Chapitre 8

Nous avons vu, dans ce qui précède, le Seigneur se présentant par Ses paroles et par Son œuvre comme un centre nouveau, vers lequel et autour duquel les siens étaient rassemblés. Avant ce moment, lorsque Israël était le point de rassemblement, Jéhovah avait été le centre, car Jéhovah était au milieu des Juifs, et le temple, le lieu où Il se rencontrait avec le peuple. Maintenant le Fils est là, « Dieu… manifesté en chair », et il faut que Lui soit le centre de tout. Mais Israël ne voulait pas être rassemblé, comme le Seigneur Lui-même le dit au chapitre 23 de l’évangile de Matthieu : « Jérusalem, Jérusalem, la ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants… et vous ne l’avez pas voulu » (v. 37). Ésaïe tient le même langage, chapitre 65, 2 : « J’ai étendu ma main tout le jour vers un peuple rebelle ». Israël ne pouvait jouir de la bénédiction, parce que la chair était incapable de la retenir. La chair envisagée simplement comme telle est « comme l’herbe » (És. 40). Nous trouvons deux grands principes dans les derniers chapitres d’Ésaïe : d’abord, la chair comme chair ne pouvait retenir la bénédiction et être dépositaire des promesses, car lorsque la grâce parfaite vint dans la personne du Seigneur, Il trouva le peuple auquel Il était envoyé, flétri comme l’herbe. « L’herbe est desséchée, la fleur est fanée, mais la parole de notre Dieu demeure à toujours ». Ensuite Dieu n’abandonnait pas Ses desseins : c’est pourquoi, au chapitre 49, nous trouvons Jéhovah disant au Christ : « Tu es mon serviteur, Israël, en qui je me glorifierai », et le Christ répondant : Si Dieu doit être glorifié en Israël, « j’ai travaillé en vain, j’ai consumé ma force pour le néant et en vain ; toutefois mon jugement est par-devers l’Éternel, et mon œuvre par-devers mon Dieu ». Alors Jéhovah dit : « Quoique Israël ne soit pas rassemblé, je serai glorifié aux yeux de l’Éternel… Je te donnerai aussi pour être une lumière des nations, pour être mon salut jusqu’au bout de la terre ». Voilà ce que Christ devient dans l’évangile de Luc : « une lumière » pour éclairer les Gentils, etc. Plus tard, Paul, avec la parfaite justesse de l’Esprit, cite ce même passage, si bien fait pour eux, aux Juifs d’Antioche : « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations, car le Seigneur nous a commandé ainsi : Je t’ai établi pour être la lumière des nations… » (Act. 13, 46-47 et encore Act. 28, 28). Israël sera rassemblé plus tard, car Christ rétablira les tribus de Jacob et délivrera les captifs d’Israël ; mais auparavant, Il se tourne vers les nations. Le Seigneur nous présente dans Luc un tableau de tout. Au chapitre 7, nous voyons Israël rejeter à la fois Jean-Baptiste et Christ, mais « la sagesse a été justifiée par tous ses enfants ». Les pharisiens et les docteurs de la loi ne justifiaient pas Dieu du tout, car ils ne voyaient aucune beauté en Jésus, tandis que les publicains le faisaient ; et ainsi la pauvre pécheresse, dont le cœur était touché par la grâce de Dieu, est une vraie « enfant de sagesse » et est introduite ici comme démonstration du grand fait que Christ est le nouveau centre de bénédiction, « quoique Israël ne soit pas rassemblé ».

Le Seigneur poursuit ensuite Son témoignage, rassemblant d’abord par la parole, au chapitre 8, puis, au chapitre 9, envoyant Ses disciples prêcher avec l’ordre de secouer la poussière de leurs pieds, s’ils n’étaient pas reçus, en signe que le dernier témoignage était donné s’ils étaient rejetés.

