il est question de mettre l’argent dans le trésor du temple, mais aucune conscience quand elle trahit le saint Fils de Dieu et Le crucifie. Mais c’est en un Jésus rejeté et mort que la foi trouve ses délices. Il faut la foi et la grâce pour confesser un Christ méprisé des hommes. Les disciples qui se reposaient encore sur la force de l’homme, non sur le Messie crucifié en faiblesse, disent : « Voici ici deux épées ». Le Seigneur, en disant : « C’est assez », fait allusion à leurs paroles, et montre qu’ils n’entraient pas dans Sa pensée. Il n’avait pas besoin d’en dire davantage.

Versets 39 à 46. — Il faut que nous passions par le crible pour être exercés et pour que nous jugions la chair. Christ, il est superflu de le dire, n’avait pas besoin de cela, Il faisait toutes choses en communion avec Son Père. — Son sentier était un sentier d’obéissance, et la tentation, pour Lui, était une occasion de faire la volonté de Dieu ; pour Pierre, c’était la puissance de Satan. Christ ne parle pas de la méchanceté des sacrificateurs, de la volonté du peuple, de l’injustice de Pilate, mais de la coupe que Son Père Lui donnait à boire. Il avait eu des rapports positifs avec Dieu au sujet de la tentation, avant que le moment fût arrivé ; et il faut toujours qu’il en soit ainsi. Il est bien tard pour revêtir l’armure, quand nous devrions être au combat. Un homme qui vit avec Dieu traverse l’épreuve, dans sa mesure, comme Christ l’a fait. Il tient ferme au mauvais jour, parce qu’il a été avec Dieu quand il n’y avait pas de mauvais jour. Sur la croix, il ne s’agit pas de communion ; mais dans le jardin, Christ est en communion avec le Père, quant à la puissance de Satan, qui allait fondre sur Lui. Il sentait tout, mais ne succombait sous aucune chose. Ainsi, au lieu d’entrer en tentation, Il était dans le plus haut exercice de la spiritualité, accomplissant la volonté de Dieu dans les circonstances les plus difficiles, et la soumission la plus parfaite, même alors qu’elle Lui coûtait toutes choses. Notre Père ne peut jamais nous induire à pécher, mais Il peut nous induire en tentation, c’est-à-dire Il peut permettre que nous soyons criblés, la chair étant abandonnée à elle-même, quand cela est nécessaire, à cause de la dureté ou de la légèreté de nos cœurs, ou de notre manque d’attention à Ses patients avertissements. C’est le dernier moyen dont Dieu use, mais souvent un moyen nécessaire pour nous apprendre à nous connaître nous-mêmes, et nous discipliner. Quoique ce soit une grande grâce de la part de Dieu, qu’Il s’occupe ainsi de nous, cependant, si nous connaissons notre faiblesse et ce qu’il y a de terrible dans le combat avec l’ennemi, il nous convient bien de prier, et le Seigneur nous y invite, pour que nous ne voyons pas placés dans la fournaise. Dans de pareils moments, une mauvaise conscience pousse au désespoir. La chair, dans sa coupable légèreté, va au-devant de l’épreuve sans assurance ou dans une opposition charnelle, et elle succombe. D’un autre côté, si l’épreuve arrive, nous apprenons à nous tenir dans notre vraie position devant Dieu — veillant, priant, suppliant, plaçant tout devant Dieu dans une confiance d’enfant, mais avec un humble désir que Sa volonté soit faite.

Le Seigneur était absolument homme, ici : un ange apparaît et L’assiste, car le combat de Son âme était grand ; mais l’épreuve dont Il ressent les ardeurs Le pousse à prier plus instamment. La puissance du mal et la douleur est ainsi mises plus clairement en évidence, et de manière à agir même sur le corps. Jésus était en angoisse, mais Il dit toujours : « Père ». Il est le Fils, et parle à Son Père comme Fils ; Il n’est pas encore la victime devant Dieu, mais Il souffre en esprit, sentant toute la profondeur des eaux qu’Il traverse, mais de cette profondeur, criant à Son Père. — Satan a cherché à arrêter Christ par la difficulté, quand il n’a pas pu Le détourner par les choses agréables de la vie. Mais Christ a passé à travers tout avec Son Père. À la croix, il y avait autre chose — la puissance de Dieu contre le péché.

Versets 47 à 53. — C’est un bonheur que de voir ces deux choses réunies ensemble, la patience envers les hommes et en même temps la puissance qui dispose de tout et peut tout arrêter. Christ a été dans l’angoisse du combat, avec Dieu — Il est calme devant les hommes. Si Pierre coupe l’oreille de Malchus, Lui, Il étend la main et guérit. Quel tableau et de l’homme et de Dieu, si nous regardons ici à Christ !

Versets 54 à 62. — Quand nous tremblons devant les hommes, nous n’avons pas été avec Dieu. Pierre tombe, témoin de la faiblesse et du caractère trompeur de la chair. En Christ — quoiqu’Il souffrît — il n’y avait rien qui rendît vaine la simple et parfaite action de la grâce, à quelque moment que ce fût. Lorsque le coq chante, Il se tourne et regarde Pierre, qui se ressouvient de la parole que Jésus lui avait dite, et sort, pleurant amèrement.

Versets 63 à 71. — Le Seigneur ne passa pas la nuit avec Ses juges, qui prirent leur temps jusqu’au matin avant de faire comparaître devant eux le Seigneur de gloire, mais Il fut laissé au milieu de ceux qu’ils employaient, objet de leur mépris et de leurs insultes. Puis, quand cela leur convint, on L’amena devant un conseil des chefs du peuple ; mais Lui savait que ce n’était pas le temps pour rendre témoignage, et Il les laissa à leur propre faiblesse. La présentation du Messie aux Juifs était close : désormais le Fils de l’homme serait assis à la droite de Dieu. Tout était vidé et réglé avec Dieu ; ils pouvaient poursuivre leur chemin. Ils tirent eux-mêmes la vraie conclusion : « Tu es donc le Fils de Dieu ». Ils seront donc coupables, non pas d’une erreur, mais d’avoir condamné Jésus, parce qu’Il était le Fils de Dieu et le confessait devant eux.