Études Scripturaires:L’Église et le royaume/Partie 2

De mipe
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Nous examinerons d’abord le point de vue négatif de la question, en montrant ce que n’est pas l’Église. Mais à l’entrée de nos recherches, remarquons que l’étymologie du mot Église ne jette aucune lumière sur son sens spirituel. Le terme anglais church est tout aussi ambigu que l’écossais kirk et que l’allemand kirche. Les étymologies, soit anciennes, soit modernes, ne nous apprennent rien, car le mot grec ecclèsia[1] présente la même ambiguïté. Je ne me suis arrêté à cela que pour mettre en garde contre l’erreur commune, qui consiste à croire que l’on a défini l’idée, quand on a défini le mot. Église veut dire une réunion ou assemblée quelconque, en sorte que ce qui semble d’abord signifier quelque chose, ne nous apprend rien.

L’idée abstraite est assemblée ou congrégation. Dans la pensée de l’Esprit, c’est une assemblée déterminée ou l’Assemblée par excellence. Dans le Nouveau Testament, c’est le corps de Christ, considéré soit dans son idéal et tel qu’il sera dans la gloire — soit dans sa position actuelle et universelle, vu sur la terre et comprenant tous les membres de Christ à une époque donnée ; soit enfin dans ses différentes fractions de temps et de lieu. Il n’y a aucune confusion dans les différentes applications que l’Esprit fait de ce mot, car c’est une même idée dans des phases et des modifications diverses.

Ce que nous avons donc à considérer n’est pas ce que l’homme pense, mais ce que Dieu a écrit. Par l’Église nous entendons le corps de Christ (voyez Éph. 1, 22, 23 et Col. 1, 24) et nous allons montrer :

  1. qu’elle n’est pas Sion ;
  2. qu’elle n’est pas composée de tous les rachetés ;
  3. qu’elle n’est pas le royaume tout entier, mais une partie seulement du royaume.

L’Église ne désigne pas Sion et vice-versa

1° Le Nouveau Testament étant la révélation la plus récente et celle qui se rapporte le plus directement à notre question, nous commencerons par examiner son témoignage.

Le mot Sion se trouve dans sept passages du Nouveau Testament. Cinq d’entre eux ne sont que des citations de l’Ancien Testament et ne peuvent être avancés tout au plus que comme de simples présomptions ; les deux autres sont Hébreux 12, 22 et Apocalypse 14, 1. Ce dernier décrit une vision dans laquelle figure le mont de Sion, mais comme il n’est point dit qu’il s’agisse ici de l’Église et que cela ne ressort pas davantage du contexte, il serait tout à fait téméraire de l’affirmer.

Dans Hébreux 12, 22, l’apôtre établit un contraste entre la position des Juifs, alors en Christ, sous les promesses et la jouissance de la grâce, garanties par la nouvelle alliance (10, 14-22), et celle de leurs pères sous l’ancienne alliance, c’est-à-dire entre la miséricorde et la justice, ou entre la rigueur de la loi et la douceur de la grâce. L’une crie : Éloignez-vous, car si même une bête touche la montagne, elle sera lapidée ou transpercée d’un trait ; l’autre invite « à s’approcher dans une pleine certitude de foi », et déclare que le croyant « a assurance pour entrer dans le sanctuaire par le sang de Jésus ». C’est là un langage juif et une allusion à l’économie mosaïque. Aucun emblème ne pouvait mieux exprimer ce contraste que les deux montagnes de Sinaï et de Sion. Sur la première fut prononcée la condamnation d’Israël idolâtre ; sur la seconde furent confirmées les promesses et les garanties de toutes bénédictions, suivant le principe de « l’élection par grâce ». L’une est le type de la chute et de l’inconstance de l’homme, l’autre de la grâce et de la fidélité toute-puissante du Christ. C’est donc une question de savoir si l’Église, dans son sens propre de « corps de Christ », est mentionnée dans l’épître aux Hébreux, à moins qu’on ne lui applique l’expression « d’église » ou « d’assemblée des premiers-nés ». Mais faire reposer sur un fondement aussi douteux et aussi contestable que le douzième chapitre aux Hébreux, l’assertion que Sion est l’Église, serait faire une pétition de principe ou affirmer ce qui est en question.