Versets 1 et 2. — Deux classes de personnes sont rassemblées ici autour de Christ. D’abord, les douze apôtres, témoins publics donnés par la grâce de Dieu pour être les vases de témoignage, manifestant le pouvoir électif de Dieu dans leur appel et dans le fait que Christ les envoyait avec toute l’énergie du ministère ; apôtres de Christ, envoyés par Lui-même, selon Sa parole : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20, 21) ; Ses « élus », comme Il dit ailleurs : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis, etc. » (Jean 15, 16). En second lieu, d’autres personnes que l’affection rassemblait autour de Christ, qui n’avaient aucun office dans l’Église, mais dont les cœurs avaient été touchés et attirés vers Lui ; qui n’étaient pas envoyées comme ceux dont nous venons de parler plus haut, mais qui n’étaient pas moins dévouées de cœur que les apôtres, car elles suivaient le Seigneur et L’assistaient de leurs biens.

Les versets 4 à 8 nous donnent la parabole du semeur, avec ceci de particulier qu’il ne s’agit pas ici du royaume comme dans Matthieu, mais du témoignage relatif à ce que Christ ressemblait et à ceux qu’Il rassemblait, non pas à la forme que prendrait plus tard le royaume. Le fait même que Jésus venait comme semeur démontrait qu’Israël était mis de côté, car si le Christ avait été là pour Israël Sa vigne, Il eût dû chercher du fruit de Sa vigne qu’Il avait plantée, si longtemps auparavant : Il était venu précédemment ainsi à Israël, cherchant du fruit, et n’en trouvant point. Maintenant Il vient avec le nouveau caractère d’un semeur, chose bien différente. Il vient dans un vaste monde où il n’y a rien, et y commence une œuvre nouvelle. Dieu ne cherche pas maintenant du fruit chez l’homme, parce que l’homme a été démontré être un arbre mauvais, et que plus on laboure et fume le sol autour d’un mauvais arbre, plus l’arbre porte de mauvais fruits : « chaque arbre se connaît à son propre fruit » (Luc 6, 44). Christ vient pour chercher et sauver ce qui était perdu. Dieu va produire maintenant le fruit qu’Il désire : Il ne pense plus désormais à demander à l’homme de produire quelque fruit que ce soit, car Jean-Baptiste dit que « tout arbre qui ne produit pas de bon fruit est jeté au feu ». C’est pourquoi le Seigneur vient maintenant comme un Sauveur, ne cherchant pas de fruit, mais faisant ce qui le produira.

Le Seigneur décrit ensuite le caractère et l’effet de Son œuvre de semeur, et les disciples (v. 9-15) Lui demandent de leur expliquer le sens de la parabole. Israël comme tel avait perdu sa place et était devenu un peuple sans intelligence (És. 27, 11). Dieu avait usé de longue patience envers lui ; sept cents ans s’étaient écoulés depuis qu’Il avait dit à Ésaïe : « Va, et dis à ce peuple : En entendant vous entendrez et vous ne comprendrez pas » (És. 6, 9). Individuellement, un Juif pouvait être attiré vers Jésus ; mais, comme nation, Israël était endurci. Le Seigneur donne aux disciples l’explication de la parabole ; mais au peuple comme tel Il parle en paraboles (voyez v. 10), accomplissant ainsi les paroles du prophète prononcées si longtemps auparavant. Le témoignage est clos maintenant quant à Israël, mais non pas quant au propos final de Dieu à son égard.

La semence est semée sans distinction ; quoique l’homme la rejette, car sa volonté s’y oppose, elle est néanmoins semée dans le cœur. La parabole du semeur montre comment la Parole de Dieu est parfaitement adaptée aux besoins de l’homme, parlant à sa conscience et à son cœur. « Jamais homme ne parla comme cet homme » (Jean 7, 46). Christ parlait avec une puissance qui atteignait le cœur et les affections ; mais la volonté est corrompue et résiste ainsi à la Parole. Il ne s’agit pas ici de grâce abstraite, mais de la condition de l’homme ; c’est pourquoi nous trouvons la Parole si parfaitement appropriée aux besoins de l’homme, non pas réclamant de lui la justice, mais intervenant avec puissance pour lui montrer qu’il est un pécheur et mettant à découvert les pensées et les intentions du cœur (comp. Héb. 4, 12, 13). Le cœur étant ainsi mis à nu, la Parole vient avec toute la douceur et les consolations de la grâce ; car il y a en Dieu de quoi satisfaire une âme dans quelque état qu’elle puisse se trouver. La Parole s’adresse au cœur, c’est pourquoi l’évangile laisse l’homme sans excuse.

