Joseph, ou Genèse 37 à 50

À partir du chapitre 37 de la Genèse, Joseph devient le principal personnage dans les récits de ce livre ; et il continue à l’être, on peut le dire, jusqu’à la fin. Je me propose donc de terminer cette étude par les pages qui suivent, sur Joseph ; et je supposerai que le lecteur a déjà lu mes méditations intitulées : « Hénoc », « Noé », « Abraham », « Isaac » et « Jacob ».

L’histoire de Joseph a son caractère particulier parmi les différents sujets du livre de la Genèse : de même que les autres histoires, elle a son mystère propre et un enseignement moral spécial. L’élection, comme nous l’avons vu, a été présentée en Abraham ; la position du fils élu, en Isaac ; la discipline du fils adopté, en Jacob ; nous allons voir maintenant, en Joseph, la position d’héritier.

Il y a un ordre divin en tout cela.

En conséquence, nous avons chez Joseph les souffrances avant les gloires, avant l’entrée en possession du royaume ; tout ceci conformément à cette parole de l’apôtre : « Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers… si du moins nous souffrons avec lui, afin que nous soyons aussi glorifiés avec lui ».

Tandis que, comme enfants, nous participons tous à la discipline, comme héritiers, nous avons premièrement à souffrir : ceci nous fait saisir la différence entre Jacob et Joseph. En Jacob, c’est la discipline, la discipline qui le conduit comme enfant, sous la main du père de son esprit, afin qu’il participe à la sainteté de Dieu. En Joseph, ce sont les souffrances, les souffrances comme martyr, les souffrances pour la justice, marques distinctives du sentier par lequel il arrive à la gloire.

Son histoire est le couronnement de l’ensemble, et vient donc en dernier lieu dans cet admirable livre de la Genèse, parfait dans sa structure, comme il est vrai dans tous ses détails. Les scènes naïves de famille dont ce livre se compose, forment pour nous une suite de leçons morales à étudier ; secret après secret nous y est révélé ; elles nous font comprendre notre appel, ainsi que les sources et la conclusion de notre histoire, depuis notre élection jusqu’à l’entrée en possession de notre héritage.

C’est ainsi que nous recevons instruction par ce livre de la Genèse.

Dans tout ce livre, il n’est encore question d’aucune loi. Romains 5, 13 et 14 nous enseigne qu’il en est ainsi. Mais nous aurions pu nous-mêmes nous en apercevoir par le fait que, dans les âges dispensationnels, la période dont parle ce livre était, pour ainsi dire, celle de l’enfance. Les élus étaient comme des enfants qui n’ont jamais quitté la maison paternelle, qui n’ont jamais été à l’école sous un maître.

Il n’y a point non plus de miracle, c’est-à-dire point de miracle opéré par la main de l’homme. Car la puissance n’aurait pas été davantage à sa place dans de telles mains, que ne l’aurait été la loi ou un maître d’école dans cet âge du monde. D’ailleurs, il n’y avait point alors de mission ou d’apostolat à confirmer ; il n’était nul besoin de miracles ou de signes, comme lettres de créances pour un envoyé. Mais dès que nous avons passé de la fin de ce livre à l’Exode, nous trouvons une mission ou un apostolat : alors il est parlé de miracles qui la scellent et qui accréditent l’homme envoyé.

Ainsi l’absence de ce qui ne s’y trouve pas, est tout aussi naturelle que la présence de ce qui s’y trouve. Ni la puissance, ni la loi, n’auraient été de saison ; et par suite, nous n’y trouvons ni puissance, ni loi.

Passons maintenant à l’histoire de Joseph racontée dans les chapitres 37 à 50. Nous pouvons la diviser en quatre parties :

1º La jeunesse de Joseph dans la maison de son père, au pays de Canaan.

2º Sa vie comme homme mis à part en Égypte.

3º Il retrouve sa famille, son père et des frères. Résultats de cette réunion.

4º Les dernières années de sa vie au pays d’Égypte jusqu’au jour de sa mort.

Tel est le sommaire de cette merveilleuse histoire. Par la manière dont elle est racontée, elle a touché et ému des milliers de cœurs dans toutes les générations.

Première partie (Gen. 37 et 38). — Dès le début de l’histoire, nous voyons en Joseph l’héritier. Ses songes sont des songes de gloire ; mais il ne tarde pas à être réellement dans la souffrance.

Le commencement de l’histoire nous le présente comme rendant témoignage à ses frères et contre ses frères. À son père, il rapporte leurs mauvaises actions ; à eux-mêmes, il raconte ses songes. Je ne puis le blâmer ni de l’un ni de l’autre. Je ne dirai pas jusqu’à quel point la nature peut avoir entaché ses actes ; mais les témoignages eux-mêmes avaient, je le crois, l’approbation divine. Un seul, je n’ai pas besoin de le dire, a été la perfection même dans tout ce qu’Il a fait et dans tout ce qu’Il a dit : Il a rendu témoignage contre le monde et rendu témoignage de Ses propres gloires. Ces actes de Joseph peuvent avoir été souillés pour avoir été faits à un moment inopportun ou avec une trop haute idée de sa supériorité ; car une chose hors de saison ou faite sans l’humilité convenable, tout en étant bonne en elle-même, est entachée de souillure. Un vase dans la maison du maître doit parfois tenir caché, aussi bien que contenir le trésor qui lui est confié, selon le temps ou la manière dont il faut en faire usage. David avait reçu sur sa tête l’huile de Samuel, l’onction de l’Éternel ; il savait aussi que le royaume serait à lui ; mais il cacha sa gloire jusqu’à ce qu’Abigaïl la reconnut par la foi. En ceci, il se peut que David ait mieux agi que Joseph. Je ne sais, mais Dieu était Celui qui donnait à Joseph de dire ce que ses songes ou ses visions lui avaient fait connaître par l’Esprit.

Les souffrances en furent la suite. Le Seigneur le signale comme étant l’héritier de la gloire ; il parle de la bonté dont il a été l’objet et de la position élevée qu’il doit occuper selon le dessein de Dieu ; c’est pourquoi ses frères le haïssent. Ils sont jaloux de lui ; et qui subsistera devant la jalousie ? Ils avaient déjà vu d’un mauvais œil qu’il eût la faveur de son père ; et maintenant ils le haïssent, parce qu’il a celle de Dieu. Ils le haïssent à cause de ses paroles et à cause de ses songes ; puis, comme ils sont ensemble aux champs (ainsi qu’il en avait été autrefois de Caïn et d’Abel), ils tiennent conseil pour savoir s’ils doivent le tuer, le jeter dans une citerne, ou le vendre à des étrangers.

Or à ce moment même, il était occupé à les servir. Il avait fait un long chemin pour leur demander s’ils se portaient bien, pour rapporter de leurs nouvelles, et pour leur donner les bénédictions de la maison de leur père avec ses salutations. Ce fut une bonne occasion pour eux. Loin de le recevoir comme porteur de bonnes nouvelles : « Le voici », disent-ils, « il vient, ce maître songeur ! ». « Celui-ci est l’héritier » (Matt. 21, 38) : c’est ce qu’ils veulent dire. Ils le livrent par envie ; pour son amour, ils sont ses ennemis ; et à la fin, ils le vendent aux Ismaélites pour vingt pièces d’argent.

Il peut y avoir différents degrés dans l’inimitié commune à tous les frères de Joseph, mais, en somme, moralement, ils appartiennent tous à la même génération. Ruben était le premier-né de Jacob, et nous pouvons supposer qu’il se considérait comme plus responsable du jeune home qu’aucun autre vis-à-vis de son vieux père. Il sauve Joseph de l’épée, et Juda propose qu’il soit vendu aux marchands, au lieu d’être laissé dans la citerne. Il y a donc ainsi des degrés dans cette inimitié commune à tous De même, les uns disaient de Jésus : « C’est un homme de bien », d’autres : « Non, mais il séduit la foule ». Dans la parabole des noces du fils du roi, l’un s’en alla à son champ, un autre à son trafic, et les autres s’étant saisis des esclaves, les tuèrent. Toutefois le Seigneur parle de tous comme étant d’une même génération : « Les autres », dit-il, « s’étant saisis de ses esclaves, les tuèrent ». Le juge de toute la terre fera assurément ce qui est juste, et les péchés recevront plusieurs coups ou peu de coups ; mais le monde a rejeté Jésus, et le monde est le monde ; comme ici, tous sont les frères coupables de Joseph ; et, comme résultat de leurs desseins et de leur haine commune, il est vendu aux marchands, et emmené par eux en Égypte pour y être revendu avec bénéfice.

C’est le manque de cœur en tout ceci qui excite surtout l’indignation ; et c’est ce sur quoi le prophète Amos insiste si solennellement, quand il rappelle la brèche de Joseph (Amos 6). Nous pouvons, nous aussi, bien qu’à un si long intervalle, prendre notre part de la répréhension du prophète, pour un manque de cœur semblable, si nous nous laissons volontairement aller à aimer le monde qui a rejeté le vrai Joseph. Que devons-nous penser, lorsque nous considérons le progrès si vanté de toutes choses dans ce monde, l’habileté sans cesse déployée pour balayer et orner cette maison souillée du sang de Jésus ? Il n’y a jamais eu autant de lits d’ivoire, d’instruments de musique, de vin et de délicieux parfums qu’aujourd’hui. En nous associant à la vie d’un tel monde, sommes-nous fidèles comme nous devrions l’être, à porter la croix de Christ ? Par nature, nous sommes sans cœur, et nous vivons dans un monde sans cœur, de même que nous avons ici les frères de Joseph sans cœur. Chacun le sait parfaitement quant à lui-même ; et assurément, c’est bien ce manque de cœur qui nous fait surtout horreur à nous-mêmes (si je puis parler pour d’autres), comme il faisait horreur à l’Esprit Saint, en Amos. Nous ne nous « affligeons pas de la brèche de Joseph », nous ne sommes pas fidèles à Christ dans Sa réjection. La mondanité est le manque de cœur pour Lui.

Quelles profondeurs de corruption il y a en nous ! Ainsi ici, la tunique de Joseph, du fils favori, la tunique dont le père âgé l’avait revêtu, ses frères la plongent dans du sang, et ils l’envoient à leur père avec ces paroles : « Nous avons trouvé ceci ; reconnais si c’est la tunique de ton fils ou non ». C’est là le langage de Caïn : « Suis-je, moi, le gardien de mon frère ? ». Caïn jetait le fardeau du sang d’Abel sur l’Éternel, donnant à entendre par ces paroles que l’Éternel aurait dû être le gardien d’Abel, puisqu’Il avait à tel point égard à lui et à son offrande. De même, ces paroles des frères de Joseph semblent jeter le fardeau du sang de Joseph sur son vieux père, qui, s’il l’aimait autant que cette tunique semblait le dire, aurait dû veiller sur lui mieux que ce sang ne semblait le dire.

Oui, quelles profondeurs de corruption dans le cœur révolté de l’homme ! Quelles découvertes de ces profondeurs la tentation ne nous fait-elle pas faire à l’occasion ? Les frères de Joseph péchaient en tout ceci contre leur père âgé et contre leur frère, qui n’avait fait aucun mal, dans un moment où l’amour de l’un s’était proposé et où l’amour de l’autre avait entrepris à leur intention une mission de grâce et de bénédiction ; ainsi qu’il est dit d’une génération dont ils sont les représentants aussi bien moralement que typiquement : « Ils ne plaisent pas à Dieu, et sont opposés à tous les hommes ».

Vrais actes de ténèbres ! Qu’ils cherchent à le cacher aussi bien qu’ils le peuvent, le sang de Joseph est sur eux ; le jour viendra où leur péché les trouvera, et ce sang sur la tunique de Joseph sera un témoin écrasant contre eux. Pour le moment, ils prospèrent dans la méchanceté, afin de combler leur mesure. Le cours de l’histoire de Joseph est interrompu pour nous laisser voir ce qu’ils font pendant que Joseph est séparé d’eux. C’est ce que nous présente le chapitre 38 ; et c’est vraiment l’apostasie, le complet abandon de « la voie de l’Éternel », dans laquelle Abraham avait marché, et qu’il avait commandé à ses fils et à sa maison de garder après lui. Juda agit perfidement : il épouse la fille de Shua. Il méprise entièrement la voie de l’Éternel et l’abandonne. Néanmoins la foi reçoit ici un gage : Pérets est un second supplanteur. L’espérance d’Israël est dans la matrice ; il y a une bénédiction dans la grappe ; mais, en vérité, c’est une grappe de vigne sauvage, qui pourrait bien être condamnée à être retranchée par la serpe, si la grâce souveraine n’avait pas dit : « Ne la détruis pas » (És. 65, 8 ; Matt. 1, 3).

Le péché de la nation d’Israël est tel que celui du père de ses rois, de Juda ; telle sera aussi la grâce dont jouira la nation au dernier jour. La grâce régnera alors dans l’histoire d’Israël, comme elle règne maintenant dans la personne de chaque croyant, élu selon le souverain bon plaisir de Dieu, et devenu un monument de la puissance de Christ à salut.

