Chapitre 16

Nous arrivons à cette partie de l’évangile où d’autres voies de Dieu, d’autres manifestations de Son caractère et de Sa gloire, sont substituées au judaïsme. Le royaume et la forme qu’il prendrait nous ont déjà été révélés au chapitre 13 ; cependant, bien que la forme annoncée dans les paraboles dût être nouvelle, le royaume lui-même était déjà en vue depuis le temps de Jean-Baptiste, quoiqu’il ne pût être établi alors, Jésus étant rejeté. Des desseins de Dieu, bien autrement importants, devaient s’accomplir par la mort du Seigneur. Aussi, quoique le jugement d’Israël ait été clairement déclaré et le nouvel état du royaume dépeint dans les paraboles du chapitre 13, la puissance et la patiente grâce du Seigneur se sont manifestées au milieu du peuple jusqu’à la fin du chapitre 15. Mais à présent tout cela est terminé ; l’Église et le royaume de gloire prennent la place d’un Messie Emmanuel au milieu du peuple. L’incrédulité des chefs de la nation est manifestée dans la demande d’un signe venu du ciel ; assez de signes avaient été donnés. Ce n’était pas de la bonne foi, et le Seigneur les reprend et s’en va. Ils savaient assez remarquer les signes du temps qu’il allait faire ; comment donc ne voyaient-ils pas les signes bien plus clairs de l’état d’Israël, signes précurseurs du jugement de Dieu ? Ce n’était que de l’hypocrisie. Ils n’auraient que le signe de Jonas : la mort et la résurrection de Jésus, amenant le jugement, le châtiment terrible de la nation, comme une conséquence naturelle et nécessaire du rejet dédaigneux de leur Messie venu en grâce.

Les disciples eux-mêmes participent, non à la mauvaise foi, mais au moins au manque d’intelligence des Juifs. Leur foi ne comprenait pas plus que celle des Juifs la puissance qui s’était manifestée tous les jours devant leurs yeux. Jésus ne devait trouver nulle part un cœur qui Le comprît. Cet isolement est un des traits les plus frappants de la vie ordinaire du Sauveur, homme de douleurs dans ce monde. Le Seigneur introduit ce qui allait être substitué au royaume en Israël, par une question destinée à faire ressortir la doctrine de Sa personne, grand fondement de tout, reconnu par la foi. « Qui disent les hommes que je suis, moi, le Fils de l’homme ? ». C’est le caractère que se donne Celui en qui Dieu essayait l’homme, selon Ses propres pensées et selon Ses conseils ; l’héritier de toute la gloire qui appartenait à l’homme, selon le propos arrêté de Dieu, prenant Sa place au milieu des hommes ici-bas et, devant Dieu, représentant de la race, race ainsi agréée de Lui, bien qu’Il s’associât à toutes leurs misères ; véritable héritier et représentant de la race, seulement parfait devant Dieu.

Les psaumes 8 ; 80, 17, et Daniel 7, nous Le représentent ainsi, dans l’Ancien Testament, selon les pensées de Dieu. Les hommes, frappés de Ses miracles et de Sa marche, avaient leurs opinions ; la foi, par la révélation de Dieu, reconnaît Sa personne. Pierre, répondant à la question adressée à tous, proclame cette vérité, fondement de toute espérance : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Il vaut la peine de dire un mot sur le caractère du grand apôtre.

Nous savons quelle a été l’ardeur bouillante de cet homme, ardeur qui l’a placé en des difficultés d’où sa force morale n’a pas réussi à le tirer, et l’a même amené, lorsque Dieu l’a permis pour son bien, à renier son Sauveur et son maître. En tant que soutenue par la force humaine, cette ardeur était un piège continuel ; mais, sous la main de Dieu, quand la grâce s’emparait du vase, il devenait l’instrument d’une activité des plus bénies. Je trouve cette différence instructive. L’énergie humaine ne peut pas soutenir les épreuves de la foi. Elle peut nous introduire dans les circonstances où ces épreuves se trouvent, mais le ressort de la volonté de l’homme ne peut nous faire triompher. Si la force de Dieu y est, on triomphe de la tentation ; la chair, qui nous y a introduits, ne le peut pas. Toutefois Dieu peut se servir du vase qu’Il a formé ; alors la force de Dieu y est, pour nous tenir debout, garantis du mal par Ses armes. Or ce que je désire remarquer ici, c’est que Dieu se sert du vase pour Sa gloire ; tandis que, quand c’est le vase seul et l’énergie qui s’y trouvent, qui sont à l’œuvre, il manque à l’épreuve ; et l’énergie, dont Dieu se sert comme instrument, nous introduit, quand elle agit elle seule, dans la tentation où elle ne peut pas nous faire triompher. La sincérité et l’ardeur sont là pour nous faire tomber, parce qu’il y a trop de confiance en nous-mêmes.

