Chapitres 5 à 7

Le Seigneur donc, voyant que Sa doctrine avait attiré la foule, rassemble Ses disciples et proclame les grands principes, les principes essentiels, qui devaient servir de bases morales à Son royaume et caractériser ceux qui devaient y avoir part. Les seize premiers versets du chapitre 5 contiennent l’énoncé de ces principes, ainsi que le caractère et la position des vrais enfants du royaume ; ce qui suit, jusqu’à la fin du chapitre 7, consiste en avertissements contre les égarements du cœur de l’homme, et place les anciens dictons et préceptes qui avaient cours parmi les Juifs en contraste avec les exigences de moralité du royaume des cieux. Il s’agissait d’avoir le cœur pur et exempt de haine, et l’esprit soumis de telle sorte que son impatience ne surgît pas, et que son mal ne se fît pas jour dans le cœur même ; il s’agissait de la patience et de la douceur qui tient plus à conserver le caractère céleste que ses propres biens ; de la bonté, prête à donner et qui ressemble au caractère de Dieu Lui-même, leur Père, qui aime sans qu’Il soit aimé.

Ensuite (chap. 6), le Seigneur veut que les motifs soient purs, et que la prière se rapporte aux véritables relations d’alors des siens avec Dieu et aux désirs qui en découlent. Il veut que le but du cœur soit céleste et qu’il y ait confiance aussi en Dieu pour ce bas monde. Ensuite (chap. 7), il ne fallait pas juger quand il s’agissait des motifs, mais, d’autre part, il ne fallait pas se méprendre quand l’insolent mépris de Dieu et de la morale était là ; puis on devait exprimer sa dépendance et sa confiance diligemment, en présentant ses demandes à Dieu, et Dieu exaucerait comme un bon Père ; enfin, il fallait que l’obéissance pratique posât une base solide à l’espérance de l’avenir.

On le voit donc, il n’est pas parlé de la rédemption, ni du pécheur, mais du caractère qui convient au royaume, caractère nécessaire pour y entrer. L’état requis précède l’entrée du royaume. Il devait bien dépasser le pharisaïsme, car Dieu voyait le cœur. Israël était en chemin avec l’Éternel et devait se réconcilier avec Lui. Le royaume des cieux allait être établi : voilà ce qu’il fallait pour y entrer. On avait affaire avec Dieu. Quant aux disciples, le Seigneur suppose l’opposition à leur témoignage et les combats ; ce qui donne lieu à la révélation de la partie céleste du royaume (chap. 5, 11, 12).

Ainsi la partie positive de l’enseignement du Seigneur embrasse les promesses (comme v. 5) pour la terre, et pour les cieux les versets déjà cités. D’autres passages s’appliquent généralement à l’esprit voulu de Dieu, qui, pour le fond, est le caractère de Christ Lui-même. Les disciples étaient placés comme le sel de la terre (de ce qui était en relation avec Dieu) en contraste avec toute corruption, et comme la lumière du monde, témoignage de Dieu à ceux qui gisaient dans les ténèbres du dehors. Leur témoignage devait être assez clair pour que les hommes sussent à quoi attribuer les fruits qui se manifestaient en eux. La place des disciples se dessinait ainsi clairement, comme un résidu appelé par la grâce.

Le sermon sur la montagne n’est nullement une spiritualisation de la loi. On n’y trouve que deux commandements auxquels on pourrait dire qu’il soit fait allusion, et cela même n’est pas vrai, car le Seigneur donne un enseignement qui ne s’accorde pas avec ce qui avait cours parmi les anciens, si même il ne le contredit pas ; et jamais Il n’aurait parlé ainsi de la loi de Dieu. Il dit que chaque mot de la loi et des prophètes sera accompli. Il est venu, Lui, pour les accomplir. Encore accomplir n’a-t-il nullement le sens d’obéir, mais tout simplement de ce qui est dit, d’accomplir. La désobéissance à la loi, quand elle était en vigueur, n’était pas le moyen d’entrer dans le royaume. Le Seigneur, aussi bien que l’évangile, confirme pleinement la loi comme venue de Dieu. Quand elle subsistait, lui obéir était le chemin de Dieu ; mais ici, tout en disant cela, le Seigneur met Son enseignement en contraste avec les discours des temps de la loi. La porte étroite et le chemin étroit caractérisaient la marche des disciples ; leurs fruits démontreraient la vraie nature de ceux qui cherchaient à les en faire sortir.

Ce discours n’est pas la large grâce annoncée aux pécheurs, non plus que la rédemption, mais le chemin tracé pour les fidèles qui voudraient avoir part au royaume qui allait s’établir. On remarquera que le nom de Père est très distinctement employé dans ce discours du Sauveur ; comme Il dit en Jean 17 : « Je leur ai fait connaître ton nom ». Le Fils étant là, le nom du Père se révélait. C’est la mesure même de la conduite ordonnée aux disciples à l’égard des autres : « parfaits comme votre Père est parfait ». C’est de ce nom que découlent les principes de leur marche dans ce monde. Ils étaient ici-bas, il est vrai, et Lui dans le ciel, et ils s’adressaient à Lui ainsi, mais le Père était révélé ; c’est du royaume du Père qu’ils doivent demander la venue.

Ayant présenté les grands principes du royaume des cieux, le Seigneur descend de la montagne. Alors commence la présentation à Israël de l’Éternel venu en grâce au milieu de ce peuple, Emmanuel, Dieu avec eux, ainsi que de tous les traits de bonté, de compassion, d’amour, révélés dans Ses voies envers eux jusqu’à Son rejet ; tableau de toute beauté et du plus profond intérêt ! traits que nous essaierons, autant que possible, de reproduire, tout en sentant combien la plume, hélas ! quelquefois aussi le cœur, quoique involontairement, y fait défaut. Mais avant d’entrer dans ce jardin divin pour jouir des fleurs et des fruits qui y croissent, ce sera bien de dire un mot sur le royaume et sur le discours que nous venons de résumer brièvement, en rapport avec le royaume.

Le royaume tout entier est en vue dans ses parties céleste et terrestre (v. 5, 12) ; et ce qu’ils doivent demander, nous l’avons vu, c’est le royaume du Père. Mais les disciples sont tous au milieu de difficultés et de persécutions, le sel au milieu de la corruption, la lumière dans un monde de ténèbres. La loi et les prophètes doivent être accomplis ; mais une autre chose est maintenant introduite. Tel devait être le royaume des cieux. Le roi était là dans un monde ennemi, et au milieu d’un peuple qui allait Le rejeter ; mais le royaume des cieux ne pouvait avoir lieu : pour cela le roi devait monter au ciel, car le royaume des cieux est le royaume de Dieu lorsque le roi et le gouvernement sont dans le ciel.