Études Scripturaires:Dieu et notre cœur

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J.B. RossierSully  — 23 juillet 1852

Seigneur, tu sais toutes choses, tu connais que je t’affectionne.

Dieu, notre Père, veut que nous marchions ici-bas par la foi en Son amour, tel qu’Il l’a manifesté en Christ selon Sa bienveillance. Nous avons besoin, pour cela, de la persévérance de l’Esprit dans l’exercice de la foi ; c’est-à-dire dans l’obéissance à la volonté du Père. Dès que nous ne sommes pas complètement au large avec Dieu, le moindre choc affaiblit la certitude de notre foi et de notre espérance, en sorte que les obstacles du chemin nous font aisément perdre de vue la grande rémunération que Dieu a promise à l’assurance chrétienne (Héb. 10, 35).

Je crois qu’il est infiniment avantageux pour le développement de l’énergie de l’Esprit d’adoption dans les saints, qu’ils connaissent exactement le fondement de leur assurance, afin que celle-ci ne soit point ébranlée par les orages et les tempêtes de la courte épreuve du temps présent.

L’assurance (la hardiesse) chrétienne a deux résultats pratiques : Elle nous met en état de nous approcher de Dieu, puis de demeurer dans cette proximité pour Le prier, pour L’adorer et pour Le servir. Dans cette position, l’Épouse du Seigneur peut L’attendre dans la patience et avec une parfaite et glorieuse espérance. L’assurance chrétienne ne reconnaît pas d’autre fondement que l’amour gratuit de Dieu. Elle sait que Lui-même a pourvu à tout, qu’Il a tout prévu, tout arrangé, tout disposé pour que les croyants puissent, dès à présent et à jamais, vivre dans Son intimité. L’offrande du corps de Christ faite une seule fois en la consommation des siècles, pour l’abolition du péché, ou Christ considéré comme notre victime expiatoire, agréée de Dieu ; puis l’efficace de la souveraine sacrificature de Christ consommé : en d’autres termes — le sang de Christ répandu, puis ce sang placé sur le propitiatoire ; ou, plus simplement encore, l’effusion du sang et l’aspersion du sang : voilà les deux faces de l’œuvre de Christ qui agissent en nous par la foi pour nous attirer constamment vers le Père des miséricordes et vers le Dieu des consolations. La confiance en cette œuvre de Christ nous donne, sans cesse, la liberté d’entrer dans le lieu très saint. Je crois qu’en s’occupant un peu des âmes qui sont encore dans l’incertitude à cause de leurs misères, à cause du moi ou par d’autres motifs, on verra que ce qui leur manque essentiellement, c’est de distinguer nettement la vertu du sacrifice comme expiation et comme rédemption, d’avec l’incessante efficace du sacerdoce de Christ pour nous maintenir irréprochables devant le Père.

L’homme est habitué à se prendre lui-même pour règle et pour mesure de tout ce qu’il appelle bon. C’est pourquoi, trop souvent, le chrétien cherche, en dehors de Dieu et dans les objets mêmes de son amour, la cause et l’aliment de cet amour. La gratuité de la grâce est incompréhensible pour le cœur égoïste de l’homme naturel. Il est incapable d’admettre qu’un Dieu trois fois saint ait pu aimer d’un amour éternel des créatures absolument perdues et corrompues en elles-mêmes. La Parole de la grâce de Dieu nous donne bien simplement la clef de ce mystère. Si Dieu qui est riche en miséricorde nous a vivifiés ensemble avec le Christ, s’Il nous a sauvés, c’est uniquement en vertu ou « à cause du grand amour dont Il nous a aimés ». Son amour nous avait éternellement et souverainement choisis pour se reposer sur nous, au milieu d’un océan de péché. Voilà le seul fait qui nous ait rendus aimables à Ses yeux. « Il nous a prédestinés en amour à l’adoption à Lui-même par le moyen de Jésus Christ ». Son ineffable grâce veut que chaque croyant, fondé sur Son œuvre parfaite et adorable, se tienne devant Lui « sans aucune conscience de péchés » (imputés, Héb. 10, 1-3). Impossible, en effet, de demeurer près de Dieu avec une conscience et un cœur souillés. C’est pourquoi l’amour de Dieu, en Christ, a dû nous rendre dignes et capables d’attendre Jésus en paix et dans l’allégresse, dans la patience et dans l’espérance : tout autant d’états d’âme qui, selon Dieu, supposent une conscience nette et un cœur pur dans la lumière de Dieu.

« Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin que nous recevions miséricorde et que nous trouvions grâce pour un secours opportun ». C’est-à-dire que nous trouvons toujours, dans la proximité de Dieu et pas ailleurs, toutes les provisions et toutes les ressources, toute la force et tout le courage nécessaires pour nous restaurer, nous relever et nous rendre capables de parcourir joyeusement, en paix et dans l’espérance, le petit bout de désert qui est peut-être encore devant nous. « Nous désirons que chacun de vous fasse voir le même empressement pour la pleine certitude de l’espérance jusqu’à la fin, pour que vous ne deveniez point paresseux… ».

Dieu nous veut près de Lui. Si c’est Son bon plaisir, c’est donc notre bonheur ; mais c’est aussi notre sûreté : « Car il y a introduction d’une meilleure espérance, au moyen de laquelle nous nous approchons de Dieu ». « C’est pourquoi aussi Christ peut sauver entièrement (jusqu’au bout de la carrière) ceux qui s’approchent de Dieu par son moyen, étant toujours vivant pour intervenir pour eux… » et « ayant été proclamé, de Dieu, souverain sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec ».

Nous savons que la sacrificature du Christ ne s’exerce actuellement qu’en faveur des saints, c’est-à-dire en faveur de ceux qui croient en la valeur de Sa mort et de Sa résurrection. Christ intervient actuellement devant Dieu (en tant que sacrificateur) en vue des infirmités et des misères des saints, pendant leur marche vers la gloire par la foi : « Puisque tu as délivré mon âme de la mort, (tu garderas) mes pieds de chute, afin que je marche devant Dieu, dans la terre des vivants ». « Parce que tu m’as été en secours, à cause de cela je me réjouirai à l’ombre de tes ailes ». La crainte ou la vénération filiale est tout à fait opposée à la peur ou à la méfiance. La première nous attire fortement vers Lui. La seconde nous en éloigne. C’est pourquoi le Saint Esprit dit que celui qui craint n’est pas consommé dans l’amour. Si nous ne sommes pas familiarisés avec cet amour, il est impossible que nous attendions le Fils de Dieu avec un cœur droit. Celui qui a peur du Père ou qui se défie de Lui Le dépouille de Son amour et méconnaît l’amour du Christ qui surpasse toute intelligence.

