Chapitre 20

Au chapitre 20, 1 à 16, Il montre, pour l’expliquer, que tout en récompensant chaque sacrifice fidèlement selon Sa bonté, Dieu est souverain en ce qu’Il donne ; et que, s’Il le juge bon, Il peut trouver l’occasion de donner à ceux qui, selon l’estimation de l’homme, n’auraient pas travaillé autant, la même récompense qu’à ceux qui voulaient gagner selon leur travail. Le premier ouvrier a pour principe : tant de travail, tant de paie ; les autres s’en rapportent à la bienveillance du maître de la vigne. Vous recevrez ce qui est juste, et la grâce récompense au-delà de tout mérite du travail. C’est là le grand principe de tout vrai service rendu au Seigneur. C’est le principe qui est en question, et la phrase finale (20, 16) se rapporte à ce qui est dit au commencement : « Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers ». C’est l’inverse, toutefois, de ce qui est dit (19, 30) au commencement de la parabole, où cette sentence se rapporte à la pensée de l’homme : Qu’est-ce que nous aurons, nous ? tandis que cette phrase finale se rapporte à la pensée de Dieu qui prend plaisir à bénir selon les richesses de Sa grâce et donne selon Sa bonté. Il en est toujours ainsi, en tout cas. L’ouvrier recevra selon son travail, cela est arrivé au premier appelé ; Dieu donne selon Sa bonté et selon Sa grâce. Il est bon. Il n’y avait pas eu de refus à l’invitation chez les derniers (v. 6, 7) ; Dieu les a appelés quand le moment voulu par Lui était là.

Dans les dernières paroles par lesquelles Il termine la parabole, le Seigneur constate d’une manière formelle ce principe de la grâce. Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. Ce principe est posé comme base de tout : « car il y a, etc. » Nous trouvons le même principe au chapitre 22 verset 14, où il est aussi posé comme base de tout. Un seul homme en fournit l’exemple. Une masse de gens se réunit sous le drapeau du christianisme, se rendant à l’appel de Dieu ; un petit nombre d’entre eux seulement subit l’influence de la Parole de Dieu et en est les fruits. C’est cette grâce souveraine qui est la vraie et la seule source de toute bénédiction. Ici, le Seigneur, après avoir parlé de l’opération de cette grâce dans la parabole, la pose, d’une manière abstraite, comme base de tout.

Il y a encore quelques autres traits moraux d’un haut intérêt qui s’y rapportent, en connexion avec l’humiliation du Sauveur (v. 17-28). Le Seigneur avertit Ses disciples en allant à Jérusalem, qu’Il doit être condamné à mort par les autorités juives et livré aux Gentils, mais qu’Il ressuscitera le troisième jour.

Les fils de Zébédée (v. 20) soulèvent la question qui est celle de tout l’évangile que nous étudions, mais dans un esprit entièrement égoïste. Ils pensent (car ils croient en Jésus comme Messie) à l’établissement immédiat du royaume, puisque le roi était là, et ils voudraient y posséder les places les plus élevées, s’asseoir à la droite et à la gauche du Roi. Mais Dieu pensait à des choses bien autrement excellentes, qui tenaient aussi à l’état moral de l’homme et à ses relations avec Dieu ; or Dieu était révélé en Jésus. C’est là d’ailleurs la clef de l’histoire du Seigneur. Le Messie se trouvait en effet là — ce Roi annoncé dans les promesses et dans les prophéties. Or, selon la chair, les Juifs étaient les enfants du royaume et les héritiers des promesses. Mais la révélation de Dieu, nécessaire à l’accomplissement de ces promesses, réveillait la haine du cœur humain contre Dieu, et cela d’autant plus que cette révélation s’accomplissait dans l’humiliation en grâce pour sauver. Fût-Il venu en jugement, tous auraient été retranchés. Il venait donc en grâce. « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, ne leur imputant pas leurs fautes ».

