Il est intéressant de connaître la puissance progressive de la Parole de Dieu. Le Seigneur prêchait, comme nous l’avons vu à la fin du chapitre 4, et en faisant ainsi, aussi bien que dans les miracles qu’Il accomplissait, Il manifestait la puissance de la bonté. Ces miracles qu’Il opérait avaient un double but ; savoir : la confirmation du témoignage rendu, et la délivrance actuelle de la puissance de Satan. Mais la grande œuvre du Seigneur était de prêcher le royaume de Dieu. Il établira bientôt le royaume en puissance ; mais Son grand objet était alors comme aujourd’hui de mettre les cœurs en rapport avec Dieu ; or la Parole est plus efficace pour cela que les miracles.
Verset 1. — En une certaine mesure, même les hommes inconvertis sont sensibles à la présence de Dieu. Adam ouït la voix de l’Éternel Dieu et chercha à se cacher parmi les arbres du jardin. Quand l’évangile est prêché avec puissance, il rassemble des foules, touchées peut-être par une chose nouvelle, mais sans qu’il y ait de fruit. Il en était ainsi de la prédication et des miracles du Seigneur : les foules se pressaient autour de Lui, attirées souvent, nous le savons, par des motifs égoïstes ; mais Lui poursuivait Son chemin en dépit de tout. Descendu ici-bas pour la bénédiction de l’homme, Il voulait associer d’autres hommes avec Lui dans cette œuvre de grâce ; mais Il les appelle d’une manière qui ne laisse aucune gloire à l’homme : « Il vit deux nacelles qui étaient au bord du lac. Or les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Et montant dans l’une des nacelles qui était à Simon, il le pria de s’éloigner un peu de terre ; et, s’étant assis, il enseignait les foules de dessus la nacelle. Et quand il eut cessé de parler, il dit à Simon : Mène en pleine eau, et lâchez vos filets pour la pêche » (v. 2-4). La parole avait de l’autorité sur la conscience. Pierre et André avaient déjà vu Jésus avant ce moment-là ; mais ils n’étaient pas demeurés avec Lui ; leur foi n’avait pas eu assez de puissance pour les attacher à Christ. Beaucoup de personnes, maintenant comme toujours, reconnaissent l’autorité de la Parole divine sans être attachées par sa puissance à la personne du Sauveur ; un grand nombre d’entre elles sont absorbées par leurs préoccupations de tous les jours, la Parole n’ayant pas pris possession de leurs âmes de manière à les faire marcher entièrement avec Christ. Entendre simplement la Parole de Christ quand elle nous est adressée, est une chose tout à fait autre que d’avoir le cœur atteint par cette Parole, en sorte qu’elle devienne la source et le mobile de toutes nos voies. C’est ce que nous voyons dans le cas de Pierre et d’André : ils avaient passé quelques heures avec Jésus ; ils L’avaient entendu parler, et L’avaient reconnu pour le Messie ; ici, encore, nous les voyons obéir à la parole de Jésus : à Sa parole ils prennent le large, et à Sa parole ils lâchent leur filet.
Le miracle accompli par le Seigneur était propre de toute manière à agir sur ceux auxquels Il s’adressait. Simon et ses compagnons répondent : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit, et nous n’avons rien pris ». L’homme était impuissant dans une circonstance comme celle où ils se trouvaient. Si Jésus pouvait y apporter remède, c’était parce que tout était à Sa disposition : « Mais sur ta parole », dit Simon, « je lâcherai le filet » (v. 5).
Versets 6 à 8. — « Et ayant fait cela, ils enfermèrent une grande quantité de poissons, et leur filet se rompait. Et ils firent signe à leurs compagnons… ; et ils vinrent et remplirent les deux nacelles, de sorte qu’elles enfonçaient ». Ils n’avaient pas même la force de recevoir par eux-mêmes. « Et Simon Pierre, ayant vu cela, se jeta aux genoux de Jésus, disant : Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur ». Si la parole de Jésus n’avait pas atteint le cœur de Pierre, il eût simplement obéi en usant de cette parole comme d’un secours temporel ; mais Pierre reconnaît Jésus comme le Seigneur, entendant bien plus que les paroles ne paraissaient dire. Sa conscience est atteinte ; le Seigneur Lui-même lui est révélé, et il est ainsi placé dans la lumière pour se voir tel qu’il est. Quand l’œil de Dieu repose sur nous et que nous en avons conscience, nous voyons en nous-mêmes ce que Lui voit : c’est ce qui arriva à Pierre ; amené en présence de Dieu, il découvrit qu’il s’était séduit lui-même.
