Le Seigneur, touché de compassion envers les masses délaissées, avait dit à Ses disciples de demander au Seigneur de la moisson d’envoyer des ouvriers dans Sa moisson. Mû par cette même compassion, Il les envoie Lui-même, car Il est aussi Seigneur de la moisson ; mais Il est toujours ici à la recherche des brebis perdues de la maison d’Israël. Il a toujours Sa propre réjection en vue ; mais Il agit encore dans le cercle des promesses ; Il n’en sort pas, tout en annonçant qu’on viendrait de l’occident et de l’orient. Le serviteur accomplit Son service dans les limites de Sa mission ; mais Dieu et Sa grâce ne sauraient être ainsi bornés. La grâce de Sa divinité et Ses droits percent à travers l’humiliation à laquelle Il s’est assujetti ; cependant Il sert encore dans ces limites, et renvoie Ses disciples dans le champ où Il cherche encore Ses brebis. Ils ne doivent pas aller par le chemin des Gentils, ni entrer dans une ville des Samaritains. Ils devaient annoncer l’arrivée prochaine du royaume des cieux, puis exercer la puissance que Jésus leur avait confiée : celle de détruire parmi les hommes toute la puissance de l’ennemi, jusqu’à celle de la mort elle-même. Remarquez ici, que non seulement Jésus faisait des miracles, mais qu’Il pouvait conférer le pouvoir d’en faire. C’était la puissance divine qui se révélait dans Sa personne, tout en servant. Comme Il avait été envoyé, Il envoyait.
Le discours du Seigneur se divise en deux parties : l’une se rapportant à la mission dans laquelle étaient engagés les disciples dans ce moment-là ; l’autre, plus générale, se rapportant en même temps au service qu’accompliraient Ses disciples après Sa mort, voire jusqu’à Son retour ; à la présence du Saint Esprit et au retour du Fils de l’homme, mais toujours à un service rendu au milieu d’Israël, quoique l’effet dût s’en étendre jusqu’aux Gentils — par le moyen même de la persécution suscitée par les Juifs. La première partie s’étend du verset 5 jusqu’au quinzième. La seconde, du seizième jusqu’à la fin, comprend les principes généraux de leur position.
Comme les disciples allaient, envoyés de la part de Dieu et munis de Sa puissance, pour renverser toute celle de l’ennemi, ils devaient aussi se confier entièrement en Lui, ne rien prendre avec eux, ne pas faire provision de ce qu’il fallait pour leur voyage. Emmanuel présent, disposait les cœurs et prenait soin d’eux. Le temps viendrait, sans doute, où il n’en serait pas ainsi (voyez Luc 22, 35 et suiv.). Toutefois ils devaient demander, en entrant dans une ville, qui y était digne, puis demeurer là jusqu’à ce qu’ils s’en allassent de la ville. C’était, on peut le dire, le dernier témoignage rendu à Israël. Il y eut bien encore les soixante-dix, la dernière fois qu’Il monta à Jérusalem, mais il n’en est pas question dans cet évangile. Le Seigneur avertissait le résidu en Israël. En souhaitant la paix à une maison, si un fils de paix y demeurait, la paix y resterait ; sinon elle reviendrait sur eux. Ce n’est pas l’évangile envoyé au monde, aux pécheurs, mais l’évangile du royaume envoyé à ceux qui avaient des oreilles pour écouter en Israël. Ensuite, là où ils n’étaient pas reçus, ils devaient secouer la poussière de leurs pieds. On voit ici le caractère final du témoignage qu’ils devaient rendre. Le jugement d’une telle cité serait plus terrible que celui de Sodome et de Gomorrhe. Ici se termine la première partie de leur mission. Le Seigneur Lui-même les envoie, avec la conscience, et Il l’exprime, qu’Il les envoyait comme des brebis au milieu des loups, et qu’il leur faudrait être sages comme des serpents et simples comme des colombes ; conseil impossible à suivre, si ce n’est par ceux qui sont enseignés de Dieu.
Le monde peut être prudent en connaissant le mal ; le cœur peut être simple par ignorance et se trouver trompé. Le chrétien peut être prudent, sage par la sagesse de Dieu qui le dirige, et simple parce qu’il marche selon la vie qui est en lui, et n’exprime autre chose que ce qui s’y trouve de fait. Les deux choses se lient, parce que, par la possession positive du bien, on discerne le mal ; alors les pièges ne réussissent pas, parce que les motifs qui engagent les hommes à y toucher n’exercent aucune influence sur notre cœur. On garde la simplicité, parce qu’on agit selon ce qu’on est. On est prudent, parce que, sachant qu’on est au milieu du mal, on l’évite par l’intelligence qui appartient à la spiritualité. Ce n’est pas la simplicité de l’ignorance, c’est le bien qui évite tout ce qui le ferait sortir de sa vraie position devant Dieu. Mais (mot terrible pour l’homme) : « Soyez en garde contre les hommes », dit le Seigneur. Tous sont maintenant jetés comme tels dans la même masse. Il ne dit pas : « Des hommes d’Israël ». C’était bien en Israël qu’ils travaillaient ; mais Israël est fondu dans la masse de l’iniquité humaine. Dieu pouvait penser à Israël et à Ses promesses ; mais, par le fait, le cœur de l’homme était là le même qu’ailleurs. La malice des autorités judaïques les forcerait à comparaître devant elles, et même devant les tribunaux des Gentils ; et ainsi la malice humaine contribuerait à porter leur témoignage jusqu’aux couches supérieures de la société. C’est ainsi que Dieu porte Son témoignage dans les hauts parages du monde et non pas en mondanisant les siens — mais là Dieu serait avec eux.
