Écho du Témoignage:Les captifs de retour à Jérusalem (2)

De mipe
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Néhémie 1-4

C’est douze ans après l’action exercée par Esdras que Néhémie apparaît. Il était encore un pauvre captif à Babylone (ou en Perse, la même chose, en principe) pendant qu’Esdras remplissait à Jérusalem un bon et précieux service envers le Seigneur. Mais, peut-être qu’attaché, comme il l’était, au palais du roi des Perses, il n’avait pas été libre de prendre part au mouvement ou réveil qui avait eu lieu au temps d’Esdras — ou peut-être aussi n’avait-il pas été encore alors vivifié par l’Esprit pour s’y associer.

Il représente un nouveau réveil ; et tout se trouve dans une extrême faiblesse. Néhémie n’est pas un prince de la maison de David, comme Zorobabel, ni un sacrificateur de la famille d’Aaron, comme Esdras. C’est un laïque comme on dit, un échanson du roi.

Au milieu de tout cela, néanmoins, la grâce qui était en lui ressort d’une manière bien belle. Les fardeaux sous lesquels gémissent ses frères sont efficaces pour le détacher du palais persan, comme autrefois ils avaient agi sur Moïse pour lui faire quitter le palais égyptien. Aucun miracle ne distingue ces temps des captifs de retour, mais nous trouvons parmi eux bien des témoignages d’une belle énergie morale.

Esdras avait été scribe aussi bien que sacrificateur. Il étudiait la Parole de Dieu dans l’esprit d’adoration et avec une profondeur de méditation remarquable ; car c’est dans cette Parole qu’il trouva la source et le guide de son active énergie. Il n’en était point ainsi de Néhémie. Néhémie était un homme pratique, un homme au milieu des affaires de la vie de chaque jour, dans les circonstances et les relations dont se compose l’histoire des hommes. Mais, comme Esdras, il avait un cœur diligent et zélé, et il saisit ce qu’il avait entendu, comme Esdras avait saisi ce qu’il avait lu, et il en fit usage en la présence de Dieu.

Il avait entendu parler des désolations de Jérusalem, et il pleure sur elles devant Dieu ; de même qu’Esdras avait vu les péchés de Jérusalem, et avait pleuré sur eux devant le Seigneur. Mais, pouvons-nous demander ici, comment se fait-il que ces désolations n’aient pas ému Esdras ? Il se trouvait tout ce temps-là à Jérusalem, tandis que Néhémie se trouvait dans le palais du roi des Perses et ne pouvait en rien apprendre que par des rapports occasionnels. Serait-ce que l’énergie avait décliné en Esdras, et que maintenant il avait lui-même besoin d’être réveillé, quoiqu’il eût été quelques années auparavant un instrument de réveil pour d’autres ? De pareilles choses se voient, et se sont vues. Pierre dirigeait ses frères en Actes 1, 15, mais il eut besoin en Galates 2 d’être tiré, repris, et dirigé. Un frère plus jeune, Paul, ranime Pierre, son frère aîné, qui avait servi le Seigneur des années, pendant que lui Le blasphémait. Et il semblerait qu’ici, un serviteur plus jeune, Néhémie, un laïque aussi, a à réveiller le vénérable scribe qui l’avait précédé des années et des années à Jérusalem pour y servir Dieu.

Mais si tel ne fut point le cas, nous pouvons apprendre de ce fait que le Seigneur a une affaire pour un serviteur, une autre pour un autre ; un certain but dans ce réveil-ci, et un autre dans celui-là. Zorobabel avait eu en vue le temple, Esdras la réforme de la religion ; et maintenant Néhémie est suscité pour s’occuper des murailles de la ville, et du règlement des choses, sous le rapport civil, dans Jérusalem. Il se peut qu’il en ait été ainsi, car, je le répète, de telles choses se voient et se sont vues. Il y a eu jadis le service des Guershonites, celui des Merarites, et celui des Kehathites ; et certainement il en a été de même, dans une série de réveils, siècle après siècle, dans le cours de la chrétienté depuis la Réformation, qui a été une espèce de retour de Babylone.

Je n’ai garde de dire laquelle de ces explications convient à Esdras restant en apparence immobile, quoique les murailles ruinées de la ville fussent jour après jour devant ses yeux depuis des années. Il n’en occupe pas moins une place extrêmement honorable, ainsi que Néhémie, dans les annales du peuple de Dieu.

