Messager Évangélique:Exode chapitre 14

De mipe
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C.H. Mackintosh

« Ceux qui descendent sur la mer dans des navires, faisant commerce parmi les grandes eaux, ceux-là voient les œuvres de l’Éternel, et ses merveilles dans les lieux profonds » (Ps. 107, 23, 24). Combien cela est vrai ! Et néanmoins comme nos cœurs lâches reculent devant ces « grandes eaux » ! Nous préférons les hauts-fonds, et par conséquent nous sommes privés de voir les œuvres et les merveilles de notre Dieu ; car elles ne se voient et ne sont connues que « dans les lieux profonds ».

C’est au jour de l’épreuve et des difficultés que l’âme fait quelque expérience du grand et indicible bonheur qu’il y a à pouvoir compter sur Dieu. Si tout cheminait facilement, il n’en serait pas ainsi. Ce n’est pas quand on glisse sur la surface d’un lac tranquille, que la réalité de la présence du Maître est sentie ; mais on en fait l’expérience quand la tempête mugit et que les flots couvrent la nacelle. Le Seigneur ne nous offre pas la perspective d’un chemin exempt d’épreuves et de tribulations ; bien au contraire, Il nous dit que nous rencontrerons les unes et les autres ; mais Il nous promet d’être avec nous au milieu de ces choses, et cela vaut infiniment mieux que d’en être exempts. Il vaut bien mieux jouir de la présence de Dieu dans l’épreuve, que d’être exempt de l’épreuve sans faire cette précieuse expérience. Éprouver que le cœur de Dieu sympathise avec nous est bien plus doux que d’éprouver la puissance de Sa main pour nous. La présence du Maître au milieu de Ses fidèles serviteurs, pendant qu’ils passaient par la fournaise, était bien meilleure que n’aurait été la manifestation de Sa puissance pour les en préserver (Dan. 3). Souvent nous voudrions qu’il nous fût accordé de cheminer en avant sans épreuve, mais nous y perdrions beaucoup. Jamais la présence du Seigneur n’est aussi douce que dans les moments de grande difficulté.

C’est ce qu’éprouvèrent les Israélites dans les circonstances qui sont rapportées dans ce chapitre. Ils sont là dans une difficulté accablante, insurmontable. Ils sont appelés à « faire commerce parmi les grandes eaux » : « toute leur sagesse leur manque » (Ps. 107, 27). Pharaon, se repentant de les avoir laissés sortir de son pays, se décide à faire un effort désespéré pour les y ramener. « Alors il fit atteler son chariot, et il prit son peuple avec lui. Il prit donc six cents chariots d’élite, et tous les chariots d’Égypte, et il avait des capitaines sur tout cela. — Et lorsque Pharaon se fut approché, les enfants d’Israël levèrent leurs yeux, et voici, les Égyptiens marchaient après eux ; et les enfants d’Israël eurent une fort grande peur, et crièrent à l’Éternel » (v. 6-10). C’était une scène qui mettait à l’épreuve profondément ; une scène au milieu de laquelle tout effort humain devenait inutile. Les Israélites auraient pu, tout aussi bien, tenter de faire reculer le puissant flux de l’océan avec un brin de paille, que de tenter de se tirer d’affaire eux-mêmes par un effort quelconque. La mer était devant eux ; derrière eux, les armées de Pharaon, et autour d’eux les montagnes ; et tout ceci était permis et ordonné de Dieu ! Dieu avait choisi le terrain où Israël devait camper « devant Pi-Hahiroth, entre Migdol et la mer vis-à-vis de Baal-Tsephon ». De plus c’est Lui qui permit que Pharaon les atteignît. Pourquoi cela ? Précisément pour se manifester Lui-même dans le salut de Son peuple, et dans la défaite complète des ennemis de ce peuple. « Il a fendu la mer Rouge en deux, parce que sa bonté demeure à toujours ; et a fait passer Israël par le milieu d’elle, parce que sa bonté demeure à toujours ; et a renversé Pharaon et son armée dans la mer Rouge, parce que sa bonté demeure à toujours » (Ps. 136).

