Chapitre 15

Dans ce chapitre, la grande controverse avec le peuple, controverse au fond avec le cœur de l’homme, est continuée, mais sur le terrain moral ; toujours au milieu d’Israël, quoique pleine d’instruction pour tous les siècles. Ce sont les ordonnances en contraste avec la moralité voulue de Dieu, moralité immuable dans ce sens qu’elle se rapporte aux relations dans lesquelles l’homme se trouve placé, soit avec Dieu, soit avec les hommes, et qui consiste à maintenir dans notre marche ce qui convient à ces relations. Une fois que Dieu a formé ces relations, soit de Sa créature avec Lui-même, soit de Ses créatures entre elles, les devoirs qui en découlent ne sont que l’expression pratique de la relation, comme, par exemple, un vrai culte rendu à Dieu, la piété et l’obéissance filiales, ou toute autre conséquence de ces relations. Or le cœur corrompu de l’homme aime trop sa volonté propre et la satisfaction de ses convoitises, pour accomplir ses devoirs ; des formes de piété qui nourrissent son amour-propre lui plaisent plus que des devoirs, car elles le laissent libre de suivre ses convoitises ; ni Dieu ni Son caractère ne sont vraiment connus. Dieu n’est pas honoré dans le cœur, et le cœur n’est pas purifié. Se laver les mains vaut mieux pour un tel homme, qu’un cœur pur, ou que s’approcher réellement de Dieu.

Le Seigneur touche du doigt cette plaie morale, en montrant en même temps que le culte de ces hypocrites n’était nullement accepté de Dieu ; que les commandements des hommes ne faisaient que mettre Dieu de côté et exalter l’homme au détriment de la gloire divine. Les commandements de Dieu étaient annulés ; Son culte envahi par la fausse autorité des hommes, et rendu en vain par ceux-là même qui étaient entraînés dans ce courant (car le cœur de l’homme est facilement subjugué par de telles prétentions à la piété) ; enfin l’homme remplaçait Dieu en ce qui agissait sur le cœur.

Le Seigneur, en s’adressant à la foule qu’Il appelait vers Lui, prend soin de protester ouvertement contre les principes mêmes qui conduisaient à cette hypocrisie. Il n’y a rien que le Seigneur déteste plus que la religion humaine, les traditions des hommes. Rien n’exclut Dieu davantage, en abusant de Son nom pour assujettir les consciences qui ne Le connaissent pas véritablement.

Rien toutefois de plus simple : ce qui vient du cœur, voilà ce qui souille l’homme. Mais on voit ici comment le cœur de l’homme est influencé par ces choses et comment les simples subissent, par ce moyen, l’influence des hypocrites et de toute la classe des docteurs religieux. Les pharisiens étaient scandalisés de cette parole, disaient les disciples. Rien d’étonnant. Avoir une conscience placée devant Dieu, selon Sa Parole, et dans la lumière de Dieu, pour elle-même, cela gâtait toute leur affaire. Mais par amour pour nous, par la nécessité du vrai et du bon, c’est ce qu’il faut.

Or, au point où nous en sommes dans l’histoire du Sauveur, il ne s’agissait plus de tenir compte de ces faux docteurs ; ce n’étaient pas des plantes que le Père céleste du Seigneur avait plantées. Elles seraient déracinées. Il fallait les laisser : solennelle pensée à l’égard du peuple et aussi pour la chrétienté ! C’étaient des aveugles, conducteurs d’aveugles ; tous les deux tomberaient dans le fossé.

Pour les disciples, la réponse du Seigneur va plus loin, tout en faisant remarquer le manque d’intelligence de l’apôtre ; car, en effet, le principe est évident. Mais alors, quel tableau du cœur de l’homme, suivi, grâce à Dieu, par celui du cœur de Dieu et de Ses voies en grâce ! Ce qui sortait du cœur souillait l’homme. C’est tout simple. Mais qu’est-ce qui en sortait ? Mauvaises pensées, meurtres, puis une terrible liste de ces noirs produits du cœur déchu et corrompu. Le Seigneur n’aurait-Il pas pu éclaircir un peu ce sombre tableau par des traits de la lumière qui se trouvent dans ces cœurs ? Il ne s’en trouve pas. Il laisse le cœur de l’homme ainsi caractérisé. Lui ne manquait pas de bonté ; Il connaissait le cœur, savait ce qui en était de l’homme, mais, au bout de cette liste, Il se tait. Ce n’est pas qu’il n’y ait point de traits aimables dans le cœur naturel ; cela se trouve, même dans les animaux ; mais, moralement, voilà ce qui sort du cœur ; voilà les fruits de la racine du péché qui s’y trouve ; restreints, arrêtés, modifiés si l’on veut, mais tels sont les fruits que le cœur de l’homme produit, là où il lui est permis de suivre ses penchants.