Nous pouvons ne pas être préparés pour cette grâce de Dieu dans quelques-unes de ses insondables manifestations, y être même moins préparés que nous ne le croyons. Jonas ne l’était pas, Ananias non plus, ni Pierre (Jon. 4 ; Act. 9 et 10). Nous ne sommes pas toujours des peseurs exercés, habiles à nous servir des balances, des poids et des mesures du sanctuaire. Je le demande : le manque de cœur du chapitre 37, la souillure du chapitre 38, et ces deux choses si elles se trouvent réunies, sont-elles plus que nous ne pouvons supporter ? Après tout cela, sommes-nous disposés à « la repentance et à la rémission des péchés », selon la grâce de Dieu ? Le sens moral, la conscience naturelle, la propre justice, les lois de la société et les jugements des hommes, nous fournissent de faux poids et de fausses mesures, que nous portons partout avec nous, plus que nous ne nous en rendons compte. Cependant, elles sont une abomination (Deut. 25, 16). Selon nos pensées, la voie de la prostituée et celle du publicain sont plus mauvaises que le chemin facile et respectable du monde. Si nous avions la balance du sanctuaire, nous apprécierions les choses autrement. « Ce qui est haut estimé parmi les hommes est une abomination devant Dieu ».

Deuxième partie (Gen. 39 à 41). — Dans ces chapitres, nous avons l’histoire de Joseph pendant le temps de son exil dans le pays d’Égypte.

Nous y verrons le commencement de son jour de gloire, de son exaltation. Mais avant d’y arriver, nous rencontrons encore d’autres souffrances — ses souffrances de la part des étrangers.

Nous pouvons, assez naturellement, avoir la pensée que, pour autant qu’il s’agit de l’histoire morale de ce monde, le Juif est surtout coupable — qu’il a surtout à répondre de son péché envers le Seigneur. Mais en cela, nous n’avons pas parfaitement raison. Le Juif a, il est vrai, une responsabilité spéciale dans ce que les hommes ont fait souffrir à Christ, et, comme nation, Israël est aussi sous un jugement spécial. Le Gentil est distinct d’Israël, mais non différent. Le ministère de notre Seigneur Jésus a été une pierre de touche pour « le monde », aussi bien que pour « les siens ». Voici le témoignage au sujet de la croix : « En effet, contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, se sont assemblés et Hérode et Ponce Pilate, avec les nations et les peuples d’Israël » (Act. 4, 27). Là tous ont été coupables. Ainsi que le dit l’apôtre des Gentils, dans sa doctrine, « tout le monde est coupable devant Dieu ». Juifs et Grecs sont tous accusés d’être sous le péché (Rom. 3).

C’est ce que suggèrent les chapitres dont nous nous occupons. L’affliction de Joseph commencée parmi ses frères, se continue maintenant parmi les étrangers. Ses frères l’avaient déjà haï, l’avaient jeté dans la citerne, et l’en avaient tiré pour le vendre comme esclave ; une méchante femme d’entre les Égyptiens porte maintenant une fausse accusation contre lui, et il est mis en prison ; ensuite, un autre Égyptien qu’il avait servi et traité en ami, l’oublie et le laisse où il est. Mais quoi qu’il en soit de lui, dans son pays ou à l’étranger, Dieu est avec lui. Cela devient même le trait caractéristique de son histoire (Gen. 39 ; Act. 7). Car, dans les voies de Dieu à l’égard de Ses élus, Sa sympathie vient en premier lieu, et ensuite Sa puissance — la sympathie qui les accompagne au travers de leur affliction, et ensuite, la puissance qui les en délivre. Nous sommes portés à désirer être à l’aise dès à présent, et nous voudrions être instantanément délivrés de toute difficulté et de toute contradiction. Mais telle n’est pas la manière dont Dieu agit. À Béthanie « Jésus pleura » ; et ensuite, mais seulement ensuite, Il dit : « Lazare, sors dehors ! ». L’homme naturel aurait voulu que la mort, qui faisait couler les larmes, eût été prévenue. Nous jugeons que mainte épreuve aurait pu nous être épargnée, et nous en tirons la conclusion claire et positive que Dieu avait le pouvoir de le faire, ainsi que le disaient les amis de la famille de Béthanie : « Celui-ci, qui a ouvert les yeux de l’aveugle, n’aurait-il pas pu faire aussi que cet homme ne mourût pas ? ». Mais leur raisonnement était imparfait, parce qu’il n’allait pas assez loin ; ils ne raisonnaient que sur la puissance de Christ.

Nous devrions tout spécialement apprécier le siècle ou la dispensation de Sa sympathie, et c’est ce que nous ferions, si seulement nous avions toutes nos affections en Christ ; Sa propre personne nous est révélée d’une manière toute spéciale. Joseph, aux jours de son affliction, jouissait à un très haut degré de cette sympathie. Comme nous l’avons dit, le fait que « Dieu était avec lui » caractérisait son état d’âme, et il en avait d’abondantes preuves. Aussitôt qu’il est dans la maison de Potiphar, tout ce qui est dans sa main, et qui lui a été confié par son maître, prospère. Un changement de scène ne fait aucune différence à cet égard ; car, dès qu’il est dans la prison, il en est également de même, et nous l’y trouvons dans les mêmes circonstances. Le gardien de la tour met en lui la même confiance que Potiphar, son maître ; et dans la tour, tout prospère en sa main, comme ç’avait été le cas dans la maison de l’Égyptien, de sorte que Dieu rendait pleinement témoignage à Joseph que sa capacité lui venait de Dieu.

Il n’appartenait point à un homme tel que lui d’abandonner le secours de l’Éternel pour celui de la créature. Mais Joseph prie l’échanson de se souvenir de lui ; il réclame sa sympathie et désire qu’il parle de lui en bien au roi, son maître.

C’était naturel. Joseph avait traité en ami l’échanson du roi, et celui-ci pouvait maintenant en faire autant pour lui. Son désir d’obtenir sa sympathie ne peut être condamné pour aucune raison naturelle, humaine ou même morale. Cependant on peut se demander s’il était tout à fait digne de Joseph de faire ainsi, si c’était bien agir comme l’aurait suggéré la foi.

Il n’en résulte rien. L’échanson, comme nous le savons, oublie Joseph, qui est laissé en prison deux longues années ; car Dieu veut encore être tout pour lui. Le secours viendra, mais viendra de Lui-même. Avec le Seigneur, la tristesse de la nuit fera sûrement place au chant de joie du matin ; et avant que soit fini le temps de sa séparation d’avec ses frères, Joseph est délivré, béni et honoré. C’est l’aube de ses gloires qui commence à apparaître.

Nous trouvons vraiment des choses excellentes à considérer dans le Joseph séparé des siens, des choses qui reportent nos pensées sur Celui qui est plus grand que Joseph. Je désire en faire remarquer quatre :

1º Il y a en lui une grande beauté morale. Il était alors un nazaréen, aussi pur que Daniel dans des circonstances semblables, captif parmi les incirconcis, maintenant, sans aucune tache, sa circoncision, sa séparation comme consacré à Dieu.

2º Il y a en lui un précieux don spirituel. Il était un vase dans la maison de Dieu, ayant en lui la pensée de Christ, et la communiquant comme oracle de Dieu ; et encore comme Daniel, interprétant des songes ; et, bien que dans son jour d’humiliation, faisant connaître aux rois même ce qui allait arriver sur la terre.

3º Il est à la droite de la puissance et de la dignité. Il occupe le siège le plus près du trône, et est mis en possession des ressources dont ses frères même, qui l’ont rejeté, et le monde entier, vont bientôt dépendre pour être conservés sur la terre.

4º Il y a une chose préparée pour lui : la joie — une joie spéciale. Le roi lui donne une épouse ; et il devient chef d’une famille parmi les Gentils ; ce qui est pour lui un tel sujet de joie qu’il peut, dans un certain sens, comme nous le disent le nom de ses enfants, oublier sa parenté, et même se réjouir dans son affliction.

Ce sont sûrement là des choses excellentes que nous trouvons dans l’histoire de Joseph, pendant qu’il est séparé de ses frères. Nous y voyons aussi en type le Seigneur Lui-même pendant la période actuelle, celle de Sa séparation d’avec Israël. Un simple enfant peut voir cette ressemblance ; mais Celui qui révèle ces choses aux petits enfants et à ceux qui tètent, nous montre le chemin en ceci. Dans les merveilleuses paroles d’Étienne, en Actes 7, nous voyons Joseph et d’autres, présentés dans la même position et les mêmes circonstances que le Seigneur, qui est appelé « le Juste ». Cela est d’un tel intérêt que, quoique seulement en passant, nous devons nous y arrêter tant soit peu, et prêter l’oreille à cette grande voix de l’Esprit de Dieu.

Étienne n’apparaît qu’un moment dans le cours de l’histoire divine ; mais c’est pour y occuper une place très éminente et très distinguée. L’occasion où nous le voyons et qui le fait agir, a une importance significative. L’inimitié des Juifs faisait de nouveau son œuvre de ténèbres, et le Dieu de gloire révélait encore Ses desseins les plus magnifiques.

Étienne est un témoin du Seigneur qui passe de la terre au ciel, laissant pour un temps la terre dans son incrédulité et son apostasie, et appelant un peuple d’un appel céleste.

Au temps d’Étienne, Dieu opérait une nouvelle séparation. Il en avait fait une au temps d’Abraham ; une au temps de Joseph ; une au temps de Moïse ; une enfin au temps du « Juste », de Jésus. L’occasion de la séparation d’avec sa parenté pour se lier à des étrangers (ce qui implique se séparer de la terre pour être du ciel), peut n’être pas toujours la même, mais il y a toujours séparation. Abraham fut séparé, parce que Dieu quittait un monde souillé, non jugé ; Dieu ne peut faire Son habitation d’une souillure non jugée, ni permettre que telle soit l’habitation de Ses élus. Après le déluge, le monde s’était souillé ; l’Éternel le laisse dans sa souillure, sans le purifier par un second déluge ; par conséquent, Il y devient Lui-même un étranger, et appelle Ses élus à en sortir avec Lui. Ainsi Abraham est un homme séparé. Joseph, en son jour, en fut un autre, séparé de la maison de son père et de sa parenté, comme Abraham ou comme Moïse. Mais Joseph et Moïse ne furent pas séparés comme Abraham, par simple appel de Dieu à quitter la souillure non jugée ; ils le furent par l’inimitié et les persécutions de leurs frères. Il en fut de même de Jésus : « les siens » et le monde qui avait été fait par Lui, Le rejetèrent et ne voulurent pas Le connaître. Des hommes iniques Le firent périr, et le ciel Le reçut. Il en fut de même aussi d’Étienne.

Étienne est ainsi en compagnie de ces hommes séparés, Abraham, Joseph, Moïse, et le « Juste ». Il est naturellement dirigé par l’Esprit, pour passer en revue leur histoire dans ce merveilleux chapitre. Or ces hommes séparés, à différentes périodes ou intervalles de temps, dans le cours des voies de Dieu sur la terre, étaient comme des types de Ses desseins plus élevés et plus riches concernant le ciel. Car les temps où ils vivaient étaient, selon notre manière de parler, des temps de transition.

Il en était ainsi aux jours d’Étienne. Jusqu’à ce moment, la scène des Actes des apôtres est sur la terre. Au chapitre 1, le Seigneur ressuscité avait parlé à Ses apôtres du « royaume de Dieu ». Dans le même chapitre, les anges avaient détourné les yeux des hommes galiléens, comme ils nomment les disciples, de regarder encore vers le ciel ; ils le font en leur promettant que Jésus reviendrait sur la terre. Lorsque, au chapitre 2, le Saint Esprit est donné, qu’ils ont été baptisés par Lui, c’est des choses de la terre que les apôtres parlent. Ils rendent témoignage que Jésus devait s’asseoir à la droite de Dieu dans le ciel, jusqu’à ce que ses ennemis eussent été mis pour marchepied de Ses pieds. Ils prêchèrent ensuite que, si Israël se repent, Jésus reviendra sur la terre, amenant les temps de rafraîchissement et de rétablissement, et qu’Il a été exalté, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés. Ces premiers chapitres nous présentent donc Israël comme le peuple, et la terre comme la scène de l’action ou du témoignage de l’Esprit dans les apôtres.

Mais l’inimitié des Juifs reprend son cours, comme en tant d’autres occasions, dès l’origine ; et la grâce divine se déploie aussi comme dans ces mêmes occasions. Étienne, sous l’action de l’Esprit de Dieu, prend pour texte une de ces occasions. Il rappelle comment la nation incirconcise de cœur et d’oreilles, a résisté au Seigneur dans la personne de Ses témoins, les uns après les autres ; et aussi, comment le Dieu de gloire a appelé à une bénédiction nouvelle et spéciale ceux que que la souillure du monde obligeait à être séparés, ou que l’inimitié des Juifs rejetait.