Il n’y a pas, dans toutes « les traites » des rachetés de Dieu dans le désert, une seule position dont les limites n’aient été soigneusement tracées par la main de la toute-sagesse et de l’amour infini. La portée spéciale et l’influence particulière de chacune de ces positions, sont calculées avec soin. Les Pi-Hahiroth et les Migdol sont tous disposés d’une manière qui est en rapport immédiat avec la condition morale de ceux que Dieu conduit à travers les détours et les labyrinthes du désert, et de façon aussi à manifester le vrai caractère de Dieu. Si l’incrédulité suggère souvent cette question : Pourquoi en est-il ainsi ? — Dieu le sait ; et sans aucun doute, Il révélera le pourquoi, toutes les fois que cette révélation pourra contribuer à Sa gloire et au bien de Son peuple. Ne nous demandons-nous pas bien souvent pourquoi et dans quel but nous sommes placés dans telle ou telle circonstance ? Ne nous tourmentons-nous pas souvent pour savoir la raison pour laquelle nous sommes exposés à telle ou telle épreuve ? Combien ne ferions-nous pas mieux de courber la tête dans une humble soumission, et de dire : « Tout va bien », et : « Tout ira bien » ! Quand c’est Dieu qui fixe notre position, nous pouvons être sûrs qu’elle est choisie avec sagesse et qu’elle est salutaire ; et même, quand nous l’avons follement et volontairement choisie nous-mêmes, Dieu, dans Sa miséricorde, domine notre folie, et fait que la puissance des circonstances, dans lesquelles nous nous sommes placés, travaille à notre bien spirituel.

C’est quand les enfants de Dieu se trouvent dans les plus grands embarras et les plus grandes difficultés, qu’ils ont le privilège de voir les plus belles manifestations du caractère et de l’activité de Dieu ; et pour cette raison, Il les place souvent dans l’épreuve, afin de se manifester Lui-même d’une manière d’autant plus signalée. Il aurait pu conduire Israël par la mer Rouge, et le faire arriver bien au-delà des atteintes des armées de Pharaon, avant même que celui-ci eût quitté l’Égypte ; mais cette voie n’aurait pas glorifié aussi pleinement Son nom, ni confondu, d’une manière aussi complète, l’ennemi dans lequel Il voulait « se glorifier » (v. 17). Nous perdons trop fréquemment de vue cette grande vérité, et la conséquence en est, qu’au temps de l’épreuve, le cœur nous manque. Si nous pouvions n’envisager une crise difficile, que comme une occasion pour Dieu de faire paraître, en notre faveur, la pleine suffisance de la grâce divine, nos âmes conserveraient leur équilibre, et nous pourrions glorifier Dieu, même au milieu des plus profondes eaux.

Le langage des Israélites, dans l’occasion qui nous occupe, peut nous étonner, et nous sembler difficile à expliquer ; mais plus nous connaîtrons nos mauvais cœurs incrédules, plus aussi nous verrons combien est grande la ressemblance qu’il y a entre nous et ce peuple. Il semble qu’ils avaient oublié la manifestation récente de la puissance divine en leur faveur. Ils avaient vu les dieux de l’Égypte jugés, et la puissance de l’Égypte abattue sous la verge de Jéhovah. Ils avaient vu la même main rompre la chaîne de fer de l’esclavage égyptien et éteindre la fournaise. Ils ont vu toutes ces choses, et néanmoins, dès qu’un nuage obscur apparut sur leur horizon, leur confiance se perd, le cœur leur manque ; et ils donnent libre cours à leurs murmures incrédules, disant : « Est-ce qu’il n’y avait pas de sépulcres en Égypte, que tu nous aies emmenés pour mourir au désert ? Qu’est-ce que tu nous as fait, de nous avoir fait sortir d’Égypte ? — Il vaut mieux que nous les servions que si nous mourions au désert » (v. 11, 12). L’aveugle incrédulité ne peut qu’errer toujours, et que scruter en vain les voies de Dieu. Cette incrédulité est la même dans tous les temps ; c’est elle qui conduisit David, dans un mauvais jour, à dire : « Certes, je périrai un jour par les mains de Saül, ne vaut-il pas mieux que je me sauve au pays des Philistins ? » (1 Sam. 27, 1). Et comment les choses tournèrent-elles ? Saül fut tué en la montagne de Guilboa, et le trône de David fut établi pour toujours. C’est l’incrédulité encore qui, dans un moment d’abattement profond, porta Élie le Thishbite à s’enfuir, pour sauver sa vie, de devant les menaces furieuses de Jézabel. Et qu’arriva-t-il ? Jézabel fut brisée sur le pavé, et Élie fut enlevé au ciel dans un chariot de feu.

