Chapitre 21

Arrivé à Bethphagé près de Béthanie, Il envoie deux de Ses disciples au village pour y chercher une ânesse et son ânon, afin d’y monter et d’entrer ainsi dans la ville de Jérusalem qui était voisine. La prophétie avait annoncé ce fait : « Réjouis-toi avec transports, fille de Sion ; pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi ; il est juste et ayant le salut, humble et monté sur un âne, et sur un poulain, le petit d’une ânesse ». Remarquez toutefois que les mots : « juste, et ayant le salut » (Zach. 9, 9) sont omis ici. Il devait premièrement venir dans l’humiliation ; plus tard, Lui, le vrai roi d’Israël, viendrait avec puissance, apportant avec Lui la délivrance de ce peuple[4]. Cependant, quoique dans l’humiliation, Il agit déjà avec une autorité royale et divine et Dieu dispose les cœurs à Le reconnaître. Les propriétaires de l’ânesse la laissent aller sur la demande des disciples. Dans l’évangile de Luc nous trouvons plus de détails ; ici, nous avons le fait qu’Il agit en roi. La foule, sous l’influence divine, Le reconnaît aussi comme tel et Il entre, au milieu de cette procession triomphale, dans la sainte cité, entouré du cri : « Hosanna au fils de David ». Toute la ville en est émue, et la foule répond : C’est Jésus, le prophète de Nazareth.

Le voilà donc reconnu roi et prophète (Sa sacrificature devait s’accomplir ailleurs), la main de l’Éternel se manifestant clairement. Ce n’était donc pas le témoignage qui manquait dans le cœur du peuple. Le Seigneur exerce aussi Son autorité en purifiant le temple, profané par le commerce qui s’y faisait et qui pourvoyait aux besoins de ceux auxquels il fallait des bêtes pour leurs sacrifices. Ce trafic en amenait un autre, celui des changeurs. On avait fait de la maison de Dieu une caverne de voleurs. Matthieu ne fait que citer ce passage. C’était bien la « maison de son Père », mais tel n’est pas le point de vue présenté ici. Il est le roi, Emmanuel ; aussi Sa puissance se manifeste-t-elle en grâce : Il guérit les aveugles et les boiteux.

Tout ceci provoque la haine des chefs d’Israël qui expriment hautement leur déplaisir. Le Seigneur leur cite le psaume 8 qui nous révèle le Fils de l’homme, selon les conseils de l’Éternel, lorsque le Messie est rejeté d’Israël. Il est bon de remarquer les deux citations des versets 9 et 16. La première est tirée d’un psaume constamment cité par le Seigneur et par Ses apôtres, et qui révèle le rétablissement d’Israël aux derniers jours, lorsqu’ils reconnaîtront Celui qu’ils ont percé (Ps. 118, 25, 26). Hosanna veut dire : Sauve maintenant, ou : Sauve, je t’en prie. D’autres versets de ce psaume sont fréquemment cités. Le psaume 8 présente la position de Fils de l’homme, toutes choses étant mises sous Ses pieds, quand (au psaume 2 qui Le montre comme roi en Israël et Fils de Dieu) Il a été rejeté, mais avec la déclaration de la part de l’Éternel qu’Il serait roi en Sion, malgré Israël et le monde qui est invité — du moins ses chefs — à se courber devant Lui (comp. Jean 1, 49, 50 ; Matt. 16, 20, suivi de 17 ; et Luc 9, 20-22).

Maintenant (v. 17) le Seigneur ne veut plus de Jérusalem ; Il en sort, va à Béthanie et y passe la nuit.

Le figuier (v. 18-22) représente, je n’en doute nullement, Israël, soit l’homme sous l’alliance de la loi. Il est jugé définitivement et pour toujours. Il n’y avait qu’une belle apparence et pas de fruit, et il n’y en aurait jamais sur ce pied-là. Mais le Seigneur se sert du fait qu’à Sa parole le figuier sèche incontinent, pour montrer à Ses disciples l’effet de la foi en eux, dès qu’elle se trouvait là. Toutes les difficultés disparaîtraient. Non seulement Israël sous la loi sécherait, mais toute la puissance mondaine qui s’y élevait contre eux disparaîtrait sous les eaux du jugement de Dieu.

Au verset 23, les autorités judaïques mettent en question celle de Jésus, marche usuelle de ceux qui possèdent officiellement l’autorité, lorsque Dieu agit à côté de cette dernière par Sa puissance spirituelle. Le Seigneur, dans Sa sagesse divine, ne conteste pas l’autorité officielle dans sa sphère, mais lui présente un cas qui allait mettre sa valeur pleinement à l’épreuve. La puissance divine ne manque pas d’autorisation, et elle venait de se manifester pleinement, mais Jésus répond comme dans l’humiliation et, moralement, comme nous le pouvons toujours avec Son aide, si nous ne pouvons pas manifester cette puissance extérieurement. Au reste, Dieu ne fait pas de miracles pour satisfaire l’incrédulité.