2° Il n’y a donc aucune preuve réellement suffisante, que Sion signifie jamais l’Église dans le Nouveau Testament. Et comme nous possédons plus de lumière sur l’Église dans le Nouveau que dans l’Ancien Testament, il serait encore moins raisonnable de baser une opinion sur ce dernier. — Lorsqu’il s’agit de la vérité, on ne peut se contenter d’assertions ni de conjectures. Dans une matière aussi grave et entraînant pour chacun une si sérieuse responsabilité, nous ne devons rien recevoir d’autorité et comme de seconde main. La foi a besoin de certitude pour fondement de ses convictions et de ses actions.

3° Il n’est donc pas moins surprenant que pénible de voir à quel point a prévalu l’usage des termes de Sion et d’Église comme synonymes. Mais en remontant à l’origine de cette erreur à travers les siècles ténébreux de la grande apostasie, on ne tarde pas à voir avec un sentiment de tristesse, qu’elle n’est qu’une partie de ce grand système satanique, auquel le protestantisme lui-même n’a pas complètement échappé.

4° La première mention de Sion se trouve dans 2 Samuel 5, 7. En cet endroit elle devient la cité de David — la forteresse de Sion — le siège du trône du roi selon le cœur de Dieu — « l’élection selon la grâce » — la base des prérogatives royales et du trône de Jéhovah dans Son représentant, David, et l’habitation permanente de Dieu, bien qu’encore dans la figure d’un tabernacle. Mais nous aurons l’occasion d’en parler plus au long, lorsque nous considérerons le royaume. Notons seulement que Sion est, dans l’Écriture, un magnifique type en rapport surtout avec les espérances juives (cf. Ps. 132, 13 et 78 ; 68 ; 70).

5° On dit souvent que Jérusalem est l’Église, mais s’il en était ainsi, cela nous conduirait à cette absurdité, que l’Église a été assiégée, détruite par Titus, et dès lors foulée par les Gentils (Luc 21, 24). Les partisans de cette idée peuvent à peine attendre qu’on les réfute par des arguments sérieux. Et pourtant je ne connais aucune erreur dont l’ennemi des âmes se soit servi avec autant de succès, pour pervertir la vérité, changeant la révélation en un véritable chaos, détruisant tout ordre, confondant toutes distinctions, ne conduisant bien souvent qu’à une désespérante impossibilité de comprendre les pensées de Dieu et paralysant ainsi la véritable puissance de la Parole sur le cœur et la conscience, pour laisser au monde et à la chair une facile victoire. De là, l’état d’enfance de l’Église de Dieu quant à l’intelligence des prophéties les plus claires de l’Écriture Sainte.

L’Église ne comprend pas tous les rachetés

Parmi les choses reçues par les chrétiens comme des vérités incontestables, il en est plusieurs qui, lorsqu’on les éprouve par la Parole de Dieu, se trouvent n’avoir d’autre fondement que la tradition. Or pour toutes choses il faut en revenir « à la loi et au témoignage ». Ce fut à l’aide de cette pierre de touche, qu’au temps de la Réformation on reconnut les fondements de l’évangile et c’est elle qui, tous les jours plus, doit nous servir à éprouver ce qu’on appelle des principes ecclésiastiques, qu’il s’agisse soit de systèmes et de formes, soit de vérités plus essentielles, proposées par l’Esprit à notre attention.

Il est généralement reçu comme un axiome, que « l’Église » renferme tous les rachetés depuis Abel jusqu’à maintenant. Or c’est là ce que nous mettons en question. Nous ne pouvons admettre une telle assertion qu’autant qu’elle est dans les Écritures, et nous ne l’y trouvons nulle part.

Que le seul principe de bénédiction depuis la chute, repose sur la rédemption — la rédemption en Christ — nous l’avons déjà montré. Que ce seul fondement soit le même pour les Juifs, les Gentils ou l’Église de Dieu, c’est ce que tous les chrétiens admettent. Mais pour ce qui concerne les différences de position et les degrés de gloire terrestre ou céleste, les saints ont encore beaucoup à apprendre. Dans le onzième chapitre aux Hébreux, au sujet de ceux qui sont morts avant le témoignage établi à la Pentecôte, il est dit : « Et tous ceux-là, qui ont reçu le témoignage par le moyen de la foi, n’ont point remporté la promesse ; Dieu ayant pourvu à quelque chose de meilleur pour nous, afin qu’ils ne fussent pas consommés sans nous ». Or si c’est quelque chose de meilleur que Dieu a préparé pour nous, ce ne peut pas être exactement la même chose. Et cette différence dans la bénédiction suffit à elle seule pour renverser plusieurs conjectures qui ne reposent pas sur la Parole de vérité.