Il en fut de même des enfants d’Israël au tout premier moment de l’épreuve. Ils crurent véritablement que Jéhovah n’avait pris tant de peine pour les délivrer de l’Égypte, que dans le but de les faire mourir au désert. Ils s’imaginaient que s’ils avaient été préservés de la mort par le sang de l’agneau pascal, c’était afin qu’ils fussent ensevelis dans le désert. Ainsi raisonne toujours l’incrédulité. Elle nous porte à interpréter Dieu en présence de la difficulté, au lieu d’interpréter la difficulté en présence de Dieu. La foi se place au-delà de la difficulté, et là, elle trouve Dieu dans toute Sa fidélité, Son amour et Sa puissance. Le croyant a le privilège d’être toujours dans la présence de Dieu. Il y a été introduit par le sang du Seigneur Jésus, et il ne devrait rien souffrir de ce qui pourrait l’ôter de là. La place même qui lui a été faite dans la présence de Dieu, il ne peut jamais la perdre, attendu que Christ, son chef et son représentant, l’occupe pour lui. Mais, bien qu’il ne puisse pas perdre la chose elle-même, il peut en perdre la jouissance, l’expérience et la puissance. Toutes les fois que les difficultés se placent entre son cœur et le Seigneur, il ne jouit évidemment pas de la présence du Seigneur ; mais il souffre en face de ces difficultés, tout comme quand un nuage se place entre nous et le soleil, il nous prive pour un moment de la jouissance de ses rayons. Le nuage n’empêche pas le soleil de luire, il ne fait que nous empêcher d’en jouir. Ainsi en est-il exactement, quand nous souffrons que les épreuves, les peines et les difficultés de la vie dérobent à nos âmes les brillants rayons de la face de notre Père, qui reluit d’un invariable éclat, en la personne de Jésus Christ. Il n’y a point de difficulté trop grande pour notre Dieu ; bien plus, plus la difficulté est grande, plus Il a occasion d’intervenir, selon Son propre caractère, comme le Dieu tout bon et tout puissant. Sans doute, la position d’Israël, telle qu’elle est décrite dans les premiers versets de ce chapitre, était une position qui mettait profondément à l’épreuve, et qui devait accabler la chair et le sang ; mais aussi, le Maître du ciel et de la terre était là, et les enfants d’Israël n’avaient qu’à se reposer sur Lui.

Cependant, comme nous défaillons promptement, cher lecteur, quand arrive l’épreuve. Les sentiments dont nous parlons ont un son agréable pour l’oreille, et paraissent très beaux sur le papier, et, que Dieu en soit béni ! ils sont divinement vrais ; mais la chose importante, c’est de les mettre en pratique, quand vient l’occasion. C’est en les pratiquant qu’on en éprouve réellement et la puissance et la félicité. « Si quelqu’un veut faire sa volonté, il connaîtra de la doctrine si elle est de Dieu » (Jean 7, 17).

« Et Moïse dit au peuple : Ne craignez point, arrêtez-vous et voyez la délivrance de l’Éternel, laquelle il vous donnera aujourd’hui ; car pour les Égyptiens que vous avez vus aujourd’hui, vous ne les verrez plus. L’Éternel combattra pour vous, et vous demeurerez tranquilles » (v. 13, 14). « Demeurer tranquilles ! » c’est là le premier acte de la foi en présence de l’épreuve. Pour la chair et le sang c’est chose impossible. Tous ceux qui connaissent, en quelque mesure, l’agitation du cœur humain dans les épreuves et les difficultés qu’on anticipe, pourront se faire quelque idée de ce qu’implique le fait de « demeurer tranquille ». La nature veut faire quelque chose. Elle courra ici et là. Elle voudrait avoir une part dans l’œuvre. Et, bien qu’elle essaie de justifier et de sanctifier ses actes, en leur donnant le titre pompeux et trop usité de « emploi légitime des moyens », ce qu’elle fait n’est néanmoins que le fruit direct et positif de l’incrédulité, qui toujours exclut Dieu, et ne voit rien que le sombre nuage de sa propre création. L’incrédulité crée ou grandit les difficultés, et puis fait appel pour les enlever à nos propres efforts et à notre remuante et infructueuse activité, qui ne font en réalité que soulever autour de nous une poussière, qui nous empêche de voir le salut de Dieu.

