Ce qui précède montre comment, en tout ceci, nous avons le peuple juif sous nos yeux. Ce qui suit est l’histoire des Juifs, ou plutôt celle du témoignage des serviteurs du Christ au milieu des Juifs, dans l’intervalle qui sépare le rejet du Messie, ici en question, et Son retour en gloire. Ils sont encore — ou de nouveau — en Palestine ; pas encore délivrés, ni publiquement reconnus de l’Éternel, mais sous Sa main, en châtiment, s’il s’agit de ceux qui sont sous l’influence de Sa grâce et de Sa Parole, et finalement en jugement contre ceux qui se jettent entre les bras de l’Antichrist. Ce récit vient très naturellement à la suite du témoignage des derniers versets du chapitre 23, et se rattache, quant à son contenu, à ce qui y est dit.
Le Seigneur sort du temple, maintenant délaissé en jugement jusqu’à Son retour, et s’assied sur la montagne des Oliviers, séparée par la vallée du torrent du Cédron, du plateau élevé sur lequel on voyait le temple dans toute sa grandeur. Les disciples s’approchent pour attirer Son attention sur la beauté de ce majestueux édifice ; le Seigneur ne cherche pas à détourner leurs yeux de l’objet qui les préoccupait, mais Il annonce la destruction complète de ce qui semblait être le palais indestructible de leur religion, nécessaire, de fait, à l’accomplissement des devoirs qu’elle imposait, lieu obligé des offrandes qui étaient le seul moyen de mettre le peuple en relation avec Dieu. Tout serait détruit de fond en comble ; leur religion et toutes leurs relations avec Dieu selon l’ancienne alliance, qui se rattachaient au temple, seraient entièrement abolies avec lui. Autant que cela dépendait de la responsabilité des hommes, le départ du Sauveur laissait le temple vide de son Dieu.
Les disciples Lui demandent quand ces choses arriveraient ; et, avec cela, quel serait le signe de Sa venue et de la fin du siècle. Ils entendent la fin du siècle de la loi par l’arrivée du Messie, savoir de Jésus en gloire, car les Juifs reconnaissaient « ce siècle », c’est-à-dire celui de la loi, et « le siècle du Messie » qui le terminerait.
Examinons la réponse du Seigneur. Elle se divise en deux parties : la première (v. 4-14) donne une esquisse générale de leur position et de ce qui se ferait jusqu’à la fin ; la seconde (v. 15-31) présente le tableau dont l’application est le développement du chapitre 12 de Daniel. En effet, ce chapitre annonce la grande tribulation par laquelle Jérusalem passera dans les derniers temps ; tribulation sans pareille dans l’histoire du monde, après laquelle le Sauveur apparaîtra pour la délivrance des siens, et pour rassembler, des quatre coins de la terre, les dispersés d’Israël, savoir les élus de ce peuple. Le Seigneur s’occupe tout particulièrement de ceux qui seraient des témoins pour Son nom, tout en racontant l’état de choses qui les touchait de si près. Il laisse de côté l’Église et tout ce qui s’y rapporte ; c’est des témoins au milieu des Juifs, qu’Il parle ; Il les met en garde contre les faux christs. Maintenant que le vrai Christ avait été rejeté, le peuple serait en proie à ces imposteurs et nombre de personnes seraient trompées. Il y aurait aussi des guerres et des bruits de guerre ; les disciples devaient rester tranquilles, la fin — savoir la fin du siècle — n’étant pas encore. Les nations s’élèveraient l’une contre l’autre, les royaumes aussi ; il y aurait des famines et des tremblements de terre en divers lieux. C’était le commencement des douleurs d’enfantement pour l’accomplissement des voies de Dieu.