Ainsi, l’état où se trouvait Étienne lui-même à ce moment, était le texte de son discours, de même que l’état de choses, au chapitre 2, avait été le texte du discours de Pierre. Ce qui avait fait parler Pierre, c’était le don des langues ; ce qui fait parler Étienne, c’est, pour ainsi dire, d’une part, le fait que son visage est comme celui d’un ange, et de l’autre, l’inimitié des Juifs qui le harcelait et le menaçait. L’Esprit en Étienne saisit le moment. C’était un moment de transition : l’heure du visage d’ange et des pierres meurtrières, l’heure de l’inimitié du monde et de la révélation toujours plus riche et plus glorieuse de la grâce, qui appelle l’homme au ciel. Étienne se réfère à d’autres histoires, aux histoires d’autres élus, qui avaient accompli des faits semblables dans les dispensations de Dieu. Car les hommes de la terre résistent maintenant à Dieu en Étienne, comme ils Lui avaient résisté en d’autres de Ses élus. Comme Étienne le leur dit, ils résistaient toujours à l’Esprit Saint ; les enfants et les pères se ressemblaient en cela dans toutes les générations de ce peuple.

Nous sommes ainsi appelés à être témoins, avec Étienne, d’un autre moment important de transition. Ce moment, dans le livre des Actes, est semblable à celui du temps de Joseph, dans le livre de la Genèse. Cela établit un lien entre Étienne et Joseph, et fournit au Saint Esprit, par Étienne, une occasion naturelle de faire mention de Joseph, comme il le fait. Mais si la terre refuse une place à Étienne, comme les frères de Joseph avaient refusé à ce dernier une place dans le pays de ses pères, le ciel s’ouvre à lui. La grâce en Dieu est active — comme l’est l’inimitié dans l’homme — et de celui qui mange sortira le manger. Le ciel s’ouvre donc, en Actes 7. Un rayon s’en échappe et répand une lumière douce, mais brillante, sur le visage d’Étienne, au moment où les hommes de la terre le rejettent. Ainsi scellé par le ciel et pour le ciel, il parle du ciel ; puis le Saint Esprit dirige son regard droit en haut vers le ciel, et enfin, son esprit est reçu au ciel par le Seigneur Jésus. Tout est ciel ici. Étienne en a reçu d’abord le gage ou les arrhes ; il en voit ensuite les gloires sans voile ; et enfin, il y a sa place avec Jésus.

Pour une âme encore dans le corps, rien ne peut dépasser l’éclat glorieux d’un tel moment. Il est la transfiguration du livre des Actes des apôtres. Le Béthel du patriarche n’avait point atteint la même mesure ; car ici, le haut de l’échelle est vu clairement, et il est révélé à Étienne que sa place est là avec le Seigneur, et non pas simplement au pied de l’échelle avec Jacob. C’est un moment de transition, ce que n’était pas celui de Genèse 28. Le type en était plutôt le Joseph rejeté, banni, qui trouve ses joies les plus profondes et ses plus grands honneurs parmi les Gentils de la lointaine Égypte. Ou plutôt, l’histoire de Joseph et celle d’Étienne sont, chacune en son temps et d’une manière différente, l’ombre et le gage de cette gloire et de cet héritage célestes auxquels est appelée l’Église, selon l’élection du siècle actuel.

Il y a donc un lien simple et nécessaire entre Joseph et Étienne, comme nous le trouvons en Actes 7. L’un et l’autre occupent la même position de transition, plus marquée, il est vrai, en Étienne, comme cela convenait aussi ; mais ils l’occupent tous les deux. Dans le cas d’Étienne, tout était nouveau et céleste, comme nous l’avons vu. Il lui est commandé de regarder, non point en bas, mais en haut. Au chapitre 1, les anges avaient dit aux hommes galiléens de détourner leurs regards du ciel ; au chapitre 7, l’Esprit Lui-même invite Étienne à élever ses yeux vers le ciel. Autre avait été la gloire des terrestres, autre est maintenant celle des célestes. Le don des langues même, au chapitre 2, n’avait point assuré le ciel aux disciples. Il n’y avait point eu alors de transfiguration, point de visage comme celui d’un ange. Le Saint Esprit avait été sur l’assemblée à Jérusalem ; mais l’assemblée elle-même n’avait pas eu le ciel en vue, comme étant sa patrie et son héritage : Étienne fut sur les confins des deux mondes. Son corps fut victime de l’inimitié du monde de l’homme ; son esprit allait être reçu au milieu des gloires du monde de Christ. Il fut rejeté par ses frères, accepté par Dieu. Tout était transition — et il est tout à fait à propos qu’il reporte ses regards en arrière sur Joseph et sur Moïse, qui avaient été avant lui dans une même position.

Qu’il me soit permis de dire une chose qui m’est suggérée par les allusions du chapitre 7 des Actes à Joseph et à d’autres, savoir que nous ne devons point être surpris de ce caractère typique ou symbolique des histoires de l’Ancien Testament. Tout au contraire, nous devrions y être entièrement préparés, et cela d’après un principe bien simple. Dieu, agissant dans ces histoires (nous parlons à Sa louange), y agit, assurément, selon ce qu’Il est Lui-même et selon Ses conseils. Par conséquent, ces histoires deviennent autant de révélations de Lui-même et des desseins qu’Il travaille à accomplir.

La certitude de l’inspiration du récit ne nous fait donc pas voir parfaitement Dieu dans ce qui est raconté. Le récit est vrai, mais il a aussi un but ; il y a inspiration, mais aussi un sens typique : « Ces choses leur arrivèrent comme types ». Elles arrivèrent comme elles sont racontées. Il y a en elles la vérité historique. Mais Dieu les a fait arriver de telle sorte qu’elles fussent des « types » ; tant que nous ne discernons pas le type, c’est-à-dire le dessein divin dans l’histoire, nous n’y voyons pas Dieu. Nous devons étudier ces récits, ceux touchant Joseph ou tout autre, dans la même disposition d’esprit que le prophète, quand il descendit dans la maison du potier (Jér. 18). Il devait y avoir un travail réel, des vases faits par la main habile de l’ouvrier. Mais dans ce travail, il y avait un enseignement, aussi bien qu’un fait réel ; il y avait une parabole ; car le prophète devait y voir Dieu Lui-même, travaillant au tour, aussi bien que le potier. Il en est ainsi de ces récits que nous trouvons dans l’Écriture. Il y a en eux la réalité, une parfaite véracité, celle que garantit l’inspiration ; mais il y a aussi l’instruction et, tant que nous ne l’avons pas discernée et n’avons pas appris à voir Dieu et Son dessein dans le récit, nous ne sommes pas encore vraiment descendus dans la maison du potier.

Je dis cela seulement en passant, la pensée m’ayant été suggérée par l’emploi des histoires d’Abraham, de Joseph et de Moïse, dans l’Ancien Testament, faite par l’Esprit Lui-même qui parle par la bouche d’Étienne dans ce merveilleux chapitre.

Troisième partie (Gen. 42 à 47). — Nous arrivons maintenant au moment où Joseph retrouve son père et ses frères, et aux conséquences de cette réunion.

Entre les choses qui ont caractérisé Joseph et ses circonstances pendant sa séparation d’avec ses frères, nous avons remarqué celle-ci — qu’il avait été mis en possession des ressources dont ses frères eux-mêmes, et le monde entier avec eux, devaient dépendre ensuite pour être conservés sur la terre. Le temps déterminé auquel le monde puiserait à ces ressources, était maintenant arrivé, ainsi que le temps déterminé auquel Joseph devait être rendu à ses frères.

Joseph est maintenant revêtu d’autorité. Son jour d’humiliation et d’affliction est passé. Il est à la droite du trône d’Égypte, l’exécuteur suprême de tout décret et de toute autorité dans le pays. Sans lui, nul ne peut lever pied ni main. Il a reçu l’anneau du roi, et monte sur le second char. Il est le trésorier et le dispensateur de toute la richesse de la nation ; il ouvre ou ferme les lieux de dépôt comme il lui plaît. Celui qui a été dans la citerne est maintenant sur le trône.

Joseph est ressuscité en figure. Je dis en figure ; car pour la chose même — pour la résurrection d’entre les morts — il a fallu attendre jusqu’au jour du Fils du Dieu vivant, qui, en personne, devait revivre d’entre les morts. Mais, quoique nous ne puissions avoir ici « l’image même » de ce grand mystère, nous en avons néanmoins des « ombres », soit dans les ordonnances de la loi, soit dans l’histoire des élus. Les oiseaux morts et les oiseaux vivants de Lévitique 14, et les deux boucs de Lévitique 16, sont au nombre de ces ordonnances, et les scènes historiques, telles que l’enlèvement des liens d’Isaac sur l’autel de Morija, et Jonas sortant du ventre du cétacé, en sont autant de représentations. Il en est de même à ce moment de l’histoire de Joseph : c’est le jour de sa puissance et de son autorité en Égypte après les douleurs de la citerne et de la prison. Joseph est ressuscité en figure.

L’Esprit de Dieu, dont Jacob est l’oracle au chapitre 49, porte son regard sur Joseph dans cette situation et le loue en conséquence : « Joseph est une branche qui porte du fruit, une branche qui porte du fruit près d’une fontaine : ses rameaux poussent par-dessus la muraille. Les archers l’ont provoqué amèrement, et ont tiré contre lui, et l’ont haï ; mais son arc est demeuré ferme, et les bras de ses mains sont souples par les mains du Puissant de Jacob ». Après avoir ainsi parlé de Joseph, l’Esprit le présente comme une figure de Celui qui est plus grand que lui ; car Jacob ajoute : « De là est le berger, la pierre d’Israël ». En Joseph, nous trouvons Christ, le Christ ressuscité, en figure. Il possède maintenant toute autorité dans le ciel et sur la terre. Il est assis à la droite de la Majesté dans les hauts lieux. Son titre à la possession des ressources de la création, est assuré, ayant pour sceau la dignité de la place qu’Il occupe maintenant. Ensuite, quant aux ressources qu’Il possède actuellement, Il les emploiera plus tard pour Israël et pour la terre entière, selon le type que nous avons ici. C’est ce que nous allons considérer.

À la fin du chapitre 41, la famine commence, et les greniers s’ouvrent. Mais la scène change ici, pour un moment : l’histoire de la repentance des frères de Joseph et de leur restauration est introduite comme une espèce d’épisode ; mais elle est d’une merveilleuse beauté. En effet, le rétablissement de toutes choses ne peut avoir lieu, nous le savons, avant qu’Israël se soit repenti et ait été pleinement restauré. Par suite, l’introduction de ce nouveau sujet, comme épisode, dans les chapitres 42 à 46, est pleine de beauté et d’instruction. L’histoire de la scène en Égypte et de la distribution générale des approvisionnements que Joseph avait faits pour ce pays et la terre entière, est dûment résumée plus loin au chapitre 47. « Car quelle sera leur réception, sinon la vie d’entre les morts ? » demande l’apôtre en rappelant, par l’Esprit, l’histoire d’Israël (Rom. 11). « Si leur chute est la richesse du monde, et leur diminution, la richesse des nations, combien plus le sera leur plénitude ? ». Nous sommes donc préparés à voir cette repentance des Juifs, avant la pleine bénédiction du monde.

Il serait impossible de ne pas nous arrêter un peu sur ce travail, sur ce retour de leurs cœurs, produit par la manière d’agir de Joseph. Nos propres cœurs seraient bien froids, s’ils n’étaient émus devant cette scène, pour l’admirer, en jouir et en rendre grâces ; tant elle abonde en traits touchants d’une vraie affection ; tant elle met en lumière les principes moraux de notre nature ; tant elle fait ressortir la manière dont Dieu opère par Son Esprit pour amener les pécheurs, par la conviction et le sentiment de leur état de ruine, à la repentance et à la vie.

La scène de ce travail de Dieu est un temps de disette et d’affliction, comme il arrive souvent dans les voies du Dieu de toute grâce. Car Il ne se refuse pas à être cherché par nous, lorsque nous ne pouvons faire autrement. Il en fut ainsi pour le fils prodigue ; il en est ainsi pour les frères de Joseph, et nous trouverons un jour, je n’en doute pas, qu’il en a été ainsi pour une bonne partie de ceux qui loueront pour toujours Son nom dans la gloire. Le fils prodigue ne pouvait faire autrement ; il fut contraint de retourner à son père et à la maison de son père. Les frères de Joseph ne peuvent faire autrement ; ils sont contraints de descendre en Égypte, aux lieux de dépôt de l’Égypte. Cela peut être honteux, humiliant pour le cœur de l’homme, de se tourner ainsi vers Dieu, lorsqu’il n’y a plus d’autre ressource. Mais le Seigneur se fait trouver par nos cœurs vils et égoïstes. Il condescend, comme l’a dit quelqu’un, à entrer par cette porte que la nature méprise. Pendant vingt longues années, les frères de Joseph ont vécu à l’aise et dans la prospérité, ayant beaucoup de biens assemblés et abondance de bénédictions autour d’eux ; Joseph et ses souffrances étaient entièrement oubliés. Pour un temps, le fils prodigue avait son argent, la part du bien de son père qui lui était échue ; et avec son argent, tant qu’il dura, il avait cherché sa propre satisfaction, en tournant le dos à son père. Mais la famine atteint le « pays éloigné » et ici « le pays de Canaan » ; alors, bon gré, mal gré, il faut recourir à la maison du père ou aux approvisionnements de Joseph (voir Os. 5, 15).