Ici, c’est l’ardente confession de ce que le Père Lui-même avait révélé à Pierre. Il y a deux parties dans cette confession : Jésus est le Christ ; c’est ce que les Juifs niaient. C’était la première chose à reconnaître en Jésus. Il était Celui qui avait été promis aux pères et à Israël ; mais, de plus, Il était de la plénitude de cette divinité éternelle, dans laquelle était la puissance de la vie : « le Fils du Dieu vivant ». La résurrection en était la preuve, là où la mort avait eu lieu. Ainsi, au commencement de l’épître aux Romains, Il est de la semence de David selon la chair, et déterminé Fils de Dieu en puissance par la résurrection des morts. Ainsi il n’y avait pas seulement les promesses de Dieu accomplies dans Sa personne, mais cette personne, en qui elles étaient accomplies, était Fils de Dieu dans une puissance de vie qui est en Dieu seul ; non pas seulement Fils de Dieu, né dans ce monde selon le psaume 2 ; Nathanaël avait reconnu cela ; mais Fils du Dieu vivant quant à Sa personne. Jusqu’alors cela n’avait pas été reconnu. Le Père l’avait révélé à Pierre ; le Père dans le ciel lui avait fait connaître Son Fils sur la terre.

En même temps, le Seigneur aussi montre Son autorité en donnant à Pierre un nom en accord avec la confession qu’il venait de faire, avec la vérité qui, en constatant Sa personne divine, Sa relation avec le Père, et cela dans un homme, posait le fondement inébranlable de ce qui était plus au-dessus de toutes les promesses ; de ce qui n’avait jamais été promis ; de la chose nouvelle : l’Église, « l’Église du Dieu vivant ». Contre cette puissance de vie dans la personne du Fils, la force de Satan, qui avait l’empire de la mort, ne saurait prévaloir. Ici, ce n’est pas la mort et la résurrection de Jésus, ou Son œuvre et la démonstration par cette puissance de vie qu’Il était Fils de Dieu en puissance ; c’est le caractère essentiel de Sa personne révélé par le Père à Simon Barjonas. Christ aussi lui dit quelque chose. Comme le Père avait révélé le vrai caractère de Jésus à Simon, Jésus aussi (c’est ainsi qu’il faut prendre la phrase) lui donnait un nom et une position. Sa personne, comme Fils du Dieu vivant, était le fondement de l’Église appelée à avoir sa vraie place dans le ciel ; car c’est dans ce caractère qu’elle nous est présentée ici ; c’est Christ qui bâtit et, jusqu’à aujourd’hui, l’édifice n’est pas encore achevé. Ce n’est pas ici ce dont Paul parle (1 Cor. 3). Il avait, lui, Paul, posé le fondement de cette maison-ci ; d’autres apportaient des matériaux, chacun sous sa propre responsabilité ; de sorte que du bois, du chaume, du foin, se trouvaient dans l’édifice. C’est là ce qui a été bâti sous la responsabilité humaine sur la terre. Ce que nous avons ici se retrouve en 1 Pierre 2, 4 et 5, où il n’y a pas d’architecte humain, mais où des pierres vivantes viennent et sont bâties en un édifice spirituel. La même chose se retrouve encore en Éphésiens 2, 20 et 21. C’est Christ qui bâtit une maison spirituelle, et la puissance de Satan n’y pouvait rien. C’est l’Assemblée que Christ bâtit pour le ciel et pour l’éternité.

Cependant il y avait encore une autre chose. Le Seigneur, maître de tout, donne les clefs du royaume des cieux à Pierre. Il reçoit de la part de Christ l’autorité pour administrer le royaume sur la terre, et ce qu’il ordonnerait ici-bas serait sanctionné. Il n’est pas question, remarquez-le bien, de clefs de l’Église ; on ne bâtit pas avec des clefs. De plus, bien que Simon reçoive le nom de Pierre, témoignage à sa foi personnelle qui le rattachait au Rocher, et reconnaissance du fait que, comme une pierre dans sa nature, il appartenait au Rocher, toutefois, ici, il ne fait rien du tout ni n’a aucune autorité dans l’Église. Christ Lui-même bâtit : « je bâtirai mon assemblée » ; personne d’autre n’a part à ceci, Pierre lui-même le reconnaît dans son épître (1 Pier. 2, 4, 5) par une allusion évidente à notre passage : les pierres vivantes viennent à la pierre vivante. L’administration du royaume des cieux lui est confiée ; les clefs de ce royaume lui sont confiées ; car, je le répète, il n’existe pas de clefs de l’Église. Christ la bâtit, voilà tout. Or, on voit bien, dans les Actes, que Simon Pierre fut le principal instrument de Dieu dans l’œuvre ; et aucun vrai chrétien ne doute que ce qu’il a établi par son autorité apostolique, avec la sanction du Seigneur, ne soit du ciel. On doit encore remarquer que la seule succession dans cette autorité se trouve dans deux ou trois réunis au nom du Seigneur (Matt. 18, 17-20).