Le Seigneur démontre, par leur propre confession, leur incapacité de porter un jugement sur ce qui se faisait de la part de Dieu. Jean ne faisait pas de miracles. Le baptême de Jean était-il du ciel ou des hommes ? S’il était du ciel, Jean avait rendu témoignage à Jésus, et pourquoi ne croyaient-ils pas ? Mais ils avaient peur, à cause du peuple, de répondre : « des hommes ». « Nous ne savons », disent-ils. Comment donc prétendre juger de la mission de Jésus ? Or maintenant eux doivent être jugés à leur tour, ainsi que toutes les sections de la nation juive.

Dans toute cette partie de l’évangile, Christ étant rejeté, le temps présent d’alors se lie sans intervalle à Sa seconde venue en jugement, ainsi que nous l’avons vu dans les citations de Zacharie 9, psaumes 118, 2 et 8. Seulement le Seigneur constate tout premièrement le caractère de ce rejet (v. 28-32). Il leur propose le cas de deux fils. Le premier dit : Je n’irai pas, et toutefois il va ; l’autre répond : J’y vais, mais ne va pas. C’était la prétendue obéissance des Juifs, tandis que de pauvres pécheurs se repentaient de leurs péchés et suivaient Christ. Ses interlocuteurs reconnaissent que c’est bien le premier des deux fils qui a fait la volonté de son père. Le Seigneur leur fait l’application du cas et ajoute que, encore qu’ils eussent vu le repentir des autres, ils n’y allaient pas davantage.

Ensuite (v. 33) Il leur raconte leur histoire dans la parabole de la vigne louée à des cultivateurs. La vigne avait été soigneusement mise en état et environnée d’une clôture. Le propriétaire envoie ses serviteurs pour recevoir sa part des fruits. C’étaient les prophètes ; ils ont été persécutés et tués, comme Étienne en accuse les Juifs au chapitre 7 des Actes. Enfin il a envoyé son Fils. Mais l’homme (les Juifs), avec tous les avantages dont il pouvait jouir de la part de Dieu, a voulu avoir le monde — le monde religieux si vous voulez — sans le Fils de Dieu, sans Dieu et sans autorité, car celui qui n’a pas le Fils n’a pas le Père. Les cultivateurs le jettent hors de la vigne et le tuent. Les Juifs reconnaissent qu’il faut faire périr misérablement ces méchants. Alors le Seigneur cite ce même psaume 118, déjà mentionné plus haut : N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : « La pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre du coin. Celle-ci est de par le Seigneur, et est merveilleuse devant nos yeux ». Le royaume de Dieu leur était ôté et donné à ceux qui en rapporteraient les fruits.

Puis (v. 44), Il fait la différence entre l’effet du jugement qui allait tomber sur eux et ce qui arriverait aux derniers jours. Ils tomberaient sur la pierre d’achoppement et ils seraient brisés ; ceux sur lesquels elle tomberait en jugement seraient broyés et réduits en poussière.

Ayant entendu ces paroles, les principaux sacrificateurs et les scribes s’aperçoivent bien qu’Il parlait d’eux ; mais ils sont retenus par la crainte qu’ils avaient encore de ce que pouvaient être les dispositions de la foule, car celle-ci Le tenait pour un prophète.

Quel témoignage solennel la bouche du Seigneur rend ici de la crise par laquelle passait en ce moment la race humaine, par laquelle l’âme passe encore partout où Jésus est annoncé ! Celui qui heurte contre la pierre se ruine, mais le Seigneur viendra en jugement contre Ses adversaires qui seront broyés par la puissance de Sa venue en gloire. L’autorité rebelle qui rejette la vérité, est toujours faible et dépend de l’opinion du monde. Une mauvaise conscience est toujours faible. Celui qui a la vérité et la foi peut dire la vérité ; il est entre les mains de Dieu et le sait. Souvenons-nous que le monde dans lequel nous vivons a rejeté le Fils de Dieu. L’évangile lui dit, de la part de Dieu : Qu’avez-vous fait de mon Fils ? Que peut-il répondre ? Dieu annonce la grâce avec une longue patience, jusqu’à ce que cette patience soit inutile ; mais le monde est jugé, ayant non seulement péché et transgressé la loi quand il l’a eue, mais rejeté Dieu Lui-même venu en grâce.

Non seulement l’homme a été chassé du paradis terrestre, un monde, pour ainsi dire, que Dieu avait créé autour de lui, mais, autant que cela dépendait de lui, il a chassé Dieu de ce monde du dehors, que le péché et les convoitises avaient formé autour de l’homme. Il a chassé Dieu, quand Son amour L’avait amené ici-bas, quand Il délivrait l’homme tous les jours de tous les maux que le péché avait introduits dans le monde. L’homme ne veut pas Dieu ; il ne Le veut à aucun prix.