De ce que les saints sont tous édifiés sur le même fondement, il ne s’ensuit pas que tous aient une position ou des privilèges identiques. Par exemple, les saints qui ont précédé le premier avènement de Christ ne font pas plus nécessairement partie de « son corps, l’Église », que ceux, Juifs ou Gentils, qui se trouveront sur la terre après Son second avènement. L’Écriture enseigne positivement qu’il y aura des saints sur la terre après l’enlèvement de l’Église, lesquels, par conséquent, n’en feront pas partie, puisqu’elle aura déjà été consommée dans la gloire. Or si cela est possible et révélé, comme nous le montrerons bientôt, est-il impossible de concevoir que les saints qui ont vécu avant la première venue de notre Seigneur soient, eux aussi, distincts de Son corps, l’Église ?

Voici quelques-uns des innombrables passages, qui montrent que des saints juifs et gentils seront sur la terre, après que l’Église aura été consommée dans la gloire : « Et les nations de ceux qui sont sauvés marcheront à sa lumière » (de l’Église) (Apoc. 21, 24 ; comparés avec les versets 9 et 10). « Et plusieurs nations se joindront à l’Éternel en ce jour-là, et deviendront mon peuple » (Zach. 2, 11 ; 14, 16). Il n’est pas besoin de beaucoup d’intelligence pour voir combien souvent la loi, les prophètes et les psaumes nous présentent l’état d’Israël, soit immédiatement avant, soit après le retour de Jésus rejeté. Cf. Matthieu 23, 39 avec psaume 118, 25 ; — ce psaume qui célèbre le retour du Roi fut chanté par anticipation lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem (Matt. 21). Mais ceci rentre dans la question « du royaume » que nous aurons à examiner plus tard. Nous concluons donc que non seulement il est possible, mais que c’est une vérité révélée, que tous les rachetés ne sont pas compris dans « le corps » — l’Église.

Nous voyons, en outre, que Jean-Baptiste distingue trois personnes : l’Époux, l’Épouse, et l’ami de l’Époux, c’est-à-dire Christ, l’Église et lui-même. « Celui qui a l’Épouse est l’Époux, mais l’ami de l’Époux qui se tient debout et l’entend est rempli de joie à cause de la voix de l’Époux » (Jean 3, 29). Or Jean était un racheté, comme le Seigneur Lui-même en rend témoignage (Matt. 11, 11). Il est donc évident d’après cela que Jean ne faisait pas partie de l’Épouse ; et le principe est aussi bien prouvé par un seul exemple incontestable que par mille. Mais l’Église est l’Épouse, en sorte que Jean n’était pas de l’Église, en perspective. Je dis en perspective, parce que l’Église n’était pas encore fondée, comme nous le verrons bientôt. Il n’était pas même dans le royaume, puisque celui-ci n’avait pas encore été établi. « Le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui » — Jean (Matt. 11, 11, comp. à 16, 18-19). Ainsi donc l’on peut être un saint ou un racheté, sans être par là même nécessairement un membre du corps de Christ — de l’Église. Un saint peut être ou de l’Église (l’état le plus élevé), ou d’Israël, ou des nations, comme nous aurons à le voir.

Enfin, nous apprenons encore par Matthieu 16, que Christ allait fonder son Église. C’était une chose future : « sur cette pierre j’édifierai mon Église ». Si je dis : je bâtirai une maison sur ce terrain, personne n’imaginera que je l’ai déjà bâtie. Mais tous les saints qui avaient vécu et étaient morts sous les dispensations précédentes, étaient édifiés en Christ — car il n’y a aucun autre fondement. Puis donc que ces saints étaient déjà édifiés et que Christ allait édifier autre chose, c’est-à-dire Son Église, il s’ensuit que ces saints n’étaient ni cette chose ni de cette chose, quoique ayant part au même salut que nous ; autrement ils auraient été à la fois et en même temps édifiés et non édifiés. Cela nous amène à dire que

L’Église et le royaume ne sont pas la même chose, bien que celle-là soit renfermée dans celui-ci et en fasse partie

Les deux départements du royaume

Le royaume a, pour ainsi dire, deux départements, le céleste et le terrestre.

