Ensuite les pharisiens soulèvent la question du mariage, ce qui donne occasion au Seigneur de poser quelques principes comme bases des relations de la nature et de la grâce chez le chrétien ; puis, en même temps, de faire ressortir le véritable état moral de l’homme selon la nature ; et enfin les conséquences et le principe du dévouement selon la grâce. Ce que Dieu a ordonné au commencement est strictement maintenu. Dieu a créé l’homme mâle et femelle ; Il a uni les deux pour n’être qu’une chair, et cette union est indissoluble selon Dieu. Le péché peut rompre le lien, mais le divorce est totalement défendu sous toute autre condition que celle du fait par lequel le lien est déjà rompu ainsi. C’est Dieu qui l’a formé ce lien, l’homme n’a pas le droit de le rompre. Dès lors une puissance est venue travailler dans l’homme, en dehors et au-dessus de la nature ; elle peut le placer en dehors des relations naturelles, le prendre et le douer d’énergie afin de se tenir à l’écart de ces relations pour le service du royaume. La relation du mariage est pleinement reconnue, sa sainteté, son indissolubilité ; mais Dieu a pris possession de l’homme pour qu’il soit à Lui. La création, c’est-à-dire Dieu, a fait le mariage ; mais le Saint Esprit, agissant en puissance, s’approprie un homme qui, dès lors, reconnaît le mariage et ne se marie pas, pour l’amour du royaume de Dieu.
Ensuite (v. 13) nous avons la nature vue de son beau côté : de petits enfants et un jeune homme d’un charmant caractère. Dans l’évangile de Marc, nous lisons : Quand le Seigneur l’eut vu, Il l’aima ; mais son cœur devait être mis à l’épreuve. Les petits enfants, chez lesquels la malice, la fausseté et l’esprit du monde n’étaient pas encore en jeu, fournissaient le modèle de ce qui convenait au royaume des cieux : la racine du mal, sans doute, était là ; mais c’était la création dans sa simplicité et sa confiance, choses que le monde méprisait, et non pas la volonté portant des fruits de méchanceté et de corruption. Ainsi leur caractère, comme tel, servait de modèle. La différence entre l’amabilité de la nature et l’état du cœur devant Dieu, devait se montrer dans le cas du jeune homme. Irréprochable dans sa conduite, il cherchait ce docteur qui paraissait à sa conscience pouvoir donner la plus excellente direction pour bien faire. Il vient avec la pensée qu’il y a de la bonté dans l’homme, et, à ses yeux, la bonté se manifestait davantage en Jésus qu’ailleurs. Il cherche Ses conseils pour gagner la vie éternelle par son faire. Il s’adresse au Seigneur comme à un homme, à un Rabbi ; attiré toutefois par ce qu’il avait vu en Lui. Il L’appelle bon. Le Seigneur l’arrête court : un seul est bon. Or le jeune homme ne Le connaissait pas comme tel. Il n’avait pas demandé ce qu’il fallait faire pour être sauvé, mais pour avoir la vie éternelle. Le Seigneur rappelle les commandements, règle pour l’homme qui veut vivre par la loi : « Fais ces choses et tu vivras ». Or le jeune homme ne se connaissait pas, ni ce qu’était la loi de Dieu dans sa sainteté. Il voulait faire pour gagner la vie éternelle. Le Seigneur ne parle pas de vie éternelle ; Il prend le jeune homme sur le pied de la loi, qui promettait la vie à ceux qui l’accomplissaient. Le jeune homme, irréprochable dans sa conduite comme Saul, et ne connaissant pas la spiritualité de la loi, répond qu’il a observé la loi en tout ce dont le Sauveur parle. Qu’est-ce qui lui manquait encore ? S’il voulait être parfait, il devait vendre ce qu’il avait et suivre Jésus. L’état de son âme est aussitôt manifesté. Le cœur de l’homme irréprochable dans ses mœurs, était sous le joug de l’attachement à ce qu’il possédait. Il quitte le Seigneur, tout triste, son cœur ayant été mis en évidence dans la lumière que la pauvre humanité ne peut jamais supporter. La nature, quelque aimable qu’elle puisse être dans son caractère, est moralement entièrement éloignée de Dieu. Voici un jeune homme aimable, cherchant à bien faire, manifestant ce qu’on appelle les meilleures dispositions, avec les moyens de faire beaucoup de bien, le voici, aussitôt que la lumière arrive, convaincu d’être sous la domination d’une idole ; de préférer ses aises et ses richesses à Celui qu’il connaissait être bon, vers lequel il était venu chercher une direction comme vers Celui qui pouvait le diriger au mieux. Son cœur était entièrement en la possession du mal ; d’une idole.