Néhémie était un homme fort simple, doué de très vives affections. Son livre nous fournit, je puis dire, le seul morceau d’autobiographie que nous trouvions dans l’Écriture. Il nous présente ce cher homme de Dieu écrivant sa propre histoire dans cette simplicité de manière qui convient à quelqu’un qui dit la vérité. Il nous apprend comment, à mesure qu’il poursuivait son œuvre, il se tournait souvent vers Dieu dans l’esprit d’une confiance enfantine ; et toute sa manière d’agir me rappelle un mot que j’ai lu, je crois, dans un ancien auteur, « que Christ soit le second dans toutes vos pensées » : c’est-à-dire qu’au milieu de toutes vos occupations, votre âme se tourne vite vers le Seigneur, et soit habituellement devant Lui, non pas cependant par un effort ou par l’effet de la vigilance, mais par un exercice de l’âme facile, heureux et naturel.

Mais en même temps que son esprit était ainsi en activité à l’égard de Dieu, le cœur de Néhémie était ardent pour ses frères. Dans l’affection profonde qui le remplissait, et avec cette éloquence qui sort du cœur, il appelle Jérusalem « la ville des sépulcres de ses pères ». Tout cela nous révèle une personne des plus aimables. Nous l’aimons, et nous ne sommes pas jaloux de ses vertus, ni ne lui portons envie pour sa supériorité ; nous le suivons avec une admiration affectueuse.

L’exercice d’esprit par lequel il passa avant qu’il eût obtenu de son royal maître la permission de visiter Jérusalem, est d’une grande beauté. Depuis le mois de Kislev jusqu’au mois de Nisan, c’est-à-dire, depuis le troisième jusqu’au septième mois, il mena deuil devant Dieu au sujet de la ville. À la fin, il vient devant le roi, et la permission lui est accordée, et un temps lui est fixé pour effectuer son voyage, et faire la visite tant désirée — des capitaines et des gens de cheval lui sont également donnés pour le conduire et le garder dans sa route. En tout cela, il avait été bien seul : d’ordinaire, les réveils commencent par quelque individu isolé. Et quand il atteint Jérusalem, il est encore seul, d’abord. Quand la nuit est venue, il fait l’inspection des murailles de la ville, prenant connaissance lui-même de la nature de l’œuvre qu’il a désormais devant lui. Il éprouve ce qu’il va publier. Parfaitement — c’est ainsi qu’en agissent les serviteurs conduits par l’Esprit. « Nous parlons de ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ». Il n’est pas non plus un patron, mais un compagnon de service, un compagnon d’œuvre, comme Paul, ou comme le divin Maître de Paul, qui, bien que le Maître de la moisson, servît aussi dans le champ de la moisson.

Et c’est toujours d’après ces modèles que l’Esprit prépare les serviteurs de Christ. Ils font l’expérience de ce qu’ils enseignent et ils travaillent sur le principe du service et non sur celui du patronage. Ils ne sont pas dominateurs sur l’héritage, mais ils sont les modèles du troupeau ; ils ne prétendent pas dominer sur la foi, mais ils sont des aides pour la joie des brebis.

Ensuite, lorsque nous arrivons au chapitre 3, et que nous considérons ceux qui travaillent avec Néhémie, nous trouvons bien des choses propres à nous instruire, bien des choses qui nous parlent de notre temps et de nos propres circonstances.

Ils sont tous un peuple d’ouvriers qui travaillent de concert — les principaux et le commun peuple. Le service de la cité de Dieu avait nivelé tous les rangs. Les riches sont abaissés, les pauvres sont élevés, magnifique spectacle en son jour et en son lieu. Puis, il y en a qui sont distingués parmi les autres : Baruc, le fils de Zabbaï, travaille « avec courage » (v. 20) ; les « filles » de Shallum travaillent avec leur père (v. 12) ; quelques-uns des sacrificateurs « sanctifièrent » leur œuvre par la part qu’ils prirent au travail des murailles de la ville, tandis que d’autres travaillèrent à la façon ordinaire (v. 22, 28) ; et, chose pénible à ajouter, les principaux des Thekohites ne travaillèrent pas tous (v. 5).

Il y a eu toujours de ces différences-là parmi les saints, et il y en a abondamment aujourd’hui. Elles se montrent dans la construction du tabernacle au désert, dans les batailles livrées en Canaan, parmi les compagnons de David aux jours de son exil, comme nous les apercevons ici dans la construction de la muraille de Jérusalem, et plus tard parmi les compagnons d’œuvre de saint Paul. Et certainement, il se trouve aujourd’hui des femmes qui, à l’exemple des filles de Shallum ou de la femme d’Aquilas, font un bon travail dans l’évangile et dans le service de Jérusalem. Mais souvenons-nous, car il est profitable de le faire, que chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail (1 Cor. 3), quoiqu’il ne faille pas non plus oublier que le Seigneur pèse la qualité aussi bien que la quantité de ce qui est fait pour Lui (Matt. 20, 1-16).

