Études Scripturaires:Note sur 1 Jean 3, 20

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J.B. Rossier

Chers lecteurs, l’auteur de l’article « Dieu et notre cœur » sent le besoin d’ajouter quelques mots sur 1 Jean 3, 20.

Cette épître est écrite, « afin que notre joie soit accomplie » ; puis « afin que nous ne péchions point », et enfin « au sujet de ceux qui vous égarent », relativement à la promesse (1, 4 ; 2, 1 ; 2, 21, 25, 26). Elle nous révèle pleinement Dieu en Jésus Christ (1, 1-3), afin que cette connaissance produise, chez les enfants de Dieu, l’assurance et l’obéissance dont ils ont le modèle parfait en Christ (5, 13).

Mais l’excellence divine de ce modèle, et celle des principes que nous devons suivre et garder, sont tellement contraires à notre corruption naturelle et à notre paresse, que leur perfection même pourrait décourager et troubler nos cœurs au lieu de les remplir de zèle, si la connaissance de la grâce de l’adoption ne venait remédier à ce danger. Je vais citer quelques-uns de ces principes, pour arriver à celui qui est immédiatement en rapport avec le verset 20 : « Celui qui dit demeurer en Lui, doit aussi marcher comme Lui-même a marché… Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui… Si vous savez qu’Il est juste, sachez que quiconque fait la justice a été engendré de Lui… ».

« Quiconque pèche ne l’a point vu et ne l’a point connu… Quiconque a été engendré de Dieu ne fait point péché… et il ne peut pécher ». — Le péché est donc incompatible avec ma nature divine et la justice en est inséparable. La chair a beau s’opposer à ces réalités ; la Parole dit : « Pour nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères… — Mes petits enfants, n’aimons pas de parole, ni de langue, mais en œuvre et en vérité ; et en cela nous connaissons que nous sommes de la vérité »[1].

Nous voici arrivés au verset 20, mais avant d’exposer ma vue sur ce passage, je demande s’il n’est pas naturel et même convenable qu’un cœur réellement filial soit remué par de tels appels, par de telles sollicitations à une telle sainteté. Il n’en sera point ainsi pour des mondains, aussi n’est-ce pas à eux que ces choses sont adressées. Toutefois, si Dieu aime à voir en nous une sollicitude filiale pour tout ce qui touche à Sa gloire et à notre paix, Sa bonté veut aussi que cette sollicitude soit exempte d’agitation et de trouble (4, 18 ; Jacq. 2, 13). C’est pourquoi le Saint Esprit dit au verset 20 : « Et nous rendrons nos cœurs confiants[2] devant Lui, parce que quand (si) notre cœur déclare contre nous[3], Dieu est plus grand que notre cœur, et Il connaît toutes choses ».

Je dis qu’il ne s’agit ici ni du jugement de Dieu, ni de Sa discipline, ni même de notre conscience à moins que ce ne soit les effets de Son travail sur notre cœur. C’est du cœur et d’un cœur repentant et filial qu’il s’agit.

Il y a un cas posé : « Parce que, dans le cas où (ἔάν) notre cœur témoigne contre nous… ». Voilà le cas. On ne dit pas que le cœur ait tort de faire cela. Mais lorsqu’il le fait, alors une question s’élève : « Comment rendrons-nous notre cœur confiant devant Dieu ? ». Et quelle réponse serait-ce, à une telle question, que de nous dire : Dieu juge tout cela encore bien plus sévèrement que toi. Apaisera-t-on un cœur troublé en lui présentant Dieu comme un juge qui décide la chose à son désavantage ? La réponse a une toute autre portée : « Parce que Dieu est plus grand… ».

C’est comme si je disais : Lorsque notre cœur nous accuse, comment le rassurerons-nous devant Dieu ? En nous en remettant à Lui-même, confiants dans Sa magnanimité et dans Sa toute-science. Il connaît toutes choses, même ce travail de nos âmes qui ne peut que Lui plaire ; mais Il veut en prendre la direction pour nous rapprocher de Lui. Dieu ne veut pas nous bercer dans le mal, ni dans la paresse ; les principes dont nous avons parlé le prouvent assez. Il veut la vigilance avec une sincère humilité, mais dans un abandon complet, dans une pleine confiance en Lui-même.

