Chapitre 4

Toutefois, si telle est notre relation avec Dieu, nous sommes dans le combat ici-bas avec l’ennemi de nos âmes. Eh bien ! il faut que Jésus y entre aussi pour nous. C’est ce qui suit immédiatement : Jésus est conduit par le Saint Esprit dans le désert pour être tenté par le diable. S’Il prend ou plutôt s’Il fait notre place avec Dieu, il faut qu’Il la prenne vis-à-vis de l’ennemi pour lier l’homme fort qui nous tenait captifs. Je ne sais, cher lecteur chrétien, si cette grâce vous frappe comme elle me frappe, mais elle me paraît tellement dépasser toute la portée de nos pensées, que l’essai de la reproduire en des paroles humaines pour attirer l’attention des âmes sur elle, ne fait que trahir la faiblesse qui en parle. Toutefois, poursuivons notre essai, puisqu’on peut l’étudier dans la Parole même, une fois l’attention ainsi attirée. Jésus prend donc notre position dans le combat : moment solennel où tout dépendait de Sa victoire ! Il n’était pas possible, sans doute, qu’Il ne remportât pas la victoire, mais si le second Adam avait succombé comme le premier, tout était fini, tout était perdu. Cela ne se pouvait pas ; cependant Il a dû vaincre pour nous, et vaincre comme homme. C’est justement de cette position que l’ennemi veut Le faire sortir, de la position de serviteur, d’homme comme tel. « Si tu es Fils de Dieu (et le Père venait de Le reconnaître tel) dis que ces pierres deviennent des pains » ; agis en Fils ; il n’y a pas de mal à manger quand on a faim ; tu n’as qu’à dire ce mot et voilà de quoi satisfaire à tes désirs. C’était dire : fais ta volonté, sors de la position de serviteur que tu as prise. Pas un instant : Il avait pris, étant en la forme de Dieu, la forme de serviteur, et Il reste serviteur de Son Dieu. Or, dans nos jours de mépris de la Parole, il est bon pour le cœur de remarquer comment Jésus répond. Un seul texte de cette Parole, des Écritures, suffit à la fidélité et à la toute-puissance du Seigneur ; à la sagesse du Fils de Dieu, un seul texte suffit pour réduire au silence le diable qui voulait Le séduire. Le Fils de Dieu reste dans Sa position d’homme serviteur, et la Parole de Dieu dirige Ses voies, en est le mobile. Il est écrit : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Quel bel et parfait exemple ! Pas de mouvement de Son cœur vers autre chose que vers l’autorité de Son Dieu, duquel Il s’était fait serviteur. La parole de Dieu sort de la bouche de Dieu ; les paroles sorties de Sa bouche, que Son nom en soit béni, dirigent l’homme. Christ se maintient dans Sa place d’homme. « L’homme ne vivra pas de pain seulement ». La Parole est la source de Sa conduite, Il en vit. Elle Le dirige, sans doute, mais c’est elle qui met en mouvement Sa volonté ; sans cela Il ne fait rien. Il est venu pour faire la volonté de Dieu ; les paroles qui sortent de Sa bouche déclarent cette volonté et mettent en mouvement l’âme de l’homme serviteur. C’est là l’obéissance de Christ. Le diable n’y peut rien. Il se tait. Souvenons-nous ici, quoique ce ne soient que des choses accessoires, que ce n’était pas dans le jardin d’Éden que ce combat fut livré ; pas au milieu des jouissances qui témoignaient de la bonté de Dieu. Le Christ avait subi déjà quarante jours d’épreuve, période solennelle d’exercice et d’endurance, comme nous le savons par Moïse et par Élie, ou d’une manière analogue par les quarante ans d’Israël dans le désert. Il avait été soustrait à l’état ordinaire de l’humanité, non point afin de Le préparer pour la présence de Dieu, comme Moïse et Élie l’ont été. Il était dans le désert, loin des agréments qui, par la bonté de Dieu, restent à l’homme dans ce monde déchu ; aux prises, non avec des tentations spéciales, mais aux prises avec l’Ennemi. Sa position était telle que celle du monde dans sa réalité morale comme Dieu le voit : un désert où Satan domine (Marc 1, 13). Éprouvé ainsi par amour pour nous, et pour accomplir les conseils de Dieu ; subissant pleinement, selon les voies de Dieu (car Il était conduit par le Saint Esprit dans le désert), les peines qui venaient de la puissance de Satan dans ce monde, Jésus entre dans le combat spécial qu’Il doit livrer à Satan, combat où nous avons à Le suivre, mais contre un ennemi déjà battu. Il n’est pas las de Son service de fidélité ; Il reste homme serviteur, obéissant ; Il reconnaît l’autorité absolue de la Parole, s’appuyant sur elle comme la base de toute Sa conduite. C’est la simplicité qui est la perfection absolue. Satan est vaincu. Je le répète, un seul texte de la Parole suffit — quelles que soient les folles prétentions humaines — pour le Seigneur ; il suffit pour Satan. Qu’elle nous suffise aussi, cette Parole : seulement que Dieu nous accorde la grâce de nous en servir sous l’influence de l’Esprit de Dieu dont elle est le glaive, afin qu’elle soit efficace entre nos mains.

