Chapitre 6

Ce chapitre s’ouvre par un sujet des plus importants, le sabbat — sujet qui agite souvent les esprits des hommes et qui avait alors une signification particulière, parce que les relations juives allaient prendre fin. On se rappelle que c’est précisément là que le Seigneur était moralement arrivé à la fin du chapitre précédent : les droits de Sa personne et Sa grâce, toujours plus rejetés par les zélateurs de la religion des pères en Israël, franchissaient les limites étroites de ce peuple orgueilleux ; et là-dessus Dieu annonçait par degrés les desseins futurs de Sa miséricorde. Son salut, le moment venu, sera envoyé aux Gentils ; eux entendront, si le Juif se juge lui-même indigne de la vie éternelle. Dieu veut se satisfaire Lui-même en sauvant des âmes quelque part.

Il est évident que l’incident des épis que les disciples arrachèrent le jour de « sabbat second-premier » (v. 1-5) rentre tout à fait dans le sujet dont l’Esprit est occupé ici. « Le fils de l’homme est seigneur aussi du sabbat ». La gloire de Sa personne Lui donne droit à la suprématie sur ce qui était le signe de l’alliance de la loi ; et dans la guérison de l’homme qui avait la main sèche (v. 6-10), Il affirme Son droit de faire du bien les jours de sabbat, alors que Ses adversaires montrent le même jour leur envie de détruire. En quelque sens que ce soit, l’homme avait absolument perdu le sabbat, et n’était même jamais entré dans les pensées de Dieu au sujet du repos. Le sabbat était le repos de Dieu ; et si le péché n’eût pas tout gâté, l’homme aurait joui de ce qui était le résultat, non pas de son propre travail, mais du travail de Dieu. Tel est le vrai caractère distinctif de ce repos qui appartient à l’homme ; mais le péché étant entré dans le monde, il est devenu nécessaire que Dieu travaille de nouveau, si l’homme doit jamais avoir part au repos de Dieu (voyez Héb. 4). En attendant Christ est apparu et a achevé l’œuvre que Dieu Lui a donnée à faire ; et ainsi, nous qui croyons, nous trouvons le repos en Christ, comme Dieu Lui-même le trouve. En vertu de l’œuvre accomplie et agréée de la rédemption, nous avons en Lui notre sabbat spirituel.

Le jour du sabbat fut mis à part et sanctifié dès le commencement (Gen. 2). Plus tard il fut d’abord donné en grâce à Israël, reconnu par la cessation de la manne, et par l’ordonnance d’en recueillir une double portion pour ce saint jour (Ex. 16). Ensuite, il fit partie de la loi de Sinaï et de chaque nouvelle et spéciale intervention de Jéhovah (Ex. 20 ; voyez aussi 31, 13, 14 ; 33, 14 ; 34, 21 ; et 35, 2). Le sabbat fut dès lors un mémorial de la délivrance d’Égypte (Deut. 5, 15). Les prophètes, par conséquent, traitent le sabbat comme un signe de la séparation d’Israël pour Dieu d’entre toutes les nations, et de l’alliance de l’Éternel avec Israël (Éz. 20, 12-20 ; 22, 8 ; 23, 38 ; 44, 24 ; És. 56 ; 58 ; Jér. 17, 24). Israël, pécheur dans le passé, avait donc reçu le sabbat comme une ordonnance légale, qui le condamnait comme tout le reste.

Où est maintenant cette alliance avec Israël ? Elle est abolie à cause de l’iniquité du peuple, qui, par suite, a été livré entre les mains des Gentils et est devenu esclave : « Voici, nous sommes aujourd’hui serviteurs ; et quant au pays que tu donnas à nos pères pour qu’ils en mangeassent le fruit et les bons produits, voici, nous y sommes serviteurs ; et il rapporte beaucoup aux rois que tu as établis sur nous à cause de nos péchés ; et ils dominent à leur gré sur nos corps et sur notre bétail, et nous sommes dans une grande détresse » (Néh. 9, 36, 37). S’ils eurent un temple après la captivité, ce fut uniquement par la bienveillance des Perses qui dominaient sur eux. Comme emblème extérieur, il demeura sans doute, mais devint l’occasion de déshonorer Dieu qui l’avait donné comme signe de Son œuvre ; mais qu’était devenue sa réalité quand Jésus était sur la terre ? Hélas ! Jésus était couché dans le tombeau durant le jour que Ses meurtriers gardaient comme un jour consacré à Jéhovah — « car ce sabbat-là était grand » — effrayant témoignage de la position où les Juifs se trouvaient. Leur Messie mis à mort par eux, Son propre peuple : telle était la vérité que le jour du sabbat proclamait à celui qui avait des oreilles pour entendre. Israël n’entra jamais dans le repos de Dieu ; car si Josué lui avait donné le repos, Dieu n’eût pas parlé après ces choses d’un autre jour : « il reste donc un repos sabbatique pour le peuple de Dieu » (Héb. 4, 9), mais il faut auparavant qu’il reconnaisse Jésus.