Ainsi s’ouvre la scène : les frères de Joseph descendent en Égypte pour acheter des vivres.

Dès que Joseph les voit, il les reconnaît. Il « se souvint des songes qu’il avait songés à leur sujet ». Mais aussitôt il s’impose la tâche de restaurer leurs âmes (Gen. 42, 9).

Chose étrange, et néanmoins excellente ! Ses songes l’avaient simplement élevé au-dessus d’eux. S’il n’eût voulu que montrer la réalisation de ses songes, il eût pu, lorsqu’il se les rappela, se faire connaître, et comme la gerbe honorée, ou comme le soleil, roi des astres, dans le ciel, les faire tomber sur leurs faces devant lui. Mais son but est de relever leurs âmes et non de s’exalter lui-même. C’est l’objet qu’il se propose dans son cœur, lorsque le moment arrive où il aurait pu faire paraître sa propre élévation et leur humiliation, selon le sens de ses songes. Quelle excellence cela nous révèle ! Il y eut, plus tard, un personnage qui, sachant qu’Il était venu de Dieu, qu’Il s’en allait à Dieu, et que le Père Lui avait mis toutes choses entre les mains, se leva, se ceignit, et se mit à laver les pieds de Ses disciples. La conscience qu’Il avait de Ses dignités, ne fit que Le conduire à vaquer au service de Ses saints. Qui peut exprimer la sublimité d’un tel acte ? De bien loin, Joseph me le rappelle ici. Il se souvient de ses songes, songes qui lui donnaient une position élevée, mais rien de plus ; néanmoins, il s’occupe aussitôt du lavage des pieds, des cœurs coupables, des mauvaises consciences de ses frères, pour les guérir, les laver et les relever.

Chose étrange, je le répète. Nous ne voyons aucun rapport entre ce souvenir et cette manière d’agir, si ce n’est dans la grâce, la grâce divine, de laquelle Joseph était le témoin et dont Jésus, en Jean 13, est le divin exemple.

« Joseph se souvint des songes qu’il avait songés à leur sujet, et il leur dit : Vous êtes des espions ; c’est pour voir les lieux ouverts du pays que vous êtes venus ». Cette accusation avait pour but de restaurer leurs âmes, quelque humiliant et pénible que fût ce chemin. Pour obtenir des résultats, il faut agir fidèlement sur la conscience ; et c’est à quoi Joseph s’emploie aussitôt. Il simule l’étranger vis-à-vis d’eux. Il se sert d’un interprète et leur parle rudement. Il faut qu’il réveille leur conscience, quoi qu’il en coûte à ses sentiments personnels. Pour le moment, son amour doit être ferme ; plus tard, il versera des larmes et montrera sa tendresse. Alors il sera satisfait ; maintenant il lui faut servir. Au jour de leur péché, ils avaient dit : « Le voici, il vient, ce maître songeur » ; et maintenant, au jour où ils sont convaincus de péché, il leur dit : « Vous êtes des espions ; c’est pour voir les lieux ouverts du pays que vous êtes venus ». Ils avaient autrefois vendu leur frère, sans aucune pitié dans leur cœur ; maintenant, un commandement péremptoire et sans réplique, ordonne que l’un d’eux soit pris et chargé de chaînes. Mais le but de tout ceci, le dessein de la grâce, est de planter profondément la flèche dans la conscience, pour qu’elle y instille tout son poison et y applique la sentence de mort. Or ce but est atteint. Lorsque Dieu agit, la puissance de l’Esprit est dirigée par les conseils de l’amour. « Si, liés dans les chaînes, ils sont pris dans les cordeaux du malheur, il leur montre ce qu’ils ont fait et leurs transgressions, parce qu’elles sont devenues grandes » (Job 36, 8, 9). « Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère », disent-ils tous, également repris dans leur conscience, « car nous avons vu la détresse de son âme, quand il nous demandait grâce, et nous ne l’avons pas écouté ; c’est pourquoi cette détresse est venue sur nous ».

C’était quelque chose ; c’était beaucoup ; mais Joseph doit poursuivre son service d’amour. Si au premier abord, lorsqu’il s’était souvenu de ses songes, il eût consulté sa propre gloire, il se serait aussitôt fait connaître et se serait présenté comme l’homme honoré au milieu de ses frères confondus et humiliés. De même, s’il n’avait consulté que son cœur, il se serait fait connaître et aurait été heureux et satisfait de recevoir les embrassements de ses frères repentants et affligés. Mais il ne consulta ni sa gloire, ni son cœur. Son amour voulait servir ; et le laboureur du cœur, comme celui du sol, a parfois besoin de « prendre patience », en attendant les pluies de la première et de la dernière saison.

Ce commencement était heureux et donnait à espérer, parce qu’il y avait là de la réalité. Mais Joseph voulait encore savoir si ses frères avaient des cœurs d’enfants et de frères, ou s’ils étaient encore, comme autrefois, insensibles aux pleurs d’un frère ou à la douleur d’un père. Il les met donc à l’épreuve. Il fait tout travailler ensemble, la dureté et la bonté, les encouragements et les alarmes, les accusations et les festins, les faveurs et les reproches ; quoiqu’en vérité il y ait peu de différence entre ces choses pour une conscience coupable. Quand elle est timorée, elle voit, comme Hérode, en Jésus, Jean le baptiseur ressuscité d’entre les morts ; et le « bruit d’une feuille agitée par le vent la poursuit ». La bonté et la dureté lui inspirent une égale terreur : « les hommes eurent peur de ce qu’on les menait dans la maison de Joseph ». Ils avaient peur sans aucune raison. Mais tout cela opère une repentance dont on n’a pas de regret ; et bientôt sera produit le fruit qui convient à la repentance.

Joseph conçoit un plan pour manifester s’il y a maintenant en eux un cœur d’enfants et de frères.

Comme ils se préparent pour la seconde fois à retourner en Canaan, emportant des vivres pour eux et pour leurs maisons, la coupe de Joseph est placée dans le sac de Benjamin — nous connaissons tous cette histoire — et ils se mettent en route pour leur voyage. Mais quelque simple que cela paraisse, c’est ici que la crise a lieu. Leurs propres bouches devront maintenant prononcer leur sentence ; car la question va être posée : Sont-ils comme ils étaient autrefois, ou bien un cœur de chair leur a-t-il été donné ? La détresse de Benjamin va-t-elle les émouvoir, quand autrefois les pleurs de Joseph n’avaient pu le faire ? La douleur de leur vieux père à la maison parlera-t-elle à leur cœur, ce que jadis elle n’avait pas fait ? Ce lieu, ce moment, renouvelaient les champs de Dothan. Ils se reportaient en esprit au lieu où ils avaient commis leur crime. Dans les champs de Dothan, au chapitre 37, ils avaient eu à décider s’ils sacrifieraient leur frère innocent Joseph à leurs méchants désirs, à leur jalousie et à leur haine. Ici, lorsque Benjamin est réclamé comme captif, parce que la coupe a été trouvée dans son sac, réclamé comme devant payer de sa vie et de sa liberté envers le seigneur de l’Égypte, la question leur est pareillement posée : Sacrifieront-ils Benjamin, et retourneront-ils chez eux, le cœur tranquille, indifférents et satisfaits ?

Rien ne peut surpasser cette sagesse de Joseph pour ramener ses frères, moralement et en esprit, aux champs de Dothan. La même question leur est présentée et solennellement posée. Juda, celui que ses frères loueront, y répond. Ils étaient, en réalité, innocents du vol de la coupe ; mais cela ne pèse pas sur leurs consciences, et Juda n’en fait nulle mention. La conviction d’avoir péché fait perdre de vue cette accusation. L’iniquité commise est la seule chose qui l’occupe. « Je connais mes transgressions, et mon péché est continuellement devant moi ». Les frères de Joseph auraient pu parler de leur innocence et se sentir blessés de ce qu’ils étaient ainsi, successivement, mal compris et faussement accusés. Ils avaient été appelés espions, quand ils n’avaient aucun mauvais dessein ; maintenant, ils étaient traités comme d’indignes voleurs, quoiqu’ils fussent d’honnêtes gens. Ils auraient pu dire que c’en était trop. Ils auraient pu souffrir bien des choses, des propos injurieux et de rudes procédés ; mais être traités de voleurs était plus que la chair et le sang ne pouvaient supporter. Mais non — rien de tout cela n’a lieu — les frères de Joseph n’en étaient plus là. Ils avaient autrefois caché leur culpabilité par le mensonge indigne fait à leur père ; maintenant ils sont prêts à cacher leur innocence au sujet du vol, sous la confession qu’ils font à Joseph. Juda s’avance pour déclarer leurs pensées nouvelles. Ils étaient bien innocents de toutes ces choses-là, depuis la première jusqu’à la dernière ; ils n’étaient ni des espions, ni des fourbes ; mais quelque vingt années auparavant, ils s’étaient rendus coupables de ce dont (comme ils devaient le supposer) cet étranger en Égypte ne savait rien, mais qui était connu de Dieu et de leurs consciences. Ils pouvaient être maintenant innocents, mais alors ils avaient été coupables ; leur péché, leur péché seul, était maintenant devant eux. S’ils parlent, c’est pour le confesser, non pour se justifier. « Que dirons-nous ? » dit Juda. « Comment nous justifierons-nous ? Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs ».

Joseph fait un moment comme si tout cela n’était d’aucun intérêt pour lui. C’est peut-être leur affaire, mais Benjamin lui appartient ; Benjamin est le coupable envers le grand seigneur de l’Égypte ; il faut que lui reste, les autres peuvent retourner chez eux aussitôt qu’il leur plaira : « Celui en la main duquel la coupe a été trouvée, lui, sera mon serviteur ; et vous, montez en paix vers votre père ».

Que peut-il y avoir de plus beau ? Je le demande. La sagesse de Salomon, décidant la question entre les deux prostituées, fut-elle plus remarquable ? Selon l’esprit de jugement qui convenait à celui qui était assis comme juge, il sut faire parler le cœur d’une mère. Et Joseph ici, avec une sagesse semblable reçue de Dieu, ne fait-il pas parler le cœur de ses frères, qui est vraiment mis à nu ? Sur ces paroles de Joseph, Juda s’approche, et, avec les entrailles d’un fils et d’un frère, il plaide pour Jacob et pour Benjamin. « Le jeune homme » et « le vieux père » sont le refrain de son discours, car c’est d’eux que son cœur est plein. Lui restera comme esclave de son seigneur ; seulement que « le jeune homme » monte vers « son père ». Que du moins le cœur du père soit consolé, et que l’innocence de Benjamin le garde, et Juda sera reconnaissant, quoi qu’il lui arrive à lui-même. Le but est atteint.

Nous arrivons maintenant au but poursuivi dès le commencement. La bonté de Dieu les avait poussés à la repentance. Joseph est maintenant vraiment exalté ; la gerbe s’est levée et s’est tenue debout ; mais la repentance est « le fruit de ce que leur péché est ôté ». De même, « Christ est maintenant exalté comme Prince et Sauveur, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés » (Act. 5, 31). Maintenant le voile peut être déchiré, et il le sera dans l’avenir. Joseph se fera connaître à ses frères.

Mais c’était un moment d’une préparation difficile. La réapparition de celui qu’ils avaient haï et vendu, et dont le souvenir avait si profondément remué leurs âmes, pouvait les accabler. Il devra en modérer l’éclat à leurs yeux, de peur qu’ils ne puissent le supporter. Mais l’amour est ingénieux ; ses moyens et ses instruments sont prêts pour toute occasion. « Je suis Joseph », dit-il à ses frères ; mais tout d’une haleine (comme cela se fait souvent parmi nous), il ajoute : « Mon père vit-il encore ? ».

Scène d’une exquise beauté, dans les voies de la grâce, et où l’amour montre une intelligence parfaite. Joseph aurait pu répondre lui-même à cette question. Les paroles de Juda, qui résonnaient encore à son oreille (car elles étaient trop précieuses pour qu’il les eût oubliées), lui avaient déjà appris que son père était encore vivant, mais il se hâtait d’amener en scène une troisième personne. Il ne pouvait pas permettre que les serviteurs et officiers du palais fussent présents, car cela aurait été exposer en public le péché de ses frères. D’autre part, il redoutait que ce fût trop pour eux de se trouver seuls avec lui. C’est pourquoi il fait intervenir quelqu’un, le meilleur de tous, le père.

Cela est vraiment parfait à sa place et me rappelle la scène du puits de Sichar. « Je le suis, moi qui te parle », dit le Seigneur à la femme à laquelle Il venait de révéler qu’elle était dans le péché. Ce n’était pas seulement : « Je le suis » ; mais : « Je le suis, moi qui te parle ». Par ces mots, Il révèle Sa gloire. Il est devant elle comme le Messie qui, comme elle l’avait dit, pouvait lui faire connaître toutes choses, et qui, comme elle venait de l’éprouver, lui avait réellement dit toutes choses, des choses terribles pour une conscience réveillée. Mais, en même temps, Il lui révèle la grâce douce, condescendante, attirante de Celui qui était assis là, parlant avec elle. À ce titre, l’âme de cette femme pouvait trouver la liberté, et la trouva là où elle aurait pu s’attendre à être écrasée sous le poids de son péché.