Mais pour oser obéir à Dieu dans ce monde, il faut savoir se fier à Dieu. C’est la seconde épreuve que subit pour nous le Seigneur. « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ». Essaie si Dieu sera fidèle à Sa promesse (Ps. 91, 11, 12). Ç’aurait bien été aussi sortir du chemin de l’obéissance. Dans ce chemin-là Il pouvait toujours compter sur Dieu, tandis que mettre Dieu à l’épreuve pour voir s’Il serait fidèle, c’est ne pas se fier à Lui comme assurément tel. C’est ce que veut dire l’expression tenter Dieu, et non pas aller trop loin en se fiant à Lui (Ex. 17, 7). La confiance est parfaite comme l’obéissance. Il s’attend à l’Éternel. Sûr que Celui-ci sera fidèle, qu’Il l’est toujours, Il n’a qu’à suivre le chemin de l’obéissance et dépendre de Lui. Sa Parole dirigera Ses pas et Ses pensées, et sera accomplie dans Ses promesses. Ce sont là les deux éléments de la vie du nouvel homme, de la vie de Christ en nous — obéissance, dépendance. Christ était parfait dans les deux ; et dans une obéissance qui avait la Parole, la volonté de Dieu, comme source de son activité, non pas seulement comme règle. Quand Satan présente traîtreusement la Parole comme un piège, la Parole suffit comme réponse parfaite pour conduire les pas et les pensées de l’homme.

Remarquez encore dans ces réponses si instructives du Seigneur, que, quand il s’agit des ruses du diable, la sagesse du Seigneur se borne à une simplicité frappante et qui consiste en ceci : qu’Il n’a besoin de penser à rien qu’à Son propre devoir. Cela suffit, et Satan n’y peut plus rien. « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Voilà tout : mais c’est assez. Sa conduite est parfaitement tracée. C’est la soumission, le chemin marqué par les paroles de Dieu. Il n’entre dans aucune controverse avec l’ennemi : il s’y est trouvé plus tard avec les hommes. Ici, c’est le chemin parfait de l’homme obéissant, Sa marche à Lui. La Parole de Dieu Lui trace pour Lui-même ce chemin, et le but est complètement atteint. Satan est vaincu.

Ensuite Satan se découvre : il ne s’agit plus de ses ruses. Il offre le monde et sa gloire au Seigneur s’Il veut lui rendre hommage. Aux yeux de l’homme obéissant qui reconnaissait Dieu, c’était se trahir ; et, pour un tel homme, Satan manifesté n’a aucune force. Résistez au diable, il s’enfuira. Le monde est l’appât que Satan peut offrir pour qu’on le suive. L’homme qui ne veut que son Dieu est ici à l’abri de tout vrai danger. Toutefois, c’est encore par la Parole que le Seigneur répond. Elle est l’épée de l’Esprit pour l’homme : l’épée de Dieu, mais faite pour l’homme qui s’en sert par l’Esprit ; et, s’il ne cherche qu’à obéir, elle suffit pour la défaite certaine de l’ennemi des âmes. Le diable quitte le Sauveur ; et si l’homme a dû combattre et vaincre par une obéissance aussi simple, les anges de Dieu Lui-même sont là pour Le servir.

Il était impossible de ne pas faire remarquer l’instruction qui se trouve dans ces détails ; mais je désirais particulièrement attirer l’attention de nos lecteurs sur la manière dont le Seigneur a fait et pris notre place, des deux côtés pour ainsi dire ; du côté de Dieu : Fils, oint du Saint Esprit, devant le Père, avec le ciel ouvert ; puis, dans le combat avec Satan, où en effet Il a lié pour nous l’homme fort.