Or Jésus rejeté était le Fils de l’homme ; et le Fils de l’homme était seigneur même du sabbat, vérité de la plus haute gravité et qui doit être proclamée avec toute puissance : ceux qui confondent le jour du Seigneur avec le sabbat sont en danger de l’oublier. C’était là précisément le sujet de la controverse entre Jésus et les Juifs, qui voulaient que le sabbat fût supérieur au Seigneur. Mais Jésus montre qu’un principe nouveau était entré en scène, principe qui dépassait complètement l’ancien, et que rester dans l’ancien, c’était renoncer à toute délivrance, car il est impossible qu’une créature qui a des convoitises demeure, sans être condamnée, sous un commandement qui condamne la convoitise. Mais la grâce étant venue par un Christ rejeté, il y a maintenant un repos pour nous qui croyons, non pas pour ceux qui sont sur le principe de la loi.

C’est pour cela que les chrétiens gardent le premier jour de la semaine et non pas le septième qui est le sabbat. Le repos fut acquis par la puissance de la rédemption accomplie par Christ ; et « le premier jour » dans lequel Il ressuscita d’entre les morts, proclama ce repos pour la foi, en dépit de la culpabilité et de la ruine de l’homme. Le septième jour sera le repos de l’homme sur la terre ; le premier jour célèbre notre élévation par Christ et en Lui dans le ciel. Christ étant ressuscité, la vie d’entre les morts était la vie en abondance — la liberté dans l’affranchissement du joug de la loi et de toutes les conséquences du péché — en un mot, la victoire de la grâce. C’est pourquoi le premier jour de la semaine est le privilège spécial du chrétien, car il dépend et témoigne de l’œuvre achevée de Christ, et introduit en conséquence le repos céleste. Le premier jour de la semaine est en contraste avec le dernier, qui appartient à la sphère du travail du premier homme et du Juif sous la loi, sphère dans laquelle Adam et Israël succombèrent. Le premier jour est emphatiquement le jour du Seigneur ; il rend ainsi témoignage du triomphe de la parole de Christ et de la gloire de Sa personne : il n’est pas le jour dont une coupable incrédulité aurait voulu faire une preuve de l’infériorité du Seigneur et un moyen de L’entraver dans Son œuvre. Il est une bénédiction directe et positive pour celui qui le reconnaît et l’honore, non comme étant le terme du travail légal, mais parce qu’il est le commencement de l’espérance chrétienne, le jour de la résurrection où nous commençons notre vie spirituelle et où nous regardons en avant vers ce qui en sera le couronnement.

Ici, dans Luc, ce dont il s’agit principalement, c’est du maintien des droits et de l’autorité du Fils de l’homme. Il est impossible, selon Dieu, de revendiquer jamais les droits du sabbat vis-à-vis du « Seigneur du sabbat ».

Versets 3 à 5. — Que fit David, l’oint du Seigneur, lorsque Saül le persécutait et en voulait à sa vie ? Eût-il été selon Dieu de maintenir l’ordonnance en faisant périr l’homme selon le cœur de Dieu ? Non, assurément, les fondements étaient renversés et tout devenait « commun » en Israël, quand le roi élu était méchamment rejeté. Mais un personnage plus glorieux que David et un péché plus grave étaient maintenant au milieu du peuple. Oui, « le Fils », mais aussi « la racine » de David, Dieu Lui-même était là. Celui qui institua le sabbat, le Seigneur du sabbat, était là présent dans la personne du Fils de l’homme.