Soit comme victime, soit comme sacrificateur dans le ciel, Christ est pour nous, dans toute l’étendue du mot, l’auteur d’un salut éternel. Il a trouvé un rachat éternel. Il nous a acquis un héritage éternel. Lorsque Paul (2 Thess. 2, 13-17) a considéré l’état béni des Thessaloniciens selon cette grâce d’élection, qui les avait sauvés pour les mettre en possession de la gloire ; lorsqu’il a rendu grâces pour eux, il commence à les exhorter à demeurer fermes dans cette grâce, puis il ajoute : « Or que notre Seigneur Jésus Christ, lui-même, et notre Dieu et Père qui nous a aimés et nous a donné une consolation éternelle et une bonne espérance par grâce, console vos cœurs et les[1] affermisse en toute bonne parole ou en toute bonne œuvre ». C’est-à-dire que le Seigneur Lui-même opère en nous le vouloir et le faire selon Sa bienveillance ; qu’Il nous console ici-bas par la connaissance de Sa grâce en vertu de laquelle nous sommes devenus héritiers de Sa gloire, grâce sur laquelle est fondée toute l’espérance qui nous soutient et nous affermit. L’Éternel possède seul la vérité, la fidélité, la force et la grâce, pour nous amener à la gloire. Par le sacrifice expiatoire de Jésus, nous avons été délivrés de l’empire du péché, de ses souillures et de toutes ses affreuses conséquences ; nous avons été rachetés, lavés et sanctifiés par Sa mort et par Sa résurrection. Par Son intervention nous sommes gardés et conservés pour le salut prêt à être manifesté : « Quoi qu’il en soit, mon âme se repose en Dieu. C’est de Lui que vient ma délivrance. Je chanterai ta force et je louerai ta grâce dès le matin, parce que tu m’as été une haute retraite et mon asile au jour où j’étais en détresse. Ma force ! je te psalmodierai, car Dieu est ma haute retraite et le Dieu qui me favorise. En Dieu est ma délivrance et ma gloire… la force est à Dieu. Et c’est à toi, Seigneur ! qu’appartient la grâce ».

L’âme la plus habituée à demeurer dans le sanctuaire, près de Dieu, pour y contempler Sa force et Sa gloire, sera aussi celle pour laquelle le monde deviendra de plus en plus une terre déserte, altérée et sans eau. C’est à de telles âmes qu’il convient de se désaltérer à la source des eaux, pour s’écrier ensuite : « Ta grâce vaut mieux que la vie ; mes lèvres te loueront ».

Le Dieu qui est amour appelle les pécheurs. Il les supplie d’être réconciliés avec Lui-même. Il vient au-devant d’eux, les invitant à s’approcher par le chemin qu’Il a tracé et inauguré Lui-même, par le sang de la croix. Mais un tel amour épouvante le cœur naturel. La chair et le péché vont ensemble et tous deux savent qu’ils ne peuvent point subsister devant Dieu. L’homme ne peut se tenir devant Dieu qu’après être entré dans la résurrection par le chemin de la mort. La connaissance de Dieu, de Son amour, de Sa volonté et de Sa bienveillance nous a été donnée, afin de nous rendre capables de nous approcher de Lui.

Jésus, le Christ, voulait rassembler Israël « comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ». Quelle simple et sublime image de l’amour puissant et fidèle qui venait protéger ce peuple déchu, mais aimé à cause des promesses faites aux pères ! Leur ignorance toutefois, résultat de leur vaine conduite, les empêchait d’apprécier la puissance de Dieu venu extérieurement en faiblesse parmi les siens. Les Juifs firent ce qui dépendait d’eux pour en éloigner à jamais leur Sauveur, le Messie promis et donné.

Aujourd’hui les chrétiens ne s’éloignent que trop souvent de Dieu par ignorance de Son amour. Cependant la parole de Sa grâce place la connaissance de Christ entre la connaissance de notre ruine et celle des exigences de la majesté de notre Dieu. L’Esprit de grâce sollicite les enfants de s’approcher du Père. Ce qui les retient, c’est une fausse humilité, disons plutôt la propre justice, nourrie par leur ignorance de Christ : « Tous ne connaissent pas Dieu ».

Partout où manque une connaissance un peu profonde du Médiateur, le saint désir de s’approcher de Dieu produit une terreur qui s’élève dans l’âme, pour y étouffer le désir de l’Esprit. Et cela est juste, en tant qu’il y a là une œuvre de la chair, pour laquelle notre Dieu est un feu consumant. L’Esprit et la Parole nous enseignent que la proximité de Dieu, comme Père, suppose une intimité telle qu’elle n’admet en nous absolument rien qui ne reflète exactement Son image. Alors, si l’Esprit continue à agir, la grâce se présente pour nous montrer l’effet de la plénitude de Christ en nous. « Et de sa plénitude, nous avons tous reçu et grâce pour grâce ». Ici les prétentions de la chair sont totalement annulées, parce que, « en Christ », nous avons été rendus dignes et capables de nous tenir tout près de notre Dieu et Père.

La grâce et la vérité nous rendent ainsi profondément heureux, parce que « la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence, garde nos pensées et nos cœurs en Jésus Christ ».

Toutes les prétentions de la chair tombent devant la gloire de la lumière de la croix. Là sont clouées les bonnes œuvres de la propre justice avec l’acte écrit qui était contraire aux rachetés. C’est le trophée du Christ mourant et Il l’a laissé sur la croix, comme nos péchés dans Son tombeau. Nous ne pouvons être parfaitement heureux qu’après avoir été complètement jugés et dépouillés de nous-mêmes, pour n’avoir d’autre confiance qu’en ce Dieu qui est venu nous chercher et nous sauver, précisément à cause de notre état de ruine et de corruption. Ses compassions seules et Sa miséricorde nous ont donné un droit à Son amour ; et ce qui a ému Ses entrailles en notre faveur, c’est précisément notre ruine, par le sentiment de laquelle, néanmoins, Satan cherche à effrayer les âmes réveillées pour les éloigner de cette grâce magnifique.

Une fois ressuscités avec Christ, la nature divine, contraire en cela à notre vieille nature, nous porte à rechercher la communion des souffrances de Christ et la puissance de Sa résurrection, parce qu’elle y trouve une connaissance et une persuasion, de plus en plus intelligentes, de la volonté de notre Père qui, dans Ses infinies compassions, nous a revêtus de Sa justice, afin de nous faire jouir de Sa communion, soit dans la gloire actuelle soit dans la gloire à venir. Tout le bonheur d’une âme réengendrée consiste à saisir la suffisance de la sacrificature de Christ, pour nous maintenir purs et sans reproche dans la bienveillance du Père.

Le monde est égoïste, parce qu’il est insubordonné et asservi à ses propres pensées et aux suggestions de Satan. Dans cet état d’inimitié, le monde impie est sans force pour le bien, il hait Dieu dont il fuit et redoute autant l’amour que la justice.

Le résultat de l’exercice de l’amour de Dieu et le résultat de l’exercice de Sa justice envers les pécheurs sont bien différents. La justice condamne les pécheurs. La grâce les justifie. Cependant soit la justice soit l’amour exigent, quant à leur exercice, que celui qui en est l’objet soit présent devant Dieu. Or la grâce et la vérité, qui sont venues réunies en Jésus Christ, s’avancent ensemble dans l’évangile, pour conduire et pour amener l’homme parfaitement réconcilié devant Dieu et pour l’y maintenir dans l’éternelle justice de Christ. C’est en Sa croix que la justice et la paix se sont entre-baisés ; or cette bonne nouvelle donne, à toute âme vivante, l’assurance précieuse qui est indispensable pour subsister dans la paix et dans une allégresse inexprimable et glorieuse devant le Dieu trois fois saint. Le sang répandu de Christ, puis ce même sang offert par Christ devant Dieu, tel est le chemin par lequel Jésus conduit l’âme rachetée jusqu’au trône de la grâce, dans le sentiment de la paix, de la liberté et de la jouissance d’une vie impérissable. Mais le sang répandu, c’est la mort qui exclut la chair de la présence de Dieu (Matt. 22, 32). N’est-il pas naturel et même convenable, que l’homme charnel redoute un tel chemin et aussi qu’il ait horreur de la présence d’un Dieu qu’on ne peut aborder autrement ? La chair et le monde s’enfuient à la voix de Dieu, parce que tous deux sont ennemis du Père juste et saint.