La foi, au contraire, élève l’âme au-dessus des difficultés, pour lui faire regarder directement à Dieu Lui-même, et elle nous rend ainsi capables de « demeurer tranquilles ». Nous ne gagnons rien par nos efforts et notre inquiète agitation. « Tu ne peux faire un cheveu blanc ou noir, ni ajouter une coudée à ta taille » (Matt. 5, 36 ; 6, 27). Qu’est-ce qu’Israël aurait pu faire devant la mer Rouge ? Pouvaient-ils la mettre à sec ? Pouvaient-ils aplanir les montagnes ? Pouvaient-ils anéantir les armées de l’Égypte ? Ils étaient là, environnés d’un mur impénétrable de difficultés, à la vue duquel la nature ne pouvait que trembler et sentir son entière impuissance ! Mais c’était là précisément, pour Dieu, le moment d’agir. Quand l’incrédulité est chassée, alors Dieu peut entrer sur la scène ; et pour avoir une vue juste de Ses actions, il faut « demeurer tranquilles ». Chaque mouvement de la nature, en raison égale de la portée qu’il a, est un empêchement positif à ce que nous apercevions l’intervention divine en notre faveur, et à ce que nous en jouissions.

Il en est ainsi pour nous dans chacune des phases de notre histoire. Il en est ainsi pour nous, comme pécheurs, alors que, sous le sentiment de malaise que donne le péché pesant sur la conscience, nous sommes tentés d’avoir recours à nos propres actes, pour obtenir du soulagement. C’est alors que, réellement, nous devons « demeurer tranquilles », afin de voir « la délivrance de Dieu ». Car, qu’aurions-nous pu faire dans l’œuvre de l’expiation pour le péché ? Aurions-nous pu être avec le Fils de Dieu sur la croix ? Aurions-nous pu descendre avec Lui dans « le puits bruyant et le bourbier fangeux » (Ps. 40, 2) ? Aurions-nous pu nous frayer un passage, jusque sur ce roc éternel, sur lequel Il a pris place dans la résurrection ? Tout esprit droit dira que cette pensée serait un audacieux blasphème. Dieu est seul dans la rédemption ; et quant à nous, nous n’avons qu’à « demeurer tranquilles », et à « voir la délivrance de Dieu ». Le fait même que c’est la délivrance de Dieu, prouve que l’homme n’a rien à y faire.

Le principe n’est pas différent une fois que nous sommes entrés dans la carrière chrétienne. Dans chaque nouvelle difficulté, qu’elle soit grande ou petite, notre sagesse est de « demeurer tranquilles », de renoncer à nos propres œuvres, et de chercher notre repos dans la délivrance de Dieu. Nous ne devons pas non plus faire de distinctions entre les difficultés : nous ne pouvons pas dire qu’il y en ait de légères, auxquelles nous puissions faire face nous-mêmes, tandis que, dans d’autres, la main de Dieu seule est efficace. Non, elles dépassent toutes également nos forces. Nous sommes tout aussi incapables de changer la couleur d’un cheveu, que de transporter une montagne ; de créer un brin d’herbe, que de créer un monde. Toutes ces choses sont semblables pour nous, et elles sont toutes semblables pour Dieu. Nous n’avons donc qu’à nous abandonner, avec une foi confiante, aux mains de Celui qui « s’abaisse (également) pour regarder les choses qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre » (Ps. 113, 6). Nous nous trouvons quelquefois portés d’une manière triomphante, à travers les plus grandes épreuves, tandis que d’autres fois nous perdons courage, nous tremblons, nous défaillons, sous les dispensations les plus ordinaires. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que, dans les grandes épreuves, nous sommes contraints de rejeter notre fardeau sur le Seigneur, tandis que, dans les difficultés moins grandes, nous essayons follement de le porter nous-mêmes.