Le Seigneur, homme ici-bas, avait été reconnu par le Père comme Son Fils bien-aimé, le ciel Lui étant ouvert, et Lui-même oint du Saint Esprit. Il avait présenté ainsi en Lui-même la place que devaient tenir, selon les conseils de Dieu, ceux qu’Il n’avait pas honte d’appeler Ses frères. Pour eux, Il était entré dans le combat que leur livre l’homme fort, et, l’ayant vaincu pour eux, Il leur avait montré comment, par Sa grâce, ils pouvaient vaincre à leur tour. Il va maintenant exercer Son ministère au milieu du peuple, et, tout en annonçant l’évangile du royaume, piller l’homme fort qu’Il avait lié. Mais, dès le commencement, la disposition de l’homme se manifeste : Jean-Baptiste est mis en prison. Jésus, de la Judée où Il avait opéré, s’en va en Galilée au milieu des pauvres et des méprisés du peuple. Il demeure à Capernaüm, endroit qui même est appelé Sa ville. C’est là, selon la prophétie (et Matthieu nous présente toujours Celui qui est le sujet de la prophétie), que la lumière doit briller. Ce n’est ni à Jérusalem, au milieu des orgueilleux chefs des Juifs, ni là où Il était chez Lui, qu’Il commence Son œuvre. Les pauvres du troupeau, le témoignage de Dieu, l’esprit du Seigneur, parfait en sagesse spirituelle, s’unissent pour diriger Ses pas vers l’endroit voulu de Dieu. Je ne dis pas que la prophétie ait dirigé Ses pas, mais Ses actes ont accompli la prophétie. Ce que Jésus annonçait était ce que Jean avait publié. C’était un appel à la repentance parce que le royaume des cieux était proche. Le trône de Dieu avait été établi sur la terre à Jérusalem ; l’Éternel l’avait quitté lors de la captivité de Babylone ; le siège du pouvoir suprême avait été transporté là, et cette puissance confiée aux nations. Mais les cieux devaient régner, et Dieu devait établir d’en haut Sa puissance bienfaitrice sur la terre. Jusqu’à aujourd’hui Il n’a pas pris Sa grande puissance et agi en roi ; mais le roi est assis dans le ciel sur le trône du Père, et le royaume existe en mystère.

Il importe de remarquer ici qu’il ne s’agit pas seulement du salut de tel ou tel individu (bien que les choses puissent se lier ensemble, et se lient en effet comme Jean 3 le démontre), mais de l’établissement d’un système d’autorité, par lequel les cieux impriment leur caractère en bonheur sur la terre. Le rejet de Christ a introduit des choses meilleures et des relations plus intimes et plus entièrement célestes, mais le royaume s’établira avec un développement encore plus complet quand le Seigneur reviendra. Toutefois ce n’est pas la place ici de développer ce thème ; poursuivons notre évangile.

Le Seigneur se fait le centre d’un peuple qui s’attache entièrement à Lui : principe important, droit qui n’appartient qu’à Lui seul. Il prêche la repentance à tous : il faut revenir à Dieu en se jugeant, car Israël s’était éloigné de Lui, et la crise de son histoire était arrivée. Mais outre cela, la puissante attraction de l’appel du Seigneur attachait les âmes à Lui, en les faisant tout quitter et rompre tout autre lien. Emmanuel était là, et ceux qu’Il appelait étaient à Lui. L’appel devait les faire pêcheurs d’hommes.

Ensuite, tout le ministère de Jésus est en somme raconté dans les trois versets qui suivent, voire dans le seul verset 23. Plus on examine ces versets 17 à 23, plus on voit qu’ils contiennent, et avec intention, un résumé de tout le ministère du Seigneur ; les versets 24 et 25 nous annoncent l’effet de ce ministère en Palestine et dans toutes les contrées avoisinantes. Au reste, c’était un ministère accompagné d’une puissance propre à attirer leur attention. Il rassemblait des disciples autour de Lui ; l’évangile du royaume était annoncé, et le caractère des miracles était aussi important que la puissance qui les accomplissait : c’était la puissance de Dieu manifestée en bonté sur la terre.

De grandes multitudes L’entouraient ; il importait que Ses disciples, et même la multitude, comprissent quel était le vrai caractère de ce royaume qui allait être introduit et de ceux qui devaient y avoir part. Le ministère de Jean, du reste, avait détaché un résidu de la masse impénitente du peuple.