D’ailleurs il fallait l’expiation, sans laquelle nul péché n’aurait pu être pardonné. Toutefois, quelle que fût la grâce dans laquelle Dieu était là, c’était toujours Dieu, et l’homme n’en voulait point ; et Jésus, le vrai Messie, en qui toutes les promesses étaient oui et amen, se voyait rejeté. Mais Dieu, dans Sa sagesse divine, se servait de cette haine pour accomplir l’expiation, absolument nécessaire pour sauver qui que ce soit, ou pour que Israël lui-même fût béni ; montrant ainsi l’état du cœur de l’homme à l’égard de Dieu et ouvrant en même temps la porte du salut aux Gentils.

Ainsi, le Fils de l’homme (titre bien plus étendu que celui de Messie, puisqu’il embrasse tous les droits du Christ dans les conseils de Dieu) devait souffrir, être rejeté, mis à mort, puis ressusciter d’entre les morts, pour fonder la bénédiction éternelle de l’homme, et même la bénédiction temporelle d’Israël, sur la base assurée de l’œuvre expiatoire que Christ allait accomplir. Ces choses ne pouvaient s’accomplir que selon la puissance d’une position toute nouvelle, au-delà de la mort, de la puissance de l’ennemi, de la colère de Dieu ; selon la position d’homme ressuscité, fruit d’une œuvre accomplie et agréée de Dieu, et preuve de la puissance divine ; position par conséquent immuable, et non une bénédiction dépendant de la responsabilité de l’homme, sous laquelle tout était mis en question, comme dans le cas d’Adam qui, de fait, y a manqué. Ici, la bénédiction devait reposer sur une œuvre dans laquelle Dieu allait être parfaitement glorifié. Il a bien été, en effet, mis à l’épreuve, ce Sauveur débonnaire, mais seulement pour manifester Sa fidélité et Son obéissance parfaites, quelle qu’ait été d’ailleurs la profondeur de Ses souffrances. Mais alors il fallait boire la coupe ; la croix était Sa part. Non seulement cela, mais Ses disciples devaient Le suivre dans ce chemin-là. Un Messie victorieux placerait les siens sur des trônes de jugement ; mais, avec un Sauveur mourant sur la croix, il fallait renoncer pour le moment à tout cela. Il devait premièrement accomplir une œuvre bien autrement glorieuse, et ouvrir à Ses disciples — quant à ce qui en résulterait ici-bas — un chemin semblable au sien. Ils devraient Le suivre ; c’était là le chemin où Il marchait Lui-même et qu’Il leur traçait pour Le suivre. Les deux disciples, le cœur rempli du désir charnel de la grandeur, avec une vue spirituelle entièrement obscurcie par la pensée d’un règne terrestre du Messie, et ne visant qu’à la gloire humaine, demandent à Jésus la faveur de s’asseoir à Sa droite et à Sa gauche dans le royaume de leurs désirs. Mais, comme en bien d’autres circonstances, la folie de la chair n’est pour le Seigneur qu’une occasion de mettre au grand jour les pensées de l’Esprit. Dans le monde, ce genre de grandeur se retrouvait, sans doute, partout ; mais ce n’était pas là le christianisme. Celui qui cherche à être grand et à primer parmi les chrétiens, a faussé entièrement le caractère chrétien. Il sera le tout dernier ; et le vrai moyen d’avoir la place la plus élevée, c’est de servir, de se considérer comme esclave des besoins des autres disciples. C’était ainsi que Jésus avait fait ; Il n’était pas venu pour qu’on Le servît dans ce monde, mais pour servir et pour donner Sa vie en rançon pour plusieurs. Leçon simple et claire, mais de toute importance ! La recherche de la prééminence personnelle n’est que l’égoïsme de la chair, l’esprit du monde qui est inimitié contre Dieu. L’amour aime à servir ; c’est ce que Christ a fait ; l’orgueil et l’égoïsme aiment à être servis et à primer les autres. En lisant de tels enseignements, nous sommes évidemment en dehors de l’idée d’un Messie venu pour régner, et nous nous trouvons dans les pensées d’un Dieu d’amour ; en présence de la révélation de la grâce dans la Parole faite chair, dans Celui qui s’est anéanti en amour pour prendre la forme d’un serviteur, qui s’est abaissé et qui est maintenant exalté. Ce passage a d’autant plus d’importance qu’il termine toute l’histoire du Seigneur, excepté Ses derniers jours à Jérusalem. Toute Sa vie de service se termine ici, et ces paroles impriment un caractère indélébile sur cette vie bénie, en nous indiquant solennellement, et d’une manière aussi touchante que puissante, ce que doit être le caractère de la nôtre : servir en amour et, quant à ce monde, être content de n’être rien en marchant sur les traces du précieux Sauveur. Oh ! que les siens apprennent cette leçon où la chair ne saurait trouver sa part, mais qui nous donne la joie de nous trouver sur les traces de Jésus, où, purifiés de l’égoïsme, nos yeux peuvent contempler la beauté de ce qui est céleste, et où nous jouissons de la clarté de la face de Dieu ; où, enfin, la vie de Jésus en nous jouit de ce qui lui appartient en propre.

