Le chapitre 17 remplace le système transitoire de la loi et du Christ en Israël, par le royaume de gloire et par l’ordre de choses qui en découle. La montagne de la transfiguration n’est pas Horeb. Ce n’est plus le premier Adam mis à l’épreuve par une loi, règle parfaite de ce qu’il devrait être dans ce monde déchu. C’est le second Adam, vu dans le résultat de l’épreuve qu’Il a subie, Lui, le Rédempteur victorieux, qui a pu amener d’autres hommes à la même gloire ; Lui, le chef de tous, parfaitement approuvé du Père ; un homme en qui Il a trouvé tout Son bon plaisir ; Son Fils, Son bien-aimé, vu dans la gloire, et Moïse et Élie avec Lui. Aussi ces deux hommes représentent-ils la loi et la prophétie dans son ordre le plus élevé, car Élie n’était pas un prophète quand la loi de Dieu était reconnue. Il était au milieu d’Israël apostat, comme Moïse au milieu d’un peuple captif. Élie est retourné à Horeb pour dénoncer cette apostasie et le refus du témoignage de Dieu, quelle qu’eût été Sa patience ; car, de fait, il ne restait plus alors que l’élection de la grâce, et Élie est monté au ciel après avoir exposé son grief en Horeb. Élisée était le prophète de la résurrection, revenu à travers le Jourdain qu’Élie avait traversé pour monter au ciel. On a voulu voir ici les vivants transmués et les morts ressuscités, et je n’ai rien contre. En effet, ces deux classes seront avec le Seigneur dans la gloire du royaume ; cependant je ne vois pas que ce soit le principal but de l’Esprit, mais bien la mise de côté de la loi et des prophètes, de la loi et de la patience de Dieu envers Israël. Ils laissent la place maintenant au Fils Lui-même, au bien-aimé de Dieu, tout en Lui rendant témoignage.
Il reste encore quelque chose à remarquer. Une nuée resplendissante arrive et les enveloppe : c’était la Schekina de gloire. La nuée avait conduit Israël et rempli le tabernacle de la gloire de Dieu, de sorte que les sacrificateurs ne pouvaient pas s’y tenir pour le service ; le mot employé ici est le même que celui employé par les Septante quand la nuée remplissait le tabernacle. C’est dans la nuée que l’Éternel est venu parler avec Moïse, à la porte du tabernacle qu’il avait dressé hors du camp. Pierre l’appelle « la gloire magnifique » (2 Pier. 1, 17, 18). Toutefois, ce qui nous est présenté ici, c’est la gloire du royaume où Jésus est reconnu du Père comme Fils. Les disciples n’entrent pas dans la nuée comme Élie et Moïse, ainsi que cela eut lieu, je le suppose, en Luc 9, 34. C’est-à-dire que la partie céleste, la maison du Père, ne se trouve pas en Matthieu ; oui bien la gloire et le Fils venu en gloire avec les siens, mais non pas la demeure auprès du Père en haut : nous sommes ici en relation avec le ciel, mais pas dans le ciel.
Ces paroles : « Écoutez-le », nous présentent la voix du Fils comme la seule qui doive être écoutée désormais. Non que Moïse et Élie n’eussent pas annoncé la parole de Dieu, mais l’ordre de choses qu’ils représentent est passé ; et les paroles du Fils révélant le Père sont celles que nous avons à écouter. La loi et les prophètes ont rendu témoignage au Sauveur Lui-même, ainsi qu’il est dit ; mais ils s’adressaient à l’homme dans la chair. Maintenant c’est le Fils de l’homme après la mort, ressuscité et glorifié ; la rédemption étant accomplie, les conseils de Dieu en grâce sont révélés. Les témoins précédents disparaissent et Jésus reste seul : Fils de Dieu à qui le Père rend témoignage, en qui le Père se révèle. Pierre, comme tant de chrétiens, aurait voulu mélanger les trois ; mais tel n’est pas l’enseignement du Père. Toutefois, jusqu’à ce que Christ fût ressuscité, ce nouveau témoignage n’avait ni sa place, ni sa raison d’être (v. 9).
La difficulté, suggérée par l’opinion tirée de Malachie par les scribes, dernier témoignage rendu par les prophètes, savoir qu’avant le jour glorieux du Seigneur Élie devait venir, se présente aux disciples. Le Seigneur confirme ce témoignage et en parle comme d’une chose qui devait arriver. Il vient premièrement, l’idée est juste, et il rétablira toutes choses. La prophétie de Malachie sera accomplie ; mais, comme Jésus venait pour souffrir avant Sa gloire, ainsi aussi il en était venu un, pour aller devant Sa face, et il avait dû être rejeté comme Celui qu’il annonçait. Alors les disciples comprennent qu’Il parlait de Jean le baptiseur, venu devant le Seigneur, dans l’esprit et dans la puissance d’Élie. Pour ce qui regardait le royaume, tout en effet n’était que provisoire. Le Roi était bien là, le Fils de Dieu Lui-même, mais pour une œuvre bien plus grande encore que pour établir le royaume : pour sauver les pécheurs et glorifier Dieu Lui-même par Sa mort. Pour établir le royaume, Il reviendra ; mais alors tout était préparé pour que la foi eût son fondement et que l’homme fût sans excuse ; c’est à cause de cela que le Seigneur a pu dire : « Vous n’aurez point achevé de parcourir les villes d’Israël que le Fils de l’homme ne soit venu » (10, 23), quoiqu’Il fût là. Toutefois Son établissement comme roi a été différé ; la dernière demi-semaine de Daniel reste encore non accomplie, et même, pour l’incrédulité, toute la semaine ; Christ est assis à la droite de Dieu jusqu’à ce que Ses ennemis soient mis pour marchepied de Ses pieds, ayant fait par Lui-même la purification de nos péchés, rassemblant, ainsi que nous le savons, Ses cohéritiers selon les conseils de Dieu, cohéritiers à Lui donnés avant la fondation du monde.