Quelle sagesse dans les voies de l’amour ! Ses riches trésors sont, comme dit le poète :

« La source intarissable
Qui satisfait tous nos besoins. »

Ce qui nous manque, c’est de nous y confier davantage et de nous y abandonner.

L’amour de Joseph continue encore à se manifester.

Peu après il répète à ses frères : « Je suis Joseph », et ajoute : « que vous avez vendu pour l’Égypte ». Mais ensuite, il raconte aussitôt en détail les desseins de Dieu dans toute cette affaire, et leur explique quelle immense importance allait avoir pour le Pharaon, pour l’Égypte et pour le monde entier, aussi bien que pour eux et leurs maisons, le fait qu’il avait quitté la maison paternelle. L’amour de Joseph ne leur laisse pas le temps de penser à eux-mêmes : il occupe leurs esprits d’une multitude d’autres pensées, puis il les embrasse et pleure avec eux.

Après tout cela, le peuple du Pharaon peut revenir prendre part avec eux à cette scène. Il peut maintenant voir dans ces étrangers venus de Canaan, non les persécuteurs, mais les frères de Joseph. C’est comme tels qu’ils sont amenés dans son palais. Il en est de même dans la parabole du fils prodigue ; le père le voit dans sa misère ; tandis qu’il est encore couvert de haillons, honteux, affamé, il le couvre de baisers et le reçoit avec joie ; mais la maison doit le voir à la table de son père comme fils. « Faites sortir tout le monde d’auprès de moi », avait dit Joseph, sur le point de se faire connaître à ses frères ; mais maintenant la maison du Pharaon apprend que les frères de Joseph sont venus. Nous respirons dans tout ceci le parfum de la personne bénie que nous apprenons à connaître dans les évangiles. Genèse 45 nous introduit en Jean 4 et en Luc 15.

Il y a dans l’histoire de la vie humaine des occasions qui appartiennent exclusivement au cœur. Il y en eut pour le Seigneur, comme il y en a parfois pour nous tous. Dans Ses rapports avec Ses disciples, Sa fidélité ne faisait jamais défaut. Il ne passait pas par-dessus leurs fautes. Il les reprenait très souvent, parce qu’Il les aimait parfaitement ; et Il les instruisait plutôt que de se satisfaire Lui-même. Mais il vint un moment où la fidélité laissa toute la place à la tendresse. Je veux parler de l’heure de la séparation, que nous trouvons en Jean 14 à 16. Il était trop tard alors pour la fidélité. Ce n’était plus par les répréhensions d’un pasteur que leurs âmes devaient être formées. Il ne leur était plus dit : « Gens de petite foi ! », ni : « Comment n’entendez-vous pas ? ». C’était l’heure de la séparation, et il était permis au cœur de l’occuper tout entière.

Or les moments où a lieu une réconciliation sont pour le cœur comme ceux d’une séparation. Le cœur veut les occuper tout entiers. La tendresse seule convient alors ; la fidélité serait une intruse. Ainsi en est-il ici pour Joseph. Il laissa éclater sa voix en pleurs, de sorte que la maison du Pharaon l’entendit. Il pleura sur le cou de tous ses frères et les baisa ; il se jeta au cou de Benjamin et pleura, et il le baisa. S’il parle au milieu de ses larmes, c’est seulement pour encourager ses frères, pour leur donner des gages de son amour et leur faire comprendre qu’ils devaient être devant lui en parfaite confiance et tout à fait libres[24].

Sûrement, l’on peut revendiquer ces droits et ces privilèges pour l’heure de la séparation, comme pour celle de la réconciliation. Ils furent respectés, au moment où Joseph fut rendu à ses frères. Mais, ce moment passé, lorsque Joseph les a présentés au Pharaon et aux gens du palais, et qu’ils sont sur le point de retourner en Canaan, pleinement décidés à amener leur vieux père vers Joseph en Égypte, lorsqu’ils sont là debout, Benjamin avec eux, Siméon avec eux, lorsque tout est à la joie en vertu de la faveur qui leur est faite et de leurs glorieuses perspectives, un mot d’avertissement n’est pas hors de saison, et Joseph le leur donne : « Ne vous querellez pas en chemin ». La question : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? » parla au cœur de Pierre d’une manière toute semblable, et dans un moment pareil, lorsque la réconciliation, comme je puis l’appeler, avait été faite, que le filet non rompu de Pierre avait enfermé une quantité de poissons, et qu’il avait soupé sur le rivage de la mer en compagnie du Maître qu’il avait renié.

Certes, tout ici, d’un bout à l’autre, est parfait. On trouve dans l’Écriture une magnifique morale, un chef-d’œuvre de Dieu. On sent partout en elle le souffle de l’Esprit. Elle a la tendresse de l’Esprit, Sa grandeur et Sa profondeur. Dans les résultats de l’histoire de Joseph et de ses frères, nous voyons des choses excellentes. Il y eut des réponses merveilleuses à ce qui avait été pour et contre Joseph, à ses prétentions futures comme aux injustices qu’il avait souffertes. Quelque haute dignité que lui eussent promise ses songes, il la reçut dans sa pleine mesure. Quelques torts qu’il eût subis, ils furent tous vengés, de la manière même que son propre cœur aurait choisie. Le jugement du péché de ses frères contre lui, fut exécuté dans leur propre cœur ; pas une seule parole dure à cet égard ne sortit de sa bouche, du commencement à la fin.

Tels furent les résultats de ce qui avait été pour et contre lui. « Cela aussi vient de l’Éternel des armées ; il se montre merveilleux en conseil et grand en sagesse ».

Mais il me faut considérer encore un moment tout ceci. La conviction dans la conscience peut n’être qu’une chose naturelle, comme un travail ordinaire de l’âme, dont l’absence choquerait comme prouvant que la conscience est cautérisée ou endurcie. Mais quand il y a plus que le simple réveil naturel de l’âme, quand l’Esprit de Dieu l’a produit, Il prend possession de Son objet comme d’un instrument pour s’en servir. David, quand il a été convaincu par l’Esprit, dit à Dieu : « Contre toi, contre toi seul, j’ai péché, et j’ai fait ce qui est mauvais à tes yeux ». Il en sera ainsi d’Israël au jour où il sera convaincu de son péché ; car sa conscience sera alors mise en rapport avec le Jésus qu’il a rejeté et crucifié. Comme dit l’Éternel par le prophète : « Je répandrai sur eux un esprit de grâce et de supplication ; et ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont percé, et ils se lamenteront sur lui comme on se lamente sur un fils unique, et il y aura de l’amertume pour lui, comme on a de l’amertume pour un premier-né » (Zach. 12, 10). Telle est la conviction, lorsque l’Esprit de Dieu, et non pas seulement la nature, la produit. La conscience est ici en action « par l’Esprit Saint », comme dit l’apôtre. En ce jour-là, sous l’effet de cette autorité et de cette puissance, Israël s’adressera directement à Jésus. Ésaïe 53 présente la même chose sous une autre forme. C’est dans l’âme un travail d’une grande valeur — un travail toujours nécessaire en chacun de nous.

Ce travail, nous le voyons chez les frères de Joseph. Un autre en a déjà fait la remarque d’une manière générale ; mais cela mérite notre sérieuse attention. C’est leur péché contre Joseph qu’ils se rappelaient au jour de leur détresse. « Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère« , disent-ils, « car nous avons vu la détresse de son âme, quand il nous demandait grâce, et nous ne l’avons pas écouté ». D’autres péchés auraient pu se présenter à leur conscience. Ruben aurait pu penser à la souillure de la couche de son père, Siméon et Lévi, au sang répandu par eux et à leur trahison, Juda, à son mariage ; mais, ayant été réveillés de leur sommeil de mort, par l’Esprit, et non pas simplement par la détresse qui leur est survenue, ils se rappellent leur péché commun, et, comme par une seule conscience, ils parlent de leur méchanceté à l’égard de Joseph. Or c’est ce qui caractérise l’opération de l’Esprit pour produire cette conviction.

Un tel travail, je le répète, est nécessaire pour chacun de nous. Mais le sang doit faire son œuvre, aussi bien que l’Esprit de grâce. Joseph, comme nous l’avons vu, interprétait ses afflictions, bien que causées par les mains iniques de ses frères, tout autrement que leur frayeur et leur culpabilité les leur avaient fait interpréter. Ils avaient dit, avec parfaite raison : « Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère » ; lui-même dit — et c’était très vrai : « Dieu m’a envoyé devant vous, pour vous conserver la vie ». Tel est l’évangile. Nous sommes convaincus de péché, mais sauvés. Nous apprenons que nous nous sommes détruits nous-mêmes, mais en Lui est notre secours. Le sang est la réponse à la lance du soldat. Il coule des blessures mêmes que nos propres mains lui ont infligées. Telle sera aussi, au jour dont parlent Ésaïe 8 et Zacharie 13, l’histoire du résidu juif qui, comme nous le savons, est typifié par les frères de Joseph. La croix est le témoin. La foi se tient devant elle, et là elle apprend à la fois ce que sont la ruine et la rédemption.

Au cours de cette merveilleuse histoire, nous avons vu que la réconciliation a eu lieu. Joseph a reçu ses frères : tout est donc prêt pour la pleine bénédiction d’Israël. La restauration doit suivre la conversion. Après la repentance d’Israël doivent venir les temps de rafraîchissement et de rétablissement. Le vieux père, avec sa maison et ses troupeaux, est amené de Canaan, et, avec ses fils, présenté à Pharaon ; ils sont établis dans la meilleure partie de tout le pays, dans le pays de Goshen, à Ramsès.

Ils pouvaient laisser leurs meubles derrière eux, car le meilleur de tout le pays d’Égypte était devant eux (Gen. 45, 20), et cela se vérifia parfaitement. Au commencement, ils avaient apporté leurs sacs vides en Égypte pour les remplir, mais ils devaient éprouver qu’il y avait là un cœur et une main capables de donner sans mesure et prêts à le faire ; et plus ils étaient à vide, plus ils seraient comblés de ces richesses.

Ils n’étaient que des bergers, de pauvres étrangers, il est vrai ; mais Joseph, l’homme du jour, le seigneur de l’Égypte, « n’avait pas honte de les appeler frères ». Il les reconnaît en présence du roi, des gens du palais et de la nation, et le roi les reçoit comme tels. Ils étaient les frères de Joseph ; cela suffisait au Pharaon. Ceci, assurément, est aussi pour nous. Le jour est proche, où toutes ces choses seront réalisées dans leurs grands antitypes, Christ et Israël. Christ retournera à Israël et dira : « C’est ici mon peuple », et Israël dira : « L’Éternel est mon Dieu ».

Quelles que soient la grandeur et l’excellence des grâces dont nous venons de parler, il y a plus encore. La terre elle-même doit être mise en ordre et bénie, l’héritage doit être conservé aux yeux de tous, après que les frères de Joseph ont été restaurés et ramenés ; c’est ce que nous allons maintenant considérer. Au chapitre 47, Joseph devient celui qui soutient le monde, pourvoit à sa vie et le maintient en ordre. Les hommes sont un peuple de franche volonté au jour de sa puissance. Tout ce que fait Joseph est bon aux yeux de tout le peuple. Les Égyptiens cèdent au Pharaon leur argent, leur bétail, leurs terres et leurs personnes ; néanmoins tout leur est agréable, car ils doivent la vie à Joseph. L’Égypte d’alors est une figure du monde nouveau, du monde ramené à Dieu par la rédemption. Elle était une « possession acquise », précisément ce que sera la terre millénaire (Éph. 1, 14). C’était la création réconciliée, délivrée par la main d’un sauveur, du fléau de la famine, de la mort et de la malédiction. Le blé de Joseph avait acheté les terres, le bétail et le peuple. Tout était en la main du Pharaon, sous un nouveau caractère ; il avait acquis cette possession sur le terrain de la grâce par la rédemption. Le Pharaon, qui était roi du pays, est toujours roi du pays ; mais un autre, un rédempteur du pays et du peuple, lui est maintenant associé, ce qu’il n’était pas auparavant. Quel tableau nous avons ici du jour millénaire, tracé par la main même de Dieu ! Quelle garantie assurée, quel beau type de la terre pendant les siècles du royaume !

Pharaon avait cru Joseph, lorsque Joseph lui avait annoncé d’avance ce qui devait arriver. Avant que rien de ce qu’avait dit Joseph eût commencé à s’accomplir, le Pharaon l’avait établi en dignité et en puissance, lui avait donné une femme d’entre les filles des excellents du pays, et lui avait conféré un nom qui disait à tous ce qu’il pensait de lui et comment il le considérait[25]. Joseph, de son côté, dans la confiance que tout serait selon l’interprétation que Dieu lui avait donnée, accepta tout de la main du Pharaon ; et ensuite, vinrent les années d’abondance, se succédant pour donner raison aux prédictions de Joseph et pour justifier tous les honneurs qui lui furent conférés par le Pharaon (voir chap. 41).

