Chapitre 22

La parabole des cultivateurs se rapporte à la venue de l’homme, même quand il s’agit de la venue de Christ. Maintenant le Seigneur va parler des voies de Dieu en grâce envers Israël et aussi envers les Gentils. Dans la parabole précédente, il était question de chercher du fruit, comme Dieu le faisait en Israël. Ici un roi fait un festin de noces pour son fils, et convie les invités au festin. Remarquez aussi que c’est une similitude du royaume des cieux (v. 2), tandis que, dans la parabole précédente, on cherchait des fruits d’après une mesure arrêtée d’obligation, c’est-à-dire la loi, quoique ce fût par le ministère des prophètes et du Fils, sans que le royaume fût en question.

Les premiers conviés étaient les Juifs, et tout premièrement ceux du vivant du Christ (v. 3). Ensuite, lorsque tout fut préparé, Il envoya encore une fois Ses esclaves — les apôtres après Sa mort — pour les convier au festin. Ils s’en moquèrent. On trouve ici les deux caractères des hommes : les intéressés qui s’occupent du monde et ne s’inquiètent pas du Seigneur, et les violents qui persécutent Ses messagers. Luc, comme il le fait souvent lorsqu’il s’agit des choses morales, entre plus dans le détail, tandis que, d’autre part, il raconte en peu de mots une foule d’incidents qui ne font pas un tableau moral. Luc, dis-je, entre dans plus de détails, afin de montrer quelles excuses les hommes présentent pour négliger le Christ, puis il nous fait voir le Seigneur, cherchant en grâce les pauvres méprisés d’Israël, alors que les chefs ne veulent pas du Christ.

Ici nous avons le grand fait historique, que Jérusalem et les Juifs comme tels ne voulaient aucunement de Lui, et persécuteraient les siens, amenant, comme ils l’ont fait, sur eux-mêmes le jugement de Dieu et la ruine.

Ensuite Il fait chercher les Gentils, les pécheurs où qu’ils soient, et la salle des noces est remplie de monde ; mais alors il y a un jugement qui s’exerce à l’égard de tous ces conviés. Nous n’avons ici qu’un exemple, mais c’est pour constater le principe. La chrétienté, rassemblée par le message de l’évangile, est l’objet du jugement de Dieu, selon la nature de l’invitation qui a été faite. Pour un festin de noces, il faut une robe de noces. Il faut être revêtu de Christ, pour avoir part à Sa joie.

Nous trouvons encore ici un autre principe important et digne de remarque, principe qui découle de la forme de la parabole : le jugement est un jugement individuel.

Voici ce que je veux dire : la première partie de cette parabole, dont le sujet est la grâce, amène le jugement sur les Juifs, qui avaient méprisé l’invitation du roi agissant en grâce et les conviant au festin, qui avaient maltraité les messagers, et qui, à la suite de leur refus de lui rendre les fruits de sa vigne, avaient outragé ses envoyés les prophètes, et finalement porté les mains sur son Fils unique et mis à mort son bien-aimé. Mais, à la fin de la parabole, lorsque, l’invitation ayant été envoyée de tous côtés, la maison a été remplie de conviés, bien que la chrétienté soit retranchée comme le judaïsme, un autre genre de jugement nous est révélé, un jugement individuel, dans lequel il s’agit de savoir si l’individu est dans un état qui convienne aux privilèges dont il jouit. Il ne s’agit pas de la destruction d’une ville et de la nationalité du peuple terrestre de Dieu ; d’un jugement extérieur qui met fin à l’économie, à l’existence de la nation sous l’ancienne alliance, à tout le système judaïque ; il s’agit de savoir si l’état de celui qui se trouve au festin convient aux noces du Fils du grand Roi ; sinon, tandis que le festin continue, l’individu, impropre pour les noces, est jeté dans les ténèbres de dehors, là où sont les pleurs et les grincements de dents.

Le principe établi, on voit qu’il s’applique, hélas ! à plusieurs : Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.

La parabole des cultivateurs est l’histoire du judaïsme jusqu’au rejet et au crucifiement du Christ ; celle du festin est l’histoire de la réception de l’évangile, premièrement par les Juifs, puis par les Gentils, avec ce qui résulte de la participation extérieure à cette grâce, et le triage qui se fait au sein même de ces privilèges.

En reprenant l’ordre des pensées depuis le chapitre 20 verset 29, nous avons vu jusqu’ici : la présentation de Jésus, comme Fils de David, à Jérusalem ; l’état des Juifs constaté, quant au fait, dans la parabole des deux fils ; leur jugement comme nation dans la parabole de la vigne, jugement qui, du reste, avait déjà été dépeint dans le figuier devenu sec.