Dans les trois premiers évangiles, dits synoptiques, c’est avec ce qui suit que commence le récit des derniers jours du Sauveur. Alors, pour se présenter une dernière fois aux Juifs, Il reprend le caractère de Fils de David. Jérusalem voudrait-elle encore recevoir son Roi ?

Nous pouvons indiquer ici brièvement la différence entre ces trois évangiles et celui de Jean. Les trois sont historiques ; ils nous racontent la vie et le ministère de Jésus à trois points de vue différents : comme Emmanuel le Messie ; comme Prophète serviteur ; et comme Fils de l’homme en grâce. Aussi, dans ces évangiles, Son service s’accomplit-il essentiellement en Galilée, au milieu des pauvres du troupeau. Le résultat est qu’Il se trouve rejeté ; mais Il est présenté aux hommes pour qu’ils Le reçoivent. Ils n’en veulent rien, mais Il est là pour eux. Nous avons déjà vu que tout en étant là comme Prophète et Fils de David, Il a manifesté Dieu dans ce monde. Si l’homme, ou Israël, eussent reçu le Fils de David, Fils de l’homme en grâce, ils ne pouvaient L’accepter qu’avec tous les traits divins qui Lui étaient propres, ils ne pouvaient, par conséquent, que s’incliner devant la manifestation de ce qui était divin. Cela ne pouvait être autrement, car Dieu était là. Or, c’est ce que l’homme ne voulait pas.

Dans l’évangile de Jean, Il est présenté d’emblée comme étant Dieu Lui-même, et par conséquent comme déjà rejeté, ainsi qu’on le voit aux versets 10 et 11 du premier chapitre. Les Juifs, dès le commencement et dans tout cet évangile, sont traités comme des réprouvés. La nécessité de l’œuvre divine dans ses deux parties, la nouvelle naissance et la croix, est constatée. L’élection, et l’action souveraine de la grâce et sa nécessité absolue pour le salut, sont mises en évidence partout. Nul ne peut venir à Jésus, si le Père qui l’a envoyé ne le tire. Ses brebis reçoivent la vie éternelle et ne périront jamais. Dans cet évangile, presque tout se passe à Jérusalem, sauf ce qui est raconté dans le dernier chapitre.

Souvenons-nous que Jésus présente au cœur des siens l’esprit dans lequel ils doivent marcher dans ce monde, comme l’esprit dans lequel le Sauveur Lui-même a marché ; Lui, le Seigneur de tous ; mais doux et humble de cœur, servant les autres par amour.

Le Seigneur, en sortant de Jéricho (v. 29), accepte de la part des aveugles le titre qu’Il porte en relation avec Israël, à qui Il va se présenter aussi pour la dernière fois comme ayant droit à ce titre : « Fils de David », disent les aveugles, « aie pitié de nous ». Ne se prêtant pas à l’impatience de la foule qui ne voulait pas s’occuper de la misère des aveugles, le Seigneur s’arrête, les guérit, et ils suivent le Fils de David, témoignage évident rendu à la réalité de Son titre. Mais Il se présente aussi ici comme le « Seigneur », c’est-à-dire comme l’Éternel Lui-même.