Nous avons ici de précieux aperçus de tout ce dont nous trouvons les antitypes, la réalité éternelle, dans les conseils secrets de Dieu et de Son Oint. Nous n’avons qu’à nous incliner et à adorer, et, tout en recueillant et butinant les richesses de la Parole de Dieu, à nous réjouir et à être reconnaissants. « J’ai de la joie en ta parole, comme un homme qui trouve un grand butin ». « J’ai pris plaisir au chemin de tes témoignages, autant qu’à toutes les richesses ».

Il convenait que nous eussions dans l’histoire de Joseph cet échantillon du monde nouveau, c’est-à-dire de l’état millénaire à venir ; car, comme nous l’avons dit en commençant, Joseph est l’héritier, placé devant nous pour représenter un héritier de la grâce de Dieu, ses pères ayant avant lui présenté chacun une part dans la même riche et abondante grâce. En Abraham, nous avons vu l’élection ; en Isaac, la position de fils, à laquelle l’élection nous a prédestinés ; en Jacob, la discipline, dans laquelle la position de fils nous place ; et maintenant, en Joseph, nous voyons l’héritier et l’héritage qui lui échoit, dernière partie aussi du mystère des conseils de la grâce et dernière partie aussi du livre de la Genèse.

Il n’y a ici ni langage, ni paroles ; toutefois, une voix s’y fait entendre distincte, parfaite et harmonieuse pour l’oreille du racheté. Si nous considérons Joseph seul, nous voyons une page de l’histoire sacrée, pleine de Jésus ; d’abord un Jésus rejeté, puis un Jésus ressuscité et monté en haut, et, à la fin, un Jésus millénaire, dans Son héritage et Son royaume.

De tout temps, Dieu connaît toutes Ses œuvres. Mais ce qui ne nous est pas dit, nous enseigne aussi sûrement que ce qui est dit. Il a formé la lumière et les ténèbres. « À toi est le jour, à toi aussi la nuit ». Dans tout ce magnifique tableau de l’héritage, il y a une personne que nous nous serions attendus à voir avant toute autre, et cependant nous ne la voyons pas du tout. Asnath, l’épouse, ne s’y trouve pas. Elle et ses enfants n’ont aucune part dans cette grande organisation de toutes choses dans le pays ; on ne les voit pas, ils ne sont pas même mentionnés. Auraient-ils été oubliés ? Cela ne peut être. Mais Asnath est un type de l’épouse céleste, donnée à Joseph d’entre les Gentils au jour de sa séparation d’avec sa parenté, et sa part est plus excellente que tout ce que le pays dans son ordre le plus parfait pourrait avoir pour elle ; sa part est en celui et avec celui qui est le seigneur et le dispensateur de tout. Asnath est absorbée en Joseph ; autrement dit, elle ne peut être vue qu’en lui.

Ainsi, au commencement, il nous est parlé de l’état final parfait ; car tout ceci, dans le livre de la Genèse, est « l’administration de la plénitude des temps », en laquelle Dieu réunira en un toutes choses dans le Christ, les choses qui sont dans les cieux et les choses qui sont sur la terre. Assurément, bien-aimés, à la vue de la confusion actuelle du monde, au milieu du tumulte des pensées humaines qui est continuellement autour de nous, il est heureux d’apprendre de la bouche de tels témoins que la fin était devant Lui dès le commencement. « Le conseil de l’Éternel subsiste à toujours, les desseins de son cœur, de génération en génération ». Son peuple et Ses desseins sont en tout temps devant Ses yeux ; et ces vérités consolaient les apôtres, lorsqu’ils rencontraient autour d’eux des désappointements sans nombre au sujet de l’Église (2 Tim. 2, 19).

Quatrième partie (Gen. 48 à 50). — Cette partie est plutôt, pour ainsi dire, un supplément à l’histoire de Joseph. Elle se compose des récits de quelques actes détachés pendant les dernières années du patriarche.

La première chose mentionnée est toutefois du même genre que l’histoire elle-même. Au chapitre 48, par lequel commence cette quatrième partie, nous voyons le droit d’aînesse conféré à Joseph ; or le droit d’aînesse et l’héritage sont, dans un certain sens, une même chose.

En Israël, c’est-à-dire sous la loi, le fils aîné devait avoir une double portion du bien de son père ; et la loi enjoignait qu’elle lui appartînt par un droit inaliénable, un droit qui ne pouvait être récusé. La double portion ne devait être donnée à aucun autre enfant de la famille pour aucune raison quelconque d’affection personnelle ou de partialité (Deut. 21, 15-17).

Mais quoiqu’il en fût ainsi, le premier-né pouvait lui-même vendre ou perdre son droit d’aînesse. Ses propres actes pouvaient l’aliéner, bien que la partialité ou les préventions de son père ne pussent le faire. Nous en avons des exemples. Ésaü le vendit, et Ruben le perdit (Gen. 25 ; 1 Chron. 5). Dans le cas de la vente de ce droit par Ésaü, Jacob qui l’acheta, acquit naturellement le titre de fils aîné. C’était le fait de la vente même ; cela est clair. Mais dans le cas de la perte du droit par Ruben, qui devait le prendre ? Il revenait au père. Alors se pose la question : Auquel des fils le père devait-il le conférer ? Ce chapitre 48 donne la réponse. Il nous présente la solennité de l’acte de Jacob mourant, investissant Joseph du droit d’aînesse qu’avait forfait Ruben, son premier-né.

Lorsqu’il apprend la maladie de son père, Joseph vient auprès de son lit, amenant avec lui ses deux fils Manassé et Éphraïm. Aucun des autres fils de Joseph n’est présent. L’Esprit de Dieu, parlant par Jacob, a spécialement affaire avec Joseph.

Jacob commence par raconter à Joseph que Dieu lui a donné le pays de Canaan. C’était spécifier ce qui appartenait à la famille, quelle propriété il avait à léguer à ses enfants. Ensuite il adopte les fils de Joseph ; car cela était nécessaire, afin qu’il pût les investir des droits d’enfants, puisque, en réalité, ils étaient légalement étrangers à Abraham, leur mère étant égyptienne. Ils étaient donc une postérité que la loi, en son jour, aurait renvoyée (Esdr. 10, 3). Mais Jacob les adopte. Il les introduit dans la famille. « Et maintenant », dit-il à Joseph, « tes deux fils, Éphraïm et Manassé, qui te sont nés dans le pays d’Égypte, avant que je vinsse vers toi en Égypte, sont à moi ». Ils sont constitués semence d’Abraham et deviennent enfants de Jacob ; à la suite de cela, Jacob leur donne aussitôt la place de premier-né ; car il ajoute : « Ils sont à moi comme Ruben et Siméon ».

C’était un acte solennel d’investiture par lequel les droits du fils aîné, la double portion qui était liée au droit d’aînesse, passaient à Joseph dans la personne de ses deux fils (voir 1 Chron. 5 ; Éz. 47, 13)[26].

Mais nous avons encore à nous demander : Pourquoi Joseph fut-il ainsi préféré ? Le droit perdu était revenu à Jacob, et c’était à lui d’en disposer à nouveau. Pourquoi donc fut-il donné à Joseph ? Était-ce simplement un acte de faveur ? Je ne pourrais le dire. La grâce, je le sais, fait comme il lui plaît dans cette importante occasion ; et si nous étions dépouillés de nous-mêmes comme nous devrions l’être, nous trouverions nos délices dans les voies de la grâce, même si ce que nous recevions d’elle, dans ses distributions, était seulement une bénédiction de la main gauche, telle que celle de Manassé. Mais quelque vrai que cela soit, je demanderai si c’est simplement la grâce qui a ainsi conféré à Joseph les droits du fils aîné.

Ma pensée est plutôt que Joseph les a mérités. Jacob les avait autrefois achetés ; je crois que Joseph les a maintenant mérités.

Nous avons déjà suivi dans l’histoire son chemin jusqu’à l’héritage. Ce chemin, comme celui de son divin Maître, dont il est l’ombre éloignée, fut le chemin de l’affliction, de la réjection et de la séparation, mais aussi celui de la justice et du témoignage. Ce chemin se termina par l’honneur et la gloire dans l’héritage ; or le droit d’aînesse est lié à l’héritage.

Il nous est donc facile de croire, comme nous l’avons dit, que Joseph mérita le droit d’aînesse. Juda mérita la royauté, Lévi, la sacrificature, et de même, Joseph, la double part. Son père lui donna un gage, « les arrhes de l’héritage », car à la fin de cette scène, Jacob lui dit : « Et moi, je te donne, de plus qu’à tes frères, une portion que j’ai prise de la main de l’Amoréen avec mon épée et mon arc ». C’étaient des arrhes, mais c’était plus, c’était aussi un échantillon, un échantillon caractéristique, qui faisait voir ce que serait l’héritage quand Joseph en aurait la possession. Cette portion avait été gagnée, et celle de Joseph pareillement. L’épée de Jacob avait gagné cette portion de terrain, comme la patience de Joseph avait gagné l’héritage et le droit d’aînesse ; et c’est en rapport avec cela que le père mourant le loue plus tard : « Les bénédictions de ton père surpassent les bénédictions de mes ancêtres jusqu’au bout des collines éternelles ; elles seront sur la tête de Joseph, et sur le sommet de la tête de celui qui a été mis à part de ses frères » ; ou comme Moïse, homme de Dieu, dit de lui : « Que la faveur vienne sur la tête de Joseph, sur le sommet de la tête de celui qui a été mis à part de ses frères » (Deut. 33, 16).

L’apôtre parle de « la récompense de l’héritage », mots qui ne sonnent peut-être pas comme allant parfaitement bien ensemble ; car l’héritage est à titre de grâce, la récompense est sur le principe des œuvres. De même, le Seigneur parle de donner « la couronne de vie », mots qui peuvent aussi paraître un peu discordants à l’oreille ; car la vie est à titre de grâce, et une couronne est une récompense. Mais l’âme accepte ces choses sans difficulté. « Que toutes les bénédictions achetées et toutes les bénédictions promises soient ta part ! », dit le martyr mourant à sa femme. C’étaient des paroles sages autant que précieuses ; car, dans un sens, toutes les bénédictions sont achetées ; dans un autre sens, elles sont promises ou données, ainsi que l’exprime une hymne :

« Oui, tout indigne que je suis,
Pour moi, Seigneur, par Son sang achetée,
Une couronne d’or au ciel m’est préparée,
Don gratuit de ton amour divin. »

C’est ainsi que, selon mon jugement, Joseph reçut le droit d’aînesse ou d’héritage. Il était en sa main « la récompense de l’héritage ». C’était une chose achetée, et en même temps une chose donnée ; une chose méritée, et en même temps un don gratuit. Nous voyons la grâce dans le fait qu’elle lui a été accordée ; mais nous y voyons aussi le fruit ou le résultat de ce chemin d’affliction comme martyr, que lui, et lui seul entre tous les fils de Jacob, suivit avec patience jusqu’au triomphe final.

La scène racontée dans ce chapitre est donc en plein accord avec le caractère général de l’histoire de Joseph. Nous voyons en lui l’héritier, et en outre, ce qui lui est conféré, le droit du premier-né, la double part, avec les arrhes de cette part, « les arrhes de l’héritage ».

Au chapitre suivant (chap. 49), Joseph est simplement l’un des nombreux fils de Jacob, celui-ci étant le principal personnage. Joseph et ses frères sont ensemble sous ses yeux et objets de ses pensées, tandis que le patriarche mourant est dirigé par l’Esprit pour leur dire ce qui leur arrivera à la fin des jours. Je ne m’arrête pas davantage sur ce sujet ; je renvoie à l’histoire de Jacob, où je l’ai déjà considéré.

Au dernier chapitre (chap. 50), Joseph est de nouveau le principal personnage — toutefois, non pas tant symboliquement que personnellement, c’est-à-dire, non comme héritier, mais comme homme. Nous y voyons Joseph lui-même, plutôt que le seigneur de l’Égypte, son caractère et ses vertus, plutôt que sa position et ses dignités. Considéré personnellement, il est peut-être le caractère le plus intéressant du livre de la Genèse. Sa piété est plus fructueuse et plus solide que celle d’aucun de ses pères. Sa marche est la plus fidèle, la plus conséquente aussi. Il y a moins d’élévation qu’en Abraham, je le reconnais ; il y a naturellement moins d’exercice d’âme qu’en Jacob ; mais à travers toutes les circonstances, les épreuves, les honneurs, les changements, il est toujours l’homme de Dieu, marchant dans Sa crainte et devant Lui. Son histoire n’est pas composée de chutes et de relèvements, ni de premières œuvres à recommencer. C’est un sentier de lumière ; si ce n’est pas d’une lumière qui va croissant jusqu’à ce que le plein jour soit établi (Prov. 4, 18), néanmoins c’est une lumière pure, calme et constante. Dans son histoire, on ne trouve point de visites d’anges, ni d’apparitions du Seigneur, ni de communications d’oracles divins ; mais en Joseph lui-même, nous voyons un vase employé par Dieu, parce qu’il est approuvé de Lui — chose très précieuse à Ses yeux. Ce n’est ni Peniel, ni Beër-Shéba, des rafraîchissements et des illuminations de temps à autre, mais un témoignage constant au-dedans, en sorte qu’il connaissait le chemin de Dieu et n’en sortait pas. « Jusqu’au temps où arriva ce qu’il avait dit : la parole de l’Éternel l’éprouva » (Ps. 105, 19). L’autorité que l’Égypte reconnut en lui, lorsque le temps fut venu, lui l’avait auparavant reconnue dans l’Éternel. Il fut lui-même l’homme obéissant, puis il devint l’homme d’autorité. Il persévéra comme Christ dans Ses tentations, et ensuite un royaume lui fut conféré. La soumission fut le sentier qui l’amena à sa position glorieuse ; c’est aussi le sentier que doivent suivre tous les héritiers du même royaume.