Quelques-uns reçoivent la Parole avec joie (v. 13) : c’est la preuve que la conscience n’est pas touchée, car lorsqu’elle est touchée, l’âme est tout autre chose que joyeuse, jusqu’à ce qu’elle connaisse le pardon. Les sentiments peuvent être atteints pour un temps, la Parole être écoutée avec joie, mais cette joie sera suivie de douleur. La Parole, quand elle est reçue ainsi, n’a pas de racine ; elle est reçue avec joie et abandonnée dans la tribulation.

Ceux qui ont la Parole semée au milieu des épines forment une autre classe. L’intelligence peut être convaincue et recevoir la vérité ; mais les soucis, les plaisirs et les richesses de ce monde viennent et étouffent la Parole. Ces soucis sont d’autant plus subtils qu’ils se présentent comme des devoirs nécessaires ; et ce n’est pas un mal de faire son devoir, bien au contraire, car il est bon et juste que chacun vaque à son devoir dans sa vocation journalière. Mais si ces devoirs étouffent la Parole et qu’un homme perde ainsi son âme, n’avons-nous pas fréquemment besoin, à cause de la tendance naturelle du cœur, d’être rappelés à cette parole : « Voyez, et gardez-vous de toute avarice » (Luc 12, 15), c’est-à-dire de l’amour des choses d’ici-bas ? Un homme était venu au Seigneur, disant : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi l’héritage ». Le cœur de cet homme désirait jouir de ce qui lui revenait. Si l’amour du monde ou l’avarice s’introduisent au milieu des saints, le mal est d’autant plus difficile à guérir qu’il a un caractère insidieux, que souvent la discipline ne peut pas atteindre. Si l’avarice se glisse dans le cœur, elle entrave la puissance de Christ sur l’âme et sur la conscience ; elle engloutit pour ainsi dire la vie pratique du chrétien, et l’âme est flétrie ! La puissance de Dieu peut lui mettre un obstacle ; mais les soucis de l’avarice pour les choses de la terre sont si subtils que, même s’il n’y a rien de positif sur quoi mettre la main, la puissance pratique de la vie chrétienne dans l’âme est perdue, quoique, je n’ai pas besoin de le dire, la vie éternelle ne puisse jamais se perdre en ceux qui l’ont une fois reçue.

« Mais ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, la retiennent dans un cœur honnête et bon, et portent du fruit avec patience ». Le monde peut estimer qu’il y a des fruits beaux et excellents ; mais là où le cœur n’a pas saisi Christ, on devient las. Il n’y a pas de persévérance lorsque Christ ne possède pas l’âme ; quand Il la possède, il y a un motif qui demeurera ; l’âme persévérera et portera « du fruit avec patience ». Ceux qui entendent et qui gardent persévèrent ; car ils ont dans le Seigneur leur motif pour agir. La tribulation peut surgir dans l’Église ; on peut être désappointé même dans des frères ; mais ceux qui ont Christ devant eux persévèrent ; la parole qu’ils ont entendue et qu’ils gardent les met en rapport avec Lui, et Christ est plus que tout le reste.