« L’Éternel combattra pour vous, et vous demeurerez tranquilles » (v. 14). Précieuse assurance ! Combien n’est-elle pas propre à tranquilliser l’esprit en présence des difficultés les plus sérieuses et les dangers les plus grands ! Le Seigneur se place non seulement entre nous et nos péchés, mais encore entre nous et les circonstances au milieu desquelles nous nous trouvons. Dans le premier cas, Il nous donne la paix de la conscience ; dans le second, Il nous donne la paix du cœur. Ce sont deux choses parfaitement distinctes, comme le sait tout chrétien expérimenté. Beaucoup de chrétiens ont la paix de la conscience, sans avoir la paix du cœur. Ils ont vu, par la grâce et par la foi, Christ, dans la divine efficacité de Son sang, entre eux et tous leurs péchés ; mais ils ne savent pas avec la même simplicité envisager Christ, comme étant, dans Sa divine sagesse, Son amour et Son pouvoir, entre eux et les circonstances au milieu desquelles ils sont placés. Il en résulte une différence essentielle dans la condition pratique de leur âme, aussi bien que dans le caractère de leur témoignage. Rien ne contribue plus à glorifier le nom de Jésus, que ce repos tranquille de l’esprit, qui découle de ce que nous avons Jésus entre nous et tout ce qui pourrait être un sujet d’inquiétude pour nos cœurs. « Au cœur affermi tu conserves la vraie paix, parce qu’il se confie en toi » (És. 26, 3).

« Mais », demandera-t-on, « ne devons-nous rien faire ? ». Une autre question pourra servir de réponse, savoir : « Que pouvons-nous faire ? ». Tous ceux qui se connaissent réellement, répondront : rien ! Si donc, nous ne pouvons rien faire, ne faisons-nous pas mieux de « demeurer tranquilles » ? Si le Seigneur agit pour nous, ne faisons-nous pas mieux de nous tenir en arrière ? Courrons-nous donc devant Lui ? Irons-nous nous ingérer dans Sa sphère d’action, et entrer dans Son chemin ? Il est absolument inutile que deux agissent, quand un seul est parfaitement capable de tout faire. Qui songerait à apporter une chandelle allumée pour ajouter de l’éclat à la lumière du soleil en plein midi ? Et pourtant celui qui ferait ainsi pourrait passer pour sage en comparaison de celui qui prétend aider Dieu par son activité mal entendue.

Cependant quand Dieu, dans Sa grande miséricorde, ouvre un chemin, la foi peut y marcher ; elle laisse la voie de l’homme pour suivre celle de Dieu. « Or, l’Éternel avait dit à Moïse : Que cries-tu à moi ? Parle aux enfants d’Israël : qu’ils marchent » (v. 15). Ce n’est que quand nous avons appris à « demeurer tranquilles », que nous pouvons marcher effectivement en avant ; autrement tous nos efforts n’auront d’autre résultat, que de manifester notre folie et notre faiblesse. La vraie sagesse consiste donc à « demeurer tranquilles », quelle que soit la difficulté ou la perplexité dans laquelle on se trouve, à s’attendre uniquement à Dieu, qui certainement nous ouvrira un chemin ; et alors nous pourrons « marcher » paisiblement et heureusement. Il n’y a pas d’incertitude quand c’est Dieu qui nous ouvre un chemin ; mais tout chemin de notre propre invention, est un chemin de doute et d’hésitation. L’homme irrégénéré peut aller en avant avec une apparence de fermeté et de décision, dans sa propre voie ; mais l’un des éléments les plus distinctifs, dans la nouvelle création, c’est la défiance de soi-même, avec la confiance en Dieu qui y répond. C’est quand nos yeux ont vu la délivrance de Dieu, que nous pouvons marcher dans cette voie ; mais nous ne pouvons jamais la voir distinctement, avant que d’avoir été convaincus de l’inutilité de nos propres misérables efforts.

Il y a une force et une beauté particulières dans l’expression : « Voyez la délivrance de l’Éternel ! ». Le fait même que nous soyons appelés à « voir » la délivrance de l’Éternel, prouve que la délivrance est une délivrance complète. Il nous apprend que le salut est une œuvre que Dieu a opérée et révélée pour que nous la voyions et que nous en jouissions. Le salut n’est pas en partie l’œuvre de Dieu, et en partie celle de l’homme ; car dans ce cas, il ne pourrait pas être appelé le salut de Dieu (comp. Luc 3, 6 ; Act. 28, 28). Pour être le salut de Dieu, il faut qu’il soit dépouillé de tout ce qui est de l’homme ; et le seul résultat possible des efforts de l’homme, est d’obscurcir la vue du salut de Dieu.