Nous pouvons donc sûrement retirer de l’instruction des détails de cette intéressante histoire. Nous voyons au chapitre 4 que ceux qui bâtissent sont devenus des combattants aussi bien que des constructeurs. Ils poursuivent leur œuvre à la face des ennemis, et en dépit de leurs « moqueries cruelles » ainsi que s’exprime le chapitre 11 de l’épître aux Hébreux. Dans cet usage combiné de l’épée et de la truelle, nous voyons les symboles de notre propre vocation. Il est des choses auxquelles nous devons résister ; il en est d’autres qu’il nous faut cultiver. Nous devons nourrir et faire avancer, comme des constructeurs, ce qui est de l’Esprit en nous ; nous devons combattre et mortifier ce qui est de la chair. Nous sommes des constructeurs et des combattants.

Quant aux ennemis, ce sont les mêmes Samaritains que la première fois. Du temps de Zorobabel, leur race était représentée par Rehum et Shimshaï, ou Thathnaï et Shethar-Boznaï ; à l’époque de Néhémie, elle l’est par Sanballat et Tobija. Ce n’étaient pas des païens, mais une semence de corruption qui, aux yeux de la chair et du sang, pouvait ressembler à la circoncision : et en même temps, ils semblent être corrompus davantage, car les Édomites, les Arabes, les Philistins et les Ammonites paraissent s’être joints à eux ou être devenus un avec eux.

Et, chose encore plus sérieuse et qui est pour nous un avertissement bien plus personnel, plus immédiat, une compagnie de Juifs demeurait parmi ces Samaritains ; et ils étaient dans les secrets des Samaritains (v. 12) — triste symptôme ! C’étaient des habitants de la frontière. Ils peuvent nous rappeler Lot à Sodome, Abdias à la cour d’Achab. Sûrement, ils n’étaient pas Samaritains ; — c’étaient des Juifs, et ils éprouvaient quelque amour et quelque sollicitude pour leurs frères qui servaient, travaillaient à Jérusalem. Mais ils habitaient près des Samaritains, et étaient dans leurs secrets. Je le répète, triste, mauvais symptôme moral ! C’étaient, je présume, quelques rameaux du vieux tronc, laissés en arrière dans le pays au jour où Juda avait été fait captif. Jamais ils n’avaient participé aux vertus vivifiantes des jours de Zorobabel, d’Esdras, et de Néhémie ; leur senteur était en eux — ils n’avaient pas été vidés de vaisseau en vaisseau, comme Jérémie dit de Moab (Jér. 48).

Différent, bien différent d’hommes semblables, était le trompette que Néhémie avait établi tout près de sa personne, car si ces Juifs-là étaient dans le secret des Samaritains, ce trompette était dans le secret de Dieu.

C’est ce que représentent toujours ceux qui tiennent des trompettes et qui en sonnent, soit qu’ils nous apparaissent comme des sacrificateurs faisant leur service occasionnel et varié en Nombres 10, ou s’acquittant de leur service annuel le premier jour du septième mois, comme en Lévitique 23 ; soit que nous les voyions comme des serviteurs auxquels des dons ont été accordés dans l’Assemblée de Dieu, enseignant et exhortant selon 1 Corinthiens 12, 8, 9.

Quel sujet d’humiliation n’y a-t-il pas pour plusieurs d’entre nous à signaler ces beautés dans les serviteurs de Dieu, dans les Néhémie, et dans les trompettes sur les murailles de la ville !

Néhémie 5-6

Il se trouve en Néhémie un mélange, une combinaison de qualités qui ressortent d’une manière bien frappante. Le chapitre 6 nous le présente dans ses vertus privées, comme dans les chapitres qui précèdent nous l’avons vu dans l’énergie de son service public. Il fait l’abandon de ses droits personnels comme gouverneur, pour être simplement et pleinement serviteur de Dieu et de son peuple ; et sa conduite en cela peut rappeler celle de saint Paul en 1 Corinthiens 9, car là l’apôtre ne veut pas agir d’après ses droits et ses privilèges comme apôtre, absolument de la même manière que Néhémie en agit ici comme Thirshatha, ou gouverneur de Judée, sous le roi des Perses. Tout ceci est fort beau ; et comme nous pouvons y voir les mêmes opérations de l’Esprit de Dieu dans les élus, lors même qu’ils soient séparés par un laps de temps aussi long que l’est Néhémie de Paul !

Cependant ce chapitre nous fournit un avertissement aussi bien qu’un exemple.