Versets 6 à 10. — Mais si Dieu est au milieu de Son peuple, reniera-t-Il Sa bonté, ou retiendra-t-Il Son pouvoir en présence de la misère humaine, parce que « les scribes et les pharisiens » L’observent pour voir s’Il guérira un jour de sabbat ? Non, il faut que l’amour divin agisse et guérisse la main sèche, même si l’homme dans sa misère cherche à y trouver un motif d’accusation. « Et ils en furent hors d’eux-mêmes, et s’entretenaient ensemble de ce qu’ils pourraient faire à Jésus » (v. 11). Mais Jésus, « en ces jours-là… s’en alla sur une montagne pour prier » (v. 12) : Il s’approche de Dieu afin de s’entretenir avec Lui de ce qu’Il devait faire pour eux. À Lui appartenait l’activité de la grâce, de l’amour qui se manifestait saintement et puissamment au milieu du mal.

Versets 13 à 16. — « Et quand le jour fut venu, il appela ses disciples » et il en choisit douze. Dans cet appel des douze, le Seigneur montrait que Lui seul pouvait communiquer à d’autres la puissance de rendre aussi ce témoignage ; en même temps, ici comme dans tout ce que nous avons vu jusqu’à présent, Jésus est l’homme humble et dépendant, l’homme parfait, aussi bien qu’Il est Dieu. Il était dans une parfaite et ininterrompue communion avec Son Dieu et Père, quoiqu’Il fût Lui-même Dieu manifesté en chair. Combien tout cela Le rapproche de nous, quoique toujours si infiniment au-dessus de nous ! Nous devrions aspirer à ce qu’Il faisait, quelles que soient d’ailleurs notre mesure et notre petite sphère d’activité. En Lui nous voyons l’homme parfait dans cette position de puissance dans laquelle Il vint.

Il savait qui étaient ceux qu’Il avait choisis ; Il savait que l’un d’entre eux avait un démon ; néanmoins Il les envoie. Il en choisit douze spécialement, qu’Il nomma aussi apôtres, ou « envoyés ». Ce terme était important et significatif, bien distinct de la loi et des promesses. La loi n’envoya jamais personne ; mais Dieu est actif ; Il envoie Son Fils, et le Fils envoie des apôtres. L’amour de Dieu est actif pour rassembler des âmes. Ce premier « envoyé » est un homme, réellement et véritablement un homme. L’œuvre de la grâce de Dieu doit être accomplie par le Fils de Dieu, non par des anges, mais par Son propre Fils, l’homme Christ Jésus ; Lui envoie des hommes d’auprès de Lui. Le point de rassemblement c’est l’homme — Lui-même assurément. Dieu a tout remis entre les mains de l’homme. Il faut que ce soit Dieu qui montre de la grâce ; mais c’est le Fils de l’homme qui apporte la mission de l’amour et qui envoie des hommes à des hommes.

Versets 17 à 19. — Quel que soit le trait par lequel Il attire, Jésus rassemble autour de Lui en éveillant l’adoration dans les cœurs ; Il s’entoure de Ses disciples, puis Il descend et s’arrête dans un lieu uni. Les grandes multitudes sont attirées par Ses miracles et par leurs besoins ; elles viennent pour entendre et pour être guéries. La foule des disciples forme le cercle intérieur. « Toute la foule cherchait à le toucher », non pas que ceux qui Le pressaient ainsi aient été convertis, mais il sortait de Lui une puissance vivante qui guérissait leurs misères corporelles et les délivrait du pouvoir de Satan.

Versets 20 et suivants. — Maintenant Il élève ses yeux vers Ses disciples et leur parle, non pas comme dans Matthieu (chap. 5 et suiv.), où Il leur expose les principes du royaume, mais en distinguant de la masse et en reconnaissant comme le résidu ceux qui L’entouraient. C’est pourquoi Il dit ici  : « Bienheureux vous… ». Il met Son sceau sur ceux qui sont actuellement rassemblés autour de Lui. Il faut qu’ils Lui ressemblent. Il est à la fois leur centre et leur modèle. Il était Dieu ; mais la plénitude du Saint Esprit habitait aussi en Lui comme homme, et ainsi Il pouvait dire : « Je fais toujours les choses qui lui plaisent » (Jean 8, 29). Il devait en être de même de ceux qui L’entouraient.

Versets 20 à 26. — « Bienheureux, vous pauvres, car à vous est le royaume de Dieu ; bienheureux, vous qui maintenant avez faim, car vous serez rassasiés ; bienheureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Vous êtes bienheureux quand les hommes vous haïront… ». Ces paroles du Sauveur nous montrent le contraste qui existe entre ceux qu’Il déclare bienheureux et tous ceux qui sont à leur aise dans le monde. Ceux qui, s’ils n’avaient leur espérance en Lui que pour cette vie seulement, seraient de tous les hommes les plus misérables, forment le petit nombre des bienheureux : ils sont distingués de tous les autres et sont mis en relation avec Lui, source de la bénédiction, pour être bénis. Si vous pouvez trouver le bonheur et être à votre aise dans ce monde qui a rejeté Jésus, ne comptez pas sur Sa bénédiction.