Quel cœur un peu dévoué ne sera pas frappé de sa propre faiblesse, en lisant cette épître ? Et ne savons-nous pas assez que la conscience peut agir, par de telles vérités, assez profondément sur nos cœurs pour les amener jusqu’au doute, et jusqu’à se dire : Je pratique peu la justice, trop le péché ; je n’aime pas assez en œuvre et en vérité ; les versets 1, 2, 14, 19, ne sont donc point mon lot. C’est d’une conclusion semblable qu’il s’agit, puisqu’il est question d’assurer mon cœur troublé et de l’assurer devant Dieu. Alors la réponse s’oppose à cette conclusion, en présentant à l’âme Dieu au lieu du moi ; au lieu du Juge sévère et inexorable contre le péché, le Dieu et Père de l’évangile.

Le premier effet de la connaissance du vrai Dieu est d’agir sur la conscience et ainsi de rendre le pécheur confus et tremblant devant Dieu. Cette connaissance, sans Christ, fait que l’homme se cache et fuit Dieu. Mais dès que le sacrifice, la justice imputée et l’intercession de Jésus sont connus (1, 7-10), alors l’homme humilié, mais confiant dans la grandeur de Dieu s’approche de Lui[4], convaincu que Dieu n’a rien contre lui (2 Cor. 5, 20, 21). Le premier de ces sentiments est exprimé en Jérémie 17, 9, 10 ; le second plutôt en Jérémie 20, 11-13.

Notre cœur, éclairé par une connaissance divine du bien et du mal ainsi que de la hauteur de notre céleste vocation, prenait connaissance de nos misères, contre nous. Dieu ne fera plus jamais cela, parce qu’Il l’a fait à la croix. Sa Parole vient nous ranimer pour le bien, elle vient renouveler pour ainsi dire, « les sources de la vie » (Prov. 4, 23) en nous faisant savoir que Dieu connaissant déjà tout ce qui nous concerne, fait tourner toutes choses à notre avantage. Sans doute c’est une vérité précieuse que nous devons nous juger nous-mêmes afin de n’être pas jugés et châtiés par le Père, mais il faut laisser chaque chose à sa place et, dans notre passage, je ne vois rien de semblable.

C’est de l’inquiétude d’un cœur dévoué et filial qu’il s’agit. Or l’inquiétude mène au légalisme — ou au doute, puis au désespoir. Le cœur de Pierre n’avait-il rien à déclarer contre lui, lorsqu’il se trouvait sous l’œil du Seigneur qui lui avait prédit sa trahison ? Mais Il lui avait prédit aussi son relèvement. Pierre se trouve là, humilié sans doute, mais plein d’une paix et d’une assurance qui furent aussitôt récompensées. C’est que Pierre avait compris le regard d’amour de Jésus. Il avait pleuré amèrement ; puis il avait vu son Sauveur crucifié et maintenant il Le voyait ressuscité. C’est alors qu’il peut répondre : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu connais que je t’affectionne ». Ce n’est pas sur son amour à lui qu’il s’appuie, mais sur l’amour, la fidélité, le pardon, la toute-science de Dieu. L’opposé se voit en Judas, et même en Pierre avant la croix (Jean 13, 36, 37). Et, si j’ai rappelé les paroles de Pierre, c’est qu’elles me paraissent, à elles seules, un commentaire suffisant de notre verset (cf. Apoc. 1, 17, 18 ; Éph. 1, 19-22 ; 6, 10 ; Col. 1, 10, 11).

La grâce nous conduit dans les sentiers de l’obéissance du cœur, également éloignés du légalisme et du doute ou du désespoir qu’enfante l’inquiétude. « S’Il est pour nous », ce « Dieu qui est plus grand que tous », « qui sera contre nous » ? Notre cœur ? En effet, notre cœur n’a ni le droit ni le pouvoir de nous faire grâce. Mais Dieu est plus grand que notre cœur et Il connaît toutes choses. Nous ayant donné un refuge assuré en Christ, Il veut que nous y demeurions pour marcher comme Christ a marché (1 Jean 2, 6 ; Jean 15, 9-17).