Mais dans ces temps de trouble, même de la nation, l’homme n’en deviendrait que plus méchant et ferait éclater sa haine contre les témoins de la vérité. On les tuerait, on les livrerait pour être affligés, et ils seraient haïs de toutes les nations pour l’amour du Christ. Une fois la bride lâchée, les Gentils comme les Juifs ne veulent ni Christ ni la vérité. Il y aurait de faux prophètes qui tromperaient la multitude, et plusieurs se refroidiraient, parce que l’iniquité surabonderait. Dans ces cas-là le courage moral vient à manquer, lorsque la foi n’est pas en activité pour soutenir le cœur, en le faisant regarder vers le Seigneur qui est au-dessus de toutes les difficultés, quelles qu’elles soient. Il s’agissait pour les disciples de persévérer jusqu’à la fin, car la délivrance arriverait en son temps. Pour nous il s’agit de moissonner, en nous appliquant à l’œuvre du Seigneur sans nous décourager ; pour eux il s’agit d’être délivrés. En général il est vrai pour nous aussi qu’il faut persévérer jusqu’au bout. Lorsque la Parole de Dieu nous parle du chemin du désert qui est à traverser, elle insiste sur la persévérance et sur le maintien de la confiance jusqu’à la fin ; non pas que l’issue soit incertaine pour le vrai croyant, parce que Dieu le gardera jusqu’au bout. Il est fidèle pour le faire, mais il faut qu’Il le fasse ; le chemin est là, il faut que nous le parcourions ; le danger est là, et il nous faut être gardés ; mais les brebis ne périront pas et personne ne les ravira de la main du Seigneur. Cependant il faut aller jusqu’au bout ; c’est un devoir de compter sur Dieu pour cela ; mais ici, dans les derniers temps, il y aurait une délivrance. Toutefois, malgré la prédominance du mal, la parole de Dieu ne s’arrêterait pas ; elle dépasserait les limites de la Palestine, et porterait à toutes les nations la nouvelle de l’établissement du royaume qui vient. Alors viendrait la fin. Ce n’est pas ici l’évangile du salut, comme au chapitre 1 de l’épître aux Éphésiens, mais l’évangile du royaume, comme Jean-Baptiste, comme le Sauveur Lui-même, l’avaient annoncé. Le royaume de Dieu est proche.
Tout ceci est un aperçu de l’état de choses qui aurait lieu à la fin et qui commençait à poindre immédiatement après le départ du Seigneur, état de choses qui avait son avant-goût dans ce qui allait se passer entre Son départ et la destruction de Jérusalem, et dont les versets 4 à 14 nous donnent une idée générale. L’Église, nous l’avons déjà dit, est laissée entièrement hors de vue, le témoignage envoyé aux Gentils étant celui des derniers jours quand l’Église sera en haut, et donnant lieu au jugement que dépeint le chapitre 25. La destruction de Jérusalem par Titus ne se trouve pas ici du tout, mais néanmoins cette destruction était d’une grande importance, parce qu’elle mettait fin à toute relation de Dieu avec le peuple comme tel, jusqu’au moment où elle serait reprise lors de son retour dans le pays à la fin des jours. Luc (21, 24) nous parle de la destruction de Jérusalem par Titus en ajoutant qu’elle sera foulée aux pieds par les Gentils, jusqu’à ce que les temps des Gentils soient accomplis. Daniel (9, 26) en parle en ces termes : « Le peuple du prince qui viendra, détruira la ville et le lieu saint » et la désolation sera là par le jugement de Dieu. À la fin le Messie prendra le royaume, lorsque Jérusalem et les Juifs auront subi jusqu’au bout le jugement que Dieu a décrété.
Le Seigneur (v. 15) arrive maintenant, dans le cours de Sa prophétie, au moment prédit par Daniel, où l’abomination qui cause la désolation serait placée dans le lieu que le trône de Dieu doit occuper. Il y aurait donc, avons-nous vu, un temps de témoignage en Israël, qui s’étendrait jusqu’au bout du monde, à toutes les nations ; les serviteurs du Seigneur devraient posséder leurs âmes par la patience, et, quoique haïs de tous, persévérer jusqu’à la fin. Mais, pour ceux qui seraient en Judée, le moment viendrait où une idole (c’est ce que signifie le mot « abomination ») serait placée dans le lieu saint. Cette idole est appelée « de la désolation », parce que la confiance en elle et l’affront public fait à Dieu amèneraient la désolation du peuple et du lieu saint. Lorsqu’elle y serait placée, les fidèles qui seraient en Judée devraient s’enfuir dans les montagnes. Le Seigneur emploie toutes les images pour montrer l’urgence du cas : celui qui serait sur le toit de la maison ne devrait pas descendre pour emporter quelque chose hors de sa maison ; celui qui serait aux champs ne devrait pas revenir en arrière pour chercher ses vêtements ; le moment serait si terrible qu’il ne s’agirait que de prendre la fuite. Mais Dieu pense toujours aux siens : ils devraient, dit le Seigneur, demander à Dieu que leur fuite n’eût pas lieu en hiver, ni un jour de sabbat. Lorsque arrivera ce temps de tribulation sans pareille dans l’histoire du monde, Dieu pensera à la température la plus convenable pour la fuite et à l’esprit consciencieux qui arrêterait le fidèle un jour de sabbat.
