Chapitre 14

Les relations immédiates et pour le temps d’alors, du Seigneur avec les Juifs, étaient, ainsi que nous l’avons vu, terminées, et le royaume des cieux annoncé dans la forme qu’il devait prendre par suite du rejet du Seigneur. Il ne cherchait plus de fruit dans Sa vigne, mais Il semait la Parole pour en avoir. Cependant Jésus continuait à s’occuper du peuple, montrant ce qu’Il était, et hélas ! ce qu’ils étaient eux-mêmes ; puis aussi, ce qui devait remplacer Ses relations avec les Juifs, telles qu’elles auraient été, s’Il avait été reçu.

Les chapitres 14 et 16 nous montrent ce qu’Il était alors pour les Juifs, et ce que le résidu deviendrait par Son absence loin de ce peuple ; enfin, le renvoi ou la mise de côté de ce dernier. Le chapitre 15 nous montre ce qu’Il était divinement pour Israël, lors même que ce peuple était méchant et rejeté ; seulement Jésus était tel, parce qu’Il était Dieu et que Ses conseils ne pouvaient changer. Cette grâce s’étend aux Gentils qui n’avaient aucun droit aux promesses, bien que le Seigneur n’abandonne pas Ses relations positives avec Israël, car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance. Il est bon de nous souvenir que, dans ce déploiement des voies de Dieu, la grâce du Seigneur, une grâce divine et personnelle, se manifeste de la manière la plus touchante et la plus instructive, et que, pour nous, des leçons pratiques ressortent continuellement de tout ce qui passe ainsi devant nos yeux.

Le rejet du témoignage de Dieu commence à se réaliser dans les faits. Jean-Baptiste est mis à mort par Hérode, à l’instigation de sa femme. Le Seigneur touché, et sensible à la violence faite à Son fidèle serviteur, se retire dans le désert. Élie, comme il est dit ailleurs, était venu, et ils lui ont fait ce qu’ils ont voulu, et le Fils de l’homme devait aussi souffrir de leur part. Cet acte de cruauté n’était pas seulement la mort du fidèle prédicateur du Seigneur, mais, par le cœur du témoin fidèle, il parlait de l’état du peuple. Quelque douloureux que fussent ses sentiments, comme venu au milieu d’eux, Son divin amour s’élève au-dessus de tout, au-dessus de Ses peines comme Fils de l’homme.

La multitude entend qu’Il s’est retiré dans le désert, et y accourt. Sortant de Sa retraite, Il voit la foule ; ému de compassion, Il les guérit. Sa bonté ne se lassait pas devant l’iniquité de l’homme, qui se hâtait maintenant de l’accomplir. Le soir étant venu, la multitude était là, n’ayant rien à manger. Les disciples, sentant l’inconvénient de cette position, veulent les renvoyer, ressource toute naturelle de l’homme. Mais Dieu était en Israël et voulait encore que Ses disciples, après tant de preuves, eussent la conscience de la puissance qui était là. Leur cœur n’avait d’autre ressource que ce qui était visible à l’homme et selon la mesure de l’homme. « Vous, donnez-leur à manger », dit le Sauveur, et moi, je leur donnerai ; mais eux, au lieu de la foi en Dieu, dans la puissance divine du Sauveur, ils avaient cinq pains et deux poissons. Quelle différence entre la foi et la chair ; entre Dieu, qui peut tout, et les pauvres ressources qui sont sous nos mains ! Mais la chair ne voit pas plus loin. Les disciples ne pouvaient pas se servir de la puissance qui était là ; hélas ! ils n’y pensaient pas. Mais ici le Seigneur manifeste ce qu’Il était au milieu du mal, non pas en se mettant en relation avec Israël, si Israël Le voulait, mais en se montrant au-dessus d’Israël, l’Éternel qui bénissait Son peuple, et le faisait selon Son cœur. Ce n’était qu’un témoignage de cette grâce, mais c’était à cette grâce que le témoignage était rendu. Au psaume 132, il est dit des temps où l’Éternel se lèvera, se souviendra de David et agira en grâce selon Son cœur : « Je rassasierai de pain ses pauvres ». Il le fait ; témoignage inutile pour Israël et même inutile pour les disciples, sauf la grâce, mais non pas inutile pour Sa gloire. — Le Christ rejeté est l’Éternel, le Sauveur de Son peuple malgré tout. La mort de Jean, prélude de Son rejet et de Sa mort, Le conduit à manifester Sa grâce divine et toute-puissante qui est au-dessus du mal et de l’incrédulité, même des siens. Il n’en est pas moins vrai que ce n’est qu’un témoignage et que les choses poursuivent leur cours, comme cela est visible ici par les faits.