Il s’agit ici (v. 16-18), non du salut éternel, mais de l’effet pratique de la Parole semée dans le monde, de la croissance de la Parole dans l’âme ; cet effet ne restera pas caché sous un boisseau. « Vous êtes la lumière du monde » et « le sel de la terre » (Matt. 5, 13-16). Ceux qui paraissent seulement être chrétiens se montreront bientôt tels qu’ils sont : « À quiconque n’a pas, cela même qu’il paraît avoir sera ôté ». Mais ceux en qui la Parole opère efficacement sont appelés à être comme une « lampe » placée sur un pied de lampe. Israël étant rejeté pour un temps, Dieu place dans le monde une nouvelle lumière qu’Il a allumée à cause des ténèbres du monde. Christ sur la terre était la lumière du monde, à cause des ténèbres de celui-ci ; et maintenant nous devrions être une lumière dans le monde, car nous sommes « lumière dans le Seigneur » (Éph. 5, 8). La lumière est allumée par la Parole de Christ, et les hommes sont responsables de la Parole qu’ils ont reçue. Supposez que vous ayez entendu la Parole et que vous ne portiez pas de fruit : il sera bientôt manifesté que vous avez entendu la Parole et que vous l’avez perdue ainsi que la puissance spirituelle qui l’accompagne ; lors même que vous seriez des saints, il n’en est pas moins vrai que tout ce que vous avez entendu sans fruit ou puissance qui en découle apparaîtra au grand jour, « car il n’y a… rien de caché qui ne se connaîtra et ne vienne en évidence ». « Prenez donc garde comment vous entendez ». Christ attend les résultats de Son travail de semeur : il faut non seulement écouter, mais posséder ; à cela se lie la responsabilité, car si vous gardez la parole que vous avez entendue, il vous sera donné davantage. Si, en écoutant, je possède ce que j’entends, n’en ayant pas seulement de la joie, mais le possédant comme mon bien, alors ce que j’entends devient une partie de la substance de mon âme et j’en recevrai davantage : car lorsque la vérité est devenue une réalité dans mon âme, j’ai une capacité pour recevoir davantage. Vous avez entendu parler, par exemple, de la seconde venue du Seigneur et vous avez compris la part de l’Église comme Épouse de Christ ; si vous ne saisissez pas ces choses pratiquement pour les posséder, ayant communion avec Dieu à leur sujet, ce en quoi consiste la possession, il arrivera que vous perdrez l’attente présente de cette venue de Christ et que vous oublierez votre place de séparation d’avec le monde ; peu à peu la vérité vous échappera, parce que vous ne l’avez pas gardée dans votre âme devant Dieu. Puis votre âme s’émoussera et tombera dans un sommeil de mort où vous perdrez la vérité même que vous aviez reçue. Par contre, si vous vivez dans l’attente journalière du Seigneur venant du ciel, vous ne ferez pas de plans d’avenir, vous n’amasserez pas des biens pour le lendemain, mais vous apprendrez toujours davantage, parce que d’autres vérités viendront se grouper autour de cette grande vérité centrale ; vous serez gardés dans la vérité. Si, au contraire, comme je l’ai dit plus haut, vous laissez échapper cette vérité centrale en disant que Jésus ne peut pas venir encore, parce qu’il faut que tant de choses s’accomplissent avant qu’Il vienne, le progrès de votre communion avec Dieu sera entravé, tout progrès d’une âme étant selon la mesure de ce que cette âme a entendu et gardé devant Dieu. Quel profit peut-il y avoir à m’apprendre que le Seigneur peut venir demain, si je continue à vivre comme s’Il ne devait pas venir avant un siècle ? Quelle consolation et quelle bénédiction cette vérité apportera-t-elle à mon âme, si je dis dans mon cœur : « Mon Maître tarde à venir » (voyez Luc 12, 45) ? Quoique je ne puisse pas perdre la vie éternelle, je perds la vérité et la lumière que j’avais ; je flotte dans le courant de la vie, moitié monde, moitié Christ, et toute la puissance de la vie chrétienne est obscurcie dans mon âme. La vérité, tenue ferme en communion avec Dieu, sépare pour Dieu. La vérité doit produire du fruit ; et vous n’avez aucune vérité qui n’en porte pas. La vérité est là pour édifier l’âme : « Sanctifie-les par la vérité ; ta parole est la vérité » (Jean 17, 17). Christ me devient précieux dans la vérité que j’attends, et par cette vérité ; et si elle n’a pas cette puissance, elle se perd, n’aboutit à rien et est ôtée. Si Christ a du prix pour moi, je L’attends avec affection, et s’il n’en est pas ainsi, la simple vérité sera bientôt abandonnée.