Ici, il est utile de faire remarquer la différence entre ces deux cas. Dans les deux, c’est Israël sans fruit, jugé et mis de côté ; mais, dans le cas du figuier, c’est Israël de fait, tel que le Sauveur l’a trouvé : beaucoup de feuilles, une belle apparence, mais aucun fruit répondant à ce que le Seigneur cherchait, à ce dont Son cœur avait besoin ; aussi le jugement a-t-il un autre et plus profond caractère. L’arbre était mauvais ; la nature humaine, sous la culture de Dieu même, ne valait rien. En entrant dans ce monde, il n’y avait, sur le chemin du Sauveur, qu’un seul peuple qui eût joui de cette culture ; c’était Israël, l’homme ayant tous les avantages que l’homme pût avoir comme placé sous sa responsabilité ici-bas. Or l’homme selon la chair est condamné ; jamais il ne portera de fruit ; c’en est fait de lui.

La parabole des cultivateurs se rattache davantage à la nation, comme sphère des voies de Dieu, une économie sur la terre ; non pas la nature humaine sous la loi, mais les chefs de la nation auxquels la vigne de Dieu avait été confiée. Dieu avait eu longue patience ; Il cherchait les fruits qui Lui étaient dus, et Ses messagers, Ses serviteurs, avaient été honnis, maltraités, même tués. Dieu pouvait faire encore une chose et Il l’a faite ; Il a envoyé Son Fils. Les cultivateurs L’ont jeté hors de la vigne et L’ont tué ; ils devaient subir le jugement qu’ils avaient mérité. Ce n’est pas le mal inguérissable, la chair qui ne peut plaire à Dieu, qui dépérit devant Ses yeux : c’est un jugement extérieur et terrible, tombant sur la nation qui, malgré toute la patience de Dieu déployée envers elle dans sa longue carrière, a mis le comble à son iniquité en rejetant et en crucifiant Son Fils. Ce peuple subit le jugement public de Dieu ; il est déjà ruiné, brisé à la suite de son péché ; il sera broyé (sauf un petit résidu que Dieu s’est réservé), quand, aux derniers jours, il sera trouvé adversaire et apostat.

Après cette parabole nous avons trouvé le royaume des cieux, la grâce qu’Israël rejette également, mais qui, étant promulguée, remplit la maison de conviés, de Gentils aussi bien que de Juifs. Ici nous trouvons aussi le jugement, mais portant sur la question si l’individu est propre à la position dans laquelle il se trouve.

Maintenant, après ces grands principes, après ces traits qui dépeignent la situation, toutes les classes des Juifs, chacune à son tour, viennent pour être jugées, alors qu’elles pensaient jeter la sagesse divine dans la perplexité par des questions qu’elle ne saurait résoudre, car elles se croyaient sages et pensaient avoir affaire à un pauvre Galiléen illettré. Combien le monde et les hommes religieux sont aveugles ; et que le cœur de l’homme est méchant ! Le Seigneur est au milieu d’eux en grâce, et ces hommes, les uns comme les autres, voudraient montrer qu’Il est dans Ses torts.

D’abord (v. 15) les pharisiens se réunissent et tiennent conseil ensemble pour chercher à L’enlacer dans Ses paroles. Ils tenaient eux-mêmes fortement à l’autonomie judaïque, comme étant le peuple de l’Éternel qui ne devait pas être assujetti aux Gentils ; les hérodiens, au contraire, s’attachaient à la dynastie d’Hérode, représentant la puissance impériale de Rome qui l’avait placé là comme roi subalterne. Si Jésus reconnaissait l’autorité romaine, Il perdait, pensaient-ils, aux yeux du peuple Son caractère de Messie qui devait les délivrer de ce joug ; s’Il rejetait cette autorité, eux pourraient Le dénoncer au pouvoir civil. Peu leur importait qu’ils fussent inconséquents, si seulement ils pouvaient se débarrasser de Dieu et de Sa vérité. Les ennemis les plus acharnés deviennent amis pour se défaire de Christ. Comme Hérode et Pilate, pharisiens et hérodiens, pharisiens et sadducéens, tout le monde est d’accord pour cela. Les pharisiens et les hérodiens vont donc ensemble Le questionner et Lui demandent, en Le flattant sur Son intégrité, si, oui ou non, il fallait payer le tribut à César. Le Seigneur, s’apercevant clairement de leur hypocrisie, la leur signale ; puis Il leur demande de Lui montrer la monnaie courante, avec laquelle on payait le tribut dans le pays. De qui cette pièce portait-elle l’image et l’inscription ? Ils Lui disent : « De César ». « Rendez donc, leur dit-Il, les choses de César à César, et les choses de Dieu à Dieu ». Dieu avait assujetti les Juifs aux Gentils pour leurs péchés ; ils devaient reconnaître Sa main et se soumettre à ce joug, jusqu’à ce que Dieu, selon Sa promesse, les en affranchît. En attendant ils devaient rendre à Dieu ce qui Lui appartenait. Ils ne faisaient ni l’un ni l’autre. Rebelles à Dieu dans toutes leurs voies, ils se soulevaient constamment contre les Romains. Étonnés de la réponse du Seigneur, ils Le laissent et s’en vont.