Mais nous trouvons encore d’autres particularités dans l’histoire de Joseph. Nous ne trouvons pas chez lui la tente et l’autel, comme chez ses pères, car nous ne voyons pas en lui la position d’étranger sur la terre, mais l’héritage, le royaume, après la souffrance et l’humiliation. Ce n’est pas la tente qui paraît dans son histoire, mais la citerne et la prison, où seul il a été, et non pas ses pères. La tente et l’autel sont les symboles de leur appel ; la citerne et la prison, puis le trône, sont les symboles du sien.

Une autre particularité à relever, est que le Seigneur n’est jamais appelé le Dieu de Joseph, comme Il est appelé « le Dieu d’Abraham et le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ». Nous pouvons comprendre pourquoi. Joseph fut plutôt au nombre des fils qu’au nombre des pères. L’alliance ne fut pas faite avec lui, comme elle l’avait été avec Abraham, Isaac et Jacob ; personne ne fut mis de côté, afin que lui possédât la bénédiction. L’alliance fut faite avec Abraham séparé de son pays, de sa parenté et de la maison de son père. Elle fut renouvelée avec Isaac, Ismaël étant mis de côté. Elle fut de nouveau renouvelée avec Jacob, Ésaü étant mis de côté. Mais elle ne fut pas renouvelée avec Joseph ; car il était seulement un des fils de Jacob, et tous y étaient également intéressés : ils étaient tous la semence en vue de l’alliance, et Joseph n’était pas plus de cette semence qu’aucun des autres. Il n’y a donc point de raison pour le titre caractéristique de « Dieu de Joseph ». Car, tandis que la grâce fut déployée dans l’appel d’Abraham, puis de nouveau dans le choix d’Isaac, le plus jeune, et dans le choix de Jacob, le plus jeune, elle ne fut déployée en Joseph que dans la mesure commune à l’égard de toute la semence, mesure qui se déversait sur les autres comme sur lui[27].

Ainsi Joseph est placé devant nous, et nous le considérons soit moralement, soit symboliquement ; soit avec ses vertus caractéristiques, soit dans sa place typique particulière. Mais il reste encore une chose à dire sur lui : Il pleura beaucoup.

Paul dit qu’il « se souvenait » des larmes de Timothée ; or il y eut dans les yeux de Joseph bien des larmes dont il est bon que nous nous souvenions. David et Jonathan pleurèrent beaucoup, aussi bien que Paul et Timothée ; mais, je pourrais dire de Joseph qu’il versa plus de larmes qu’eux tous. Il eut des occasions plus variées de le faire. Certes, au milieu des progrès atteints de nos jours en fait de culture et d’ordre social, ce que nous devons désirer, c’est une effusion d’affections vives, réelles et profondes. Les larmes sont souvent précieuses, et quelquefois sacrées.

Au commencement, lorsque Joseph vit la conviction de péché réveiller la conscience de ses frères, il pleura. C’étaient des larmes à la fois de tristesse et de joie. Il sympathisait avec eux dans leur angoisse, mais il ne pouvait que se réjouir de voir le trait nécessaire atteindre son but et causer cette vive douleur.

Joseph pleura encore lorsqu’il vit Benjamin, après lui le seul fils de sa propre mère, morte en lui donnant naissance, le seul des fils de son père (à ce moment tous présents devant lui), qui n’eût pas été coupable à son égard. Ce Benjamin, il le voyait là devant lui ; c’était la nature qui faisait couler ces larmes.

Il pleura encore, lorsqu’il vit l’œuvre de la repentance se continuer chez ses frères. Son cœur était fortement ému envers eux, jusqu’à ce qu’enfin les paroles de Juda le firent déborder ; la conviction de leur conscience avait alors enfin ramené leurs cœurs. Ces mots : « Le vieux père » et « le jeune homme », qui revenaient si souvent sur les lèvres de Juda, avaient une éloquence irrésistible, et Joseph ne put plus se contenir. Il éclata en sanglots, et la maison du Pharaon l’entendit. Mais il y avait ici plus que les larmes de la nature. C’étaient les entrailles du Christ, c’étaient les larmes du père sur le cou du fils prodigue.

Il est beau de le voir pleurer dans chacune de ces occasions ; mais il y a plus encore.

Il se jeta sur le visage de son père, aussitôt qu’il eut expiré, et pleura. C’était pour Joseph comme le tombeau de Lazare ; le lieu où Joseph et le Seigneur peuvent pleurer ensemble.

Il pleura encore lorsque, après la mort de son père, ses frères commencèrent à douter de son amour. C’était un désappointement pour lui. Cette récompense d’un amour constant, patient, qui les avait servis, le fit pleurer — pleurer, nous pouvons le dire, dans l’esprit de Celui qui pleura sur Jérusalem. Pendant des années, il avait fait tout ce qu’il avait pu pour gagner leur confiance. Il les avait nourris, eux et leurs petits enfants. Des années s’étaient passées, et nous ne voyons pas qu’il leur eût fait aucun reproche direct ou indirect. La douleur au sujet de la mort de leur père venait de leur faire voir les affections communes qui les liaient tous ensemble. Il leur avait donné toute raison d’avoir confiance en lui. Et pourtant, après tout, ils avaient peur de lui. C’était un coup terrible pour un cœur tel que celui de Joseph. Toutefois, il ne s’en montre pas froissé, si ce n’est que ses larmes coulent et qu’il assure de nouveau ses frères de son amour diligent et fidèle. De telles larmes n’ont-elles pas un caractère tout particulier de beauté ? Elles sont comme les soupirs de l’esprit contristé du Seigneur. « Jusques à quand serai-je avec vous ? » « Pourquoi êtes-vous craintifs ? » « Je suis depuis si longtemps avec vous, et tu ne m’as pas connu ? ». C’étaient là des soupirs semblables à ceux du cœur attristé de Jésus. Jésus versait des larmes saintes, et Il en faisait, comme de tout ce qui montait de Lui vers Dieu, un sacrifice en parfum de bonne odeur ; Joseph, David et Paul, Jonathan et Timothée aussi, ont versé des larmes précieuses, qui sont comptées au nombre des trésors de l’Esprit dans le cœur des enfants de Dieu.

Tel fut Joseph ; il appartient à cette même compagnie ; entre tous ceux dont nous parle le livre de la Genèse, il est peut-être, je le répète, celui qui nous attire le plus. Nous voyons en lui la grâce et l’intégrité que nous trouvons en Isaac ; toute sa conduite porte le cachet de la « piété » ; mais, en outre, il y joignait quelque chose que nous ne remarquons pas en Isaac : il avait de la fermeté — de l’énergie, aussi bien qu’un cœur sensible.

Il lui restait à rendre à la mémoire de son père les derniers devoirs de la piété ; et il le fait, nous n’avons guère besoin de le dire, en toute fidélité. Comme son père l’avait désiré, il l’ensevelit dans le pays de Canaan. Mais tout est fait en grande solennité — et c’est une occasion qui mérite que nous nous y arrêtions quelques instants.

Dans les temps d’autrefois, le culte était un cérémonial magnifique. Temples, autels, fêtes, jours saints, sacrifices et autres choses semblables y étaient essentiels, et il était dirigé par des officiants de différents ordres en vêtements spéciaux. La raison en était qu’en ces jours-là, le culte figurait d’avance certains grands mystères qui devaient être accomplis plus tard. Mais aujourd’hui, ces mystères ont été accomplis dans la manifestation de Christ, de Sa personne, de Son œuvre, de Ses souffrances et de Ses victoires — de sorte que maintenant un culte somptueux n’est pas autre chose qu’un travestissement de tout ce qui se trouve dans sa pleine réalité et sa pleine efficace en Christ.

Ce qui est vrai du culte, l’est aussi des cérémonies funèbres. Autrefois, elles devaient être somptueuses, parce que la résurrection n’était alors qu’en perspective ; et ces cérémonies étaient des espèces de gages de la résurrection à venir ; il convenait donc que le gage fût magnifique et correspondît à la gloire dont il proclamait la réalité. Mais maintenant, depuis que la résurrection a réellement eu lieu dans la personne du Seigneur Jésus, Fils de Dieu, les obsèques somptueuses, de même que le culte cérémonial, sont plutôt une honte, comme si le grand mystère n’avait pas encore été réalisé et n’avait pas été efficace. Car ce n’est pas la pompe funéraire qui est maintenant le gage de notre résurrection future ; c’est la résurrection du Seigneur, prémices d’une moisson assurée.

Par conséquent, le culte et les obsèques doivent aujourd’hui, par leur simplicité, proclamer la foi de l’Église en des mystères accomplis. Nous avons devant nous la victoire du Seigneur Jésus. Nous n’en donnons ni n’en recevons de gages, comme dans les ordonnances ; mais nous la célébrons. Joseph d’Arimathée fit au corps du Seigneur des obsèques coûteuses, comme ici Joseph, fils de Jacob, au corps de son père aimé et vénéré. Nous lisons de Jésus : « On lui donna son sépulcre avec les méchants ; mais il a été avec le riche dans sa mort ». Au jour de Joseph d’Arimathée, le sépulcre n’avait pas encore été dépouillé ; on pouvait donc encore lui donner un gage, comme celui des jours du patriarche. Mais dans l’ensevelissement du Seigneur Jésus, nous voyons réellement pour la dernière fois un gage ; car Il est les prémices de ceux qui sont endormis. Les linges et le suaire restent dans le sépulcre vide, butin d’un combat glorieux, trophée d’une glorieuse victoire. La mort a été vaincue, et la foi célèbre aujourd’hui ce dont les services et les coutumes, les ordonnances et les cérémonies, n’étaient que les gages et les ombres. J’ajoute que la foi profita plus tard de cet enseignement, car les obsèques qui suivirent la mise au tombeau de Jésus ne furent accompagnées ni des aromates, ni du sépulcre du riche. Elles ne prirent guère de temps, quoique faites avec amour et respect. « Des hommes pieux emportèrent Étienne pour l’ensevelir et menèrent un grand deuil sur lui ».

Si nous avions de la foi, nous apprécierions profondément tout cela. Nos privilèges sont certainement grands. Dans les services de la maison de Dieu, la table a maintenant succédé à l’autel et, au lieu d’un sacrifice, nous faisons une fête en mémoire d’un sacrifice. Nous avons ainsi à voir la mort et l’ensevelissement aussi, à la lumière de la résurrection de Jésus.

Nous signalons ces choses à propos de l’ensevelissement de Jacob. Sa mort a un effet moral dans la famille, faisant ressortir (comme c’est souvent le cas, lorsque le chef de famille est retiré) ce dont on ne soupçonnait pas la présence ; et il faut que je médite un peu là-dessus.

La simplicité de la foi des patriarches était très remarquable. Elle était, comme leurs mœurs — belle, parce qu’il n’y avait chez eux aucune affectation. Il n’y avait non plus chez les saints de la Genèse aucune trace d’un esprit de servitude. Les patriarches marchaient dans l’assurance du fait que Dieu était leur Dieu, que Ses promesses étaient leur part, et que la cité et le pays de la gloire étaient leur héritage. Ils vivaient et mouraient dans cet esprit de foi. Leurs âmes n’étaient souillées par aucun soupçon ou arrière-pensée, aucun doute, aucune méfiance de la grâce. Et cela est sûrement d’autant plus étrange que, tandis que nous n’apercevons nulle part chez eux cet esprit de servitude, nous le voyons partout ailleurs, et d’un bout à l’autre des Écritures, dès que nous quittons le livre de la Genèse. Il serait inutile de relever tous les cas signalés par la Parole. Cet esprit travaille naturellement partout. Assurément, nous le reconnaissons en nous-mêmes, et nous le voyons en chacun de ceux qui nous entourent.