Le Juif sous la loi tremble, nécessairement aussi, devant un Dieu qui exige une sainteté que la loi peut commander, mais qu’elle ne donne jamais ; une sainteté, enfin, dont l’absence est inévitablement punie de mort sous cette même loi.

L’enfant de Dieu, profitant de sa royale liberté, s’approche hardiment de Dieu qui s’est manifesté à lui en amour et en justice justifiante.

Ce qui nous fait avancer vers le but et vers le prix de notre vocation céleste, c’est l’amour que nous connaissons ; un amour gratuit et immérité qui nous a placés en Christ, dans Sa sainteté et dans Sa perfection. Nous savons que Christ nous a saisis pour cela. Nous attendons Son arrivée qui va nous mettre en pleine possession de Son glorieux salut. En contemplant Christ, expression, manifestation et accomplissement de l’amour du Père, Christ qui est l’énergique puissance de cet amour, nous puisons directement, à cette source pure et intarissable, toute la force et toute la confiance qui nous sont nécessaires pour marcher comme Lui aussi a marché. Nous avançons, pleins d’assurance en Dieu qui nous a élus ; pleins d’ardeur, parce que nul ne peut nous ravir de Sa main, parce que Dieu seul est notre bouclier, notre fort, notre rocher et notre grande récompense ; pleins d’humilité par le sentiment de notre paresse et de notre lâcheté, mais néanmoins pleins d’espérance, par la grâce, parce que nous savons que nous sommes gardés par la puissance de Dieu par le moyen de la foi en Jésus Christ.

« Quoi qu’il en soit, Dieu est bon… à ceux qui sont nets de cœur… Quant à moi m’approcher de Dieu est mon bien ; j’ai mis toute mon espérance au Seigneur l’Éternel, afin que je raconte toutes tes œuvres ». « Quoi qu’il en soit, les biens et la grâce m’accompagneront tous les jours de ma vie et la maison de l’Éternel est mon séjour ordinaire ».

Notre âme ne possède aucune autre source réelle de paix, de sainteté, de joie et d’assurance que la connaissance pratique de l’amour éternel et invariable de Dieu en Christ envers nous, et de notre demeure dans cet amour.

La religion de la chair, au contraire, « s’assure sur de mauvaises affaires ». « Ils cherchent curieusement des méchancetés ; ils ont sondé tout ce qui se peut sonder, même ce qui peut être au-dedans de l’homme ou au cœur le plus profond » (Ps. 64). Ce sont en quelque sorte « les profondeurs de Satan, comme ils disent » (Apoc. 2, 24). Mais la doctrine qui est selon la piété, dit : « Quoi qu’il en soit, les justes célébreront ton nom, et les hommes droits habiteront devant ta face ».

Or rien, absolument rien, ne peut rendre le cœur droit ou le mettre au large avec Dieu, si ce n’est la connaissance de Son amour et la conscience d’être l’objet de cet amour. Il est parfaitement vrai qu’un chrétien ne peut ni marcher, ni adorer, ni combattre par la foi, s’il n’est pas soutenu et animé par l’Esprit d’affranchissement : « Quand tu auras mis mon cœur au large, je courrai dans la voie de tes commandements » (Ps. 119, 32). Le psaume 78 nous instruit « en similitudes » (v. 2), par l’exemple d’Israël. Le Saint Esprit nous y fait comprendre ceci : que douter de Sa puissante fidélité envers nous, c’est mettre en oubli les exploits et les merveilles de la croix de Christ et de Sa résurrection, aussi bien que les preuves incessantes des soins qu’Il a pris de nous jusqu’à ce jour dans le désert. Cette ingratitude attira le jugement sur Son peuple. Prenons-y garde !

Et quel fut, en tout temps, le péché d’Israël ? C’est que, malgré les merveilleuses délivrances du Seigneur, « leur cœur ne fut pas droit (ferme) envers Lui, et qu’ils ne tinrent pas fidèlement à son alliance ». Mais ils Le tentaient sans cesse par une incrédulité que manifestait la forme même de leurs demandes. L’incrédulité déshonore Dieu autant que cela dépend de l’homme. Nulle part elle n’est plus hideuse que chez ceux qui sont l’objet de sa sollicitude paternelle. L’incrédulité dit : « Dieu pourrait-il bien… ? ». C’est le langage du péché. Mais quel est celui de la foi ? « Ta droite, ô Éternel ! s’est montrée magnifique en force ; ta droite, ô Éternel ! a froissé l’ennemi… ». Ce qu’Il a fait est le gage précieux de ce qu’Il fera. « Tu introduiras ton peuple et tu le planteras sur la montagne de ton héritage, au lieu que tu as préparé pour ta demeure, ô Éternel ! au sanctuaire, ô Seigneur ! que tes mains ont établi ».

Or notre psaume montre comment l’incrédulité d’un cœur qui chancelle au milieu des témoignages de Sa bonté, force l’Éternel à châtier Son peuple. « Quand Il les mettait à mort, alors ils Le recherchaient ; ils se repentaient et ils cherchaient le Dieu fort dès le matin ».

Tel est, hélas ! le cœur de l’homme, même de l’homme racheté ; et cependant il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. Et notre Dieu aussi est un feu consumant à l’égard de tous nos liens de péché, de mondanité ou d’incrédulité.

Mais cela ébranle-t-il l’assurance de la foi ? Bien au contraire ! Si le Saint Esprit ne peut faire autrement que de déplorer une telle chute et ses redoutables conséquences ; s’Il gémit en considérant le triste état d’Israël châtié et comme méprisé par son Dieu, Il ne manque pas de prédire et de chanter le réveil des compassions du Seigneur envers eux. Aussitôt Christ est présent à la foi du résidu fidèle. L’Éternel les ramènera, par Ses voies à Lui, sous la houlette royale du vrai David qu’Il a élu et établi pour paître Jacob, Son peuple, et Israël, Son héritage.