1. Dans le céleste il y aura différentes positions relativement au trône et divers degrés correspondants de gloire. « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Je vais vous préparer une place » (Jean 14). Au premier rang sera l’Épouse — la femme de l’Agneau — l’Église (comparez Jean 3 et Apoc. 21).

2. Le département terrestre aura aussi ses rangs et ses degrés. D’abord Israël en évidence, puis les nations dans leurs sphères subordonnées (cf. És. 19, 25, où nous trouvons cette distinction et 60, 14, ainsi qu’une foule d’autres passages).

Mais l’expression de royaume est peut-être plus ambiguë et obscure qu’on ne le pense d’abord, et cela tient, en partie, à l’habitude que l’on a de la confondre avec celle d’Église.

Nous trouvons, par exemple, dans la Parole :

  1. Le royaume des cieux — Matthieu 3, 2 ; 25, 1, etc.
  2. Le royaume céleste — 2 Timothée 4, 18.
  3. Le royaume de Dieu — Luc 8, 1.
  4. Le royaume du Père — Matthieu 13, 43 ; 26, 29.
  5. Le royaume de Christ — Éphésiens 5, 5 ; — 2 Timothée 4, 1 ; — 1 Corinthiens 15, 24.
  6. Le royaume du Fils de Dieu — Colossiens 1, 13.
  7. Le royaume du Fils de l’homme — Matthieu 13, 41.
  8. Le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur — 2 Pierre 1, 11.

Or l’on ne doit pas confondre ces huit phases ou aspects différents, comme s’il s’agissait d’une seule et même chose. Le Saint Esprit ne fait aucune distinction sans raison. Si donc nous tenons toutes ces expressions pour identiques, nous nous jetons dans une triste confusion de pensées et nous nous engageons dans le labyrinthe des plus manifestes contradictions, « ne divisant pas bien la Parole de vérité ».

C’est là la cause de presque toutes les différences d’interprétation et de jugement parmi les enfants de Dieu. Elles sont le fruit de notre ignorance quant à la Parole de notre Père. Et rien, peut-être, n’a plus contribué à entretenir cette ignorance que la théologie systématique.

Aspirant, comme les philosophes de l’antiquité, à réduire toutes les entités en une catégorie, les théologiens n’ont pas été plus heureux dans l’explication des phénomènes de la révélation que leurs prototypes ne l’avaient été dans celle des phénomènes de la nature. « S’estimant sages, ils sont devenus fous ». Aucune combinaison de l’intelligence humaine ne pourra jamais former une catégorie adéquate[2] des vérités de l’Écriture, car cela exigerait un esprit aussi capable que le Saint Esprit dont elles émanent. En effet, toute classification doit être susceptible d’agrandissement à mesure que l’Esprit fait découvrir de nouveaux principes dans la Parole écrite. Et devant cette exigence tombent toutes les confessions de foi, car si larges et si bonnes qu’elles soient, elles restent toujours inadéquates ; or ce qui n’aide pas, empêche.

Nous avons vu par ce qui précède, que « le royaume » présente diverses phases, dont chacune est bien distinguée des autres par des circonstances particulières, mais que toutes ensemble elles forment un tout parfait dont la beauté et l’harmonie proviennent de leurs divergences et contradictions apparentes. Et ceci s’applique, comme nous l’avons déjà remarqué, à deux départements, l’un céleste et l’autre terrestre.



  1. D’où vient le mot français église. (Trad.)
  2. Pour faciliter l’intelligence de ces termes philosophiques aux lecteurs qui en auraient besoin, nous dirons que : Entité est « ce qui constitue l’être ou l’essence d’une chose ». Catégorie, « sorte de classe dans laquelle les anciens philosophes rangeaient plusieurs choses qui sont de différente espèce, mais qui conviennent à un même genre ». Prototype, « modèle ». Adéquate, « entier, parfait ». (Éditeur)