Le Seigneur avait déjà jugé l’homme en déclarant que nul n’était bon, sinon Dieu Lui-même ; cependant Il va encore plus loin. Les disciples, étonnés d’un tel résultat et de ce que le Seigneur avait dit des richesses, lesquelles, aux yeux d’un Juif, étaient le signe de la faveur de Dieu, et qui, en tout cas, fournissaient l’occasion de faire de bonnes œuvres, s’écrient : « Et qui donc peut être sauvé ? ». Si nul n’était bon, et si les bonnes dispositions avec les moyens de bien faire ne valaient rien, si ces moyens étaient plutôt un empêchement, qui pourrait échapper ? La réponse du Sauveur est catégorique. S’il s’agit de l’homme, personne. Quant à l’homme, c’est impossible ; le bien n’est pas en lui ; il est esclave du mal par sa volonté et par ses convoitises. Mais Dieu est au-dessus du mal ; Lui peut sauver. Il est évident que nous sommes sur un terrain tout nouveau ; sur le terrain, non d’une loi qui met à l’épreuve, mais de la vérité même qui, tout en reconnaissant ce qui est créé par Dieu, constate la totale ruine morale de l’homme. Dieu peut sauver. C’est la seule ressource. Voilà le fond de la vérité quant à l’homme naturel. Maintenant, voyons quel est l’effet et le principe de la grâce, là où elle avait agi et où l’on avait tout laissé pour suivre le Seigneur.
Les apôtres avaient fait ce que le Seigneur avait engagé le jeune homme à faire ; ils avaient tout quitté et suivi Jésus. Que recevraient-ils ? Le Seigneur répond en tournant leurs regards vers le royaume établi en gloire. Ils seraient sur des trônes, jugeant les douze tribus d’Israël. Le Fils de David, le Fils de l’homme assis sur le trône de Sa gloire, aurait Ses princes sur les douze tribus, jugeant celles-ci, et assis eux aussi sur des trônes. Mais Il sera Fils de l’homme et aura ôté de Son royaume tout scandale et tous ceux qui commettent l’iniquité ; alors les princes domineront en justice (És. 32). Et non seulement les apôtres, mais quiconque aurait quitté ce que la nature aime, ce que Dieu même reconnaît à sa place ; quiconque renoncerait à lui-même pour Christ, en renonçant aussi à tout ce qui lui était cher, aurait cent fois autant comme récompense, et il hériterait de la vie éternelle. Il ne s’agit pas de position spéciale en Israël, comme dans le cas des douze compagnons de Christ, lors de Son humiliation en Israël ; mais en tout temps, en tout lieu, celui qui aurait renoncé à la vie présente pour Son nom, aurait cent fois plus, et la vie éternelle. C’est le principe ; car on a déjà cent fois plus ici-bas, et puis la vie éternelle. Le Seigneur dit ici : la vie éternelle ; au jeune homme Il a dit seulement : « Tu entreras dans la vie » ; car la loi n’avait aucune promesse formelle de la vie éternelle ; elle disait seulement : « Fais ces choses et tu vivras ». La vie et l’incorruptibilité ont été mises en évidence par l’évangile. Dieu l’avait promise avant les temps des siècles, mais Il a manifesté Sa parole dans Son propre temps, par la prédication de l’apôtre (Tite 1, 2). Deux fois la vie éternelle est nommée dans l’Ancien Testament (Ps. 133 et Dan. 12), mais les deux passages se rapportent au millénium. Sans doute, il y avait des faits, comme ceux d’Énoch, d’Élie, et des passages, comme le psaume 16, qui donnaient lieu à cette croyance que les pharisiens avaient reçue avec raison ; les sadducéens n’avaient connu ni les Écritures, ni la puissance de Dieu ; mais le passage que cite le Sauveur montre avec quelle obscurité cette doctrine était révélée, sauf pour un œil spirituel. Christ était la vie éternelle descendue du ciel (1 Jean 1). Avec Lui, et spécialement après Sa mort, elle a été pleinement mise en évidence. Ceci a déjà lieu ici ; on renonce aux biens de la vie d’ici-bas, à soi-même, on reçoit cent fois plus et on hérite la vie éternelle. Quand Il dit hérite, Il tourne nos regards vers ce qui est proprement éternel. Je l’ai déjà dit, on peut avoir cent fois plus ici-bas, ainsi que le dit Marc, quoique avec des persécutions, mais alors l’héritage ne se borne sûrement pas à ce monde, et la vie éternelle, bien qu’on la possède déjà ici-bas, appartient à un autre monde et ne finit jamais. Le Seigneur le révèle ici clairement, tout en transportant nos pensées à des choses nouvelles, et en déclarant que ce renoncement à soi apporterait des avantages cent fois plus grands.
Il y avait danger, comme cela n’a pas manqué d’arriver, que l’homme songeât à une espèce de contrat avec Dieu : Tant de travail et de sacrifice, et récompense proportionnelle. Misérable principe, mais que l’homme est bien capable d’inventer ! Le Seigneur ajoute donc (v. 30) qu’il y en aurait des premiers qui seraient les derniers, et des derniers qui seraient les premiers.