Livre:Études sur la Parole — Introduction aux Hagiographes

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destinées à aider le chrétien dans la lecture du Saint LivreJ.N. Darby

Les Chetubim, ou Hagiographes[1], parmi lesquels je ne compte pas Daniel, quoique son livre ait un caractère distinct de ceux des autres prophètes, forment une partie spéciale et très intéressante de la révélation divine. Aucun d’eux ne suppose une rédemption accomplie et connue, dans le sens où ce mot est pris dans le Nouveau Testament, bien que tout repose sur elle, comme toute bénédiction du reste. Dans le livre de Job (chap. 33, 24), un unique passage présente une application particulière du terme rédemption : « J’ai trouvé une propitiation » (ou rançon, en hébreu copher). Les Psaumes, nous le savons, annoncent prophétiquement les douleurs et les souffrances par lesquelles la rédemption fut accomplie.

La rédemption par le sang, une fois accomplie, est connue par la foi, soit par les Juifs, soit par les chrétiens. Ésaïe prophétise qu’Israël la reconnaîtra pleinement, et nous savons que sous la loi il y en avait des ombres dans les offrandes et les sacrifices. Mais la connaissance de la rédemption éternelle est celle que possèdent les chrétiens, et qui sera la part des Juifs lorsqu’ils verront Celui qu’ils ont percé. Jusqu’à la mort de Christ, le voile n’avait pas été déchiré, et le lieu très saint restait inaccessible. Il y avait une connaissance plus ou moins claire d’un Rédempteur — d’un Rédempteur futur venant en personne ; on savait aussi que la faveur de Dieu reposait sur ceux qui marchaient avec Lui, et il y avait la confiance de la foi en Lui et dans Ses promesses. Mais il n’existait pas cette connaissance du péché qui conduit, lorsque Dieu est révélé, à la conscience que, comme état actuel, on est exclu de Sa présence ; on n’avait pas non plus la connaissance que le péché est ôté, de telle sorte que nous sommes pleinement et pour toujours réconciliés avec Dieu et amenés à Lui par l’efficacité de l’œuvre accomplie.

Sauf en ce que les Psaumes expriment touchant la délivrance future d’Israël par la puissance de Dieu et les jugements qu’Il exercera, les livres dont nous parlons ne sont pas des prophéties des voies et des actes de Dieu. Ils présentent l’expression divinement donnée des pensées et des sentiments de l’homme sous le gouvernement de Dieu[2] et la révélation de ce qu’est Dieu avant que la rédemption fût pleinement connue. C’est surtout ce qui a eu lieu en Israël ; c’est pourquoi ces livres sont, dans l’ensemble, l’expression variée des voies de Dieu envers Israël. Cependant, ce qui y est présenté sous les conditions révélées et les communications prophétiques en gouvernement direct[3], était ce qui, en principe, était vrai partout des voies de Dieu, quoique déployé d’une manière spéciale envers ce peuple — la question de la justice positive de l’homme étant ainsi soulevée en Israël par la loi, parfaite règle de vie pour les fils d’Adam.

Le livre de Job nous offre l’exemple de la relation avec Dieu d’un homme pieux en dehors d’Israël et, sans doute, avant que ce peuple eût paru sur la scène. Nous y voyons comment Dieu agit pour le bien envers les hommes dans ce monde mauvais ; mais, en résultat, ce livre, je n’en doute pas, devient clairement un type d’Israël. Les voies de Dieu, telles qu’elles nous sont présentées en Job, sont pleinement manifestées dans l’histoire de ce peuple. Et il est à remarquer que, lorsque Job sent pratiquement l’impossibilité où est l’homme d’être juste devant Dieu (Job 9, 2, 30, 31), il se plaint d’être dans la terreur et de n’avoir point d’arbitre entre Dieu et lui (v. 33, 34). Élihu, qui se place sur ce terrain au lieu de Dieu, n’expose pas la rédemption, mais le gouvernement de Dieu et le châtiment (chapitres 33 ; 36). C’est ainsi que Dieu agit souvent avec l’homme.