Les Juifs, qui maintenant se trouvaient depuis longtemps à Jérusalem, s’opprimaient les uns les autres. Néhémie leur dit que ceux de leurs frères qui étaient encore loin parmi les Gentils, en agissaient beaucoup mieux. Ils se rachetaient les uns les autres, tandis qu’ici, au cœur même du pays, dans leur propre pays, ils se vendaient entre eux.

Quelle chose solennelle ! Puissions-nous y être attentifs et en recueillir un avertissement. Elle nous révèle que ceux qui avaient pris une position vraie, se comportaient plus mal que ceux qui restaient encore dans une position fausse. Les Juifs de Jérusalem étaient dans une condition ecclésiastique meilleure, tandis que leurs frères, encore à Babylone, étaient dans une condition morale plus pure.

N’est-ce pas là un avertissement ? C’est une démonstration de plus de ce que nous voyons souvent nous-mêmes ; mais c’est pour nous un avertissement solennel et bien humiliant.

Non pas que, quittant Jérusalem, nous devions retourner à Babylone ; mais il nous faut bien savoir que le simple fait que nous occupons une position vraie, ne constitue point une sécurité. La satisfaction que nous fait éprouver la justesse de notre condition ecclésiastique, peut nous être un piège et nous faire tomber dans le relâchement moral. C’est là une séduction très naturelle. « C’est ici le temple de l’Éternel » peut être le langage d’un peuple, la veille même du jugement de Dieu. On peut payer les dîmes de la menthe, de l’aneth et du cumin, et néanmoins laisser de côté les choses plus importantes du jugement, de la miséricorde, et de la fidélité.

Mais ce chapitre nous présente une autre de ces combinaisons de vertus qui brillent dans le caractère de Néhémie, et nous autorisent à dire que, tout en étant un homme d’une simplicité extrêmement belle, il était aussi d’une indépendance décidée. Sa simplicité était telle que, comme un enfant, il se tourne vers Dieu, tout en faisant son service auprès d’un autre ; et avec cela, il y avait en lui cette indépendance, ce caractère absolu, qui le mena toujours à prendre l’initiative par lui-même, dans la crainte et en la présence de Dieu.

Il nous dit ici, par exemple, qu’ayant entendu parler de cette oppression des frères par les frères, il se consulta en lui-même avant d’agir (v. 7). Et toute sa conduite antérieure nous révèle la même indépendance. Il était l’affranchi du Seigneur, et non l’esclave de l’homme ; simple dans la présence de Dieu, indépendant en présence de ses semblables.

Tel est le précieux mélange de qualités qui font ressortir d’une manière si remarquable le caractère de cet honoré cher homme de Dieu.

Au chapitre 6, nous le voyons de nouveau dans le combat, mais c’est un combat personnel où il est seul engagé. Ce n’est point comme dans le chapitre 4, où il commandait les autres, réglait leur position, leur mettait l’épée dans une main et la truelle dans l’autre ; ici il combat lui-même, et tout seul, face à face avec les ruses de ses ennemis. Il se trouve exposé à des tentations différentes dans le cours de ce chapitre ; et en général, nous le trouvons homme droit de cœur, dont le corps par conséquent est « tout éclairé ». Il découvre l’ennemi et reste sain et sauf. Mais outre cela, il y a certaines garanties spéciales qu’il sera très profitable de considérer un moment.

1° Il met en avant l’importance de l’ouvrage dont il était occupé (v. 3) ;

2° Il allègue la dignité de sa propre personne (v. 11). Ce sont là de beaux et précieux arguments à employer par tout saint de Dieu vis-à-vis du tentateur. Je crois voir le Seigneur en faire usage Lui-même, et nous enseigner à nous en servir aussi.

En Marc 3, Sa mère et Ses frères viennent à Lui, et semblent avoir le dessein de Le retirer de Son œuvre pour se L’attacher à eux-mêmes ; précisément de la même manière que, dans notre chapitre, les ennemis de Néhémie cherchent à en agir avec lui. Mais le Seigneur, en face de cet assaut ou en réponse aux réclamations que la chair et le sang élevaient sur Lui, met en avant l’importance de ce dont Il était alors occupé. Il enseignait Ses disciples et la multitude, versant en eux la lumière, la Parole, et la vérité de Dieu ; et Il nous montre par là d’une manière bien solennelle combien le fruit d’une œuvre semblable dépassait de beaucoup la valeur de toutes les relations qu’on pouvait avoir avec Lui selon la chair, et combien les droits de la Parole de Dieu, au ministère de laquelle Il se livrait en ce moment, étaient de beaucoup plus importants que ceux de la nature.