Ce sont les pauvres, ceux qui sont méprisés avec Jésus, qui possèderont le royaume. Jésus dit, si j’ose m’exprimer ainsi : « Je vous distingue, vous[4]. Je suis venu comme le centre de la puissance et de l’amour vivant et agissant. Il n’y a qu’un seul lieu de béatitude sur la terre. Avec moi vous êtes bienheureux ». D’autres peuvent trouver leur plaisir et se réjouir où Christ n’a point de place ; mais c’est un temps où une âme vraiment spirituelle ne peut rien trouver de bon sinon avec Lui. Christ, je le répète, distingue positivement de la grande multitude du peuple les disciples qui se sont attachés à Lui et s’adresse à eux. Le verset 22 nous le montre clairement, en omettant la persécution pour la justice que Matthieu rapporte soigneusement. Ici, dans Luc, il s’agit seulement d’une question de souffrance « à cause du Fils de l’homme ».

Jésus vint au milieu d’un monde de misère et d’égoïsme et Il y manifesta, non la loi ni le jugement, mais la grâce. Mais « la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas comprise ».

Semblable à l’aspic qui n’entend rien (Ps. 58, 4), le monde va son train, aussi sourd qu’aveugle. Non, pour vous qui êtes rassasiés maintenant, Jésus n’a pas de charme ; mais vous les disciples, qui pleurez maintenant parce que la misère et le péché de l’homme pèsent sur votre âme, vous vous réjouirez. Quand le bon plaisir de Dieu s’accomplira, vous qui ne pouvez être satisfaits par les gousses des pourceaux, vous serez rassasiés. « Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel, car leurs pères en ont fait de même aux prophètes ». Vous avez votre part avec Christ ici-bas, vous l’aurez avec Christ dans le ciel. Vous souffrez avec le Saint, vous partagerez la gloire avec le Glorifié. Et les autres ?… — Ils auront ce qu’ils auront cherché. Pour ceux qui sont rassasiés, il y aura famine, car ils ont perdu Dieu. Si vous pouvez rire dans un monde comme celui-ci, vous pleurerez quand le temps de Dieu pour bénir sera venu : « Ils sont du monde » ; et le monde aime ce qui est sien (1 Jean 4, 5 ; Jean 15, 19). « Leurs pères en ont fait de même aux prophètes ». Les temps sont-ils changés ? Le caractère de Christ est-il changé ? Non, il n’est en aucune façon plus agréable à la chair ; et si vous pouvez trouver votre joie, vos aises, votre plaisir dans le monde, Christ ne l’a pas eu et vous n’avez pas Son Esprit. Celui qui se fait ami du monde, se fait ennemi de Dieu (Jacq. 4, 4). Le disciple de Christ peut-il se réjouir dans un monde plein de péché ? Sans doute il peut jouir de la communion de Jésus, il peut se réjouir dans l’Esprit, tout en étant patient dans la tribulation, mais cette joie qu’il porte ainsi avec lui a un autre caractère : c’est une joie sérieuse quoique très réelle et précieuse.

Depuis le verset 27, le Seigneur montre quelle doit être la conduite de Ses disciples : ils doivent manifester Dieu, ils doivent être les témoins vivants de ce qui était manifesté en Christ. La grâce qui habitait en Lui dans sa plénitude et sa perfection doit être reproduite en eux, quelque infidèles que nous soyons tous à cet égard ; elle doit être le principe de leur marche : « Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent… ». Dieu nous aima, nous, quand nous étions Ses ennemis, et nous devons manifester dans notre conduite ce que Dieu est. Le verset 29 nous introduit dans des circonstances humaines, où nous apprenons avec patience, faisant le bien, comme dit Pierre, souffrant pour cela et endurant tout avec patience (1 Pier. 2, 19 et suiv.). Il semble qu’il y ait là peu de consolation ; mais Jésus fit ainsi, et l’amour doit se manifester ainsi dans un monde mauvais. Le temps vient où Dieu jugera au lieu d’user de patience comme Il le fait maintenant ; mais aujourd’hui, à quelque prix que ce soit, manifestez l’amour comme Christ le fit. La chair peut aimer pour recevoir de l’amour (v. 32, 33) ; mais les disciples de Christ sont appelés à imiter Dieu et à marcher dans l’amour (comp. Éph. 5, 1, 2). « Aimez vos ennemis, et faites du bien, et prêtez sans en rien espérer ; et votre récompense sera grande et vous serez les fils du Très-haut ; car il est bon envers les ingrats et les méchants » (v. 35).