« Parle aux enfants d’Israël : qu’ils marchent ». Moïse lui-même semble avoir été amené à ne pas savoir que faire ; car l’Éternel lui demande : « Que cries-tu à moi ? ». — Moïse pouvait dire au peuple : « Arrêtez-vous et voyez la délivrance de l’Éternel », tandis qu’il présentait à Dieu les requêtes de son âme en détresse, en criant à Lui. Toutefois, il est inutile de crier lorsque nous devrions agir, tout comme il est inutile d’agir quand nous devrions attendre ; et cependant nous faisons toujours ainsi : nous essayons de marcher quand nous devrions nous arrêter, et nous nous arrêtons quand nous devrions marcher. Les Israélites pouvaient bien se demander : « Où devons-nous aller ? ». Une insurmontable barrière semblait mettre obstacle à tout mouvement en avant. Comment traverser la mer ? Là était la difficulté. Jamais la nature n’aurait pu résoudre cette question ; mais nous pouvons être assurés que Dieu ne donne jamais un commandement, sans communiquer en même temps le pouvoir d’obéir. L’état réel du cœur peut être mis à l’épreuve par le commandement, mais l’âme qui, par la grâce, est disposée à obéir, reçoit d’en haut le pouvoir de le faire. L’homme, auquel Christ commanda d’étendre sa main sèche, aurait pu naturellement demander : « Comment puis-je étendre une main sèche ? » — mais il ne fit aucune question, car avec le commandement, et de la même source, vint le pouvoir pour obéir (comparez Luc 5, 23, 24 ; Jean 5, 8, 9 etc.).

Ainsi aussi, pour Israël, avec le commandement de marcher, vint l’ouverture du chemin. « Et toi, élève ta verge, et étends ta main sur la mer, et la fends ; et que les enfants d’Israël entrent au milieu de la mer à sec » (v. 16). Là était le chemin de la foi. La main de Dieu ouvre la voie, pour que nous puissions y faire le premier pas, et la foi ne demande pas autre chose. Dieu ne donne jamais de direction pour deux pas à la fois. Il faut que nous fassions un pas ; puis nous recevrons de la lumière pour faire un autre pas, et notre cœur sera gardé ainsi dans une dépendance continuelle de Dieu. « Par la foi, ils traversèrent la mer Rouge comme à sec » (Héb. 11, 29). Sans doute, la mer ne fut pas partagée, dans toute son étendue, tout d’un coup : Dieu voulait conduire Son peuple par la « foi », non par la « vue ». On n’a pas besoin de foi, pour commencer un voyage dont on voit le chemin dans toute son étendue ; mais il faut de la foi pour se mettre en route quand on ne voit que le premier pas. La mer s’ouvrait à mesure qu’Israël marchait en avant, en sorte que pour chaque nouveau pas, ils dépendaient de Dieu. Tel était le chemin dans lequel les rachetés de Jéhovah s’avançaient, sous Sa conduite. Ils passaient au travers des sombres eaux de la mort, et il se trouva que « les eaux leur servirent de mur à droite et à gauche » et qu’ils passèrent « à sec » (v. 22).

Les Égyptiens ne pouvaient pas marcher dans ce chemin-là. Ils y entrèrent parce qu’ils virent le chemin ouvert devant eux : pour eux c’était la vue et non la foi. « Ce que les Égyptiens ayant essayé, ils furent engloutis » (Héb. 11, 29). Quand on essaie de faire ce que la foi peut seule accomplir, on ne rencontre que défaite et confusion. Le chemin, dans lequel Dieu appelle Son peuple à marcher, est un sol que la nature ne peut pas fouler. « La chair et le sang ne peuvent pas hériter du royaume de Dieu » (1 Cor. 15, 50) ; ils ne peuvent pas non plus marcher dans les voies de Dieu. La foi est le grand principe caractéristique du royaume de Dieu, et elle seule nous rend capables de marcher dans les voies de Dieu. « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu » (Héb. 11, 6). Dieu est hautement glorifié, quand nous marchons avec Lui, avec les yeux bandés pour ainsi dire, car c’est la preuve que nous avons plus de confiance dans Sa vue, que dans la nôtre. Si je sais que Dieu regarde pour moi, je puis bien fermer les yeux, et cheminer tranquillement dans une sainte assurance. Dans les affaires de la vie humaine, nous savons que, quand une sentinelle ou une garde est à son poste, les autres peuvent dormir paisiblement. Combien plus pouvons-nous nous reposer en toute sécurité, quand nous savons que Celui qui ne sommeille point et ne s’endort point, a l’œil arrêté sur nous, et nous environne de Ses bras (Ps. 121, 4) !