L’amour de Dieu ayant été versé dans nos cœurs, nous écoutons le témoignage du Père qui nous dit que nous sommes aimés comme Christ est aimé, justes comme Il est juste, acceptés comme Il est accepté ; et le même Esprit rend témoignage, dans la Parole, que le Père a aussi glorifié ceux qu’Il a préconnus, appelés et justifiés : « En cela est consommé l’amour par rapport à nous, afin que nous ayons assurance au jour du jugement, c’est que tel qu’Il[2] est, tels nous sommes dans ce monde-ci… ». Nous savons que nous sommes parfaits en Christ, participants de Sa vie et de Sa nature divine. Cette vie et cette nature peuvent être entravées dans leur développement, par la chair et par le vieil homme, jusqu’au point de ne plus juger ce qui, en nous, n’est pas conforme à Christ. Mais dans de tels cas, l’amour du Père sait user à notre égard du jugement et de la correction, « autant qu’il est nécessaire, afin que nous ayons part (une part active) à sa sainteté ». La discipline du Père tend, sans cesse, à écarter tout ce qui nuit au développement de la vie divine chez Ses enfants. Ce qui nous donne assurance au jour du jugement, c’est la conscience que nous avons d’un tel amour, c’est de savoir que bientôt cette perfection divine, à laquelle le Père nous a appelés, va nous être donnée en plénitude : « Et quiconque a cette espérance en Lui se purifie comme Lui est pur ». Nul ne peut s’approcher de Dieu, ni demeurer et marcher en Lui, s’il ne se considère pas comme l’objet de Son amour, ou s’il ne connaît pas ce même amour comme la source de tout vrai sentiment d’amour filial dans notre propre cœur (1 Jean 4, 9, 10, 16, 19).

La contemplation de l’amour divin, gratuit, éternel et invariable nous consomme dans cet amour. Elle rend nos cœurs droits, parce qu’elle en chasse toute crainte et nous remplit de confiance dans Sa puissante bonté. Elle nous transforme en autant de réflecteurs de l’amour et de la gloire de Dieu, parce qu’elle nous rend toujours plus désireux, mais aussi toujours plus capables de jouir de Sa communion.

« Et en ceci nous connaissons que nous sommes issus de la vérité et nous assurerons nos cœurs devant Lui… » (1 Jean 3, 19-22). Si nous aimons en vérité, c’est-à-dire selon Dieu, ce ne peut être qu’en vertu d’une nouvelle naissance (Rom. 1, 30 ; Tite 3, 3). Le bonheur de celui qui est né de Dieu, c’est de garder Ses commandements ; et Celui qui est amour nous a donné de Son Esprit d’amour, afin que Lui demeure en nous et nous en Lui.

« Nous assurerons nos cœurs devant Lui, parce que, si notre cœur nous reprend, Dieu est plus grand que notre cœur et Il connaît toutes choses ». Il est convenable, il est indispensable que notre conscience chrétienne veille dans la lumière, afin de juger tout ce qui tend à souiller nos cœurs, ces vases si faibles, quoiqu’ils aient été purifiés par la foi. Si la conscience veille réellement, alors nos cœurs nous reprendront toutes les fois que nous nous éloignerons de notre demeure en Christ.

Ici donc, nous trouvons une réponse divine à cette question de toute importance : Comment assurerons-nous nos cœurs devant Dieu, lorsque nos cœurs nous reprennent ? Souvenons-nous seulement que Dieu est plus grand que nos cœurs ; qu’Il connaît toutes choses, aussi divinement que nos cœurs les connaissent encore imparfaitement ; que c’est ce Dieu-là qui justifie et qu’il n’y en a pas d’autre. Souvenons-nous que c’est précisément Sa connaissance souveraine et éternelle de notre état de ruine et de corruption, qui a ému Ses entrailles et qui L’a porté à sacrifier Son Fils unique, afin de nous racheter et de nous sauver (Luc 1, 78).

Nous, pauvres, misérables créatures ruinées, nous ennemis de Dieu, haïssant Dieu, impies, sans aucune force pour le bien, nous avons été élus en Christ avant la fondation du monde et « selon la préconnaissance de Dieu le Père, dans la sanctification de l’Esprit, pour l’obéissance et pour l’aspersion du sang de Jésus Christ ». Celui qui, avant le temps, nous a connus divinement et éternellement, ne nous connaîtrait-Il plus ainsi, depuis qu’Il nous a manifestés, au nombre de Ses bien-aimés ? Pourrait-Il être étonné ou découragé, dans Son œuvre d’amour, par les détails d’un mal qu’Il avait ainsi prévu et auquel, à cause même de cette prescience, Il avait remédié de tout temps dans Son conseil ? Non, « Dieu est plus grand que notre cœur et Il connaît toutes choses ». Combien elle est consolante, cette parole ! Comme elle me fait saisir Sa grâce pour mon unique mais infaillible ressource ! Oui, Seigneur ! « au jour où je craindrai, je me confierai en toi ». Si le Père nous a rachetés par le sang de Son Fils, le Fils nous conserve et nous garde en vertu de ce même sang. Il nous maintient dans l’amour de Celui qui nous connaît et qui nous aime, lors même que nos pauvres cœurs sont ébranlés par le sentiment de leur lâcheté et de leur impuissance. Et Sa grâce infinie se plaît à nous rassurer dans les doutes mêmes de nos cœurs d’incrédulité.

« Bien-aimés, ajoute le Saint Esprit, si notre cœur ne nous reprend pas, nous avons assurance devant Dieu… ».

Le mondain, qui est sans crainte de Dieu, parce qu’il ne Le connaît pas, peut tomber dans un état d’endurcissement, tel que son cœur ne le reprenne plus. C’est la mort spirituelle. « Ils ont perdu tout sentiment de douleur » (Éph. 4, 19).

L’atonie du cœur et le silence de la conscience peuvent aussi s’emparer d’un chrétien qui s’est lâchement couché parmi les morts, après avoir, longtemps peut-être, côtoyé la mondanité et le péché sans les juger ; ou de celui qui recherche encore sa propre justice, car rien ne détourne de Dieu comme la poursuite de cette affreuse chimère. Quoi qu’il en soit de tous les cas de ce genre, nous sommes certains de ne pas nous tromper, en disant que quiconque se croit assuré devant Dieu, sans avoir réellement connu l’amour et sans posséder la conscience d’être l’objet de cet amour par le moyen de Jésus Christ, ne possède qu’une assurance de pharisien. Il sera confus au jour du jugement, soit qu’il s’agisse du jugement qui s’exerce sur les rachetés en la chair, soit qu’il s’agisse du jugement éternel qui manifestera la ruine finale des pécheurs.

Mais Jean parle à des bien-aimés. Il s’identifie même avec eux en disant nous et notre cœur. Dès que la foi agit dans un cœur qui possède l’amour de Dieu en Jésus Christ, la vie de l’Esprit et la lumière de la Parole y maintiennent énergiquement « l’interrogatoire[3] d’une bonne conscience, au sujet de Dieu, par le moyen de la résurrection de Jésus Christ, qui, étant allé au ciel, est à la droite de Dieu » (1 Pier. 3, 20, 21 ; cf. 1, 21 ; Héb. 1, 3).

Dans cette énergique activité de la foi, notre cœur ne nous reprend pas, parce qu’il est incessamment mis au large par le Dieu qui nous justifie : « Celui qui cache ses transgressions ne prospérera point ». Il est à l’étroit. Il y a de l’interdit non seulement en sa main, mais aussi dans son cœur. Ses pieds sont enlacés dans les filets de Satan. — Cacher ses transgressions, c’est les conserver : c’est nourrir la convoitise qui engendre le péché et la mort. C’est réchauffer une vipère dans son sein. C’est de l’incrédulité et de l’insubordination. C’est le fait d’un méchant esclave qui redoute un maître cruel. Ce n’est donc pas l’état d’un cœur filial et dévoué à un tendre Père.