C’est d’une manière analogue qu’Il apprendra à Ses serviteurs à estimer la dignité de leur œuvre. Il leur prescrit, pendant qu’ils y sont occupés, de « ne saluer personne en chemin » et de ne pas s’arrêter pour prendre congé de ceux qui sont dans la maison (Luc 9 ; 10).

Autre cas. En Luc 13, les pharisiens essaient de L’amener à avoir peur de l’homme, comme Shemahia cherche à faire avec Néhémie dans ce même chapitre (v. 10). Mais le Seigneur se montre aussitôt dans le sentiment de Sa dignité, de la dignité de Sa personne, et apprend aux pharisiens qu’Il disposait de Lui-même, qu’Il marcherait aussi longtemps qu’Il le trouvait bon, et finirait Sa course quand Il lui plairait ; que les desseins d’Hérode étaient vains, sauf qu’Il leur permît d’aboutir. Ainsi, en Jean 11, quand Ses disciples voulaient Le détourner d’aller en Judée où, si peu de temps auparavant, Sa vie avait été en danger, Il s’élève de nouveau de la même manière au sentiment de Celui qu’Il était, à la conscience de la dignité de Sa personne, et leur répond comme du haut de cette élévation (voyez les versets 9-11).

Le Saint Esprit aussi, par le moyen de l’apôtre, cherche en 1 Corinthiens 6, à inspirer aux saints du courage et de la force par un semblable sentiment de la position élevée et des honneurs qui leur appartenaient. « Ne savez-vous pas », dit Paul aux Corinthiens, « que nous jugerons les anges » ; et encore, « vous n’êtes pas à vous-mêmes ; vous avez été achetée à prix ». « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit ».

Tout cela est plein de beauté. Voilà certes des armes de guerre, des armes d’un métal divin, d’un céleste métal. Gagner des victoires avec de telles armes, c’est certes la bataille chrétienne — où l’âme peut faire face et résister aux tentations, en se prévalant du sentiment de l’importance de l’œuvre à laquelle Dieu nous a placés, et de la dignité de la personne que Dieu nous a faite. Oh ! si seulement nous savions manier ces armes et nous en servir, aussi bien que nous les admirons suspendues devant nous dans l’armure de Dieu ! Rien de plus facile cependant que de reconnaître et de prouver la parfaite appropriation d’un instrument à l’œuvre à laquelle il est destiné, et de se montrer en même temps faible et maladroit à s’en servir et à faire l’œuvre à laquelle il s’applique.[2]

Néhémie 7

Nous lisons ici : « Or la ville était spacieuse et grande, mais il y avait peu de peuple, et ses maisons n’étaient point bâties ». Aussi, après avoir construit la muraille, Néhémie entreprend-il de peupler la ville : car que serait une muraille, si elle ne servait pas de défense à une population fixée dans son enceinte ?

Dès l’ouverture du chapitre 7, nous le trouvons donc occupé de ce dessein dans son cœur, et en conséquence il s’informe au sujet des captifs revenus de Babylone, et en lit les listes et les dénombrements selon qu’ils avaient été dressés du temps de Zorobabel, pour qu’ils lui servent de guide dans le but qu’il poursuit maintenant.

Néhémie 8-10

Cependant, avant de se mettre à l’œuvre, et d’entreprendre de peupler la ville, il se détourne un peu afin de considérer le peuple lui-même ; ce qui donne lieu à l’action exercée par lui, et décrite dans les chapitres 8-10, et qu’on peut appeler une action incidente, comme en parenthèse — car il reprend au chapitre 11 le dessein qu’il avait conçu au chapitre 7, celui de peupler sa ville.

C’est ce qui donne un caractère et un intérêt tout particuliers à ces trois chapitres où nous voyons le peuple comme passé à une revue morale d’un genre très remarquable. Néhémie envisage sous le rapport personnel les captifs revenus au pays, il regarde à leurs âmes, à leur état moral, et voudrait de tout son cœur les ranimer et les sanctifier, avant de les établir en leur lieu.

Il commence cette œuvre le premier jour du septième mois, jour distingué dans le calendrier israélite, la fête des trompettes, jour de réveil après une longue interruption où tout était stérile ou mort dans le pays. Celle action commencée ainsi, se continue en phases successives jusqu’à la fin du chapitre 10, et donne, comme je l’ai déjà fait remarquer, aux chapitres 8-10 une place distincte dans le livre de Néhémie, et le caractère d’une parenthèse. Nous devons donc en faire le sujet d’une étude un peu particulière.

