Chapitre 23

Sans parler de l’instruction qu’il renferme, ce chapitre est important parce qu’il montre la manière dont cet évangile se meut dans les relations de Dieu avec Israël, tout en indiquant le jugement que ce peuple attirait sur lui par le rejet du Messie.

Nous trouvons ici, d’abord la position des disciples au milieu des Juifs, aussi longtemps que Dieu supporterait ces derniers, et ce qui, sous ce rapport, convenait aux serviteurs de Jésus ; puis l’iniquité et l’hypocrisie des scribes et des pharisiens ; enfin l’amour et la grâce souveraine de Jésus, grâce qui déborde et montre ce qu’Il est, même quand Il annonce le jugement. Par là, toute cette partie de l’évangile se lie aux voies de Dieu en relation avec Son peuple terrestre, comme le moment d’alors, où tout cela se passait, se lie avec les derniers jours. Tout se rapporte aux Juifs d’alors et à la relation des disciples avec ce peuple, et de là passe aux derniers temps en laissant l’Église de côté, sauf que la mention des derniers temps introduit nécessairement la responsabilité de ceux qui remplacent les Juifs comme serviteurs du Seigneur pendant Son absence, et finalement le jugement des Gentils.

Les disciples sont laissés par le Seigneur dans la relation avec les chefs judaïques dans laquelle ils se trouvaient alors, et jusqu’au rejet judiciaire du peuple lors de la destruction de Jérusalem. Le Sauveur les place dans la même catégorie que la multitude. Tous étaient soumis à l’autorité des scribes et des pharisiens. Ceux-ci étaient assis dans la chaire de Moïse ; on devait les écouter quant aux prescriptions qu’ils tiraient de la loi donnée par son moyen. Toutefois il fallait bien se garder de suivre leur marche ; c’étaient des hypocrites qui parlaient et ne faisaient pas. Ils faisaient la loi très stricte pour les autres et très légère pour eux-mêmes ; ils aimaient à paraître devant les hommes avec les formes de la piété, pour acquérir une réputation religieuse ; ils recherchaient les premières places dans les synagogues, les salutations dans les places publiques, et d’être appelés : Rabbi, se faisant valoir aux yeux du monde par la religion.

L’esprit des disciples devait être l’opposé de tout cela. Ils ne devaient pas être appelés : Rabbi, car le Christ seul était leur maître et eux étaient des frères ; ils ne devaient pas non plus en appeler d’autres du nom de père, car un seul était leur Père, celui qui est dans les cieux ; enfin, ils ne devaient pas être appelés conducteurs, car Christ seul était celui qui les enseignait. Celui qui voulait être grand au milieu d’eux devait être leur serviteur, car quiconque s’élèverait sur la terre serait abaissé et celui qui s’humilierait serait exalté. C’est bien ce que Christ a fait, tandis que l’homme, ayant voulu s’élever et être comme Dieu, a été abaissé et le sera encore en affrontant le jugement de Dieu (comp. Phil. 2).

Ensuite (v. 13), le Seigneur dénonce les scribes et les pharisiens, ces docteurs religieux du jour, en mettant le doigt sur les divers traits d’iniquité qui les caractérisaient. Ils fermaient le royaume devant les hommes, et ne voulaient ni entrer, ni permettre aux autres d’entrer, car les docteurs religieux s’opposent toujours à l’entrée de la vérité dans d’autres cœurs. Leur vie était une vie d’hypocrisie ; ils cherchaient à profiter, par leur caractère religieux, de la bourse de ceux que leur faiblesse exposait à leurs artifices ; ils faisaient de longues prières ; leur jugement serait sévère en proportion. Ils montraient (v. 15) un zèle prodigieux pour leur religion, mais ils rendaient moralement les prosélytes pires qu’eux-mêmes ; ils proposaient des subtilités de casuistes et négligeaient les choses essentielles de la loi de Dieu. Exacts quant aux minuties des dîmes demandées par la loi de Moïse, ils négligeaient la justice, la miséricorde et la foi, tout ce qui était réellement important aux yeux de Dieu ; ils nettoyaient le dehors, et au-dedans ils étaient pleins de rapine et d’iniquité. Hypocrites ! Ils bâtissaient les tombeaux des prophètes, et assuraient que s’ils avaient vécu au temps de leurs pères, ils n’auraient pas trempé dans la mort de ces messagers de Dieu. Ils témoignaient ainsi être les fils de leurs pères — eh bien ! qu’ils comblassent donc la mesure de leurs pères !