Comment un enfant de Dieu, qui doit connaître les miséricordes et les ressources de la grâce de son Père, pourrait-il retenir un tel fardeau et garder son péché, au lieu de remettre tout ce qui l’entrave à Celui qui s’en est réellement chargé ?

Néanmoins Dieu ne le laissera pas tranquille. Il ne cessera pas de l’inviter à s’approcher et cette voix d’amour le remplira de douleur, jusqu’à ce qu’elle le fasse souvenir que toutes les ruses de la chair ne peuvent rien cacher à ce Dieu qui l’appelle, tout en connaissant parfaitement son triste état. Les os de celui qui cache ses transgressions se consumeront comme en une sécheresse d’été.

L’incrédulité à l’égard de la grâce produit la crainte qui ne voit que des punitions et qui, en évitant la rencontre de Dieu, marche à la rencontre du jugement. Celui qui n’est pas consommé dans l’amour, peut rester souillé plus ou moins longtemps, sous prétexte d’humilité ou sous tout autre mauvais prétexte. Mais on ne se joue pas de Dieu et Dieu ne se paie pas de prétextes. Aussi longtemps que la conscience accuse le cœur sans que la grâce agisse, il faut nécessairement que l’enfant de Dieu lui-même redoute et fuie la proximité de Celui auquel il a affaire et devant les yeux duquel toutes choses sont entièrement nues et découvertes.

« Mais celui qui confesse et qui délaisse ses transgressions obtiendra miséricorde ». « Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin que nous recevions miséricorde et que nous trouvions grâce pour un secours opportun ». Quoi qu’il en soit de notre état, notre devoir de rachetés et notre glorieux privilège d’enfants consistent à nous approcher de Dieu sans aucun délai. Et même dans un sens, c’est-à-dire pour notre sûreté, pour notre bonheur et pour la gloire de Dieu, le devoir d’user de ce privilège n’est jamais plus pressant que lorsque notre état est le plus mauvais. La grâce, la patience et la discipline du Père tendent finalement toujours à nous faire voir et penser comme Lui-même. Or s’il est bon que nous nous jugions nous-mêmes, afin que nous ne soyons pas jugés, il est tout aussi convenable que nous nous laissions guider par l’œil du Père, si, du moins, nous voulons éviter le mors et l’éperon. Mais sur quoi se repose-t-il donc, cet œil du Père qui devrait nous guider ? Suivons Son regard, bien-aimés, et nous trouverons Jésus, là, devant notre Dieu et Père. Du côté de Dieu tout est divinement et miséricordieusement arrangé, prévu et préparé, afin que nous venions nous asseoir à Sa table pour y rassasier notre âme comme de moelle et de graisse ; afin que nos bouches Le louent avec un chant de réjouissance. Plus la gratuité de Sa grâce manifeste notre indignité, plus aussi la connaissance de Sa puissance et de Sa souveraine prévoyance nous fera apprécier et réaliser, humblement et avec joie, un tel privilège et un tel devoir. La vue du sang qui a été répandu une fois pour toutes ; puis la vue de ce même sang présenté par Jésus, à cause de nos misères, devant Dieu qui l’a accepté, doivent purifier instantanément nos cœurs d’une mauvaise conscience et les purger entièrement de toute fraude. La fausse humilité n’est que de la fraude ; elle est une proche parente de la propre justice. La vraie humilité est un fruit de la grâce. La foi donne l’assurance. La crainte enfante la fraude. La crainte est toujours une compagne de l’ignorance et (surtout chez le chrétien) une fille de l’incrédulité.

L’activité de la foi jouit de la fidélité du Dieu dont nous gardons les promesses. Elle nous rend toujours capables et désireux de déposer avec allégresse tout fardeau et le péché qui enveloppe si aisément : « Prenez garde, frères, que peut-être quelqu’un de vous n’ait un méchant cœur d’incrédulité, pour se retirer du Dieu vivant », au lieu d’achever, sous son regard et avec sa douce approbation, « la course et le combat qui sont devant nous »[4]. Notre foi a vaincu le monde en nous associant au vainqueur.

Celui qui demeure en Christ, demeure dans l’amour de Dieu manifesté aux pauvres pécheurs. Or « Dieu est amour ; celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui ». Ces promesses nous sont données, je pense, afin de nous encourager à vivre dans la proximité, dans la communion et dans l’intimité de notre Dieu. C’est à cela même que tend la vigilance chrétienne. Celui qui est près de Dieu est capable, par l’Esprit, de prier, de rendre grâces, de marcher, de vaincre, d’espérer, d’attendre patiemment le Seigneur et d’adorer le Dieu de toute grâce. C’est l’état normal du chrétien. C’est la gloire de Dieu dans l’Église.

Dès que l’âme a jugé ses misères, dès que le cœur est vidé devant Dieu, l’amour, la paix, la joie, le culte sont produits par l’Esprit d’affranchissement. Toutes les expériences réellement chrétiennes, tous les exercices de la foi tendent à nous maintenir ou à nous ramener dans la proximité de Dieu et dans Sa communion : « Voilà, tu aimes la vérité dans le cœur et tu m’as enseigné la sagesse dans le secret ». Dieu exerce Son enfant dans l’expérience des voies de Sa grâce puissante et fidèle, qui se plaît à surmonter le mal par le bien, c’est-à-dire à détruire notre incrédulité naturelle par la connaissance pratique et salutaire de Son amour saint et immuable.

La religion de la chair prétend que l’homme peut et qu’il doit posséder, ou se procurer à lui-même un cœur droit avant d’oser s’approcher de Dieu qui ne le bénirait jamais sans cette condition préalable. Une telle prétention se comprend, en tant qu’elle vient d’une chair qui est inimitié contre Dieu et contre Sa grâce. Paul, avec un cœur naturellement droit, agissait sans hypocrisie dans les voies et selon les traditions des pharisiens. Dans cet état il faisait la guerre à Dieu et à son Christ. Serait-ce donc là l’état d’âme que le Seigneur, serait-ce là l’état que Sa Parole appelle « un cœur droit » ? Un cœur droit est celui qui est dans la grâce. Or Paul, avant de recevoir cette grâce, était blasphémateur et persécuteur et outrageux. La connaissance du Seigneur dans Sa gloire avait fait tomber de Ses yeux les écailles de l’incrédulité. Dès lors Paul a pu s’appliquer avec succès à marcher avec une bonne conscience devant Dieu et devant les hommes.

Le centenier Corneille était aussi pieux qu’un véritable Israélite pouvait l’être selon la révélation d’alors. Corneille pouvait être moins savant que Saul ; mais l’absence de fanatisme le distinguait surtout de ce dernier. C’était avec un cœur droit qu’il cherchait à entendre ce que Dieu avait à lui dire. Son âme, préparée par la grâce, avait faim et soif de la vérité. Il vivait dans la crainte du Dieu d’Abraham dont le dessein était de l’adopter à Lui-même par le moyen de Jésus Christ.