Versets 19 à 21. — Ici, le Seigneur clôt Sa relation avec Israël selon la chair, car les relations de « mère » et de « frères » Le mettent en rapport avec Israël selon la chair. Remarquez que Jésus distingue ici le résidu par l’expression de : « Ceux-ci », comme Il avait fait au chapitre 6 en disant : « Vous ». Sa mère et Ses frères venaient seulement auprès de Lui à cause de leur relation naturelle avec Lui ; et il y avait dans le Seigneur toutes les affections naturelles, car à la croix nous Le voyons se souvenir de Sa mère et la recommander aux soins de Jean. Ici, dans Sa réponse, c’est comme s’Il disait : Je suis sur un terrain nouveau ; « ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique ». Israël, quant à la relation selon la chair avec le Seigneur, était rejeté, Jésus n’avouant et ne reconnaissant pour siens que ceux dans les cœurs et dans les consciences desquels la Parole de Dieu avait eu de l’effet. Il ne s’agissait pas de ce qu’on trouvait dans la nature, mais de ce qui était le fruit de la grâce, produit par la puissance divine, par la Parole ; ce principe étant ainsi établi, afin qu’il s’étende aussi bien aux nations qu’aux Juifs, quoiqu’il n’ait été pleinement manifesté qu’après la résurrection du Seigneur. Ces trois versets 19 à 21 sont une sentence judiciaire sur Israël, qui prend fin au verset 21.