Quel caractère que celui sous lequel Dieu apparaît ici ! Ce n’est pas Sa justice qui se manifeste, bien qu’assurément Il fût juste ; mais dans le monde où Il avait affaire avec les ingrats et les méchants, Dieu fait luire la grâce. Pour les anges Dieu n’a pas de grâce, mais de l’amour ; mais Christ, dans ce monde de péché, est grâce, c’est-à-dire amour pour ceux qui ne méritent pas d’être aimés. « Soyez donc miséricordieux, comme aussi votre Père est miséricordieux ». Le Seigneur ne dit pas avec votre Père, mais : comme votre Père. Comme Lui aime Ses ennemis, ainsi faites, vous aussi ; Il est miséricordieux, soyez miséricordieux. Le caractère de Dieu, l’amour parfait, est ainsi manifesté dans un monde de pécheurs. Il faut qu’il nous en coûte quelque chose ; à Christ il en coûta la vie. L’amour de Christ était un fleuve qui, s’il rencontrait des obstacles sur son passage, poursuivait son cours, les surmontant et les laissant derrière lui, jusqu’à ce qu’Il atteignît la croix.

Verset 37. — Il ne s’agit pas ici de certaines choses requises pour avoir la vie, mais du résultat d’une certaine conduite. « Ne jugez pas, et vous ne serez point jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez point condamnés ; acquittez, et vous serez acquittés… ». Le Seigneur voulait dire par là que chacun trouverait les conséquences de sa conduite, comme cela Lui est arrivé à Lui-même. Il a pris la place la plus basse, mais maintenant Il a obtenu la plus élevée… Il s’abaissa Lui-même, « c’est pourquoi… Dieu l’a haut élevé… » (Phil. 2, 9-11). Il ne vint pas pour juger, et maintenant tout jugement est donné au Fils (Jean 5, 22, 27). Ainsi, nous n’avons pas seulement la manifestation de la grâce, mais le caractère divin avec ses conséquences. Il s’agit de gouvernement — de marche avec le Seigneur. Il faut qu’il en coûte beaucoup le long du chemin ; mais, au bout, on vous donnera « bonne mesure, pressée et secouée, et qui débordera ». Il y aura aussi la bénédiction de Dieu dans le chemin, quoique le « moi » soit mortifié. La grâce abondera, selon les voies de Dieu.

Verset 39. — Remarquez le contraste qui existe entre ceux qui sont tout aveuglement, et les aveugles qui conduisent des aveugles. Laissez-les ; laissez-les poursuivre leur propre chemin ; mais vous, vous devez prendre votre place avec moi ; le disciple n’est pas au-dessus de son Maître, mais vous serez comme votre Maître. Si votre Maître souffre, vous souffrirez ; s’il en a coûté cher à votre Maître, il faut qu’il vous en coûte cher à vous. Si Christ vous enseigne, Il le fait pour que vous possédiez la science divine qu’Il a Lui-même. Et voyez quelle place Il nous donne ! Quand Il donne, que donne-t-Il ? La chose même que Lui possède. « Comme il est, Lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4, 17). « Je ne vous donne pas, moi, comme le monde donne » (Jean 14, 27), car le monde, s’il donne un peu, réserve le principal pour lui-même ; mais, quant à Lui, si j’ose faire parler le Seigneur, c’est comme s’Il disait : Je vous place dans la même connaissance, qui est dans ma nature : la grâce que moi j’ai, vous l’aurez. Mais on n’aime pas faire les choses que Jésus a faites. Pourquoi tant raisonner sur ce seul passage : « Ne résistez pas au mal » (Matt. 5, 39) ? Parce que l’homme aime à résister au mal : sa volonté est touchée, sa conscience est atteinte, car elle lui est donnée comme une exhortation naturelle ; mais il ne l’aime pas, et s’il le peut, il s’en débarrasse. Ces choses sont données comme une pierre de touche pour la conscience ; elles jugent l’œil, non pas seulement la marche. « Lorsque ton œil est simple, ton corps tout entier aussi est plein de lumière » (Luc 11, 34). Votre objet est mauvais, si vous n’avez pas la lumière pour le pas que vous avez à faire. Vous pouvez rencontrer des difficultés en faisant l’ascension d’une colline escarpée, mais si vous voyez clairement le but auquel vous tendez, vous passerez par-dessus les difficultés aussi rapidement que vous pourrez : c’est là le sens de l’expression : « Je fais une chose… » (Phil. 3, 13, 14). L’âme a un objet, et elle le poursuit, absorbée par lui. S’il en est ainsi pour vous, vous pouvez être assuré que la lumière éclairera votre sentier, la lumière non pas pour dix ans de chemin, mais pour le pas que vous avez à faire, et puis pour un autre pas. Dieu dit à Moïse : « Parle aux fils d’Israël, et qu’ils marchent » (Ex. 14, 15) ; et quand Il fit entrer le peuple dans le désert, Il lui donna la nuée pour le guider tout le long du chemin. Il en est de même pour nous : nous sommes appelés à suivre Christ sur le principe de l’obéissance, et ainsi nous sommes mis en relation avec Lui et la révélation de Sa volonté qui ne nous donne pas de voir à l’avance tout le chemin que nous avons à parcourir. Un homme peut voir un mur se dresser devant lui, et dire : « Je ne puis avancer dans ce chemin-là », alors que s’il faisait un seul pas en avant il apercevrait qu’il y a un sentier courant tout le long du mur.