Nathanaël, en prières sous le figuier, y était devant Dieu, selon la lumière qu’un Juif fidèle pouvait avoir alors. Il avait une bonne conscience et une foi sans hypocrisie. Il avait l’habitude de rechercher le Dieu d’Israël ; il le prouvait en s’approchant, sans aucun retard et avec confiance, de Dieu manifesté en chair, du Christ, du roi d’Israël qui était la lumière du monde.

Aujourd’hui, un cœur net selon la Parole est celui qui a été purifié par la foi ; c’est un cœur dans lequel Christ habite par la foi ; un cœur où règne et domine l’amour de Dieu qui y a été versé par le Saint Esprit. « Oh ! que bienheureux est l’homme à qui l’Éternel n’impute point son iniquité et dans l’esprit duquel il n’y a point de fraude » ! C’est donc la non-imputation du péché, c’est la connaissance de la justice de Dieu, par la foi pour la foi, qui chasse la fraude du cœur. « Vous justes, réjouissez-vous en l’Éternel : égayez-vous et chantez de joie, vous tous qui êtes droits de cœur ».

La parabole du pharisien et du péager (Luc 18, 9-14) a pour but de montrer aux pharisiens que leur justice, qui était selon les œuvres de loi ou qui se fondait sur ces œuvres, n’était que de l’orgueil. La conviction de péché, et même la conviction de condamnation, est infiniment précieuse chez le péager. C’est elle qui humilie les pécheurs. Il y a là cette crainte de Dieu qui est le commencement de la sagesse. Il y a de plus, chez le péager, un recours en grâce, quoique joint à l’idée que le Dieu auquel on s’adresse est un Dieu irrité contre les pécheurs. Quoi qu’il en soit de telles dispositions, on y est infiniment plus près du royaume de Dieu que dans les dispositions précédentes. Toutefois le langage de la foi ou d’un cœur purifié, net et droit devant Dieu, ne se trouve ni dans la bouche de l’orgueilleux pharisien ni dans celle de l’humble péager. Ce dernier était plus près que l’autre d’être purifié. Mais, même en sortant du temple, il ne l’était pas encore.

L’orgueil étouffe, chez tout homme pécheur, le sentiment de ses besoins les plus réels. L’orgueil s’approche de Dieu mais il y sera jugé. La foi ne se tient jamais éloignée de Dieu. Elle saisit la grâce qui répond absolument à tous les besoins. La satisfaction des besoins ne vient qu’après l’expression de ces mêmes besoins, selon une plus ou moins grande connaissance de l’amour de Dieu, et dans la foi en cet amour ; mais sans cette connaissance, et sans cette foi, l’expression des besoins d’un pécheur n’est pas encore le langage de la foi qui justifie.

Tout cœur, qui n’est pas lavé et purifié par le sang de Christ, est un cœur souillé, ou par la propre justice ou par le poids du péché. « La lumière est semée pour le juste, et la joie pour ceux qui sont droits de cœur ».

Ni Adam ni Caïn n’étaient droits de cœur, lorsqu’ils se cachaient devant l’Éternel au lieu d’aller à Lui, en confessant et en délaissant leur transgression. Tous deux se tiennent également éloignés de Dieu, par l’effet de l’incrédulité. Cet éloignement ne cesse jamais pour le méchant. « Il n’y a point de paix pour le méchant, a dit mon Dieu ». Il cessa pour le croyant, dès qu’il eut reçu et accepté les promesses de Celui qui est puissant pour les accomplir.

L’ignorance, aussi bien que l’incrédulité, produit nécessairement la crainte en face d’un Dieu qui est cependant toujours amour en Lui-même.

La vue du Christ crucifié fut ce qui attira le cœur du pauvre brigand et l’ouvrit à la foi. Son âme se répandit bientôt ensuite devant le Seigneur. Il confessa ses crimes et reconnut la justice de Christ ; puis, dès que ce misérable brigand se fut réclamé de la bonté du Seigneur, il fut introduit dans le paradis pour y attendre, dans l’allégresse, la résurrection et la gloire avec tous les saints. Ceux qui possèdent la lumière de la connaissance de la gloire de Dieu, en la face de Jésus Christ, ne sont-ils pas, dans le sens le plus élevé, les bienheureux « fils des hommes », dont parle le psaume 36 ? Par Sa clarté ils voient clair et s’approchent de la source de leur vie en disant : « Continue ta gratuité sur ceux qui te connaissent ; et ta justice sur ceux qui sont droits de cœur ». Cette justice de Dieu n’est-elle pas leur robe de noces ? Aussi ont-ils le mal en horreur et sont-ils attentifs à bien faire. Telle est la crainte de Dieu, chez les justes, comme l’explique le psaume 130, 4 : « Il y a pardon par devers toi, afin que tu sois craint ». L’orgueilleux, au contraire, « se flatte lui-même lorsque son iniquité se présente pour être haïe ». C’est là un effet constant de la propre justice, même chez les chrétiens. La seule idée qu’il y a un Dieu juste et fidèle fait frissonner l’orgueilleux ; c’est pourquoi il dit en son cœur qu’il n’y a point de Dieu. N’est-ce pas la terreur poussée jusqu’à l’absurdité ?

Toute la riche exhortation d’Éphésiens 5, tire sa substance et sa force de l’amour de Dieu envers Ses enfants, puis de la position de ceux-ci en Christ. Or, quant à cette dernière, l’Esprit nous dit : « Vous êtes lumière dans le Seigneur ».

C’est ainsi que, à un autre point de vue, l’Esprit avait dit : « Vous êtes justice de Dieu en Lui ».

Mais si Dieu est la lumière qui manifeste tout, comment pourrons-nous marcher comme des enfants de lumière, comment pourrons-nous demeurer dans la lumière pour avoir communion les uns avec les autres et tous ensemble avec Son Fils Jésus Christ ? Cela nous sera impossible aussi longtemps que notre foi n’aura pas saisi la profondeur de cette parole : « Vous êtes lumière dans le Seigneur » (cf. 1 Jean 1, 5-7 ; et 2, 6).

Le Seigneur Jésus nous a montré, dans Sa vie en la chair, le côté pratique de cette vérité : Nous voyons en Lui la nature divine dans l’homme, car Il était Dieu manifesté en chair : « Lui, lumière, était venu dans le monde afin qu’aucun homme croyant en Lui ne demeurât dans les ténèbres ». Parce que le Père demeurait en Lui et Lui dans le Père, Jésus, sur la terre, pouvait dire que le Fils de l’homme était au ciel.

Or, maintenant, cette lumière du monde est remontée au ciel. Mais, là encore, Jésus est la lumière de la vie. Christ est notre vie, cachée avec Lui en Dieu. En regardant à Lui nous sommes dans la lumière, parce que nous sommes lumière en Lui, devant Dieu. Si je regarde à Christ, je suis dans la lumière ; je suis illuminé par la clarté de Sa face et je marche vers le foyer même de la clarté qui m’illumine. Cette activité de la foi, c’est Christ en nous, contemplant Christ en Dieu et nous en Christ.

Si ma foi réalise cette parole : « Vous êtes lumière dans le Seigneur », tout ce qui tient à la chair sera manifesté et jugé en moi, et le fruit de la lumière sera produit tout entier.