Dans les versets 22 à 26, nous trouvons un exemple de ce que nous avons à attendre si nous suivons le Seigneur, et de ce que le Seigneur sera pour ceux qui seront éprouvés par des circonstances comme celles qui nous sont présentées ici. Le fait qu’ils étaient les disciples et les compagnons de Jésus a pour effet de placer à toute heure ceux qui suivent le Seigneur dans toutes sortes de dangers : ils ne sont pas sur terre ferme, mais ballottés sur une mer orageuse, et Christ est absent — Il dormait. Un vent impétueux fond sur le lac, la nacelle se remplit d’eau, et les disciples pleins d’effroi sont en péril. Mais Jésus était dans la même nacelle qu’eux. Celui qui a fait les mondes, le Fils de Dieu, était avec eux, et cependant ils sont effrayés et s’écrient : « Maître, maître, nous périssons ! », comme si Lui eût pu être englouti par les eaux. Ils montrent ainsi qu’ils ne connaissaient pas quel était Celui qui était avec eux dans la nacelle. Pour nous qui lisons paisiblement les détails de cette scène, nous trouvons bien absurde l’incrédulité des disciples ; mais n’en est-il pas exactement de même de nous spirituellement ? N’avons-nous aucune crainte, quand nous sommes poussés çà et là par la tempête et que les flots s’agitent dans l’Église ? Assurément oui, car plus d’un cœur a dit : « Qui nous fera voir du bien ? », oubliant ce que Dieu fait et opère, quand l’homme lutte visiblement contre les desseins de Dieu. Mais on ne se moque pas de Dieu, et Dieu poursuit l’accomplissement de Ses desseins à travers tous les orages que les hommes ou le diable peuvent susciter. Au chapitre 16 de l’évangile de Jean, nous voyons les disciples dans la tristesse, parce que Jésus s’en allait. Le Seigneur leur avait dit (chap. 14, 28) : « Si vous m’aviez aimé, vous vous seriez réjouis de ce que je m’en vais au Père, car mon Père est plus grand que moi ». Au chapitre 16, Il leur dit : « Maintenant je m’en vais à Celui qui m’a envoyé, et aucun d’entre vous ne me demande : Où vas-tu ? Mais parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur ». Dieu accomplissait Ses conseils de grâce en rédemption par le départ de Christ. Les disciples perdaient de vue que Dieu était à l’œuvre dans tout ce qui se passait et que rien ne peut L’empêcher d’accomplir ce qu’Il s’est proposé. Ils pensaient, lorsque Jésus fut crucifié, que toutes leurs espérances étaient réduites à néant. Ils disaient : « Nous espérions qu’il était celui qui doit délivrer Israël » (Luc 24, 21), au moment même où, par Sa résurrection, tout allait s’accomplir pour eux. Ils auraient dû demander : « Où vas-tu ? » (voyez Jean 16, 5). Ce n’est pas qu’il ne paraisse pas maintenant y avoir des périls, de la confusion, des afflictions ; mais la foi regarde à Dieu, voit Dieu à travers tout, et demande : Que fait le Seigneur ? Où va le Seigneur ? En tout et à travers tout, le Seigneur ne s’est pas détourné de Son chemin de l’épaisseur d’un cheveu. Nous pouvons être dans la détresse ; mais la foi ne dit pas que le Seigneur se tient loin ; elle Le sait près. Jésus permet que Ses disciples soient en péril, que la nacelle s’emplisse d’eau, et Lui dort ; afin de mettre à l’épreuve la foi des disciples pour voir s’ils se confiaient réellement en Lui, et si d’aussi folles pensées que celles qu’ils expriment surgiraient dans leurs cœurs en présence du danger. « Maître, maître, nous périssons ! », s’écrient-ils ; mais ils étaient dans la nacelle avec Christ, et les flots étaient impuissants contre eux. Il leur dit : « Où est votre foi ? ». Et Il pouvait justement leur parler ainsi ; car, si l’eau remplissait la nacelle, Lui aussi était là, et Il pouvait dormir au milieu de l’orage. Mais les disciples ne pensaient pas tant à Lui qu’à eux-mêmes, et ils disent : « Nous périssons ». Il en est exactement de même aujourd’hui : on peut être en danger avec Christ dans la nacelle en tout temps, aujourd’hui comme alors, et Christ est réellement bien plus avec nous maintenant qu’Il ne l’était alors avec les disciples, car Il nous est bien plus parfaitement révélé, et nous sommes unis à Lui, un avec Lui, en sorte qu’Il est avec nous à chaque instant dans la puissance de l’Esprit. Quelle que soit l’élévation des vagues, la mer n’engloutira pas Son amour et Ses pensées envers nous. Dieu éprouve notre foi. Il pose la question si nous avons cette foi qui réalise la présence de Christ de telle manière qu’elle nous tient calmes et en paix au milieu de l’orage comme dans les jours sereins. Ce n’était pas réellement à l’état de la mer, à son calme ou à son agitation, que tenait le danger de Pierre (Matt. 14), car sans Christ il aurait enfoncé dans une mer calme aussi bien que dans une mer agitée. Pierre enfonçait, parce que ses yeux s’étaient détournés de Christ et regardaient les flots. Si nous marchons avec Christ, nous rencontrerons toutes sortes de difficultés, plus d’une mer orageuse ; mais étant un avec Lui, sa sûreté est la nôtre. Notre œil devrait se détourner des événements, quelque solennels qu’ils soient — et ils le sont de nos jours, j’en ai le sentiment profond — pour demeurer fixé sur Christ. Oui, les temps sont graves, le mal augmente ; mais tout est sûr et arrêté comme si le monde nous était favorable. J’ai vraiment peur de la manière dont beaucoup de bien-aimés frères s’occupent des événements, au lieu de regarder à Christ et de L’attendre. Le Seigneur Lui-même est la sûreté des siens ; or que le monde suive son train comme il l’entend, aucun événement ne peut atteindre Christ. Nous sommes sains et saufs sur la mer, si seulement nos yeux ne regardent pas aux vagues et que nos cœurs soient concentrés sur Christ et sur les intérêts de Christ : alors le diable lui-même ne peut nous toucher.