Comment se fait-il donc qu’il ne se montre pas chez les patriarches ? Est-ce parce qu’ils étaient constamment les témoins de la grâce et de l’élection de Dieu pour eux-mêmes, et n’avaient jamais entendu la voix de la loi ? Sans doute, et nous pouvons être certains que cela contribuait à former leur caractère. Mais, en outre, cette absence d’esprit de servitude était admirablement d’accord avec leur position dispensationnelle ; ils étaient comme des enfants qui n’avaient jamais encore quitté la maison paternelle. Étant dans l’enfance, ils ne pouvaient pas se conduire en la présence de Dieu dans un esprit de crainte et d’incertitude, plus qu’un enfant, n’ayant pas quitté la maison paternelle, ne pourrait être porté à mettre en question son droit à la table et au logement dans la maison de son père. C’est en raison de la beauté et de la perfection morale de ces temps d’enfance dans ce livre de la Genèse, que nous y voyons chez les saints cette foi enfantine dans toute sa simplicité. Ils commettent des fautes, et cela occasionnellement par manque de foi, sous la pression de certaines circonstances ; mais leurs âmes ne sont jamais contaminées par un esprit de méfiance et de servitude. Nous voyons cela tout du long jusqu’à la fin du livre, quand, ayant dépassé le caractère patriarcal proprement dit, nous rencontrons un autre caractère chez les frères de Joseph, aussitôt après les obsèques de Jacob.

Il fut alors apparent qu’ils n’avaient pas en leur frère une pleine et tranquille confiance. Il y avait eu entre eux un objet d’intérêt commun, Jacob, et ce dernier avait été à un haut degré l’objet de leur confiance, au détriment de Joseph lui-même. Leur hardiesse ne provenait pas de ce qu’était Joseph et de ce qu’il avait fait ; le fondement de leur confiance était dans la circonstance de la présence de Jacob au milieu d’eux. Ils s’étaient repentis, ils avaient été convaincus de leur péché et avaient reçu la vie ; néanmoins, leur confiance n’honorait pas Joseph, comme ce dernier l’avait largement mérité.

Cela peut aussi nous apprendre quelque chose. Demandons-nous si l’appui et la communion des autres venant à nous manquer, nous trouverions que notre entière confiance avait été de tout temps en Jésus, et que, ayant si bien appris à connaître la grâce, nous avions pu demeurer sans voile en la présence de la gloire. Le départ d’un Jacob n’aurait produit aucun nuage dans l’atmosphère où vivent nos âmes.

Nous arrivons au terme des jours de Joseph. Toutefois, avant d’être témoins de sa mort, nous avons (chose qu’il est de saison pour nous de remarquer en des jours pleins d’événements comme sont les nôtres) un bel exemple de la connaissance que possède la foi du cours de l’histoire du monde.

Je ne parle pas ici de la connaissance prophétique de ce qui va arriver parmi les nations, comme l’eut Daniel, lorsqu’il annonça l’apparition des divers empires, et montra ce que signifiait la grande statue à la tête d’or et aux orteils de fer et d’argile. L’Esprit lui communiquait cette connaissance, le Seigneur remplissait son cœur et celui d’autres avec lui de Sa propre lumière. Je parle seulement de ce que la foi connaît quant au cours des choses qui doivent lui arriver.

Joseph dit à ses frères : « Je meurs, et Dieu vous visitera certainement, et vous fera monter de ce pays-ci dans le pays qu’il a promis par serment à Abraham, à Isaac et à Jacob ».

Les enfants d’Israël étaient à ce moment très heureux dans le pays d’Égypte. Ils jouissaient de la pleine faveur du roi ; ils possédaient la partie la plus riche du pays, et l’un d’entre eux était le second dans le royaume. On ne pouvait voir dans tout ce qui les concernait le moindre symptôme de danger ou de changement. Joseph lui-même avait tout le bonheur que les circonstances pouvaient lui donner. « Il vit les fils d’Éphraïm de la troisième génération ; les fils aussi de Makir, fils de Manassé, naquirent sur les genoux de Joseph ».

Mais au milieu de tout cela, Joseph parle de Dieu qui les visiterait ; paroles qui annoncent des jours d’affliction qui étaient proches, jours tels que Dieu serait alors leur seul ami, leur seul secours.

C’était une parole étrange, fort étrange ! Qui pouvait y croire ? Les hommes d’état et les politique auraient dit : Joseph rêve-t-il ? Mais non, Joseph ne rêvait pas. La Parole de Dieu était sa sagesse. L’oracle divin, au chapitre 15, avait donné d’avance l’avertissement que l’Égypte opprimerait Israël, mais que Dieu leur ferait du bien et les ramènerait en Canaan. Cette parole de la bouche de Dieu était tout pour Joseph, tout pour la foi — les apparences n’étaient rien. L’oracle l’avait prononcée. Joseph la croyait et s’en souvenait. C’est ainsi que, par la foi, Joseph vit l’affliction d’Israël au jour de la prospérité la plus brillante et des plus belles espérances d’Israël ; il vit l’inimitié de l’Égypte ; il vit dans les beaux champs et les moissons dorées de Goshen des fours à briques et des chefs de corvées. De même autrefois, pendant cent vingt années successives de semailles et de moissons, de vendanges et de récoltes, où l’on vendait et on achetait, où l’on plantait et on bâtissait, Noé avait, par la même foi, vu un monde couvert par les eaux du déluge.

La foi avait ainsi la connaissance du cours des choses à venir ; et aujourd’hui, la foi doit être semblable à l’homme politique, et, quelles que soient les apparences, avoir, par la lumière de la Parole de Dieu, quelque connaissance des choses à venir. Or c’est là le seul acte de la vie de Joseph qui soit mentionné dans Hébreux 11, comme acte de foi. Il est signalé d’une manière frappante entre un si grand nombre d’actes de foi et de piété racontés qui caractérisèrent sa marche avec Dieu. Mais cet acte méritait d’être ainsi mis en lumière. Il faisait clairement voir que Joseph vivait de la parole de Dieu, au milieu des attraits et des occupations du monde qui l’entourait, et que son esprit s’élevait au-dessus de toutes les apparences du moment. Abraham, par des visions et des paroles divines, avait été instruit de cette histoire future d’Israël en Égypte ; Joseph ne fit que se servir de ce qu’Abraham avait reçu. Il ne nous est pas dit que l’Éternel ait visité Joseph, comme Il visita Abraham. Joseph, sans doute, n’atteignit pas à la hauteur de son ancêtre, mais nous voyons en lui ce qui est moralement le plus important : la lumière et l’assurance d’un esprit croyant, les conceptions et les décisions de la foi. Il se souvenait de ce qu’Abraham avait entendu, et il se conduisit d’après ce dont il se souvenait. Ce qui lui manquait en élévation personnelle, comme oracle de Dieu, il le possédait en puissance morale, comme croyant. Pour moi, s’il me fallait choisir entre les deux, je préférerais croire qu’être inspiré. Or Joseph croyait, lorsque, comme nous lisons, « il fit mention de la sortie des fils d’Israël, et donna un ordre touchant ses os » (Héb. 11, 22). C’était là, si je puis m’exprimer ainsi, la connaissance politique de la foi, c’est-à-dire la connaissance par la foi de ce qui devait arriver sur la terre. Et c’est là ce qui rend un Noé ou un Joseph plus sages que tous les premiers ministres de tous les royaumes. Nous savons comment tout ce qu’avait dit Joseph s’accomplit ; comment, contre toute prévision, les fours à briques défigurèrent les belles campagnes de Goshen ; comment les chefs de corvées opprimèrent Israël. Nous savons comment, aux jours de Noé, les eaux couvrirent les sommets des montagnes, et comment un vaisseau, en apparence très follement construit sur la terre, devint la seule arche de sûreté sur le déluge.

Je le demande : N’en est-il pas de même pour la foi ? N’avons-nous pas, en croyant à la Parole de Dieu, toute certitude pour connaître le chemin que le monde suit d’heure en heure, malgré tous ses raffinements et tous ses progrès ? Ne sommes-nous pas bien fondés pour savoir qu’il marche vers le jugement ? Assurément. Le Seigneur Jésus a été rejeté dans ce monde ; ce fait donne au monde son caractère devant Dieu. Aucun progrès dans l’ordre civil et dans la culture intellectuelle, et même aucune dissémination de vérités divines parmi les nations, ne peut en aucune façon détourner de dessus le monde le jugement qui l’attend en raison de son crime. Le ciel peut être aussi serein qu’il l’était pour Israël aux jours de l’Égyptien Joseph : la foi sait que cette surface polie va être bientôt brisée. Les circonstances ne donnent jamais un objet à la foi, mais bien la Parole de Dieu ; et nous ne devons pas permettre aux circonstances et aux apparences de détourner l’œil de la foi de dessus son objet. La maison balayée et ornée, comme elle l’est aujourd’hui, est pleine de promesses. Il en était ainsi du pays de Ramsès et de l’amitié du Pharaon, aux jours de Genèse 50. Mais de telles promesses sont des paroles de vanité pour l’oreille de la foi, qui ne s’y arrête pas. Comme dit Jérémie au roi de Juda, lorsque l’armée alliée fut arrivée et que l’armée ennemie se fut dispersée et se fut retirée : « N’abusez point vos âmes », de même la foi dit en cette heure-ci à la génération qui se vante de ses progrès : « N’abusez point vos âmes ». Elle le dit avec hardiesse ; car elle sait parfaitement que la dernière condition de la maison balayée et ornée sera pire que la première.

Joseph donna ensuite une preuve qu’il croyait à son propre témoignage. Comme Jacob, son cœur était en Canaan, le pays de l’alliance, le pays des sépulcres de ses pères. Comme Jacob aussi, il fit jurer ses frères, disant : « Certainement Dieu vous visitera, et vous ferez monter d’ici mes os ». Le monde invisible était pour lui une réalité, comme il l’avait été pour ses pères. L’appel de Dieu avait mis chacun d’eux en rapport avec ce qui était au-delà de la mort ; aussi leurs pensées et leurs cœurs y étaient-ils avant qu’ils y fussent eux-mêmes. Il était pour eux aussi naturel de mourir que de vivre.

« Joseph mourut âgé de cent dix ans ». Ses frères, les enfants d’Israël, lui furent fidèles, comme ils l’avaient été à leur père Jacob. Ils embaumèrent aussitôt son corps. Dans la suite, Moïse l’emporta avec lui hors d’Égypte ; et enfin, Josué l’ensevelit à Sichem dans le pays de Canaan (voir Gen. 50, 26 ; Ex. 13, 19 ; Jos. 24, 32).

Nous sommes arrivés à la fin de l’histoire de Joseph, et en même temps à la fin du livre de la Genèse, le livre de la création et des premières voies de Dieu, le livre des patriarches, des premières familles des enfants des hommes et de l’enfance des élus de Dieu.

En quittant ce livre, nous ne sommes pas, je crois, sans sentir que nous passons sur un terrain moins élevé, et la plupart d’entre nous éprouveront ce sentiment.

Dans la Genèse, le Seigneur se manifeste Lui-même ; dans la suite, Il manifeste ce qu’est l’homme. Pendant les temps dont nous parle ce livre, l’homme, comme je l’ai dit, n’était sous aucune loi. Dieu se faisait connaître à lui par de nombreuses et diverses voies et révélations de Lui-même. Mais dès que la loi est introduite, ce qui a lieu peu après les derniers faits racontés dans la Genèse, l’homme est nécessairement mis en avant, et nous devons le voir, non pas simplement comme ayant été appelé de Dieu, mais comme étant dans sa propre position et dans son propre caractère. Assurément, c’en est assez pour nous faire sentir que nous sommes, dans un certain sens, sur un terrain moins élevé. Dans le déploiement des conseils de Dieu et de Ses ressources pour remédier aux manquements de l’homme, puis dans les nouvelles manifestations de Dieu Lui-même, lorsque la condition de l’homme a été mise au jour, il va sans dire que nous parcourons tout le volume du commencement à la fin.

Mais, quelque variés et merveilleux que soient les conseils qui nous sont développés à mesure que nous avançons à travers l’Écriture, quelque diverse que soit la sagesse de Dieu, néanmoins nous pouvons dire qu’il n’y a aucune partie de l’Écriture dont on ne trouve quelque mention ou quelque ombre dans ce livre de la Genèse. Ces mentions et ces ombres sont difficiles à apercevoir et obscures, mais les principes de tout ce que contient la Parole se trouvent dans cette première leçon élémentaire. On y voit l’expiation, la foi, le jugement, la gloire, le gouvernement, l’appel, le royaume, l’Église ; Israël, les nations, les alliances, les promesses, les prophéties ; ainsi que le Dieu bienheureux Lui-même dans Sa sainteté, Son amour et Sa vérité, les actes de Sa main, et les opérations et les fruits de Son Esprit, tout cela et d’autres choses semblables. La création y est déployée au commencement. Quand elle a été souillée et ruinée par la main de l’homme, la rédemption est annoncée. Ensuite, dans les histoires d’Énoch et de Noé, les cieux et la terre sont les scènes de la rédemption, comme au commencement ils avaient été les scènes de la création. Puis en Abraham, Isaac, Jacob et Joseph, nous voyons l’homme (le principal sujet de la rédemption) dans son élection, son adoption, sa discipline et son héritage. Nous avons considéré ces mystères dans nos méditations ; ils sont sous nos yeux, pour que nos âmes les étudient, à mesure que nous passons de l’une à l’autre de ces histoires.

Si les cieux racontent la gloire de Dieu, et si l’étendue annonce l’ouvrage de Ses mains, de même dans les pages de l’Écriture nous reconnaissons, avec non moins de clarté et de certitude, le souffle de Son Esprit.