Nous avons vu le Seigneur, rejeté par Israël, dépasser graduellement les anciennes limites, en vertu de Sa personne et de Ses droits, et rassembler le résidu autour de Lui, car Il était le nouvel et seul juste objet de Dieu, la source d’une mission de grâce, la manifestation vivante et le plein développement de l’amour saint dans un monde mauvais. Quels que soient les principes établis dans le chapitre 6, ils ne sont que l’expression du caractère de Dieu en grâce, tel qu’il a été manifesté en Christ ici-bas sur la terre.
La guérison si frappante de l’esclave du centurion est bien à sa place ici. Elle n’est pas seulement un acte de grâce, mais un acte de grâce envers un Gentil. Ce n’est pas tout : le principe même sur lequel l’apôtre fait reposer cette grande question de la grâce s’étendant aux Gentils est mis en lumière : « C’est sur le principe de la foi, afin que ce soit selon la grâce, pour que la promesse soit assurée à toute la semence » (Rom. 4, 16). La foi est introduite comme grand principe et pivot de la bénédiction. Ce n’était pas seulement de la théorie qu’on trouvait chez le centurion, mais une foi vivante, et une foi telle qu’on n’en avait pas vu de pareille en Israël. Ce n’était pas non plus de la présomption chez cet homme, mais une humilité remarquable. Il reconnaissait l’honneur que Dieu avait conféré à Israël, le voyait, en tenait compte et s’appuyait sur lui, en dépit de la vile et misérable condition du peuple de Dieu. Quelque tombés et méprisés que fussent les Juifs, le centurion les aimait pour l’amour de Dieu, parce qu’il voyait en eux le peuple de Dieu ; il leur avait bâti une synagogue. Il était vraiment humble, bien que sa foi fût de beaucoup supérieure à ceux qu’il honorait, ou plutôt parce que sa foi les dépassait. Aussi avait-il une très haute idée de la puissance et de la gloire du Christ comme personne divine, comprenant que cette gloire s’étendait bien au-delà de toutes les pensées juives. Le centurion ne parle pas du Seigneur comme Messie, mais il reconnaît en Lui la puissance de Dieu en amour. Il avait cette bienheureuse foi qui s’oublie dans l’exaltation de son objet. Il n’avait pas vu Jésus, semble-t-il ; mais d’après ce qu’il avait entendu à Son sujet, il avait certainement compris que pour le Seigneur les maladies n’étaient que les occasions de manifester Son autorité absolue et Sa grâce souveraine. Lui était un étranger, et les Juifs étaient le peuple de Dieu : les Juifs et leurs anciens n’étaient-ils donc pas mieux qualifiés que personne pour amener sur la scène ce glorieux personnage, Jésus ? — Car le centurion avait foi en la miséricorde aussi bien qu’en la puissance de Christ ; son serviteur, qui lui était « fort cher », était malade et s’en allait mourir. Il lui fallait Jésus.
« Et Jésus alla avec eux. Et déjà comme il n’était plus guère loin de la maison, le centurion envoya des amis vers lui, lui disant : Seigneur, ne te donne pas de fatigue, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ; c’est pourquoi je ne me suis pas cru digne moi-même non plus d’aller vers toi ; mais dis une parole et mon serviteur sera guéri ». Il y avait là assurément le plus profond respect et la plus vraie affection personnelle pour le Seigneur. Quelque ignorant qu’il fût peut-être à d’autres égards, le centurion avait un sentiment profond de l’excellence de la personne de Christ, et ici encore son humilité correspondait à la mesure de gloire qu’il discernait. Le message des amis du centurion dépeint admirablement le caractère et les sentiments de celui-ci. Lui ne disait rien à Jésus des services qu’il avait rendus aux Juifs ; il ne parlait de rien qui lui fût personnel, si ce n’est de son indignité, et il était si conséquent dans toute sa manière d’agir qu’il demandait à Jésus de ne pas venir sous son toit, tant il se sentait indigne de Le recevoir. Il y avait dans l’âme de cet homme tout juste l’opposé de l’idée de faire à Christ un honneur en croyant en Lui, et il ne pensait pas à Le recevoir pour se donner du crédit : deux choses qui, hélas ! se retrouvent souvent. La simplicité de cœur de cet homme est aussi apparente que sa grande foi : il n’y en avait pas de pareille en Israël ; et cependant on la trouvait chez un homme qui aimait Israël. C’était, à tous égards, une leçon de grâce pour la foule qui suivait Jésus ; pour nous également, je n’ai pas besoin de le dire.