Le même jour les sadducéens, qui nient la résurrection, viennent Lui soumettre le cas d’une femme qui, selon la loi de Moïse, avait eu sept maris. Duquel des sept, demandent-ils, serait-elle femme, lors de la résurrection ? Il s’agissait ici d’une vérité fondamentale ; aussi la réponse du Seigneur est-elle formelle et précise. Mettre en question la résurrection, c’était ignorer les Écritures et la puissance de Dieu. La mort ne terminait pas l’existence des hommes ; si Dieu était le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Il n’était pas le Dieu de ceux qui n’existaient pas. Tous vivent pour Lui, s’ils sont morts pour les hommes ; et bien que la vie et l’incorruptibilité n’aient été mises en évidence que par l’évangile, l’Ancien Testament suffisait pour montrer que Dieu avait été, était et serait le Dieu des fidèles, pour qu’ils fussent avec Lui, non seulement comme des âmes, mais comme des hommes, âme et corps, ainsi qu’Il les avait faits : seulement ressuscités, chose nécessaire après la mort. Lorsque Dieu disait : « Je suis le Dieu d’Abraham », Abraham était un homme vivant pour Lui et devait être ressuscité.

Mais le Seigneur traite aussi le côté positif de la question. Dans la résurrection tout est changé ; il ne s’agit ni de se marier ni de donner en mariage ; on est comme les anges de Dieu dans le ciel. Il n’est pas question ici de la position dans laquelle on se trouve, mais du caractère dans lequel on subsiste. C’est un fondement de l’évangile, que la résurrection.

Notre foi est vaine si Christ n’est pas ressuscité ; chose évidemment vraie, car, si l’homme ne ressuscite pas, Christ Lui-même n’est pas ressuscité ; Il est donc mort aussi, sans remède ni réponse ; Il est vaincu, non pas vainqueur. Les sadducéens sont réduits au silence, et les deux grandes sectes des Juifs n’ont plus rien à dire.

Mais le Seigneur ayant fait ce que ne pouvaient faire les pharisiens, adversaires des sadducéens, la curiosité des pharisiens est excitée, et ils se réunissent (v. 34). L’un d’entre eux questionne le Seigneur, mais sa demande a pour résultat que Jésus pose le vrai fondement de la loi et des prophètes, et puis constate clairement la situation des choses, la question du moment, comme Dieu l’envisageait. Lequel, demande le docteur de la loi, est le grand commandement dans la loi ? Question très débattue parmi les Juifs, pour lesquels chaque commandement avait une valeur spéciale, l’observation de chacun d’entre eux procurant, comme dans un examen au collège, tant de bons points de la part de Dieu. Le Seigneur saisit l’occasion, offerte dans les voies de Dieu, de constater les principes fondamentaux de la loi divine : Aimer Dieu de tout son cœur, tel est le premier commandement ; le second lui ressemble, c’est aimer son prochain comme soi-même. Tout, dans l’homme, dépendait de ces deux choses. C’est le sommaire de ce que l’homme devrait être ; les racines et la mesure de la justice humaine. Ce n’est en aucune manière une révélation de l’amour divin ; il n’est nullement question de la grâce, ni d’un chemin ouvert au pécheur pour venir à Dieu ; mais c’est la règle parfaite de ce qu’un homme devrait être, un résumé divin de la substance de la loi, loi sur laquelle les prophètes insistaient, en cherchant à ramener le peuple à son observation.

Maintenant tout change. À Son tour Christ les questionne. Il avait été clair et positif quant à la résurrection, clair et positif quant à l’essence et au fondement de la loi que l’homme aurait dû garder (et en la gardant il aurait joui de la vie avec Dieu, mais il est pécheur) ; maintenant Il leur présente la question, grave et décisive pour eux, du jugement qu’ils portaient sur le Christ et ainsi sur Sa propre personne. « Que vous semble-t-il du Christ ? De qui est-il Fils ? ». Ils Lui disent : « De David ». Comment donc, leur dit Jésus, David l’appelle-t-il Seigneur ? disant : « Le Seigneur a dit à mon seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds ». C’est ce qui allait arriver ; Il allait quitter la position de Fils de David sur la terre, héritier des promesses faites aux Juifs, pour s’asseoir à la droite de la majesté dans les hauts lieux.

Personne ne put Lui répondre un mot et personne, depuis ce jour-là, n’osa plus L’interroger. Tout était terminé entre le peuple juif et le Seigneur ; sauf, hélas ! à mettre à exécution les pensées de haine qu’ils avaient dans leur cœur.