Ici nous voyons clairement que cette partie du chapitre se rapporte au temps où le Seigneur serait absent. Ce serait l’Esprit de leur Père qui parlerait en eux. Alors la haine du cœur humain contre le témoignage de Dieu, se montrerait en poussant les hommes à rompre tous les liens que Dieu a formés lors de la création ; les affections naturelles du cœur humain se changeraient en une antipathie positive. Plus la relation serait intime, plus la haine serait acharnée. Il y a des droits dans ces relations ; mais, maintenant, ce seraient les droits de la haine : le frère livrerait son frère à la mort.
Quel solennel effet du rejet du Christ, seul vrai lien de l’homme avec l’homme, parce que la volonté est restreinte et Dieu reconnu ! Dieu peut retenir la bride, et Il l’a fait en miséricorde ; mais quand Dieu est rejeté en grâce, il ne reste plus que la manifestation du cœur de l’homme tel qu’il est. La nature ne bride pas la nature, et le témoignage de Dieu, quand Dieu est rejeté, ne fait que réveiller la haine de celui qui ne veut rien de Ses droits, qui ne veut pas qu’il en existe, parce qu’il sait qu’il a abandonné Dieu. Néanmoins, Sa grâce poursuit son œuvre pour arracher les âmes au mal.
Si les disciples étaient persécutés dans une ville, ils devaient aller dans une autre ; ils n’auraient pas accompli leur tâche en Israël avant que le Fils de l’homme fût venu. Ainsi nous voyons que ce témoignage des disciples en Israël s’étend jusqu’au retour du Seigneur. Interrompu par la destruction de Jérusalem, et inachevé, il doit cependant s’accomplir. Un autre témoignage fut suscité par Dieu dans la personne de Paul, l’apôtre de l’incirconcision ; mais ici nous avons la mission antérieure des disciples, formellement limitée à Israël ; les Gentils en sont exclus. Les disciples devaient s’attendre à l’opprobre ; ils n’étaient pas au-dessus de leur maître que les adversaires avaient déjà appelé Béelzébul. Leur part était de se fier à Dieu, quels que fussent les complots cachés de leurs ennemis ; tout serait mis en lumière ; eux devaient agir comme étant déjà dans la lumière. Ils ne devaient pas craindre. Premièrement, ils devaient plutôt craindre Celui qui pouvait jeter corps et âme en enfer que ceux qui ne pouvaient rien faire que tuer le corps ; mais, de plus, sans leur Père, sans Celui qui les gardait comme un père, pas un passereau ne tombait à terre. Ils avaient plus de valeur à Ses yeux que bien des passereaux. Enfin, celui qui confesserait Jésus devant les hommes, Jésus le confesserait devant les anges de Son Père. Ce sont les trois motifs qu’Il donne pour leur fermeté ; mais ils ne devaient pas penser qu’Il fût venu mettre la paix sur la terre. Comme résultat final, Il le fera, lorsqu’Il régnera comme Prince de paix ; mais un Sauveur rejeté est autre chose. Il serait l’occasion d’une guerre intestine dans la maison. Voilà le triste effet de l’arrivée de Dieu et de la vérité sur la terre. L’homme ne supporterait ni l’un ni l’autre, surtout pas dans sa maison. D’un autre côté, Jésus était, Lui, la pierre de touche pour le cœur. C’en était fait de l’homme selon la nature, nature que Dieu reconnaissait pleinement en elle-même, mais qui était tombée en ruine, Christ étant rejeté, Lui, la clef de voûte, si cette nature avait pu être bénie. Dès lors, tout dépendait de Jésus seul ; si l’homme, par sa haine, violait les relations naturelles, les disciples, dévoués à Jésus, devaient être au-dessus de la nature par la grâce. Il était, Il est tout : quand il s’agit de Lui, tout doit céder, et cela non seulement à l’égard des relations naturelles, mais à l’égard de soi-même (et c’est toujours le moi qui est en question). Désormais, il faut charger sa croix et suivre Christ : qui trouverait sa vie pour lui-même, la perdrait ; et qui la perdrait pour l’amour de Christ, la sauverait. Tout dépendait maintenant, dans un monde déchu et jugé, de la réception de la Parole, de l’estimation qu’on en faisait, et de la justice selon Dieu. Celui qui recevait un prophète en qualité de prophète, avait aux yeux de Dieu la valeur morale de la parole que portait le prophète ; car il aimait la parole de Dieu, telle qu’elle était présentée de la part de Dieu ; il en était de même pour la justice pratique.
Les cérémonies n’avaient abouti à rien. Il s’agissait de la Parole de Dieu et de ce que Dieu aimait, dans un monde qui avait rompu avec Lui. Ne fût-ce qu’un verre d’eau, donné à cause de Christ, l’âme qui le donnait aimait Christ ; elle ne serait pas oubliée. C’est par rapport aux voies de Dieu au milieu d’Israël, que toutes ces choses sont développées ; c’est à l’œuvre des disciples en Israël que s’appliquent les instructions données aux douze, mais quelles instructions pour nous tous, quant à l’effet du rejet de Christ ! Le chapitre qui suit nous fait voir le changement qui est survenu historiquement, lors du rejet du Christ par l’homme, et la place que prend le Christ, seul resté debout devant Dieu, au milieu de la ruine du monde et d’Israël.