En même temps que la grâce envers les Gentils apparaît la puissance de ressusciter les morts, puissance se manifestant ici dans des sympathies humaines, en témoignage que Dieu avait visité Son peuple (v. 11-17). Cette puissance de résurrection devait être manifestée encore plus glorieusement en Christ, et devenir la source de toutes les choses nouvelles pour l’homme, selon Dieu qui ressuscite les morts. Cette résurrection est une nouvelle et merveilleuse démonstration que le Seigneur, dans le caractère de Son œuvre, dépasse ici la sphère de la loi et de ses ordonnances : Car « la loi a autorité sur l’homme aussi longtemps qu’il vit » (Rom. 7, 1). De quel profit peut-elle être pour un mort ? Mais « ce qui était impossible à la loi, en ce qu’elle était faible par la chair, Dieu, ayant envoyé son propre Fils en ressemblance de chair de péché et pour le péché… » (Rom. 8, 3). La grâce et l’énergie divine se déployaient dans un homme touché par le sentiment de nos infirmités : chacun des détails que nous lisons ici, en est la démonstration. Le mort était le « fils unique de sa mère, et elle était veuve ». « Et le Seigneur, la voyant, fut ému de compassion envers elle et lui dit : Ne pleure pas. Et s’approchant, il toucha la bière… et le mort se leva sur son séant, et commença à parler. Et il le donna à sa mère ». Comme tout ici est à la fois admirablement humain et en même temps manifestement divin !
La guérison de l’esclave du centurion et la résurrection du fils de la veuve montrent le changement qui a lieu dans cette partie de Luc. Il en est de même de la scène qui suit ; elle met en évidence le changement de dispensation qui s’accomplit ; le Seigneur rend ici témoignage à Jean-Baptiste, non pas lui au Seigneur. Jean envoie deux de ses disciples auprès de Jésus, dont on lui avait rapporté les miracles, afin d’apprendre de Sa propre bouche qui Il était. En sommes-nous surpris ? — Jean avait prêché et baptisé sur la confession des péchés et la foi au Messie qui allait paraître. Tout était changé maintenant. Jean était en prison et n’avait pas été délivré ; il n’était plus question d’un peuple se préparant pour le Seigneur. Cela n’était-il pas étrange ? En tout cas, Jean cherchait une réponse catégorique et comptait sur la parole de Celui qui opérait de si grandes et saintes œuvres ! Mais quel commentaire au merveilleux changement qui s’opérait, que ce message de Jean ! Jean remettait pour ainsi dire ses disciples au Seigneur ! En cette heure-là, « Jésus guérit plusieurs personnes de maladies et de fléaux et de mauvais esprits, et il donna la vue à plusieurs aveugles ». Et répondant aux messagers de Jean, Il leur dit : « Allez, et rapportez à Jean les choses que vous avez vues et entendues : que les aveugles recouvrent la vue… » (v. 21-23). En même temps le Seigneur, s’Il ne reçoit plus témoignage de Jean, rend témoignage à Jean ; Il le reconnaît ainsi que son œuvre, mais comme d’un terrain plus élevé sur lequel Il s’était placé en grâce et en puissance de résurrection, à la suite de Sa réjection dans le monde et par le monde, en sorte que, quoiqu’Il fît du bien à tous, Il dit : « Bienheureux est quiconque n’aura pas été scandalisé en moi ». C’est pourquoi, dans le verset même dans lequel le Seigneur reconnaît Jean-Baptiste de la manière la plus explicite, Il fait ressortir le changement qui allait s’opérer, disant : « Mais le moindre dans le royaume de Dieu est plus grand que lui » (v. 28). Bienheureux ceux qui justifiaient Dieu en étant baptisés par Jean ; malheureux les hommes à propre justice qui rejetaient le conseil de Dieu contre eux-mêmes ! « La sagesse a été justifiée par tous ses enfants » ; ils comprennent les voies de Dieu dans le serviteur aussi bien que dans le Seigneur. Ces voies sont très différentes, mais les enfants de la sagesse les comprennent en grâce. « Cette génération », hélas ! ne comprend ni les unes ni les autres, et blâme les unes comme aux autres. Jean est trop juste pour eux, Jésus trop plein de grâce. Les complaintes de l’un et les douces mélodies de l’autre leur inspirent la même aversion. Telle est la sagesse de l’homme devant les voies de Dieu. Mais au moins les enfants de la sagesse justifient la sagesse.