Le livre de l’Ecclésiaste regarde le monde comme placé sous le même gouvernement, et dans son présent état de chute. Il soulève la question de savoir si, dans un tel monde, l’homme peut, par quelque moyen, trouver le bonheur et le repos. Mais nous n’y trouvons nulle trace de la rédemption. On n’y voit non plus aucune idée d’une relation connue avec Dieu. Dieu y est toujours nommé Élohim et jamais Jéhovah. Craindre Dieu et garder Ses commandements, y est envisagé comme le tout de l’homme.

Le Cantique des cantiques présente une relation directe avec le Seigneur, le Fils de David. On y voit les ardentes affections qui appartiennent à la relation avec Christ. Dans les Proverbes, nous avons un fil conducteur pour nous guider à travers la scène mélangée et l’enchevêtrement des choses de ce monde. Ici, tout est sur la base de la relation avec Jéhovah, Dieu (Élohim) n’étant mentionné qu’une fois ou deux, de manière à ne pas affecter ce que nous venons de dire (voir la note). Mais ni l’un ni l’autre de ces livres ne se place sur le terrain d’une rédemption connue. Les Hagiographes attendent une rédemption opérée en puissance. Au contraire, l’épître aux Romains commence par la colère de Dieu révélée du ciel — et non par le gouvernement — colère révélée du ciel contre toute impiété et toute iniquité là où était la vérité, contre le Gentil et contre le Juif[4], puis l’apôtre introduit la rédemption, la justification personnelle et la justice — la justice de Dieu. Le cas du Gentil et du Juif est traité à fond, et placé pleinement comme devant Dieu Lui-même ; la colère venant du ciel en est la conséquence nécessaire. Ensuite vient la rédemption complète par le sang pour introduire au ciel, la grâce souveraine régnant par la justice et nous donnant une place avec le second Adam, le Seigneur venu du ciel. En même temps, nous est présenté le résultat à venir pour Israël. Tout est rendu clair dans la lumière comme Dieu est dans la lumière — Son éternelle rédemption et les lieux célestes, bien que finalement la terre soit aussi bénie. Mais nous sommes ici-bas étrangers et pèlerins. C’est notre place en vertu même de la rédemption. Il en était de même pour les Abraham et les David, mais c’était en n’obtenant rien de ce qui avait été promis, ou en souffrant la persécution sous le gouvernement de Dieu sur la terre, de sorte qu’après tout, dans cet ordre de choses, cette position devait être difficile à comprendre pour l’un et pour l’autre. Toutefois la possession finale du pays, leur héritage, l’héritier à venir, et le jugement des méchants, toutes ces choses connues par révélation devaient concourir à enlever la difficulté de leurs esprits.

Mais dans Job, les Psaumes et l’Ecclésiaste où sont exprimés les sentiments de l’homme dans cette position, l’embarras qu’elle fait naître est pleinement manifesté. La foi et la confiance en Dieu peuvent passer par-dessus, ou persévérer à travers tout ; les témoignages prophétiques peuvent y faire face, mais la difficulté est là, et cette terre est la scène de la réponse de Dieu à Ses promesses, quand bien même la foi soit parfois forcée de s’élever au-dessus d’elle, nourrie par une confiance personnelle en Dieu. Mais à présent nous avons une relation éternelle fermement établie par la rédemption avec Dieu notre Père, sur une scène toute nouvelle où nous sommes amenés par le précieux sang de Christ, dont l’effusion a glorifié Dieu Lui-même et nous a réconciliés avec Lui, bien que nous n’ayons pas encore la rédemption de nos corps. Tout cela était alors inconnu. On avait beaucoup appris touchant Dieu, et c’était très précieux. Mais le résultat actuel de la bénédiction de Dieu était pour Job plus de chameaux, plus de brebis, et des filles plus belles ; dans les Psaumes, c’est le jugement des ennemis et la délivrance par cette bonté qui demeure à toujours ; c’est la terre mise en liberté sous le gouvernement judiciaire du ciel ; dans l’Ecclésiaste, en voyant l’effet présent du gouvernement, il faut que l’homme craigne Dieu, garde Ses commandements et en demeure là. Nulle part on ne trouve une rédemption actuelle et connue. Quelle différence, quelle immense différence cela fait ! « Comme il est, Lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4, 17). Celui qui nous a rachetés est monté vers Son Père et notre Père, Son Dieu et notre Dieu. Les Proverbes et le Cantique des cantiques ont, comme je l’ai dit, un autre caractère, bien que se rapportant à la même scène : les Proverbes, qui ne présentent pas les sentiments de l’homme au milieu de la scène de ce monde, mais la direction de Dieu pour le traverser par l’expérience et la sagesse enseignée par une autorité divine[5] ; et le Cantique de Salomon, où l’on voit le cœur ravi en dehors de toute la scène, bien qu’au milieu d’elle, et cela non par une rédemption connue, mais par une affection dévouée pour le Messie, et par celle du Messie pour Israël, affection produite dans le cœur par la révélation qu’Il donne de Lui-même ; révélation de Son amour pour Israël dans le but de faire naître l’amour dans le cœur de celui-ci.