Aucune tache ne peut subsister dans la lumière. Aucun sentiment de péché n’est compatible avec ma présence, en Christ, devant le Père des lumières. S’il existe une seule idée de péché entre moi et Dieu, je ne peux ni entrer en Sa présence, ni avoir communion avec « mes frères saints ». « Mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur » : Voilà ce qui me donne le désir et la force de marcher moi-même comme aussi Christ a marché. Si donc je veux servir Dieu en Esprit et en vérité, il faut que je sois tellement lavé et purifié, que je puisse avoir une conscience absolument nette et pure de toute souillure, pour entrer et pour demeurer en la présence de Dieu dans le lieu très saint et pour chanter en chœur avec les justes de tous les temps : « Ô Dieu ! combien ta grâce est précieuse, aussi les fils des hommes se retirent à l’ombre de tes ailes. Ils sont abondamment rassasiés de la graisse de ta maison ; tu les abreuves au fleuve de tes délices ».

David demeura près d’une année dans son triste état d’incrédulité, de péché et par conséquent d’éloignement de Dieu. Mais à l’instant même où il eut dit : « J’ai péché contre l’Éternel », la voix du pardon se fit entendre à son âme. Alors David retrouva la paix et, avec elle, la joie de son salut. Ensuite, dès que le jugement de l’Éternel eut retranché le fils de Bath-Shéba (et cela uniquement en vue du maintien de la gloire de Son grand nom), « David se leva de terre, se lava, s’oignit et changea d’habits ; et il entra dans la maison de l’Éternel et se prosterna… ». N’est-ce pas là comme le sujet du texte de Hébreux 10, 19-24 ?… « Assurance pour entrer dans le sanctuaire… approchons-nous avec un cœur vrai, en pleine certitude de foi, ayant lavé les cœurs d’une mauvaise conscience et ayant lavé le corps d’eau pure… car celui qui a promis est fidèle ».

Le psaume 32 et le 51, nous racontent les expériences de David en cette circonstance. Ils furent très probablement composés dans le temps même, où le roi-prophète s’approcha de l’Éternel dans ce sentiment d’allégresse et de reconnaissance que produit toujours la grâce qui ôte la culpabilité (ou plutôt la coulpe du péché, comme disaient les anciens) : « Tu es mon asile ; tu me gardes de détresse ; tu m’environnes de chants de triomphe à cause de la délivrance », s’écrie l’âme qui vient de faire pleinement l’expérience de la grâce du Seigneur.

Les seules expériences qui méritent le nom de chrétiennes[5], racontent toujours la bonté du Seigneur. Le toi y est toujours le sujet du discours. Le moi n’y paraît que comme l’objet de l’amour de Celui qui est fidèle dans Son amour.

Un seul regard, porté sur Celui qui avait prié pour lui, afin que sa foi ne défaillît point, fut suffisant pour convaincre Pierre de péché et, en même temps, pour l’humilier profondément. Dès cet instant le pauvre disciple ne se vanta plus de quoi que ce soit de bon, comme venant de lui-même. Il ne souhaitait plus rien que de s’en remettre, pour toutes choses, à son Dieu qui connaissait son cœur et qui, étant Celui qui y agissait en amour, savait mieux que lui-même ce qui en était. Pierre humilié ne dit plus : « Seigneur, pourquoi ne puis-je te suivre maintenant ? Je laisserai ma vie pour toi. Lors même qu’il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai pas ». Lorsqu’il est sur la voie du relèvement, il ne s’agit plus de ce que le disciple pense de lui-même. Il sait trop bien à quoi s’en tenir sur ce point.

Pierre, mis finalement par Jésus Lui-même en demeure de s’expliquer, répond simplement : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu connais que j’ai de l’affection pour toi ». Voilà comment l’intime connaissance et la présence de Celui qui a été mort, mais qui est vivant, dépouille le chrétien de lui-même, le rend plein de confiance en Jésus et purifie son cœur, tout en gardant ses lèvres de ce qui pourrait avoir seulement une apparence de propre justice. Cette pleine confiance, ce repos de Pierre en Jésus, le rendirent capable de suivre le Seigneur et de glorifier Dieu jusque dans la mort ; capable d’aller là où il n’aurait pas voulu et, avant tout, capable de fortifier ses frères. Tel est l’effet d’un seul regard de la foi qui cherche et rencontre le regard de son Sauveur : « Je te guiderai de mon œil », dit le Seigneur à ceux dont Il veut mettre le cœur au large, afin qu’ils puissent courir dans la voie de ses commandements.

L’apôtre Paul nous fournit encore un autre exemple de cette soumission, de cet abandon complet de soi-même et de son propre cœur au jugement du Seigneur. Lorsqu’il parlait de son ministère, Paul était capable de dire : « Je n’ai rien sur ma conscience » (1 Cor. 4, 4). Cependant il ne s’assure point là-dessus, mais il s’en remet à la connaissance divine et à la grâce de Celui qu’il sert, de Celui qui le fortifie et qui le récompensera. Il ajoute aussitôt : « Mais je ne suis pas, pour cela, justifié ». Sa confiance repose uniquement sur Jésus : « Celui qui me juge, c’est le Seigneur ».

Quelle que soit notre opinion sur nous-mêmes, quelque soit l’état de notre cœur, c’est à Dieu seul que nous avons affaire, à un Dieu qui veut absolument nous avoir près de Lui, qui connaît toutes choses et qui juge et justifie les siens selon la grandeur de Ses propres miséricordes en Jésus Christ.

L’assurance chrétienne (la hardiesse filiale de l’Esprit d’adoption) ne dépend nullement de quoi que ce soit qui puisse se trouver en nous. C’est le contraire qui est vrai ; car notre joie et notre assurance dépendent de Jésus. Dieu les a attachées à Jésus qu’Il a établi et agréé comme victime, comme propitiatoire par la foi en son sang, et comme grand souverain Sacrificateur sur la maison de Dieu. Or c’est nous qui sommes cette maison, cette bienheureuse famille de Dieu : « La grâce environne celui qui s’assure en l’Éternel ». « Je serai dans la maison de Dieu comme un olivier qui verdit ».

Il faut que Dieu, le Dieu qui est amour, préside à toute notre vie, et nous ne pouvons nous affermir dans cette position que par une pleine confiance en la sacrificature de Christ. C’est pourquoi il est de toute importance que nous possédions la conscience de notre justification et de notre réconciliation avec Dieu, par le moyen de la mort et de la résurrection de notre Sauveur. Je ne crois point inutile de répéter que Sa sacrificature ne s’exerce pas envers des pécheurs comme tels, mais qu’elle s’exerce en faveur des saints, des fidèles, des justes, ou, si l’on veut, envers des pécheurs justifiés « par la foi en son sang ».

Christ mourut pour nous (à notre place et en notre faveur) « nous étant encore des pécheurs ». Mais Il est « ressuscité à cause de notre justification ». « Car si, cherchant à être justifiés en Christ, nous étions, nous aussi, trouvés des pécheurs, Christ serait donc serviteur de péché. Qu’ainsi n’advienne ! ». Christ exerce Son glorieux office de grand souverain Sacrificateur, sur la maison de Dieu et en faveur des croyants « qui s’approchent de Dieu par son moyen » (Rom. 5, 6, 8, 9, 11 ; Gal. 2, 17 ; cf. Rom. 3, 9 ; 6, 17, 18, 20, 22 ; etc.).