« Et l’ange de Dieu, qui allait devant le camp d’Israël, partit, et s’en alla derrière eux, et la colonne de nuée partit de devant eux, et se tint derrière eux, et elle vint entre le camp des Égyptiens et le camp d’Israël : et elle était aux uns une nuée et une obscurité, et pour les autres, elle les éclairait la nuit : et l’un des camps n’approcha point de l’autre durant toute la nuit » (v. 19, 20). Jéhovah se plaça exactement entre Israël et l’ennemi ; Il fut leur protection. Avant que Pharaon pût toucher à un seul cheveu d’Israël, il aurait fallu qu’il traversât le pavillon même du Tout-puissant, bien plus, le Tout-puissant Lui-même. Dieu se place toujours entre Son peuple et tout ennemi, en sorte que « nulles armes forgées contre lui ne prospéreront » (És. 54, 17). Il s’est placé entre nous et nos péchés, et c’est notre privilège de Le voir entre nous et toute personne et toute chose, qui pourraient être contre nous ; et ainsi seulement nous trouvons à la fois la paix du cœur et la paix de la conscience. Le croyant peut se mettre diligemment et anxieusement à la recherche de ses péchés, mais il ne les trouvera plus : pourquoi ? Parce que Dieu est entre lui et eux. « Il a jeté tous nos péchés derrière son dos » (És. 28, 17), et Il fait en même temps luire sur nous, qu’Il a réconciliés, la lumière de Sa face.

De la même manière, le croyant peut chercher ses difficultés et ne les point trouver, parce que Dieu est entre lui et elles. Si donc, au lieu de nous arrêter sur nos péchés et nos peines, notre œil pouvait s’arrêter sur Christ, plus d’une coupe amère en serait adoucie, plus d’une heure obscure en serait éclaircie. Mais nous faisons sans cesse l’expérience que le plus grand nombre de nos épreuves et de nos chagrins, se compose de maux anticipés et de chagrins imaginaires, qui n’existent que dans notre propre esprit malade, parce qu’il est incrédule. Puisse mon lecteur connaître la paix solide de la conscience et du cœur, qui résulte de ce qu’on a Christ, dans toute Sa plénitude, entre soi et tous ses péchés et toutes ses peines.

Il est à la fois solennel et intéressant, de remarquer le double aspect de la « colonne », dans ce chapitre. « Elle était une nuée et une obscurité » pour les Égyptiens, mais pour Israël, « elle les éclairait de nuit ». Quelle ressemblance avec la croix de notre Seigneur Jésus Christ ! Cette croix a assurément aussi un double aspect. Elle constitue le fondement de la paix du croyant, et elle scelle en même temps la condamnation d’un monde coupable. Le même sang qui purifie la conscience du croyant, et lui donne une parfaite paix, souille cette terre et en consomme le péché. La mission même du Fils de Dieu qui dépouille le monde de son manteau, et le laisse entièrement sans excuse, revêt l’Église d’un glorieux manteau de justice, et remplit sa bouche de louanges continuelles. Le même Agneau, qui remplira de terreur, par la grandeur de Son courroux, toutes les tribus et tous les peuples de la terre, conduira doucement de Sa main, dans les verts pâturages et le long des eaux tranquilles, à toujours, le troupeau qu’Il a racheté par Son sang (comp. Apoc. 6, 15-17, avec 7, 13-17).

La fin de ce chapitre nous montre Israël triomphant sur le bord de la mer Rouge, et les armées de Pharaon submergées dans ses eaux. L’événement prouva donc que les craintes des Israélites, et les discours orgueilleux des Égyptiens, étaient également dépourvus de fondement. L’œuvre glorieuse de Jéhovah avait anéanti et les uns et les autres. Les mêmes eaux qui servaient de mur aux rachetés de Jéhovah servirent de tombeau à Pharaon : ceux qui marchent par la foi trouvent un chemin pour y marcher, tandis que ceux qui essaient d’y marcher, y trouvent un tombeau. C’est une vérité solennelle, que n’affaiblit en aucune manière le fait que Pharaon agissait en opposition ouverte et positive à la volonté de Dieu, alors qu’il « essaya » de passer la mer Rouge : il sera toujours vrai que ceux qui veulent imiter les actes de la foi, seront confondus. Heureux ceux qui peuvent, quelque faiblement que ce soit, marcher par la foi ! Ils suivent un sentier de bénédictions indicibles, un sentier qui, bien qu’il puisse être marqué par des fautes et des infirmités, a néanmoins été commencé en Dieu, se poursuit en Dieu, et se terminera en Lui. Puissions-nous tous entrer davantage dans la divine réalité, la tranquille élévation, et la sainte indépendance de cette voie.

