Chapitre 18

Les trois chapitres 18, 19 et 20, jusqu’à la fin du verset 28, forment une subdivision de notre évangile ; ils nous montrent, de la part du Seigneur Lui-même, les principes qui doivent caractériser les disciples dans le nouvel ordre de choses dans lequel ils entraient, principes de vie et de conduite individuelle et collective. La nature, en tant qu’établie de Dieu, est reconnue ; mais l’état du cœur est sondé, la grâce et la croix caractérisant tout le nouveau système.

Les premiers principes voulus de Dieu dans l’ordre chrétien, sont l’humilité et la simplicité. Les disciples, comme de coutume, voulaient avoir une bonne position dans le royaume, chacun pour lui-même ; cette fois-ci pourtant, plus en rapport avec le caractère moral, avec les qualités. La réponse du Seigneur se borne à appeler un enfant et à le placer au milieu de Ses disciples, comme exemple de l’esprit qui devait les caractériser : celui qui ressemblerait à ce petit enfant serait le plus grand dans le royaume des cieux. L’enfant ne prétendait à rien et passait pour rien aux yeux du monde. Celui qui n’était rien à ses propres yeux serait grand aux yeux de Dieu. Celui qui recevait un petit enfant au nom de Jésus était entré dans Sa pensée, dans l’estimation qu’Il faisait du monde et des choses qui s’y trouvaient ; il recevait, quant aux principes de sa conduite, Jésus Lui-même agissant sur les principes qui le gouvernaient. D’un autre côté, s’il y avait dans l’enfant la foi en Jésus, celui qui le ferait broncher dans le chemin du Seigneur, qui mettrait un obstacle dans le chemin pour qu’il ne le suivît pas, attachait une meule d’âne autour de son propre cou pour se noyer, et pis encore : des pierres d’achoppement se trouvaient dans le monde ; mais malheur à celui qui les plaçait devant les pieds des autres. La question entre l’homme et Dieu était entièrement posée. On était pour ou contre Lui. Il ne s’agissait pas non plus d’une captivité en Babylone, d’un châtiment gouvernemental, quelque sévère qu’il fût, mais d’être jeté définitivement en enfer ; il valait mieux perdre le meilleur de ses membres que de se trouver là.

Mais le principe particulier des voies de Dieu qui se manifestaient alors, c’était la grâce. Le Fils de l’homme était venu sauver ce qui était perdu : témoignage d’une immense portée ! Ce n’était plus l’accomplissement des promesses faites à Israël, ni le Christ, chef du royaume attendu de ce peuple, et régnant au milieu d’eux ; mais un Sauveur fils de l’homme, mais de l’homme perdu sans Lui. L’homme était perdu. La différence entre le Juif et le Gentil s’effaçait devant la ruine totale qui leur était commune, et devant le salut qui arrivait dans Sa personne. Dans cet esprit de grâce, il ne convenait pas de mépriser le moins important des êtres humains. Le salut était là, et le petit enfant avait de la valeur aux yeux de Dieu. Dieu, qui donnait Son Fils pour les perdus, tenait compte des enfants ; Il tenait au bonheur des hommes, et l’enfant n’était pas le dernier. L’œuvre de Christ était valable pour eux ; Il était venu sauver ce qui était perdu. Il ne s’agit pas ici de porter les péchés des coupables, mais du principe général de la venue du Sauveur. Perdu parle de notre état ; coupable, de ce que nous avons fait : nous sommes tous ensemble perdus ; chacun rendra compte de ce qu’il aura fait dans le corps. Le jugement se rapporte à ce dernier point ; porter les péchés de plusieurs aussi ; mais perdu est l’état commun à tous[3]. Or les enfants, sous le bénéfice de l’œuvre de Christ, se trouvent agréés de Dieu ; « leurs anges voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux », dit le Seigneur. Passage consolant, qui nous donne une heureuse assurance, que les enfants qui meurent en bas âge s’en vont auprès du Seigneur : résultat de Son œuvre. Le Seigneur se sert de l’image du berger qui cherche la brebis perdue, comme dans le cas d’autres pécheurs. Il s’agit ici, non de porter les péchés, mais de sauver les perdus. Quant à l’état de l’homme, tous ensemble sont perdus ; les enfants, comme état devant Dieu, sont l’objet de Son amour ; par l’œuvre de Christ, ils peuvent voir Sa face. Le Seigneur ne va pas plus loin que le fait de leur position, par l’œuvre qu’Il a faite selon la grâce. Petits et méprisés par les hommes, par les docteurs grands à leurs propres yeux, mais qui, après tout, sont de ce siècle, Dieu en faisait grand cas. Ils n’avaient pas encore appris l’esprit du siècle ; le mal même, en eux, ne s’était pas développé devant les yeux de Dieu ; il y avait la simplicité et la confiance, de sorte que, comme état, ils étaient un modèle. Toutefois l’œuvre de Christ est posée comme fondement de tout. Ce n’est pas l’homme dans ses prétentions ; c’est Dieu, dans Sa grâce, que nous avons devant nos yeux.

Le même principe de grâce (v. 15) s’applique à la marche chrétienne à l’égard des torts qui seraient faits à quelqu’un. Seulement ce que nous venons de voir parlait de ce qui concernait l’individu et le péché devant Dieu. Dans ce que nous allons examiner, nous trouvons nos rapports les uns avec les autres, et avec cela l’assemblée et la discipline.