Voilà, bien-aimés frères, comment nous pouvons avoir assurance devant Dieu avec un cœur droit. C’est en nous reposant uniquement, mais complètement, par l’œuvre de Christ, sur la fidélité et la justice du Père des miséricordes.

Lorsque notre cœur nous reprend, c’est un effet béni de la vie et de la lumière divines qui jugent, en nous, tout ce qui n’est pas conforme à Christ. Alors nous n’avons rien autre à faire qu’à nous approcher de Dieu par Christ et à « décharger nos cœurs devant Lui » (Ps. 62, 8). Il y a une grande promesse, une promesse infinie, attachée à l’état d’un cœur qui est rempli de confiance en Dieu : « Si notre cœur ne nous reprend pas, nous avons assurance devant Lui et quelque chose que nous demandions, nous la recevons de Lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons les choses qui sont agréables devant Lui » (Jean 15, 7, 16 ; Jacq. 1, 6, 7).

Dieu veut notre bonheur, notre paix, notre joie et notre sûreté — tout autant de bénédictions qu’Il a renfermées dans la foi et la confiance en Son Fils bien-aimé. La connaissance de Sa volonté enlève la crainte et la fraude de nos cœurs. Elle les remplace par un véritable besoin de nous approcher sans retard du Père céleste, en tout temps et quoi qu’il en soit. Soit que nos cœurs nous reprennent, soit qu’ils ne nous reprennent pas, c’est Dieu qui les mettra au large avec Lui-même et qui les y conservera par le moyen de Jésus Christ.

Dieu est seul notre refuge, notre assurance et notre haute retraite : « Je crierai à toi du bout de la terre, lorsque mon cœur se pâme : conduis-moi sur cette roche qui est inaccessible (pour moi), car tu es mon refuge, ma haute tour devant l’ennemi ». « Je m’assure en la grâce de Dieu, pour toujours et à perpétuité. Je te célébrerai à jamais pour ce que tu as fait, et j’espérerai en ton nom, parce qu’il est bon envers tes bien-aimés ».

Seigneur, augmente-nous la foi ! Par son énergie seule, nous pouvons repousser les suggestions de nos mauvais cœurs d’incrédulité et « retenir ferme la grâce, au moyen de laquelle nous rendions culte à Dieu d’une manière qui lui soit agréable, avec respect et crainte »[6].



  1. Tisch, texte.
  2. έϰεἴνός, Celui-là : ce pronom désigne des choses ou des personnes soit comme connues soit comme absentes ou éloignées. Jean l’emploie souvent dans ces deux sens, pour désigner Celui qui occupait toutes ses pensées (1 Jean 2, 6 ; 3, 3, 5, 7, 16 ; 4, 17 ; Jean 1, 8, 18 ; 2, 21 ; 3, 28, 30 ; 4, 25).
  3. Demandes et réponses.
  4. Prov. 28, 13 ; 1 Jean 1, 7-9 ; Ps. 32, 1-5 ; 51, 4-6 ; Héb. 10, 19-23 ; 1, 12.
  5. Une des ruses les plus diaboliques de l’ennemi consiste à nous entretenir de nous-mêmes et de la dureté de nos cœurs, pour nous éloigner de la grâce. L’Esprit de grâce, au contraire, nous humilie, parce que Son dessein est de mettre pleinement en lumière la source même d’où découlent toutes les manifestations extérieures du péché. Il est rare, s’il n’est pas impossible, qu’un chrétien qui s’occupe beaucoup de ses péchés, les juge et les rejette complètement. L’incrédulité, source de tout péché, respire dans le mal. Elle étouffe dans la grâce. Nos cœurs ne peuvent être affermis que par cette grâce, pleine, entière, prévenante, riche, suffisante, éternelle, permanente et souveraine, qui a su ouvrir au pécheur ruiné sans ressource, un libre et facile accès, un accès de chaque instant auprès de Dieu le Père ; grâce qui donne à de tels misérables l’héritage d’un royaume inébranlable, permanent et incorruptible.
    Chaque fois que je suis découragé ou abattu (je ne dis pas humilié, bien au contraire) ou même étonné par une manifestation inattendue de ma profonde dépravation naturelle, je reçois une invitation pratique à me pénétrer plus sincèrement du jugement de Dieu sur l’homme. J’ai probablement vécu, à mon insu, dans la secrète illusion d’une supériorité qui me plaçait plus ou moins en dehors de l’état réel de ma race devant Dieu. Quelque idée secrète d’amélioration obscurcissait encore, à ma vue, la profondeur de l’idée divine que doit exprimer le mot perdu et le mot sauvé. La croix de Christ n’a pas encore pleinement dépouillé de telles âmes en atteignant, selon Dieu, le fond du cœur et de la conscience, afin qu’elles puissent « se fortifier dans le Seigneur et dans le pouvoir de sa force ».
    Il ne suffit pas de dire après Paul : « Je sais qu’il n’habite pas de bien en moi, c’est-à-dire en ma chair ». Il faut le dire avec Paul en le croyant comme Paul. Il faut le savoir comme Paul. Plus une âme est affermie dans la grâce, plus elle est personnellement pénétrée de l’étendue de cette vérité aussi salutaire qu’humiliante. Alors rien n’épouvante plus le fidèle pour l’arrêter dans ses progrès (Phil. 3, 14). Le mal même, le péché qui s’est emparé du monde, n’a-t-il pas été l’occasion pressante du déploiement de la gloire de Dieu, l’occasion de la mise en œuvre de toutes les infinies ressources de Ses adorables perfections ? N’est-ce pas « par la grâce de Dieu » qu’Il « a goûté la mort pour tout, cet Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » ?
    La grâce surmonte le mal par le bien. Elle seule sait le faire selon la justice. C’est la croix. Parce que l’homme déchu était enfermé dans un abîme sans autre issue que la mort et une éternelle ruine, Jésus y est descendu pour abolir le péché, pour annuler celui qui a l’empire de la mort, et pour détruire les œuvres du diable dans la création de Dieu. Voilà les choses dont les frères doivent s’entretenir ensemble. Leur force n’est pas dans le mal mais dans la grâce.
    Qu’un frère vienne raconter à une assemblée, qu’il n’a pu retrouver la joie de son salut que longtemps après avoir reçu le pardon de sa transgression ; donnera-t-on cela pour une expérience conforme à la parole de la justice (Héb. 5, 13, 14 ; Rom. 5, 4 ; 1 Jean 2, 13, 14 ; Héb. 6, 1) ? La chair est capable de tout plutôt que de consentir à ne pas faire du bruit. Mais ce n’est qu’une expérience d’incrédulité.
    Et si un autre frère se lève pour raconter une expérience diamétralement opposée, n’est-il pas vrai qu’il a été, des deux, le plus promptement jugé et humilié ? Lui seul a raconté une expérience vraiment chrétienne.
    Toutefois la vraie humiliation, qui produit l’humilité dans une complète purification, n’aimera jamais à étaler de telles expériences.
  6. Ou révérence, piété. C’est proprement la précaution, la circonspection et même la prudence.