Ce jour distingué entre les autres, le premier jour du septième mois, demandait conformément à l’ordonnance qui l’avait institué, qu’il y eût une sainte convocation et qu’on sonnât des trompettes — car, comme je l’ai déjà dit, il était le symbole d’un réveil après une longue saison de mort et de stérilité (voir Lév. 23, 22-25). Cette ordonnance fut observée ici en Néhémie 8. Il y eut une convocation du peuple. Mais il y eut quelque chose d’ajouté. Le livre de la loi fut lu et expliqué au peuple. Et, en l’entendant, le peuple pleura — chose tout à fait convenable, car c’est l’effet de l’application de la loi à un pécheur, de le convaincre de péché et de le faire s’écrier : « Misérable homme que je suis ! ». Mais en cette occasion, ceux qui enseignaient le peuple arrêtent aussitôt ses larmes, parce que ce jour était « saint à l’Éternel ». C’était un temps de joie, comme le son des trompettes et la nouvelle lune qui recommençait alors de marcher à la lumière du soleil, étaient destinés à le signifier. En conséquence, ils furent exhortés à faire de la joie de l’Éternel leur force, à se réjouir, et à envoyer des présents aux autres.

Tout cela était en parfaite harmonie avec ce jour-là, selon les ordonnances qui s’y rapportaient. La chose qu’on y ajouta, ou qui n’était pas prescrite par Lévitique 23, c’est-à-dire, la lecture de la loi, servit, au moyen de tout cela, à donner un ton plus riche, plus complet, au jour lui-même dans son caractère propre, son caractère prescrit. La chose ajoutée ne se trouvait nullement en opposition avec la chose ordonnée — ce qui se faisait volontairement n’était point une violation de ce qui était prescrit.

Et ici je voudrais dire que c’est là précisément ce que nous pouvions attendre à une époque de réveil. En un temps semblable, la Parole de Dieu doit être entièrement honorée : elle doit être le drapeau. Mais il y aura aussi, j’oserais presque dire nécessairement, telles choses nouvelles ou ajoutées, selon que le caractère du temps, sous l’action de l’Esprit de Dieu, pourra les suggérer ; mais quelles qu’elles soient, ces choses nouvelles ne contrediront en rien la Parole de Dieu. Or, telle est la scène que nous avons ici.

Mais la Parole de Dieu ayant été ouverte, est gardée ouverte. C’était un jour, comme nous pouvons nous exprimer, de « Bible ouverte ». Précieuse grâce ! Et après les avoir instruits à l’égard des droits du premier jour du septième mois, ce livre ouvert leur donne maintenant une instruction de plus en leur parlant de huit jours de ce même mois, ou de la « fête des Tabernacles ». Et le peuple qui se trouvait déjà dans l’esprit d’auditeurs obéissants de la Parole de Dieu, y est maintenu encore : il reçoit l’instruction touchant cette fête de huit jours, et il l’observe, et cela d’une manière qu’on n’avait pas vue depuis des siècles.

Que tout cela aussi est beau. Mais nous avons à signaler une nouvelle addition.

Au chapitre 9, nous voyons l’assemblée des enfants d’Israël dans l’humiliation, vaquant à un service solennel de jeûne et de confession de leurs péchés, et ensuite, au chapitre 10, contractant une alliance avec Dieu, avec serment de Lui obéir et de garder Ses ordonnances. Or, rien de tout cela n’avait été prescrit, et nous n’en trouvons aucune mention dans la loi de Moïse ; le chapitre 23 du Lévitique n’exigeait pas que rien de semblable accompagnât ou suivît la fête des Tabernacles.

Ici, cependant, nous avons de nouveau quelque chose à remarquer. Cette solennité n’eut pas lieu avant le vingt-quatrième jour de ce mois ; et alors le temps de la fête des tabernacles était fini — car il finissait le vingt-troisième. Cela aussi, je le répète, était fort beau. L’assemblée ne voulait point, par son acte d’humiliation et de confession, gâter la fête ou la détourner de son but. Cette fête était l’époque la plus joyeuse de l’année juive ; c’était la fête de la récolte, « le festin de la moisson » comme on dit parmi nous. Elle préfigurait les jours de gloire, le temps du royaume. Bientôt, tout ce qu’elle signifiait, tout ce qu’elle renfermait de promesse sera pleinement et richement accompli et réalisé ; et le vingt-troisième jour, le dernier jour, le grand jour de la fête, passera avant que le langage de l’humiliation et la voix de la repentance et de la douleur se fassent entendre. Mais à l’époque de Néhémie, l’ordonnance de Dieu admettant cela, le peuple pouvait tenir, comme nous disons encore, « une réunion de prières ».