Versets 26 et suiv. — Quel tableau solennel des conséquences de la réjection de Christ par le monde ! Christ vient et trouve l’homme entièrement sous la puissance du diable. Un homme d’entre les Gadaréniens était possédé ; mais Christ le délivre, montrant ainsi qu’Il avait toute puissance sur l’ennemi. Une parole de Christ chasse les démons. « Le Fils de Dieu a été manifesté, afin qu’il détruisît les œuvres du diable » (1 Jean 3, 8). Quel fut l’effet de cette délivrance opérée par le Seigneur ? « Toute la multitude du pays environnant des Gadaréniens, pria Jésus de s’en aller de chez eux ». Ces Gadaréniens qui avaient supporté les démons, parce qu’ils ne pouvaient pas s’en débarrasser, ne veulent pas supporter Christ, et Le prient de s’en aller de chez eux ! L’homme voudrait bien enchaîner « Légion », s’il pouvait, car il n’aime pas les effets de la puissance de Satan ; mais la volonté de l’homme est opposée à Christ ; l’homme a une haine délibérée contre Christ. Le Seigneur vint dans le monde, plein d’amour et de puissance, pour délivrer l’homme des conséquences du péché ; mais l’homme rejeta Christ, et Dieu ne demeure pas là où la volonté est résolue et déterminée contre Lui. Quand les Gadaréniens demandèrent à Christ de se retirer de chez eux, Il monta immédiatement dans la nacelle et s’en retourna. Le monde dans lequel nous vivons est comme ces gens : il a tranquillement rejeté Christ. Mais Dieu les abandonna-t-Il, quoique Christ s’en soit allé pour un temps ? Non, bien au contraire ; Il envoya au milieu d’eux l’homme qu’Il avait guéri, afin qu’il leur racontât quelles grandes choses Dieu lui avait faites : et c’est là ce que les disciples de Christ ont fait dans le monde ; le résidu délivré dira, lui aussi, au monde quelles grandes choses Dieu aura faites pour lui.

Les « pourceaux » me semblent représenter l’état des Juifs après qu’ils ont rejeté Christ. Le Seigneur, sans doute, permet aux démons d’entrer dans les pourceaux, car les pourceaux, n’ayant pas de passions à eux, étaient poussés par les démons à se précipiter dans la mer, montrant que c’était leur possession par les mauvais esprits qui les poussait à la destruction. Nous savons par Josèphe et d’autres sources historiques qu’il est difficile de se figurer l’infatuation avec laquelle les Juifs se précipitèrent vers leur propre ruine, lorsque ces puissances gentiles vinrent et foulèrent la sainte ville. Leur ruine fut la conséquence de la réjection du Seigneur dont ils se rendirent coupables.