C’est là que la grâce commence ; mais nous ne sommes pas encore au bout. Ainsi Paul fut aveuglé trois jours, et son âme fut si profondément travaillée qu’il ne put ni manger, ni boire. Ici, Pierre tombe aux pieds de Jésus. — Il en est de même pour nous : quand nous sommes réellement amenés en présence de Dieu, nous faisons la découverte de notre état de péché. Les moyens dont Dieu se sert pour nous amener là peuvent être divers, les circonstances de la vie, des événements providentiels, un orage, par exemple, comme dans le cas de Luther ; mais quand nous sommes convaincus de péché, Christ Lui-même est révélé à l’âme, et, partout où Il est, Il prend dans l’âme la place qui Lui appartient. Ce n’est pas seulement alors qu’un homme soit sauvé ; mais cet homme n’est plus heureux si Dieu n’a en lui la place qui Lui appartient.
Pierre ne fuit pas le Seigneur comme Adam qui s’était caché de Lui ; il est attiré vers Lui. En même temps il est là, un homme pécheur, jugé et convaincu dans sa propre conscience, et prenant le parti de Christ contre lui-même : « Retire-toi de moi », dit-il ; mais il dit ces paroles prosterné devant Jésus. Il peut sembler qu’il y ait là une contradiction. L’acte de Pierre était réellement le témoignage d’un amour vrai et d’un souci réel pour la gloire de Christ, parce que la parole qu’il avait entendue avait révélé Christ à son âme. Son cœur n’était pas parfaitement en paix ; mais Christ en avait pris possession. La grâce attire vers Christ ; mais l’homme reste encore sous le sentiment de sa propre indignité jusqu’à ce que l’œuvre de Christ soit connue dans toute sa portée pour la paix de l’âme. Dieu voit les pensées et les intentions du cœur, et nous sommes amenés à les voir comme Lui les voit : la justice est implantée dans la conscience ; Dieu et l’homme se rencontrent. Ce n’est pas que Pierre pût être heureux ailleurs qu’aux pieds de Jésus, mais Pierre sentait pendant tout ce temps, combien il était impropre à se trouver en pareille société.
Mais le Seigneur agit en grâce ; Il ne laisse pas Simon Pierre. Il connaissait tout son péché avant qu’Il entrât dans la nacelle, et Il lui dit : « Ne crains pas ; dorénavant tu prendras des hommes » (v. 10). Jésus était entré dans la nacelle pour montrer à Pierre qu’il n’avait rien à craindre. En vérité, « l’amour parfait chasse la crainte » (1 Jean 4, 18). La crainte porte avec elle du tourment, jusqu’à ce que la grâce soit pleinement révélée ; elle l’était maintenant avec autant d’autorité que la parole qui opérait des miracles : « Lâchez vos filets pour la pêche », « Ne crains pas », telle était la parole de Christ pour le cœur de Simon. Si Pierre se confiait à cette parole pour le poisson, pourquoi pas pour sa frayeur ? Il avait dit : « Retire-toi de moi » ; mais au lieu de se retirer, Christ était déjà venu, sachant tout ce que Pierre était mieux que Pierre lui-même. Jésus était venu comme un Sauveur ; Il fait plus encore, en annonçant à Pierre qu’Il allait faire de lui un instrument pour rassembler d’autres objets de Sa grâce. Chacun de ceux dans le cœur desquels l’amour de Dieu est versé par le Saint Esprit, devient lui-même un vase de grâce vivante : il n’est pas la source, mais l’eau qui vient de la source se répand par lui, en sorte que d’autres puissent venir et boire. Vases de la grâce, nous sommes associés à Christ dans l’activité de l’amour. Il n’est pas question ici de don extérieur, mais de ce grand fait qu’il y a communion vivante entre les membres du corps de Christ et le Chef dans le témoignage de Sa grâce et de Sa puissance.
