Chapitre 8

Nous avons dans ce qui précède une esquisse du ministère du Seigneur et des principes de Son royaume. C’est là un tout complet. Dans ce qui suit, nous Le voyons comme Il s’est présenté personnellement au peuple, avec le résultat de cette présentation. Il est rejeté par Israël, et, pour le moment, Israël est remplacé par l’Église et le royaume, quoique reconnu de nouveau en grâce lorsque le royaume sera rétabli. Pour le moment, c’est la présentation personnelle du Seigneur au peuple avec les suites de cette présentation. Comme Il descendait de la montagne avec la foule, un lépreux vint à Sa rencontre. Or l’Éternel seul guérissait la lèpre. L’homme avait appris que Jésus possédait la puissance nécessaire, mais n’était pas assuré de Sa bonne volonté. Si tu veux, dit-il, tu peux la guérir. Mais l’amour et la puissance se trouvaient là ; l’Éternel était là en grâce pour guérir. « Je veux, dit Jésus, sois net ». À qui appartenait-il de dire : Je veux, sois ? À un seul, et la chose a été faite. Mais Celui qui l’a dit était aussi là pour s’approcher de l’homme comme étant homme Lui-même. Il met Sa main sur l’homme, Il touche le lépreux. Beau tableau de ce qui était réellement là ! Dieu capable de tout faire, amour et bonne volonté pour le faire, mais homme au milieu d’une race contaminée qu’Il a touchée dans Sa grâce sans être rebuté par le mal, sans être contaminé par la souillure, bien qu’Il la touchât pour la guérir ; et l’homme était guéri, car l’Éternel était là, homme au milieu de Son peuple. C’est là le grand fait par lequel cette partie de cet évangile commence. C’est le fait essentiel de toute la chose — Emmanuel. Un autre élément l’accompagne. Il reconnaît l’autorité du système au milieu duquel Il se trouve. Le lépreux guéri devait aller se montrer au sacrificateur ; mais, en le prononçant net et acceptant le sacrifice, celui-ci reconnaissait de fait la puissance divine de Celui qui avait ainsi guéri le lépreux. L’homme qui est vraiment de l’humanité, quoique sans souillure, et que le mal avec lequel Il était en contact ne pouvait souiller, était Emmanuel, l’Éternel qui guérissait, mais entré par la porte et soumis à tout ce que l’Éternel avait ordonné en Israël.

Le second fait est un fait parallèle à celui-ci. Un homme d’entre les Gentils — avec une foi non rétrécie par cet égoïsme orgueilleux qui bornait tout aux promesses faites au peuple et aux privilèges qui leur appartenaient ; foi qui voyait la puissance divine, si elle était là, davantage dans sa propre largeur — demande à Jésus de guérir son serviteur. Une foi qui place un homme en la présence de Dieu, qui réalise Sa présence, est toujours humble. Le Gentil ne s’estime pas digne que Jésus entre sous son toit. Le Seigneur n’a qu’à dire un mot : tout Lui obéirait, comme ses propres soldats lui obéissent. Jésus reconnaît sa foi ; le mot est dit : le serviteur est guéri. Mais voici une autre grande vérité qui ressort de ce fait : la foi des Gentils est reconnue, et les enfants du royaume selon la chair seront jetés dehors. Là où Dieu se trouve, Il ne peut pas se borner à un peuple particulier, tout en venant au milieu d’eux selon Sa promesse ; et, qui plus est, Il ne peut se renier Lui-même ni changer de caractère. Si ceux qui étaient de Son peuple ne répondaient pas à ce caractère, ils ne sauraient être avec Lui ; or maintenant Il se révélait Lui-même, et était le centre nécessaire de tout ce qui pouvait être reconnu.

On Le voit ensuite, présent dans cette puissance de bonté qui met de côté tous les effets du péché et de la domination de Satan dans ce monde. Un seul mot de Jésus, et les maladies cessent, et les démons s’enfuient, et les possédés sont délivrés. Ce n’est pas seulement la puissance, mais la bonté ; c’est Dieu présent, mais c’est en même temps l’homme qui avec une parfaite sympathie pour les hommes, porte leurs misères sur Son cœur et se charge des peines de leurs infirmités. Il guérit ces infirmités en les sentant. On Le voit gémir profondément au tombeau de Lazare, bien qu’Il le ressuscite d’entre les morts.