Ainsi le Seigneur passe des usages hypocrites, employés par l’homme pour couvrir ce qu’il est et se donner un caractère religieux (quand même les vérités qu’on professe seraient divines et le système, dans son origine, émané de Dieu), Il passe, dis-je, des traditions humaines et du vain culte d’ordonnance humaine, au cœur qu’on cherche à cacher, et Il le met à nu. Nous apprenons ce qui en est de ce cœur, tel que Dieu le voit dans ceux qui ne sont pas des plantes plantées par le Père. Et leur religion qui le cachait — qu’était-elle ? L’hypocrisie de plus, et Dieu mis de côté par des ordonnances humaines. Voilà, dans un peuple que Dieu avait rapproché de Lui-même, et dans une religion qu’Il avait Lui-même établie, Dieu mis de côté pour introduire l’homme, ses saintes traditions et ses commandements, avec ses mains lavées à la place du cœur, puis, ce que le cœur naturel est dans ses fruits devant Dieu.

Maintenant (v. 21) le Seigneur passe de la manière la plus frappante à ce qui est en dehors de toutes les promesses, à une race maudite selon les promesses faites au peuple de Dieu, dans un endroit que le Seigneur cite comme modèle d’endurcissement. Là Il montre, tout en reconnaissant les dispensations de Dieu envers Son peuple et Sa fidélité en lui envoyant le Christ, ce qui en est d’un cœur poussé par ses besoins et par une foi qui va droit au cœur de Dieu ; ce qu’est ce cœur divin pour les besoins que cette foi Lui apporte ; ce qu’il est en soi et en dehors des règles des économies. Le Seigneur s’en va du côté de Tyr et de Sidon. Une femme cananéenne se rend auprès de Lui. Sa fille était tourmentée d’un démon. Elle reconnaît le Seigneur comme héritier des promesses en Israël, comme fils de David. C’était bien la foi quant à Sa personne. Mais quelle part avait une Cananéenne aux promesses faites à Israël, ou aux bénédictions qui lui étaient accordées comme peuple de Dieu ? Le Seigneur ne lui répond pas. Des leçons plus profondes doivent être données sur ce qu’est l’homme, mais aussi sur ce que Dieu est.

Les disciples auraient voulu que le Seigneur, pour s’en débarrasser, fît ce qu’elle demandait ; mais le Seigneur garde Sa position de Fils de David : Il est envoyé aux brebis perdues de la maison d’Israël. Les besoins de la pauvre femme s’élèvent par-dessus sa reconnaissance formelle de Jésus comme fils de David : « Seigneur, assiste-moi ». Les besoins sont simples, ils se déclarent ; mais le Seigneur veut l’éprouver pleinement : « Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens ». Le Seigneur reconnaît les dispensations de Dieu, à l’égard de Son peuple, tout méchant qu’il fût ; la femme les reconnaît aussi ; mais des leçons bien autrement profondes se trouvent enseignées ici.

La pauvre femme — l’homme en elle, trouve sa place ; il est sous la malédiction, sans promesse, n’ayant droit à rien ; ou sous la puissance du démon. Il faut qu’il se reconnaisse. C’est ce que la femme fait. Elle est un chien, mais dans le besoin. Son espérance n’est pas dans quelque droit qu’elle possède, mais dans la bonté gratuite de Dieu. C’est un besoin qui se rencontre avec Dieu venu en grâce. — Elle reconnaît pleinement ce qu’elle est : un chien ; mais elle maintient que, s’il en est ainsi, il y a assez de bonté en Dieu pour de tels êtres. Dieu pourrait-Il dire : « Non, il n’y en a pas » ? — Christ pouvait-Il se représenter ainsi ? — Impossible. — Par la foi, le besoin est satisfait à travers tous les obstacles de droits judaïques et d’indignité personnelle, reconnaissant bien ces obstacles, mais se plaçant en dehors de tout droit, en contact immédiat avec la bonté de Dieu. — Voilà la foi. Elle reconnaît l’état de ruine et de misère dans lequel nous sommes ; humble et vraie, elle apporte son besoin à Dieu ; mais elle compte sur ce qu’Il est. Or, Il ne peut pas se renier. Au reste, c’est la clef de tout l’évangile. Jésus était le Christ, le Fils de David, ministre de la circoncision ; mais derrière tout cela, pour ainsi dire, Dieu était là dans toute la plénitude de Sa grâce, dépassant les étroites bornes d’Israël, ainsi que les promesses, pour être Lui-même en grâce ; grâce qui suffisait à tout. La malédiction pouvait être là, une indignité complète ; mais si le besoin y était aussi et s’il se plaçait, par la foi, sur le terrain de la grâce et de la bonté de Dieu, les barrières disparaissaient. Le besoin et Dieu se rencontraient, et la réponse était selon Sa souveraine bonté, selon les richesses de Sa grâce et selon la foi qui comptait sur Lui : ainsi la fille était guérie, la Cananéenne heureuse, et Dieu révélé en Christ.