Ces exercices de cœur ont leur place en nous maintenant, parce que nous sommes dans le monde ; mais c’est dans la conscience que nous avons d’une rédemption accomplie et de la sollicitude actuelle d’un Père saint, duquel les voies parfaites, vues en Christ, sont le modèle de notre conduite. Nous pouvons accepter avec joie d’être dépouillés de nos biens, sachant que nous avons des biens meilleurs et permanents dans les cieux ; nous nous glorifions dans les tribulations, parce qu’elles opèrent leur fin nécessaire et bénie, une espérance qui ne confond point, et l’amour de Dieu est versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Notre position est toute différente, et c’est une position bénie.

J’espère que ces remarques nous aideront à comprendre les livres dont nous avons parlé. J’arrive aux livres eux-mêmes.



  1. Les Hagiographes, ou écrits sacrés, tel est le nom donné aux livres suivants : Job, les Psaumes, les Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique des cantiques.
  2. Ces pensées et ces sentiments deviennent ce qu’étaient ceux de Christ dans Son humiliation et Ses souffrances, et sont ainsi des prophéties de ces dernières, mais sous la forme des sentiments qu’Il éprouvait en les endurant. Or cela est d’un prix infini pour nous.
  3. En Israël. (Note du trad.)
  4. Et remarquez ici que le psaume 14 et Ésaïe 59, cités par l’apôtre comme preuve du péché du Juif, se terminent tous deux par la délivrance de Jérusalem par le moyen de la puissance. Dans l’épître aux Romains, il est fait face au péché au moyen de la justification par le sang.
  5. Le lecteur pourra être aidé pour discerner le caractère de ce livre et celui de l’Ecclésiaste en remarquant que, dans les Proverbes, c’est le nom de Jéhovah qui est toujours employé, sauf au chapitre 25, 2, où l’on trouve Dieu (Élohim), et au chapitre 2, 17, où il y a « son Dieu ». Mais cela n’est pas une exception ; c’est-à-dire qu’il y a une relation reconnue avec le Dieu révélé d’Israël. Mais dans l’Ecclésiaste, on ne trouve jamais le nom de Jéhovah. C’est toujours Élohim, le nom abstrait de Dieu sans aucune idée de relation ; c’est Dieu comme tel en contraste avec l’homme et chaque créature, et l’homme y est vu ayant découvert expérimentalement sa vraie place et son bonheur comme tel, sans la révélation d’aucune relation spéciale avec Dieu. Dans le livre de Job, l’éditeur, si je puis dire ainsi, ou l’historien qui donne les dialogues, se sert toujours du mot Jéhovah, mais dans le corps du livre, Job, sauf une fois en parlant du gouvernement de Dieu (chap. 12, 9), et Élihu constamment, se servent du nom de Tout-puissant, le nom révélé à Abraham, ou simplement du mot Dieu. Les amis de Job, en général, emploient ordinairement le mot Dieu, Éliphaz, en particulier, parle du Tout-puissant ; parfois c’est simplement il. Tsophar, à ma connaissance, ne se sert d’aucun nom. Le dialogue est caractérisé par les mots Dieu et Tout-puissant.