Mais il n’en est pas moins vrai qu’Il est le méprisé et le rejeté des hommes : le Fils de l’homme n’a pas où reposer Sa tête, n’a pas le privilège des renards et des oiseaux dans ce monde. Il n’est pas de ce monde, et Le suivre c’est rompre entièrement avec tout ce qui en est. Dieu venu dans ce monde, est venu parce que le monde était sans Lui ; il faut qu’Il ait un droit absolu sur le cœur, et cela pour le séparer de ce monde et de la chair qui s’était arrangée sans Lui, et pour attacher le cœur entièrement à Celui qui était venu le chercher. Les motifs les plus puissants pour le cœur humain étaient nuls devant les droits de Dieu venu en grâce parce que l’homme était perdu. Ce n’est pas que Dieu ne reconnaisse pas les relations que Lui-même a formées ; mais, quand elles veulent faire valoir leurs droits contre Celui qui les a formées, elles les perdent entièrement, car elles tirent ces droits de Sa volonté : lui résister en les alléguant, c’est les détruire. Au reste, si le Seigneur est là, Ses droits s’élèvent au-dessus de tout.

Le Seigneur ne cherche pas l’admiration de la foule. Il fait Son œuvre, mais une multitude curieuse n’est rien pour Lui. Il passe à l’autre rive du lac. Mais accompagner le Sauveur, être vraiment avec Lui, ce n’est pas la tranquillité, mais l’exercice de la foi. Une tempête s’élève et le bateau est couvert par les vagues. Selon les apparences, le Seigneur est étranger au péril des siens. Il dort, tandis que les disciples pensent être engloutis par les eaux. Ils avaient une certaine foi en Lui, s’Il était réveillé ; tout au moins pourrait-Il s’occuper du danger. Mais, tout de même, quel manque de foi ! Penser que les conseils de Dieu et le Seigneur Lui-même allaient être engloutis ensemble par un orage, ou, selon le monde, par un accident ! Ils étaient dans une même barque avec le Seigneur, objet de tous les conseils de Dieu. Les accidents n’arrivent point là — pour ne pas dire nulle part. Un mot de Lui calme les eaux et le vent. La compagnie du Seigneur, lorsqu’Il est rejeté, nous conduit dans l’orage, et Il semble laisser tout aller sans y faire attention ; mais, grâces à Dieu, nous sommes avec Lui dans la même barque. Il exerce la foi et paraît être indifférent à l’égard des difficultés ; Lui n’est pas inquiet, et Sa grâce et Sa puissance se réveillent au temps opportun. C’est le caractère du chemin dans lequel le Seigneur a introduit les siens en quittant la foule de ce monde.

Mais il y a plus. Venu avec puissance pour détruire l’œuvre du diable, Sa présence manifeste la puissance de l’ennemi ; celle-ci se réveille et se montre ; c’est même parce qu’Il agit que le Seigneur permet la manifestation de la réalité de cette puissance. Les êtres immondes qui deviennent les vases de cette énergie de l’ennemi se précipitent dans la destruction ; un mot du Seigneur délivre celui que le monde ne pouvait retenir ; mais le monde ne peut pas supporter Dieu si près de lui, et, sous l’influence tranquille de Satan, plus dangereuse que sa force, il se débarrasse du Seigneur. Ce n’est pas de la puissance de Satan qu’il était question (pour cela il suffisait d’un mot), mais de son influence sur le cœur, oui, sur le cœur ; de même que le cœur de l’homme ne veut pas de Dieu. Ce qui manifeste Dieu, manifeste sans doute Satan, mais c’est la délivrance de ceux qui sont assujettis à sa puissance. Mais c’est Dieu, et l’homme ne veut pas de Lui, alors même qu’Il délivre. Telle est l’histoire du Sauveur, de Dieu, dans ce pauvre monde.

Nous venons de voir la présentation sommaire d’Emmanuel, du chemin de Jésus sur la terre ; la plénitude de la grâce, mais l’homme qui ne veut pas de Dieu. C’est bien en Israël que tout ceci a lieu (et c’est ainsi que cet évangile le présente), mais l’œuvre s’étend au monde en grâce et en jugement. C’est un tableau remarquable de la présence d’Emmanuel et de son effet : la grâce, la bonté en puissance sur la terre, la manière dont cela a été reçu, et le résultat de Sa manifestation pour le cœur de l’homme. Ce qui suit (chap. 9) est Son ministère.