Verset 44. — « Chaque arbre se connaît à son propre fruit ». Nous ne devrions pas seulement porter du fruit, mais le fruit que Christ produit. Il est tel fruit qui est produit par une nature honnête et droite — un fruit semblable à celui du jeune homme qui vint à Jésus (Matt. 19, 16 et suiv. ; Marc 10, 17 et suiv.) ; mais ce fruit n’est pas un fruit divin, « son propre fruit » ; or là où Christ est à la fois la racine et le tronc, le fruit est du fruit chrétien, du fruit qui demeurera (Jean 15, 16). Deux hommes peuvent marcher de front jusqu’à un certain point ; puis une épreuve pour Christ se présente, et l’un poursuit sa route avec Christ, tandis que l’autre se détourne. Le fruit que l’Écriture appelle « son propre fruit » se montre lui-même et se produit spontanément. On ne demandera pas : Quel mal y a-t-il à ceci ou à cela ? Quel mal y a-t-il à être riche ? comme me disait un jour quelqu’un. Si votre richesse ou telle autre chose vous exclut du ciel, cela est-il indifférent ? Vous n’aviez pas cette pensée peut-être ? Mais le secret de votre état, c’est que vous aimez les choses en question. Le mal n’est pas dans les choses elles-mêmes, tirées de la terre, mais dans l’amour pour elles qui est dans le cœur. « De l’abondance du cœur sa bouche parle » (v. 45) : une parole d’impatience trahit le cœur. Je retiens mon bras peut-être, mais je laisse échapper une parole.

Verset 47 et suivants. — Devant toute la multitude, le Seigneur parle maintenant de la maison bâtie sur le roc. Il ne s’agit pas ici de bâtir sur Christ, le Rocher, du salut pour le pécheur ; c’est le chemin du fidèle qui fait le sujet du passage. Mais là où la parole de Christ ne met pas en rapport avec Lui, voyez quel est le résultat ! La chose même à laquelle nous sommes appelés, c’est de Le suivre ; et si je Le suis, c’est que les paroles du Maître ont tellement pris possession de mon âme qu’elles ont la puissance de me faire surmonter les difficultés. « Mon âme s’attache à toi pour te suivre ». Christ prend possession de mes affections, de mon cœur, de ma volonté, qui sont désormais liés à Lui, au lieu d’être liées à moi. — Est-ce que Christ a pour moi assez de prix pour que j’abandonne tout et que je Le suive, afin de faire les choses qui Lui plaisent ? « Si quelqu’un marche de jour, il ne bronche pas, car il voit la lumière de ce monde ». « Comme quand la lampe t’éclaire de son éclat » (Jean 11, 9 ; Luc 11, 36). Si nous nous tenons près de Christ, la lumière luit sur nous. Si nous avons à entrer dans la lumière, la lumière peut-être nous éblouira. Ainsi Christ a rassemblé autour de Lui dans la lumière et dans l’amour ceux qu’Il appelle à jouir de Lui et dont Il veut être comme le Maître, afin que, le moment venu, ils soient rendus conformes à Son image en gloire.