J’ai donc trouvé, jusqu’ici, dans cette épître, la connaissance parfaite (2, 20, 21, 27) de ce que Dieu est ; de ce que je suis en tant que né de Lui ; de ce que je dois être ici-bas en la même qualité, et de ce que je serai bientôt dans ma réunion à Christ. C’est cette connaissance, cette espérance qui me purifie « comme Lui est pur » (3, 2, 3). Et s’il est vrai qu’une telle connaissance me fait voir ce que je ne suis pas encore, à cause de la chair et de ma tiédeur, c’est afin que, en regardant à Christ, je devienne de plus en plus divin dans ma conduite, puisque je le suis par ma nouvelle et céleste origine. La Parole m’a dit : Voici la vérité sur ton origine et sur ses conséquences. Poursuis ces conséquences en demeurant dans la vérité. Sois conséquent. Dieu est pour toi ; Jésus est pour toi devant Dieu et toi en Lui. Voilà ce qui « m’a tiré d’inquiétude »[5].

Enfin, le verset 21 suppose que ce commentaire a été pleinement saisi par nos cœurs : « Bien-aimés, lorsque (si) notre cœur ne déclare pas contre nous, nous avons assurance devant Dieu… ». Comment donc mon cœur a-t-il été apaisé ? Mes progrès quels qu’ils puissent être, ont-ils atteint la réalisation des principes strictement divins dont la hauteur m’avait troublé ? Les principes de Dieu ont-ils fléchi ? La règle qui est Christ, est-elle abaissée, ou suis-je plus content de moi ? Les principes, la règle, la réalité sont toujours là et toujours les mêmes ; mais je sais maintenant que, en toute question soulevée par la conscience dans un cœur filial, ce dernier peut et doit toujours s’assurer uniquement sur la grâce par le sang de Christ et par Sa résurrection. C’est là que je vois la grandeur du Dieu qui est amour et Sa toute-science. Alors toutes choses sont jugées dans nos âmes et mises à leur place selon Dieu et en Sa présence. Alors seulement, la foi reprend toute son énergie pour gouverner notre vie. Alors, enfin, la foi puise hardiment, en Dieu Lui-même, tout ce qui nous est nécessaire pour Le glorifier ici-bas. C’est aussi la conclusion du verset 22 : « Et quelque chose que nous demandions, nous (la) recevons de Lui, parce que… »[6].

En somme, parce que nous croyons au nom de Son Fils Jésus Christ, et que nous nous aimons les uns les autres — ou parce que nous faisons ce qui est agréable devant Lui — c’est-à-dire, puisque la foi qui nous rend conformes à Christ est évidemment là, Dieu nous exauce (Jean 9, 31 ; cf. 11, 42). Notre cœur nous reproche encore beaucoup d’incrédulité et beaucoup de négligence, mais ce qui l’empêchera de perdre courage, c’est la grandeur et la toute-science de ce Dieu dont nous sommes les enfants.

La devise du racheté doit être : Assurance et confiance en Dieu, pour tout ce qui est selon Lui. Jamais on ne s’appuiera sur le vrai Dieu pour demeurer dans le mal.



  1. Il me paraît évident que le verset 19 finit ici. Quoi qu’il en soit de la ponctuation, le sens est complet ; on passe à un autre sujet.
  2. πείσομεν. Adoucir, apaiser, gagner, convaincre, satisfaire, contenter, rendre confiant.
  3. ϰαταγῖνωσϰω en opposition avec γῖνὼσϰω. Prendre connaissance contre en opposition avec connaître. Seulement ici et en Galates 2, 11. Pierre était remarquable avec blâme, et même avec un blâme public. Il fallait juger contre lui, ou décider à son désavantage. Reconnaître ou déclarer contre.
  4. Gen. 3, 15, 21 ; 1 Jean 3, 16, 19, 20 ; 4, 10, 19 ; c’est ainsi que le cœur est purifié d’une mauvaise conscience et assuré devant Dieu. 1 Tim. 1, 5 ; Héb. 9, 14 ; 10, 2, 22 ; 1 Pier. 3, 21.
  5. Matthieu 28, 14, où nous retrouvons le πείσομεν de 1 Jean 3, 19, traduit par persuader.
  6. Pour le reste du verset, cf. 23, 24 ; 5, 2-5, 14 ; Rom. 8, 27, 28, depuis le 23. Jean 14, 7, 10, 11, 16, 17 ; 12, 50, etc.