Jamais le Seigneur n’a accusé personne comme ce qu’on peut appeler le clergé de Son temps, ceux qui, sous des formes religieuses, étaient le grand obstacle au succès de Son travail ici-bas. Serpents, race de vipères ! dit-Il, comment pourrez-vous échapper à la condamnation de l’enfer ? Sauveur humble et débonnaire ! Lui qui avait commencé Sa carrière en dépeignant le caractère de ceux qui seraient bénis, Il l’a terminée, rejeté par la religion du monde et des formes, en dépeignant l’hypocrisie et l’iniquité de ceux qui s’opposaient à la bénédiction de leurs prochains — et Il l’a fait avec une sévérité d’autant plus terrible, que c’était la bouche de l’amour et de la grâce qui s’exprimait ainsi.

Tel est le point de départ de ces paroles brûlantes qui mettent en lumière, comme Lui pouvait le faire, le vrai caractère de la religion qui ne veut pas la vérité. Au moins, disaient-ils, ils n’auraient pas pris part à la persécution, ni à la mort de ceux qui apportaient le message de Dieu. Mais Dieu avait l’œil sur eux ; ils seraient mis à l’épreuve à cet égard. Christ, car c’était le Seigneur Lui-même qui les jugeait ainsi, enverrait des prophètes, des sages et des scribes (ce qu’Il a fait après être monté en haut) ; ils les persécuteraient, les tueraient, les fouetteraient dans les synagogues, pour maintenir la religion intacte ; mais — c’est Dieu qui prononce le jugement — afin que le sang juste, versé sur la terre depuis Abel jusqu’à Zacharie, vînt sur la génération à laquelle Dieu avait accordé Son dernier et Son plus grand bienfait, et qui avait ainsi montré, au plus haut degré, la perversité et l’iniquité de l’homme. Nous savons, d’après Apocalypse 18, 24, qu’il en sera de même de la chrétienté sous sa forme babylonienne.

Le point très solennel qui est mis ici en évidence, c’est que l’iniquité s’accumule. La patience de Dieu attend, et non seulement cela, mais elle emploie tous les moyens pour ramener à la sincérité et à Lui-même ceux qui possèdent la vérité ou qui en ont tout au moins la forme. Les appels les plus touchants, les avertissements les plus énergiques, la condescendance qui emploie des raisonnements presque d’égal à égal, tout cela est rendu inutile par l’obstination des hommes à mépriser la grâce et à pratiquer l’iniquité. Lorsqu’enfin Dieu a épuisé tous Ses moyens d’appeler à la repentance, alors arrive le jugement que cette patience divine avait suspendu. Il est enfin amené par le péché accumulé d’âge en âge, et par la dureté de cœur qui a grandi avec le mépris des avertissements divins et de la grâce.

Toutefois la grâce déborde du cœur du Sauveur qui parle ici dans Son caractère divin. Rien de plus touchant que les plaintes de Sa douleur, en apostrophant Jérusalem qui ne voulait ni recevoir Ses appels, ni venir pour être gardée et abritée sous les ailes de l’amour divin. Cette ville est bien caractérisée par la persécution de tous les messagers de Dieu, et que de fois Il aurait recueilli Ses enfants sous Ses ailes ! Mais, maintenant, Lui-même venu en amour est rejeté, et sa maison à elle (car Il n’appelle plus cette maison sienne) lui est laissée déserte — pas pour toujours, cependant, car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance — mais déserte jusqu’à la repentance du peuple, manifestée dans le désir de voir et de saluer Celui qui avait été promis, selon le psaume 118, si souvent cité en rapport avec ces jours-là et le retour du Sauveur. C’était ce que les enfants avaient crié au chapitre 21, témoignage voulu de Dieu et produit par Sa puissance, lorsque le peuple ne voulait pas de son Messie, vrai fils de David. L’iniquité du peuple, placé sous sa responsabilité, était venue à son comble, mais l’Éternel, selon Sa grâce souveraine et selon Sa fidélité, reviendra en puissance comme libérateur, au moins pour le résidu repentant, lorsque l’iniquité de l’homme, dans ce cas comme dans tous les autres, aura fait de la bénédiction d’Israël, selon les promesses de Dieu, un acte de pure grâce et de miséricorde envers des enfants de colère (Rom. 11, 29, 32).