Ce passage nous montre clairement qu’il s’agit, en tout ceci, des Juifs, et de Jérusalem, et du pays environnant. C’est la dernière demi-semaine de Daniel, « un temps de détresse pour Jacob » ; il en sera cependant délivré. Malheur aux femmes enceintes et à celles qui nourriront des enfants, ces sujets de joie pour les femmes juives en temps de paix ; il y aurait une tribulation telle qu’il n’y en avait jamais eu de pareille. Mais le cœur du Seigneur pense à toutes les difficultés, à tous les dangers des siens. Pour l’amour de Ses élus Il raccourcira ces jours-là, car autrement nulle chair n’eût été sauvée ; et, de fait, ce ne sera pas un prolongement de misère selon la volonté de l’homme, car en trois ans et demi tout sera terminé.
La citation de Daniel montre clairement qu’il ne s’agit pas du siège de Jérusalem par Titus, car Daniel nous fait savoir que ce temps de tribulation est sans pareil, et, par conséquent, il ne peut y en avoir deux. Mais de plus, la durée de la tribulation est de mille deux cent soixante jours, soit trois ans et demi, puis viennent soixante-quinze jours pour tout purifier, et alors aussi Daniel, naturellement ressuscité, aura sa part dans ces choses à la fin des jours. Or prenez les mille deux cent soixante jours pour des jours, comme je le crois, pour une demi-semaine d’années, ce qui correspond à Daniel 9, ou prenez-les, si vous voulez, pour mille deux cent soixante années ; le fait est que rien n’est arrivé, ni à l’une ni à l’autre époque, qui corresponde aux paroles prophétiques du Sauveur, ni à celles de l’Esprit par Daniel.
Luc ne parle pas de Daniel, ni de l’abomination de la désolation, car il s’occupe toujours davantage de la période actuelle et des principes qui s’y rapportent ; aussi nous dit-il à cette occasion que Jérusalem sera entourée d’armées et foulée aux pieds des Gentils, jusqu’à ce que le temps des Gentils soit terminé.
Après cela (v. 23) viennent les grands signes. Il y aura, dans ces derniers temps aussi, de faux christs et de faux prophètes, des promesses de délivrance dont les cœurs auront un si grand besoin, à ce moment terrible où toutes les fausses espérances d’une nation incrédule s’évanouiront. Voici, dira-t-on, Il est au désert ; voici, Il est dans la chambre la plus retirée de la maison ! Il y en aura aussi qui feront de grands signes et des miracles de manière à tromper, si possible, même les élus. La méchanceté des hommes et les ruses de Satan s’emploieront encore pour égarer les âmes et les empêcher de s’humilier et de chercher la délivrance où seule elle peut se trouver. C’est le temps terrible de la puissance de l’ennemi et du jugement de Dieu sur le peuple, par le moyen des instruments que celui-ci s’est choisis pour s’agrandir et s’établir dans son incrédulité. Il ne s’agit pas ici de chrétiens ; ils savent que Christ est dans le ciel ; leur dire : Il est au désert, Il est dans les chambres intérieures, ne répondrait à aucun besoin d’un chrétien, ne produirait aucun effet, même sur ceux qui ne le seraient que de nom. Pour le Juif, qui subira l’agonie d’une persécution sans pareille, de la colère de Satan qui, chassé du ciel, sera dévoré d’une rage brûlante, sachant qu’il n’a que peu de temps, pour le Juif, dis-je, au milieu de toute cette souffrance, le désespoir d’un cœur amèrement trompé par la promesse d’un libérateur arrivé, sera un piège évident. Il s’agit purement et simplement de la grande tribulation de Jérusalem aux tout derniers jours, du temps prédit par Jérémie (30, 7) et par Daniel (12, 1), la délivrance du résidu qui devient la nation étant annoncée dans ces deux passages. La puissance de Satan qui se développe dans cette période nous est montrée dans le chapitre 12 de l’Apocalypse ; l’ordre des temps au chapitre 9 de Daniel.