Il envoie Ses disciples traverser la mer seuls ; Il renvoie le peuple et monte sur une montagne pour prier : tableau en peu de traits, mais tableau vivant, de tout ce qui allait arriver. Le peuple juif est renvoyé ; Christ est en haut ; les siens sur la mer. Toutefois, comme nous l’avons déjà vu partout dans cet évangile, les Juifs ou les disciples, comme résidu, sont au premier plan. Je ne doute même nullement que le nombre des corbeilles de débris, quelque léger que soit l’indice, ne se rapporte à la pleine bénédiction des derniers jours lors du règne. C’est le nombre consacré à cela : douze tribus ; douze apôtres ; douze trônes pour eux, jugeant les douze tribus ; douze étoiles sur la femme. — C’est l’idée de la perfection du gouvernement de Dieu dans l’homme. C’est pourquoi ce nombre se retrouve aussi dans la Jérusalem céleste. Mais venons-en aux faits plus formels de cette histoire.

Le Seigneur fait monter Ses disciples sans Lui dans une nacelle, puis Il renvoie la multitude des Juifs qui avait joui de Sa présence. Ceci ne représente pas des jugements sur le peuple ; mais Lui disparaît pour ainsi dire. Ceux qui sont au Seigneur, le petit résidu, sont à part, exposés au tourment de l’orage, sans avoir, personnellement présent avec eux, le Sauveur qui est en haut tout seul. Voilà la position. Cependant quelques autres faits se produisent. Le Seigneur les rejoint, maître de tous les éléments qui les exercent sur le chemin. L’eau et les vagues sont un chemin pour Ses pieds, et aussitôt qu’Il rejoint les siens, tout est calme ; alors ceux de la nacelle Le reconnaissent comme Fils de Dieu ; le monde aussi. Génésareth, qui L’avait rejeté, Le reçoit maintenant avec joie et ses plaies sont guéries, comme le résidu d’Israël avait trouvé la paix.

Nous n’avons pas encore parlé d’un autre fait. Pierre sort de la barque pour aller vers Jésus, avant que Celui-ci ait rejoint les disciples. Jésus marche sur l’eau quand Pierre va à Sa rencontre. Cette partie de l’histoire nous présente, je n’en doute pas, la position chrétienne en dehors du judaïsme. Jésus n’a pas encore rejoint Ses disciples, qu’Il avait fait monter dans la barque quand Il s’était séparé d’eux. Christ seul est la force et le motif : « Si c’est toi ». Il faut marcher là où il n’y a rien, comme Christ y a marché. L’agitation des vagues fait manquer de foi à Pierre ; mais la grâce et la puissance du Sauveur sont là, pour les autres comme pour lui-même. Il étend Sa main et soutient Son pauvre serviteur. C’est ce qu’Il fait afin que nous marchions comme Il a marché, là où il n’y a aucun autre soutien que Lui. Une fois que Christ est revenu vers Ses disciples, tout est paix ; le voyage est fini. Mais il y a encore ici de précieuses instructions personnelles.

Le chrétien doit marcher sur l’eau ; marcher par la foi, marcher comme Jésus a marché, là où il n’y a aucun sentier que la puissance divine ; là où l’homme ne peut pas marcher, et où il est totalement incapable de le faire. Marcher ainsi est le fruit de la puissance de Christ et de la foi dans le chrétien. Mais ce n’est pas tout. Il faut avoir l’œil fixé sur le Seigneur, sans cela on enfonce. Pierre regarde à la mer agitée et il enfonce. Christ étant hors de sa vue, Pierre se compare lui-même avec les difficultés ; impossible de marcher ainsi. Il avait raison, mais la puissance divine était entièrement oubliée. Ainsi en fut-il d’Israël avec les espions : Les villes sont murées jusqu’au ciel, les Anakim sont là, « nous étions comme des sauterelles ». C’était oublier Dieu. Lui, était-Il comme une sauterelle devant les Anakim ? Et qu’importaient des murs montant jusqu’au ciel ? Ils tombaient quand on sonnait avec une corne de bélier ! — Non, il s’agit de regarder vers Dieu, dans le chemin de Sa volonté, et c’est ce que Josué et Caleb ont dit : Si l’Éternel prend son bon plaisir en nous, nous en sommes bien capables. — Pierre avait dit : « Si c’est toi » ; alors il aurait toujours dû regarder vers Lui. Combien l’incrédulité est insensée ! Pierre a vu la mer agitée ; et si elle avait été calme ? La différence n’était pas là, mais dans le fait de regarder à Jésus ou non. Si l’on regarde à Lui, tout est possible, tout réussit, parce qu’Il peut tout et veut tout dans Sa grâce : toute bénédiction, tout le fruit de la foi, grâces à Dieu ! Jésus est là pour nous soutenir, quand même notre foi nous fait défaut. Si Jésus est l’objet qui nous fait marcher sur l’eau, Jésus est la force pour y marcher et il faut tenir l’œil fixé sur Lui. Si Sa puissance est là, l’orage n’est rien. Si elle n’y est pas, on enfonce dans le calme comme dans l’orage. On marche en tout cas par la foi, et il nous faut toujours Jésus, et avec Lui nous pouvons tout. L’orage et le calme sont alors la même chose.