C’était pareillement un service volontaire ou additionnel, comme j’ai dit plus haut, que l’Écriture n’avait pas établi, mais qui était suggéré, sous la direction du Saint Esprit, par le temps et les circonstances qui signalaient le présent réveil. Certes, la confession était bien le langage convenable d’un peuple qui représentait, à ce moment-là, une nation depuis longtemps en révolte, désobéissante, et criminelle.

« Cesser de mal faire » doit cependant être suivi « d’apprendre à bien faire ». C’est fort bien, quand nous avons fait le mal, de commencer par la confession de nos fautes avant de nous mettre à faire le bien. Mais la pratique de ce qui est juste est la suite convenable que doit avoir la confession du mal. Et c’est toute cette exquise harmonie morale que nous apercevons ici, en passant du neuvième chapitre au dixième.

Les principaux, et tout le peuple ensemble, se réunissent comme des frères, séparés des peuples du pays (voy. 10, 28) et contractent une alliance pour observer les lois de Dieu. On aime à voir ici, comme aussi lorsqu’ils bâtissaient la muraille au chapitre 3, comme le rang et la position se perdaient dans la fraternité commune. « Que le riche se réjouisse dans sa bassesse, et le pauvre dans son élévation, car la figure de ce monde passe ». Dans l’alliance qu’ils font et dans ce qu’ils cherchent à accomplir, se trouve encore quelque chose de nouveau et qui n’était point prescrit. Ils s’engagent à observer tous les commandements de l’Éternel, Ses statuts, et Ses ordonnances ; à ne pas profaner le sabbat ; à racheter leurs premiers-nés ; à apporter les prémices de leurs fruits et de leurs bêtes, ainsi que les dîmes de leurs récoltes ; et tout cela est conforme à la Parole de Dieu. Mais ils font aussi des ordonnances à l’égard d’eux-mêmes, et s’obligent à payer chaque année la troisième partie d’un sicle pour le service de la maison de Dieu ; et ils jettent le sort pour apporter le bois pour l’autel de Dieu d’année en année dans les temps déterminés.

Tout cela est encore en une délicieuse et admirable harmonie avec tout l’ensemble de leurs actions, en ce temps d’heureux réveil. La Parole de Dieu est constamment et partout honorée dans tout ce qu’elle requiert ; mais ils ajoutent à leurs services et à leurs actes diverses choses selon que l’énergie pleine de fraîcheur et la grâce d’un temps de réveil le leur suggéraient, et que l’Esprit le sanctionnait.

Ici se termine cette action comme en parenthèse, ainsi que je l’ai appelée, du pieux Néhémie. Elle est pleine de beauté du commencement à la fin. Les Israélites sont conduits par des voies de bonté et de grâce. Ils sont exercés par l’Esprit selon la vérité. Ils sont convaincus de péché et ensuite relevés. Puis ils reçoivent un enseignement à l’égard des jours de joie et de gloire qui viennent : et instruits de la sorte et relativement à leur riche portion dans la grâce de Dieu, ils peuvent tourner leurs regards sur eux-mêmes, non comme dans la crainte et un esprit de servitude, mais avec les sentiments qui conviennent à un cœur brisé, et avec le dessein de servir Dieu dans l’avenir. Tout cela est bien propre à rappeler à l’esprit cette parole ou cette expérience fournie par le Saint Esprit à Israël repentant dans les derniers jours : « Certes, après que j’aurai été converti je me repentirai ; et après que je me serai reconnu, je frapperai sur ma cuisse. J’ai été confus et honteux, parce que j’ai porté l’opprobre de ma jeunesse » (Jér. 31).

Néhémie 11-13

Ces chapitres nous montrent le peuple encore zélé et obéissant. Le jour du réveil continue. La fraîcheur de son matin ne s’est point flétrie, quoique nous atteignions ici une heure plus avancée du jour.

Le chapitre 11 s’ouvre par une marque bien affligeante de la dégradation de Jérusalem. Elle est témoin contre elle-même qu’elle n’est point comme le Seigneur veut l’avoir dans les jours glorieux qui approchent. Elle n’est point « désirée » ; elle est bien plutôt « délaissée ». Les peuples n’accourent pas par troupe vers elle ; elle ne peut point regarder autour d’elle, comme elle fera au temps du royaume, et s’étonner de la multitude de ses enfants. Ce n’est point encore un sujet de gloire pour les autres, d’être nés en elle ; et ils ne reconnaissent pas non plus que c’est en elle que sont toutes leurs sources. Elle ne peut pas dire encore que le lieu est trop étroit pour elle, pour la multitude de ceux qui la remplissent. Certainement, ce n’est point là sa condition dans ce chapitre-ci. Elle est redevable à quiconque voudra condescendre à habiter dans ses murs.