Le Seigneur avertit Ses disciples, car dans tout ce chapitre ils sont envisagés comme témoins au milieu des Juifs. Ils ne devaient suivre aucun de ces feux follets allumés par Satan pour tromper les âmes, car le Seigneur, le Fils de l’homme, viendrait comme un éclair, subitement, et avec un éclat qui ne laisserait aucune incertitude à l’égard de Sa personne ainsi manifestée ; — Il viendrait en jugement, là où l’effet du jugement se trouvait devant les yeux clairvoyants de Dieu (v. 28). Le Seigneur fait quelque allusion au chapitre 39, verset 30, du livre de Job, bien que ce soit une expression proverbiale dont on n’a pas à chercher le sens bien loin. Là où est le corps mort d’Israël, là descendra le jugement de Dieu, avec la vue et la rapidité de l’aigle.
Après ce témoignage rapide et prophétique du Seigneur, prévoyant le jugement des derniers jours, Il annonce avec plus de calme le grand résultat du jugement de Dieu, avec la grâce qui rassemblera le résidu du peuple (v. 29-31). C’est moins un transport prophétique, plaçant l’esprit dans les circonstances qu’il annonce, que la révélation des voies de Dieu, faite avec le calme et l’élévation qui conviennent à Celui pour lequel tout est certain. Toutes les autorités, toutes les puissances qui subsistent, seront bouleversées et tomberont. Je ne doute pas qu’il n’y ait dans les derniers temps des phénomènes extraordinaires (Luc 21, 25), mais je crois que le Seigneur parle ici de la chute de tout ce qui, en se faisant grand et fort, gouvernait le monde. Dieu intervient, et toutes les puissances, alors en rébellion contre Lui, sont renversées pour toujours. Ceci arrivera tout de suite après la tribulation annoncée par le Seigneur et par les prophètes. Les disciples avaient demandé quel serait le signe de Son arrivée. Il leur avait donné des avertissements abondants, et leur avait annoncé le vrai caractère et les vrais dangers de ces temps-là ; mais le signe de Son arrivée sur la terre serait l’apparition de Sa gloire dans le ciel. Ce qui était terrestre, Il le leur avait exposé selon les besoins de ces temps-là, mais la venue du Sauveur était céleste, et c’est là qu’on verrait le signe de Son arrivée sur la terre, l’apparition, je n’en doute pas, de Sa gloire dans le ciel ; on verrait le Fils de l’homme venant sur les nuées avec puissance et une grande gloire. Alors toutes les tribus de la terre (de la terre d’Israël, je pense) se lamenteront : ceux qui L’avaient rejeté et qui maintenant Le voient revenir en gloire. Les fidèles, partageant en général le sort de la nation, mais délivrés de leur incrédulité, se lamenteront, nous le savons, d’une autre manière (Zach. 12, 10-14), en regardant à Celui qu’ils avaient percé. Les Gentils rebelles qui s’élevaient contre l’Éternel et contre Son Oint seront détruits, mais ici, je le crois, l’Esprit a plutôt en vue les enfants d’Israël.
Mais il y a davantage : non seulement en Palestine ceux qui sont écrits dans le livre de Dieu (Dan. 12, 1) seront délivrés, mais le Fils de l’homme enverra Ses anges (car maintenant les anges sont devenus les serviteurs de Celui qui hérite de tous les droits de l’homme selon les conseils de Dieu), Il les enverra pour rassembler tous les élus d’Israël des quatre coins de la terre, depuis l’un des bouts du ciel jusqu’à l’autre bout. Ceci termine l’histoire des Juifs et du témoignage de Dieu au milieu d’eux, depuis le temps où ils ont rejeté le Sauveur, jusqu’à Son retour. Nous avons vu la relation du témoignage des disciples avec le peuple juif, et les circonstances dans lesquelles ils doivent rendre ce témoignage jusqu’au retour du Seigneur. Ceci se termine au verset 31 du chapitre 24. Les versets 30 et 31 de ce dernier chapitre se relient au verset 31 du chapitre 25. L’historique de la prophétie reprend à ce dernier verset, le trône du Seigneur étant établi, de sorte qu’Il juge les Gentils. Entre deux, nous avons des exhortations aux disciples, et la responsabilité des chrétiens pendant l’absence du Seigneur. Le résultat général pour la chrétienté est développé à la fin du chapitre 24. Tout dépendait de l’attente vivante du Seigneur. Si cela venait à manquer, le serviteur se ferait maître de ses compagnons de service et les tyranniserait ; il se joindrait au monde pour jouir de ses délices charnelles ; la conséquence en serait qu’il serait retranché, compté parmi les hypocrites et jeté dehors. Ceci donne lieu à des détails plus précis sur l’état et la responsabilité dans lesquels se trouvent les chrétiens pendant Son absence : c’est ce que nous allons examiner.