En dépit de la perversité des hommes, le Seigneur ne cesse pas de se manifester au monde. En conséquence Luc introduit ici (v. 36-50) un fait qui montre comment la sagesse de Dieu est justifiée par ceux qui la reconnaissent en Jésus. C’est une scène de grâce, de pure et pleine grâce qui pardonne et qui ne s’arrête pas jusqu’à ce qu’elle ait renvoyé en parfaite paix la pécheresse qui en est l’objet. Jésus est dans la maison du pharisien, qui avec toute sa sagesse était en défaut sur le point essentiel : Simon n’avait pas su reconnaître la gloire de Christ. Le Seigneur, répondant à la pensée qu’Il lisait dans son cœur, lui montre, en contraste avec la femme « qui était une pécheresse », que le point sur lequel il portait un jugement, était précisément celui où il était en défaut. Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, ni Ses voies nos voies. Quoi ? Si ce Jésus méprisé n’était pas seulement un prophète, mais un Sauveur de pauvres pécheurs perdus ? Dieu n’était pas connu ; là était le secret ! L’âme convertie voit la gloire du Seigneur comme grâce envers elle ; celui qui n’est pas convaincu, quoique humainement intéressé, juge selon ses propres pensées et ne sait pas voir la gloire qui n’est pas selon ces pensées. Le jugement de l’homme à l’égard de l’évangile doit donc être faux ; recevoir l’évangile comme une grâce est la seule chose juste et le seul chemin pour arriver à le connaître.
L’histoire de la femme pécheresse nous fournit donc un exemple clair et direct des voies de Dieu : Dieu pardonnait les péchés en grâce, souverainement, librement, à tout pécheur quel qu’il fût ; Il manifestait et produisait l’amour dans l’âme pardonnée qui aime Dieu, parce que Dieu est amour, et cela à l’égard de ses péchés, en Jésus le Seigneur. C’était réellement la grâce, le principe sur lequel un homme quelconque, gentil ou non, pouvait être reçu, et Dieu manifesté, non en exigeant quelque chose de l’homme, donnant ainsi de l’importance à l’homme dans la chair, mais en donnant toute la place à Dieu, le caractère de Dieu en grâce souveraine introduisant ainsi la bénédiction et ses bienheureux effets dans le cœur ramené à la confiance en Dieu par le sentiment de Sa bonté.
Quel tableau ! La bonté connue non seulement dans l’acte, mais dans la personne de Celui qui l’accomplit. Le discernement du péché dans sa forme grossière par l’homme était une chose ; la grâce de Dieu qui pouvait tout effacer et pardonner était une chose bien différente. Christ n’était pas là pour juger et pour sanctionner les pharisiens ; mais l’amour pour un pécheur manifestait Dieu sous ce nouveau caractère de grâce, produisant un amour saint et plein de gratitude pour Dieu et une relation bénie, souveraine et hors de la portée de l’homme. Mais il faut que Dieu démontre toujours de nouveau la justice et la perfection de Ses voies de bonté envers l’homme, tant est dur le cœur de l’homme ! Le Seigneur s’identifie Lui-même avec le croyant ; Il le soutient et le défend contre le monde orgueilleux : et la foi puise là son assurance. Sans aucun égard pour les commentaires, Jésus s’adresse non à l’incrédulité, ce qui aurait été sans profit, mais à ceux qui ont la foi ; ayant communiqué le pardon, Il montre à l’âme sa « droiture », c’est-à-dire les justes pensées sur Dieu et sur le « moi » qui sont la part de la foi. La dernière parole du Seigneur règle tout. L’amour de la femme était non pas certainement la cause du pardon, mais une base de son évidence. « Ta foi t’a sauvée, va-t’en en paix ». La conscience est déchargée de tout le poids qui l’oppressait, et le cœur se trouve infiniment et éternellement le débiteur de la fontaine toujours jaillissante de toute grâce.