Nous ne quitterons pas cette riche portion du livre de l’Exode, sans rappeler un passage dans lequel l’apôtre Paul fait allusion à « la nuée et à la mer ». « Car, frères, je ne veux pas que vous ignoriez que nos pères ont tous été sous la nuée, et qu’ils ont tous passé par la mer, et qu’ils ont tous été baptisés par Moïse dans la nuée et dans la mer » (1 Cor. 10, 1, 2). Ce passage renferme un enseignement profond et précieux pour le chrétien ; car l’apôtre continue en disant : « Or, ces choses furent des types pour nous » (v. 6), nous apprenant ainsi, d’autorité divine, à interpréter le baptême d’Israël « dans la nuée et dans la mer », d’une manière typique ; et rien assurément ne peut avoir une signification plus profonde et plus pratique. Ce fut comme peuple baptisé de cette manière, que les Israélites commencèrent leur pèlerinage à travers le désert, pour lequel Celui qui est amour avait fait provision de « viande spirituelle » et de « breuvage spirituel ». En d’autres termes, ils étaient, typiquement, un peuple mort à l’Égypte, et à tous ceux qui en faisaient partie. La nuée et la mer étaient pour eux, ce que sont pour nous la croix et la tombe de Christ. La nuée les mettait à l’abri de leurs ennemis, la mer les séparait de l’Égypte ; pareillement la croix nous met à l’abri de tout ce qui pourrait être contre nous, et nous sommes placés de l’autre côté de la tombe de Jésus : c’est de ce point que nous commençons notre voyage à travers le désert ; ici, que nous commençons à goûter la manne céleste, et à boire de l’eau qui découle du « rocher spirituel », tandis que, peuple voyageur, nous cheminons vers cette terre du repos dont Dieu nous a parlé.

J’ajouterai ici, que mon lecteur devrait chercher à comprendre la différence qu’il y a entre la mer Rouge et le Jourdain. L’un et l’autre de ces événements ont leur antitype dans la mort de Christ. Mais tandis que dans le premier, nous voyons la séparation d’avec l’Égypte, dans le dernier nous voyons l’introduction de la terre de Canaan. Les croyants ne sont pas seulement séparés de ce présent siècle mauvais par la croix de Christ, mais Dieu les a fait sortir vivifiés de la tombe de Christ, « ressuscités ensemble et assis ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus » (Éph. 2, 6, 7). Ainsi, bien qu’environnés des choses de l’Égypte, ils sont, quant à leur expérience actuelle, dans le désert, et en même temps ils sont portés, par l’énergie de la foi, au lieu où Jésus est assis à la droite de Dieu. Le croyant n’a pas seulement reçu le « pardon de tous ses péchés », mais encore, il est, de fait, associé à un Christ ressuscité dans les cieux. Il n’est pas seulement sauvé par Christ, mais uni à Lui pour toujours. Rien moins que cela n’aurait pu satisfaire les affections de Dieu, ou effectuer Ses desseins à l’égard de l’Église.

Lecteur, comprenez-vous ces choses ? Les croyez-vous ? Les réalisez-vous ? En manifestez-vous la puissance ? Bénie soit la grâce qui les a fait être invariablement vraies pour chacun des membres du corps de Christ, qu’il soit un œil ou une oreille, une main ou un pied. La vérité de ces choses ne dépend donc pas de leur manifestation par nous, ou de ce que nous les réalisions ou les comprenions, mais du « précieux sang de Christ », qui a effacé tous nos péchés, et posé le fondement de l’accomplissement de tous les conseils de Dieu à notre égard. C’est en cela qu’est le vrai repos pour tout cœur brisé et pour toute conscience chargée[1].



  1. Extrait d’un volume intitulé : « Notes sur l’Exode », traduit de l’anglais de C.H. Mackintosh, et faisant suite aux « Notes sur la Genèse » du même auteur.