Dans ce qui précède, nous avons vu ce qui doit caractériser l’individu, et le conseil du Seigneur à l’égard du mal qui existerait dans l’individu même ; nous avons vu que l’homme devrait être comme un petit enfant, et que, ayant affaire avec Dieu Lui-même dans la lumière, le mal doit lui être intolérable. Il doit l’écarter coûte que coûte. Avec les autres, le mal n’est pas permis ; mais le chrétien doit agir en grâce. Il avertit son frère, si celui-ci lui a fait tort ; puis prend deux ou trois témoins avec lui, afin que les faits soient constatés et que ce ne soient pas des récriminations personnelles sans preuves, s’il ne cède pas à eux. Dans ce cas, le plaignant dira tout à l’assemblée, et les témoins sont là ; et si celui qui a fait tort n’écoute pas l’assemblée, celui qui a souffert est libre de le tenir comme étranger à tous communs privilèges. Il ne s’agit pas ici de la discipline de l’assemblée. Il se peut que celui qui a fait tort, mérite d’être exclu ; mais ce que le Seigneur règle ici, c’est la conduite de l’individu qui a subi le tort. Le premier objet, c’est de gagner le frère coupable : si on ne le peut pas, on ne doit plus agir de son chef comme juge de sa propre cause ; il faut constater les faits, ainsi que la volonté perverse de l’individu, par d’autres qui n’ont aucun intérêt à faire prévaloir leur manière de voir ; puis l’assemblée intervient avec son autorité.

Ici, nous sommes entièrement sur un terrain nouveau. Il ne s’agit pas de la patience de l’Éternel en grâce avec Son peuple qui est sur la terre, mais de la conduite de ceux qui ont part aux nouveaux privilèges qui découlent de la nouvelle position prise par le Fils de l’homme. Aussi des principes importants sont-ils mis en évidence : l’autorité réside dans l’assemblée, l’autorité de lier et de délier ; la vraie succession des apôtres est dans les deux ou trois réunis au nom de Jésus. Ce n’est pas en des successeurs individuels, soit de Pierre, soit des autres apôtres, mais dans l’assemblée, que se trouve l’autorité spirituelle sanctionnée par le ciel. Que la sagesse d’un apôtre les dirige, s’il y en a un, ce n’en est pas moins l’assemblée qui juge en dernier ressort ; c’est l’assemblée qu’il faut écouter ; là se trouve l’autorité judiciaire, le pouvoir de lier et de délier ; et la raison en est donnée, savoir que là où deux ou trois sont réunis au nom de Christ, Lui s’y trouve. Le même principe s’applique aux demandes qu’on présente à Dieu. Là où deux ou trois s’accordent pour demander une chose, elle est accordée. Ce n’est pas la volonté individuelle, ni un désir purement personnel ; les deux ou trois étant réunis au nom de Jésus, Jésus y est ; la demande est le fruit d’un accord spirituel, et Dieu exauce la requête. La valeur de Christ et la pensée de l’Esprit s’y trouvent.

Cette position des deux ou trois et la relation dans laquelle la grâce les a placés en vertu du nom et de la présence de Jésus, est évidemment de toute importance. Le privilège qui a été donné à Pierre pour établir le royaume sur la terre, échoit comme héritage aux deux ou trois vraiment réunis au nom de Jésus. Là et uniquement là se pose la sanction divine sur ce qui se fait sur la terre. Dieu peut, sans doute, approuver et diriger un individu ; mais un individu n’a pas l’autorité conférée aux deux ou trois ainsi réunis. La promesse faite à la prière de deux ou trois ainsi réunis au nom de Jésus et d’accord sur les choses qu’ils veulent demander, est aussi infiniment précieuse. Ainsi placés, les chrétiens disposent de la puissance de Dieu. Il s’agit des choses auxquelles l’Esprit de Dieu conduit leurs pensées d’un commun accord ; or, pour une âme qui est sincère et qui ne cherche que la volonté de Dieu, être assuré de l’emploi de la puissance de Dieu dans ce but, est une grande grâce. De quelle manière bénie cela nous associe à l’activité divine, en amour, dans l’œuvre que cet amour veut faire sur la terre ! La base sur laquelle cette grâce nous est assurée, est également précieuse : Jésus Lui-même est présent là où deux ou trois sont réunis en Son nom. Quel encouragement ! Maintenant qu’Il est dans le ciel, corporellement absent, Il est Lui-même présent spirituellement avec ceux qui se confient en Lui ici-bas. Quel immense privilège de sentir que, jusqu’à ce que le Seigneur Jésus vienne nous prendre à Lui, nous pouvons compter sur Sa présence au milieu de nous lorsque nous nous réunissons en Son nom !

Le reste du chapitre (v. 21) nous présente l’esprit dans lequel le chrétien doit agir à l’égard de celui qui l’aurait offensé. Il ne s’agit plus ici de la voie tracée plus haut, s’il refusait de reconnaître son tort, mais de la disposition du chrétien à le lui pardonner, quand même il le répéterait souvent. Le chrétien devrait toujours pardonner, ne jamais se lasser de montrer de la grâce envers celui qui l’aurait offensé ; car un homme pourrait reconnaître son tort et le répéter. Est-ce que cela devait continuer toujours, le chrétien être toujours prêt à pardonner ? Oui, il faut toujours agir en grâce. Dieu nous a pardonné bien davantage. En Luc 17, la repentance de celui qui a offensé son frère est supposée. Ici, le principe est que le pardon, cas échéant, doit toujours être accordé. C’est l’esprit chrétien qui est constaté. Je ne doute pas, bien que le principe soit universellement établi comme principe chrétien, qu’il ne soit fait allusion ici à ce qui est arrivé aux Juifs. Dieu, dans Ses voies avec la nation, leur ayant pardonné le crucifiement de Son Fils, ils n’ont pas voulu la grâce envers les Gentils, et ont été placés par conséquent sous la discipline, sous la punition, jusqu’à ce qu’ils aient payé le dernier quadrant. Il ne s’agit pas d’expiation, ni d’un individu ; mais de la nation et du gouvernement de Dieu.