Les effets de tout cela apparaissent dans les disciples. Les voilà maintenant absorbés par Christ. Ils ne regardent plus à Lui seulement pour le salut, mais ne pensent plus qu’à Lui seul pour la vie, pour parler ici d’une manière générale, à part tout manquement particulier : « Ils quittèrent tout et le suivirent » ; Christ devient leur vie. C’est un courant tout nouveau, et non plus l’obéissance à un commandement exprès, avec la réserve, peut-être, qu’il n’y a pas de mal à ceci ou à cela. Christ n’a pas cherché Sa propre satisfaction (Rom. 15, 3) : Son motif pour agir était la volonté de Son Père, non pas l’absence d’une défense ; et nous, nous sommes sanctifiés pour l’obéissance de Jésus Christ et l’aspersion de Son sang (1 Pier. 1, 2). « Ils quittèrent tout » ; et là où Christ allait, ils allèrent. Ils sont associés à leur Seigneur dans Son amour pour les âmes et dans la conduite de la vie ; c’est la liberté. Puissions-nous, ayant Christ pour vie, L’avoir aussi pour seul mobile de toute activité, détachés de tout pour être liés à Lui, et devenus des canaux pour toute la bénédiction et la grâce que nous avons nous-mêmes goûtées en Lui ! Il y a en Christ une puissance qui attire, qui délivre de toute la corruption environnante et place l’âme dans le courant des pensées et des voies de Dieu par la révélation de Christ Lui-même.
Versets 12 et suivants. — Christ était la manifestation sur la terre de la puissance et du caractère de Dieu — de la grâce. L’histoire du lépreux en est un témoignage frappant ; car la lèpre était un mal que nul ne pouvait guérir, si ce n’est Dieu seul. Mais Dieu était là, présent en grâce en Christ. La lèpre est la figure du péché dans son caractère de souillure. Un homme plein de lèpre, voyant Jésus, se jeta sur sa face et Le supplia, disant : « Seigneur, si tu veux, tu peux me rendre net ». Le lépreux reconnaît la puissance divine en Jésus ; mais il n’a pas pleine confiance en Sa grâce ; il semble découragé par la misère, et presque désespéré, il dit : « Si tu veux… ». Mais Celui qui seul sur la terre avait le droit de parler ainsi, dit : « Je veux ». Dieu seul pouvait dire cette parole, et Il le faisait, non dans le ciel, mais descendu sur la terre, dans l’homme et au milieu des hommes. Christ était là, qui seul pouvait toucher le lépreux et la lèpre sans en être souillé. Il fallait la puissance divine assurément, et les sacrificateurs même ne pouvaient que reconnaître les résultats de Son intervention ; mais c’était l’amour divin et parfait qui touchait le lépreux, en même temps que c’était la main d’un homme, d’un homme qui né sous la loi reconnaissait les ordonnances de Dieu (comp. Gal. 4, 4). Ainsi la guérison du lépreux leur fut un témoignage ; car le lépreux devait se montrer au sacrificateur. Et qu’est-ce que celui-ci devait penser ? Qui est-ce qui avait visité Israël ? Il fallait que Jéhovah fût venu, car Lui seul pouvait guérir le lépreux.
Verset 16. — Que voyons-nous maintenant ? Jésus se retira dans le désert ; et Il « priait ». Quelque grande et manifestement divine que soit la puissance exercée par Lui, Jésus est l’homme dépendant, et c’est en ce point précisément que nous, nous manquons.
Une autre scène se présente (Luc 5, 18 et suiv.). Il ne s’agit plus de la puissance de Satan, comme au chapitre 4, ni de la souillure du péché telle qu’elle est figurée par la lèpre, mais de la coulpe du péché. Les hommes introduisent le paralytique devant Jésus, parce qu’ils avaient le sentiment de sa misère ; et il y avait chez eux la persévérance de la foi qui ne voulait pas être renvoyée à un autre jour : et Jésus apporte le pardon des péchés, aussi bien que la purification de la souillure. C’est là ce qui nous est présenté dans le cas du paralytique. Le premier, le grand point, c’est que Jésus déclare les péchés de cet homme pardonnés. L’autorité de pardonner était venue dans la personne du Fils de l’homme sur la terre, quoique les scribes et les pharisiens pussent en penser. Dieu était là, le Seigneur Jéhovah ; mais, en même temps, le Fils de l’homme ayant sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés, et usant de ce pouvoir. C’est de cette manière que, le moment venu, Israël trouvera le pardon de ses péchés (comp. Ps. 103, 3). C’est pourquoi aussi le Seigneur donne ici la preuve de cette autorité qu’Il a de pardonner, en guérissant la maladie du paralytique : « Or, afin que vous sachiez etc. » (v. 24). L’homme devait avoir conscience, dans sa relation vis-à-vis de Dieu, que la coulpe de son péché était ôtée. Dans Sa grâce infinie, Dieu nous a donné plus même que cela, car nous avons la justice de l’homme accepté devant Dieu, étant faits la justice de Dieu en Lui (voyez 2 Cor. 5, 21). Le paralytique guéri par Jésus est un exemple de ce qui, dans l’avenir, sera la portion d’Israël. Jésus pardonnait les iniquités et guérissait les infirmités. Il avait montré Son pouvoir de faire la première de ces choses ; Il allait montrer qu’Il pouvait faire aussi la seconde. La joie de Dieu est de faire l’une et l’autre. Vous pouvez ne pas croire qu’un tel don soit votre partage ; mais il est vôtre en Christ. L’homme parfait est venu avec une autorité parfaite dans Sa personne. Dieu opérait dans la scène que nous avons ici ; mais Il opérait aussi comme homme rempli du Saint Esprit. Le croyant aussi, dans sa marche, est une preuve, non pas tant pour lui-même que pour les autres, que Dieu a été là. Il ne devrait pas mettre en question s’il pourra marcher ? S’il a de la foi, il se lèvera et marchera.