La chrétienté a accepté avec une étrange facilité l’idée qu’il y a des clefs pour l’Église, idée qui ne se trouve nulle part dans la Parole ; puis, cette erreur admise, on en a accepté une autre : savoir, que l’Église et le royaume des cieux sont la même chose, idée qui n’a non plus aucun fondement dans la Parole. Le passage que nous considérons montre clairement que ce sont deux choses distinctes. Christ ne bâtit pas un royaume : Il en est le Roi, soit que, comme tel, Il soit caché ou manifesté. De plus, un royaume n’est ni épouse ni corps, comme est l’Église ; et le lecteur doit remarquer que, puisque c’est ici Christ qui bâtit, Il ne met certainement rien que de vraies pierres vivantes dans la maison. Tout au plus y a-t-il quelque analogie, selon des limites et des circonstances historiques, avec la maison dont Paul parle en 1 Corinthiens 3, où se trouvent du foin et du chaume ; la bâtisse étant laissée ici à la responsabilité de l’homme.

Ce qui est positif, c’est qu’en aucun cas le royaume et l’Église ne sont la même chose. De plus, avoir confondu l’Église, que Christ seul bâtit, et qui n’est pas encore achevée, avec la maison que Paul a fondée sur la terre, est une des origines du système romain et de la « Haute Église », où qu’elle soit.

L’Église donc, en tant que bâtie par Christ, est le royaume des cieux remplaçant le Christ venu au peuple juif selon la promesse, et les disciples reçoivent l’ordre péremptoire de ne pas annoncer désormais Jésus comme le Christ. D’un autre côté, le Seigneur, dès ce jour, commence à leur faire comprendre qu’Il devait être rejeté, souffrir et ressusciter. Pierre ne peut recevoir une telle déclaration. On voit ici comment on peut recevoir de la part de Dieu une révélation de la vérité, et se trouver dans un état pratique inférieur à l’effet de cette vérité sur la vie. Pierre avait été enseigné par Dieu Lui-même, touchant une vérité qui amenait nécessairement la croix. À cela, sa chair n’était nullement préparée ; aussi celui qui venait d’être appelé « bienheureux » par le Sauveur, est maintenant dénoncé comme faisant l’œuvre et comme ayant les pensées de Satan. Comme affection naturelle, il n’y avait rien à blâmer ; mais c’était la pensée de la chair, non celle de Dieu. C’est une pensée solennelle pour nous, qu’on peut posséder une vérité comme réellement enseigné de Dieu, et être opposé aux conséquences qui en découlent dans la vie. Dans ce cas, la chair n’est pas jugée selon la mesure de la vérité connue, pour que l’effet divin de cette vérité se produise en nous. Mais, toujours parfait, le Seigneur se place sous le joug de ce qui était absolument nécessaire pour réaliser ce qui était digne de Dieu — la rédemption. Les choses qui sont dans le monde, ses aises et sa gloire, ne sont pas du Père. L’homme est charnel ; Pierre savourait ce qui était de l’homme. C’est terrible de voir qu’il suffit de dire : « les choses qui sont de l’homme », pour montrer ce qui est mauvais et opposé à Dieu. Il n’y a que la croix qui soit vraiment digne de Dieu. Christ a toujours marché dans l’obéissance et dans l’amour du Père, qui ont été pleinement manifestés en Lui ; aussi cette terre était-elle, pour Lui, une terre déserte, altérée et sans eau. Il savourait toujours et parfaitement les choses qui étaient de Dieu ; mais cela amenait la croix dans ce monde ; aussi chacun de nous, qui veut jouir de la bénédiction de Dieu, doit-il charger sa croix et suivre Christ. Si on s’épargne, on épargne la chair ; on perd Christ pour autant, et l’on se trouve en opposition avec Dieu. Celui qui perd sa vie pour l’amour de Christ, l’aura, avec joie, là où tout est selon Dieu. On perd son âme pour satisfaire la vanité et l’égoïsme charnel ; on l’acquiert pour toujours en goûtant les choses de Dieu ; c’est ce que veut dire la croix dans un monde opposé à Dieu en tout ce qu’il est.

Il y a encore plus que ce fait moral : il y a les voies positives de Dieu. Si le Fils de l’homme est actuellement rejeté par le monde, comme présentant parfaitement les voies et le caractère de Dieu au milieu de lui, le temps vient où Dieu fera valoir les droits de Celui qui a été fidèle, et où Il Le manifestera dans la gloire qui Lui est due et qui Lui appartient. Le Fils de l’homme viendra dans la gloire de Son Père ; non dans l’humiliation de l’obéissance dans laquelle Sa perfection morale a été manifestée, et dans laquelle, à Ses propres dépens, Il a parfaitement glorifié Dieu, mais (car Il est Fils du Dieu vivant) dans la gloire de Son Père, et avec Ses anges. Alors Il rendra à chacun selon sa conduite.

Ceci donne lieu à la manifestation du royaume, tel qu’il sera manifesté lorsque le Fils de l’homme viendra dans Sa gloire. C’est ce que signifiait la transfiguration dépeinte au chapitre 17. Le seizième avait remplacé Israël et le Christ en Israël, par l’Église et par le royaume des cieux ; par un Christ mis à mort et ressuscité, fondement de l’établissement des conseils de Dieu, dans la justice divine, l’homme étant placé ainsi dans une position toute nouvelle.