Le Seigneur nous fournit par le moyen de faits réels deux autres tableaux de Ses voies en délivrance. Aux versets 40 et suivants, nous trouvons le récit de la résurrection de la fille de Jaïrus qui nous présente en figure l’histoire d’Israël : le Seigneur s’en allait guérir Israël qui se mourait ; mais pendant qu’Il était en chemin, le peuple Le serrait. Ce qu’Il était venu faire, Il le fit ; car le monde Le serrait, tandis qu’Il était en chemin pour guérir « la fille de son peuple » qui était malade. Quiconque pouvait Le toucher par la foi trouvait la guérison, une puissance sortant de Lui. La fille de Jaïrus « se mourait » ; l’homme n’a pas été déclaré mort avant que Christ ait été crucifié. Avant la venue de Christ, il n’y avait pas de guérison pour l’homme. Abraham a désiré voir le jour de Christ (Jean 8, 56). Il y a eu des prophètes qui ont parlé de Christ comme de Celui qui guérirait ; la bénédiction était promise, mais il n’y avait pas de médecin. « N’y a-t-il point de baume en Galaad ». N’y a-t-il pas quelqu’un pour guérir ? Il n’y avait personne ; aucun médecin ne pouvait guérir l’homme jusqu’à ce que Christ vînt ; et quand Il vint, on Le crucifia. En Lui il y avait une puissance vivante, car lorsque la foule Le pressait, une femme touche seulement le bord de Son vêtement, et il sort de Lui de la puissance qui la guérit. La guérison ne dépendait pas de l’état de ceux qui étaient guéris, mais de la puissance de Celui qui guérissait. Des médecins pouvaient appliquer remède après remède, tout était inutile jusqu’à ce qu’Il vînt, Lui qui pouvait communiquer la vie : alors tout change. Quand les foules Le serrent, Jésus reconnaît le toucher de la foi, et dit : « Quelqu’un m’a touché ; car je sais qu’il est sorti de moi de la puissance ». Avant qu’Il intervienne dans la puissance et la gloire de la résurrection pour apporter la vie d’entre les morts en Israël, Il guérit parfaitement là où il y a de la foi, car le Seigneur est toujours vivant pour répondre à la foi. La femme se cachait, car elle avait honte de se montrer à cause du sentiment qu’elle avait du mal dont elle avait eu besoin d’être guérie. Mais elle ne pouvait être cachée. Le cœur craint toujours de s’ouvrir, tant qu’il est replié sur lui-même ; mais lorsqu’il regarde à Christ, il s’ouvre à Lui, car c’est là toujours l’effet de Sa présence sur l’âme. La honte, la réputation, le caractère qu’on peut avoir aux yeux des hommes, tout s’efface devant le sentiment de ce que Lui est. Quand la grâce atteint le fond du cœur, tout le reste est facilement abandonné. Un lien s’était formé entre l’âme de cette femme et Christ : « Ta foi t’a guérie ; va-t’en en paix ». Le Seigneur apporte la paix et une consolation parfaites à l’âme de cette femme ; car Il ne guérit pas seulement, mais Il se fait aussi connaître. La femme ne doit pas seulement être guérie ; elle doit recevoir de Sa bouche l’assurance de la paix.

À ce moment, quelqu’un vient de chez Jaïrus, disant : « Ta fille est morte, ne tourmente pas le Maître » : ces gens pensaient que Jésus pourrait bien guérir la jeune fille aussi longtemps qu’elle était encore vivante ; maintenant qu’elle était morte, ils supposaient qu’Il ne pouvait plus rien. Dans cet état, la jeune fille est une image d’Israël qui est mort devant Dieu, comme les nations. Mais Jésus répond : « Ne crains pas, crois seulement, et elle sera sauvée ». Quand Il arrive dans la maison, Il ne laisse entrer personne que Pierre, et Jacques, et Jean (les colonnes de la gloire future, au temps où Il viendra comme la résurrection et la vie pour la nation morte), et le père de la jeune fille, et la mère.

Nous trouvons donc, dans ce chapitre, un tableau de ce qui s’accomplissait alors et de ce qui arrivera dans l’avenir. La semence, « la Parole », est semée ; nous apprenons l’effet qu’elle produit, l’usage que l’homme en fait. Dieu nous fournit l’explication de tout ce qui arrive et qui était parfaitement connu et arrêté dans Sa pensée ; mais si un orage s’élève, et si Christ paraît dormir et semble insensible au danger, quoique « Celui qui garde Israël » ne sommeille ni ne s’endorme (Ps. 121), comme disciples nous sommes dans la nacelle avec Lui. Qu’Il nous donne de nous reposer sur cette assurance en toute simplicité et sans laisser nos cœurs se tourner ailleurs, car, aussi bien que l’eau, Christ est dans la nacelle. Il faut seulement que le regard de la foi soit arrêté sur Lui ; alors, advienne que voudra, nous dirons : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ?… Au contraire, dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés » (Rom. 8). Alors plus il y aura de difficultés, plus aussi il y aura de bénédiction, en vertu de l’exercice de la foi.