Nous trouvons ici deux choses : d’abord, immense et glorieuse grâce ! que le Seigneur est venu, la puissance de Dieu dans la sphère de la misère humaine, qui, tout extrême qu’elle soit, ne fait que rendre évidente cette puissance. Si je regarde autour de moi comme homme, je ne puis résoudre l’énigme de l’histoire du monde. Je vois des abominations commises au nom de Christ — Christ Lui-même rejeté par Son peuple d’Israël, crucifié par ces Gentils auxquels Dieu avait confié le gouvernement du monde ; je vois le mahométisme, le paganisme… ! Quelle espèce de Dieu avez-vous, dit le cœur raisonneur de l’homme, si le monde est ainsi fait ? Mais ici, je trouve le Seigneur descendu sur la terre au milieu de la misère, de la maladie et du péché ; mon cœur se détourne des plaisirs et des peines pour se tourner vers Lui. Qu’il est beau de voir un cœur après l’autre attiré à Lui, le seul vrai centre, à Lui, qui bientôt allait être le Chef ressuscité de la nouvelle création, à Lui, l’objet qui éveillait dans les cœurs des sentiments et des affections dont seul Il était digne, qui par Son excellence communiquait l’excellence et qui, par Ses pensées de grâce envers nous, produit et met en activité des pensées de grâce en nous.
En second lieu, nos cœurs pour être fixés ont besoin d’un objet ; ils ne sont fixés selon Dieu que lorsque nous avons Christ Lui-même devant nous. Comment puis-je aimer, si je n’ai rien à aimer ? Un homme est ce qu’il sent et aime et pense. Si mon âme vit et se nourrit de ce qui est vraiment excellent, de Christ le pain de Dieu, alors, dans un sens pratique, Christ est formé dans mon cœur. En Lui, l’homme Christ Jésus, Dieu a trouvé tout Son plaisir, et aussi la manifestation de ce qui Le satisfait parfaitement.
Dans ce que nous avons vu jusqu’ici, la puissance divine dans la personne de Jésus, le Fils de l’homme, s’exerce au milieu d’Israël. Au chapitre 4 versets 31 à 41, Luc nous a montré le triomphe de cette puissance sur celle de l’ennemi dans les maladies et les possessions démoniaques, puis le témoignage du royaume dans lequel tous les effets semblables de l’œuvre de Satan disparaîtront. Ce dernier point ouvre la voie à la plus positive et la plus profonde bénédiction des âmes, celles-ci étant mises en rapport avec Dieu. C’est pourquoi, depuis les versets 1 à 26 du chapitre 5, comprenant l’appel de Pierre, la purification du lépreux et le pardon du paralytique, il s’agit de l’état de l’âme, quelles que soient les circonstances accessoires, de l’autorité de la Parole sur le cœur, de la foi, et de la gloire personnelle de Christ. Cependant c’était toujours la grâce agissant envers Israël, la grâce en rapport avec le gouvernement de Dieu. Dieu avait dit à Israël qu’Il ne ferait pas venir sur lui les plaies d’Égypte, sinon pour le châtier de ses péchés. Israël était un peuple extérieurement élu et racheté, mais sous le gouvernement de Dieu. C’est pourquoi le châtiment, dont la lèpre et la paralysie étaient des cas particuliers, tomba sur lui. Jésus montre qu’Il est « l’Éternel qui te guérit » (Ex. 15, 26). Au milieu d’Israël, quoique le laissant maintenant, Il passe à une manifestation plus étendue de puissance et de bonté. Il aurait pu guérir tous les Israélites, lépreux ou paralytiques ; Il aurait pu les délivrer de toutes les maladies qui étaient, hélas ! tombées sur eux, mais dans les cas qui nous sont présentés ici, ceux qui sont les objets de la grâce qui visitait Israël, viennent à Jésus, en Lui demandant qu’Il les guérisse, et c’est en réponse à leur foi que Jésus agit ; Jésus était là présent, manifestant la puissance et la grâce divine en guérissant.