Ensuite nous trouvons ici, sur notre chemin, ce qui, sans arrêter l’accomplissement des conseils de Dieu, rendait impossible toute idée de l’établissement sur la terre de Sa puissance, telle qu’elle se manifestait alors. Les disciples même ne savaient pas profiter par la foi de cette puissance pour la faire valoir ; la puissance de Satan était dans le monde, soit directement, soit indirectement. Tous les effets de cette puissance et les conséquences du péché, le Seigneur était là pour les ôter. Il avait lié l’homme fort. Un cas de cette puissance du mal se présente à Ses disciples, et ils ne peuvent pas se servir de la puissance du Seigneur pour la dominer. Il était donc inutile de continuer à exercer celle-ci dans le monde, si Ses disciples même ne savaient pas en profiter. Aussi le Seigneur dit-Il : « Jusques à quand serai-je avec vous ; jusques à quand vous supporterai-je ? » Toutefois, aussi longtemps que la puissance est là, Jésus, immuable dans Sa fidèle bonté, l’exerce en grâce. Amène ton fils ici. Grande consolation pour nous ! Si la foi de tous fait défaut, la bonté du Seigneur ne manque jamais. Nous pouvons compter sur Sa puissance et sur Sa grâce, comme toujours sûres et indéfectibles jusqu’à ce que tout soit fini. Toutefois le manque de foi chez les siens est le signe que la patience de Dieu est près de ne plus trouver de place pour son exercice ; la puissance du mal a amené le Seigneur à ce point ; l’incrédulité pratique des siens le chasse ; elle met fin à ces voies, à l’égard desquelles l’incrédulité se manifeste.
Deux grands principes sont posés par le Seigneur en réponse à la question de Ses disciples : 1º La foi peut tout, selon l’action voulue de Dieu au moment où elle s’exerce ; mais, pour vaincre l’ennemi là où il montre spécialement sa force, il faut une vie de recueillement qui, dans la conscience du combat où nous sommes engagés, s’en rapporte à la présence de Dieu, et se place devant Lui dans l’abaissement de la chair et dans une entière confiance. Cette confiance se déploie dans une dépendance de Lui avouée dans la prière pour chercher l’action divine.
Le Seigneur (v. 22) revient à Ses instructions à l’égard de Son rejet et de Son crucifiement. Livré aux hommes, Il doit être mis à mort et ressusciter. Les disciples, entièrement ignorants du salut, en sont vivement peinés. Mais, à la fin du chapitre, le Seigneur place Ses disciples, au moins Pierre, et, selon Sa grâce, nous tous, dans la même relation avec Son Père que celle où Il se trouvait, tout en manifestant la divinité de Sa personne. C’est une explication des plus touchantes de ce qui allait arriver par le changement que produirait Son œuvre ; la révélation d’une position toujours vraie quant à Sa personne, vraie quant à Sa relation, étant devenu homme devant Dieu, mais qui allait être démontrée d’une manière glorieuse par Sa résurrection. En même temps Il introduit d’avance les siens dans Sa propre position, maintenant qu’Il allait renoncer à la royauté en Israël telle qu’elle Lui appartenait alors ; maintenant qu’Il venait d’annoncer à Ses disciples Sa mort et Sa résurrection, comme nécessaires pour les introduire en de plus grandes bénédictions que celles dont ils jouissaient par Sa présence. Pierre voulait qu’Il fût tenu pour un bon Juif. Sur la demande des receveurs à Pierre, si son Maître payait les didrachmes (dues par les Juifs pour le service du temple), le disciple répond : « Oui ». Quand Pierre rentre, le Seigneur le prévient, sachant, sans avoir été là, tout ce qui s’est passé ; Il lui demande si c’est de leurs enfants ou des étrangers que les rois de la terre prennent tributs ou impôts. Pierre répond que c’est des étrangers. Donc, dit le Seigneur, les enfants en sont exempts. Lui et Pierre, enfants du grand roi du temple, n’étaient pas dans le cas de payer. « Mais, ajoute le Seigneur, afin que nous ne les scandalisions pas, va-t’en à la mer, jette un hameçon, et prends le premier poisson qui montera ; et quand tu lui auras ouvert la bouche, tu y trouveras un statère » (deux didrachmes). Puis Celui qui non seulement sait tout, mais qui dispose de la création avec autant de puissance que de connaissance, place de nouveau Pierre dans la même position que Lui-même : « Prends-le et donne-le-leur pour moi et pour toi ». Voilà Pierre aussi, fils du grand roi du temple. Au moment où le Seigneur montre qu’Il sait tout d’une manière divine et qu’Il dispose de tout comme maître de la création, Il place Pierre dans la même relation que Lui-même avec l’Éternel. Il se soumet aux prescriptions du judaïsme, pour ne pas scandaliser les Juifs, mais Lui et Pierre sont réellement exempts comme fils du grand roi. Quelle grâce parfaite ! Au moment où Il doit quitter Sa relation avec le peuple infidèle, Il introduit ceux qui Le suivent dans une relation bien autrement intime avec le Dieu d’Israël et en même temps avec Lui-même. Il est fils étant homme, et les siens sont avec Lui dans cette même relation bénie.