Verset 27 et suivants. — Mais cette grâce étant de Dieu et souveraine ne pouvait pas être bornée par les circonstances humaines. Partout où un besoin se montrait devant Lui, Jésus pouvait-Il renier Sa puissance ou Son amour ? — Remarquez maintenant comment ce fait se lie avec ce qui suit. Dieu en Christ apportait une pleine délivrance pour tous ceux qui en Israël, se confiaient en Lui ; mais Il ne pouvait ni ne voulait limiter Sa grâce. La loi limitait ; mais quand Lui-même vint, le Dieu qui avait donné la loi, quiconque avait besoin de Lui était le bienvenu : Sa maison était une maison de prière pour toutes les nations (comp. Marc 11, 17). C’est pourquoi Il appelle un publicain — un Juif sans doute, mais détesté par les Israélites, et en un sens avec raison, le service des publicains étant une marque de la servitude nationale du peuple de Dieu. Un publicain était un homme tirant profit de l’oppression des Gentils qui extorquaient des tributs à Israël ; il était donc naturellement haï, mais Jésus appelle un de ces hommes nommé Lévi assis au bureau de recettes ; Il l’appelle à être un apôtre ! Il faut que la grâce agisse selon ses droits. Si Dieu a été bon envers vous et envers moi, cela empêche-t-il Sa miséricorde et Son amour de s’étendre à d’autres ? La grâce crée l’instrument dont elle a besoin, et se répandra bien au-delà du publicain, pour atteindre même le plus éloigné des Gentils. Sans doute Israël avait des promesses et le Gentil, à proprement parler, n’en avait point ; mais par cela même, la grâce s’étendant aux Gentils, était plus purement la grâce ; elle voulait se répandre sur les Gentils. Le Seigneur Lui-même, Dieu, était présent sur la terre ; et Israël ne pouvait être ni le centre, ni le temple, Lui étant là, le Seigneur méprisé et par Israël et par les Gentils. Il est la porte, le nouveau centre et le nouveau point de départ de la bénédiction : non pas un simple sarment du vieux cep, mais Lui-même « le vrai cep ». Comme Juif, Il était soumis aux ordonnances ; comme le Seigneur, Il est au-dessus d’elles, et passe par-dessus toutes les anciennes restrictions.
« Et Lévi lui fit un grand festin dans sa maison ; et il y avait une grande foule de publicains et d’autres gens qui étaient avec eux à table. Et leurs scribes et les pharisiens murmuraient… ». Voir le Seigneur Jésus en pareille compagnie était, en effet, un terrible coup pour ces hommes. Mais Jésus répondant, leur dit : « Ceux qui sont en santé n’ont pas besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance ». Ils se méprenaient complètement sur le compte du Seigneur : Il était venu montrer comment la grâce pouvait se déployer envers ceux qui n’avaient point de justice.
Verset 33 et suivants. — Le Seigneur franchit pour ainsi dire les limites de l’ancien ordre de choses : Il est fidèle envers Israël ; mais Il met fin à cet ordre de choses-là. Comment auraient-ils pu jeûner, ceux qui reconnaissaient la présence du Messie, du divin époux d’Israël ? Le temps approchait où il faudrait prendre la croix ; mais l’Époux présent, jeûner n’était pas de saison.
Versets 36 à 39. — De plus, le vieux vêtement ne pouvait être rapiécé avec du drap neuf ; Jésus ne voulait en aucune manière accorder le christianisme avec le judaïsme. La chair et la loi vont ensemble ; mais la grâce et la loi, la justice de Dieu et la justice de l’homme ne se mêleront jamais. On ne peut pas davantage, sans perte des deux côtés, mettre le vin nouveau, la puissance de l’Esprit, dans le vieux vaisseau des ordonnances légales. Un homme accoutumé aux formes, aux arrangements humains, à la religion des pères et autres choses semblables, n’aime jamais le nouveau principe de la puissance du royaume ; il dit : « Le vieux est meilleur ». La nature est ainsi faite : la grâce l’offense. L’homme non plus ne se perfectionne pas dans les choses divines : il peut se dégrader et abandonner ce que son cœur ne savoura jamais, et nous voyons cela s’accomplir rapidement de nos jours.