Quel témoignage de dégradation ! Quelle preuve certes que la restauration n’était point la gloire ! Jérusalem est encore foulée ; les temps des Gentils ne sont point accomplis encore, sûrement la fille de Sion ne s’est pas levée, n’est pas sortie de la poussière, et ne s’est pas revêtue de sa force et de ses vêtements magnifiques[3].

Il faut cependant qu’elle soit habitée ; il faut qu’elle ait au-dedans d’elle ses citoyens. Le pays doit avoir des habitants, car le Messie doit marcher bientôt parmi eux ; la ville doit être peuplée, car bientôt son roi va lui être présenté. C’est pour cela qu’a lieu le retour de Babylone, et c’est pour cela que se peuple Jérusalem.

Et de plus, comme nous le voyons au chapitre 12, elle a sa muraille ; et il est juste qu’on en fasse la dédicace. Souvent, en des occasions semblables, on a célébré des fêtes publiques : on l’a fait lorsqu’on ramena l’arche aux jours de David ; à la dédicace du temple sous Salomon ; lorsqu’on posa les fondements de la seconde maison au temps de Zorobabel ; et aussi lorsque cette seconde maison fut terminée. Et maintenant, à cette époque-ci, aux jours de Néhémie, le peuple se réjouit encore à la dédicace de la muraille, qui désormais était terminée et renfermait la ville dans son enceinte.

Mais pendant que ces choses se passent ainsi, et qu’elles conviennent parfaitement, je n’en demande pas moins : « Qu’est-ce que cette muraille ? ». Qu’est-elle sinon un témoignage de plus de la dégradation de Jérusalem ? Dans ses jours à venir de force et de beauté, où elle sera la ville du royaume, la métropole du monde, le sanctuaire et le palais du divin grand Roi d’Israël et de la terre, le « salut » sera sa muraille. Dieu établira alors le soleil pour ses murs et pour ses remparts. Le Seigneur Lui-même se tiendra tout autour d’elle comme des montagnes : ses murailles seront appelées « Salut », et ses portes « Louange ». La voix de l’Esprit avait prononcé par la bouche de Zacharie cette belle et précieuse prophétie dont l’écho avait à peine expiré en ce moment-là : « Jérusalem sera habitée sans murailles à cause de la multitude d’hommes et de bêtes qui seront au milieu d’elle. Mais je lui serai, dit l’Éternel, une muraille de feu tout autour, et je serai pour gloire au milieu d’elle » (Zach. 2, 4, 5).

Quelle différence infinie ! Jérusalem sous les yeux de Néhémie portant les marques de sa honte ; Jérusalem telle que les prophètes en parlent, monument de la destinée la plus glorieuse et la plus excellente en la terre ! Quels sentiments tout cela n’a-t-il pas dû faire éprouver à un pareil homme ! Et cependant, il continue son service avec zèle, d’un cœur intrépide, et avec patience : expression d’une grande dignité morale, précieux esprit de dévouement ! Il travaille, et travaille noblement, quoique entouré d’inimitiés au-dehors, et de la dégradation domestique au-dedans ! C’est un serviteur de Christ animé d’un tel esprit que nous apparaît saint Paul en 2 Timothée ; et tel Néhémie nous apparaît dans son livre.

C’est là ce que nous devons être nous-mêmes. La chrétienté que nous voyons autour de nous est aussi éloignée de l’Église dont les épîtres nous parlent, que la Jérusalem que contemplait Néhémie était différente de la Jérusalem décrite dans les prophètes. Mais il servait au milieu d’elle — et ainsi devrions-nous faire à la face et dans le cœur de la chrétienté ; car l’esprit de service se préoccupe non pas de la scène du service, mais de la volonté du maître.

Tout cela, cependant, fait ressortir le caractère du moment. Israël est restauré, son pays peuplé, sa ville de nouveau habitée, mais ce n’est point là le royaume. Les enfants d’Israël doivent être encore éprouvés et purifiés ; le jour de grâce, de salut, et de gloire, le jour promis du royaume, est encore éloigné. Mais il faut que la foi soit exercée, et que l’obéissance apprenne et mette en pratique ses leçons.

En conséquence, dès l’entrée du chapitre 13, nous trouvons le livre de Dieu encore ouvert parmi le peuple. Car certainement, un temps de réveil est un temps de « Bible ouverte », comme nous disons. Mais c’est une leçon nouvelle qu’ils ont maintenant à apprendre. Ils croissent dans la connaissance, dans l’intelligence des principes divins. C’est à une tout autre page du Livre qu’ils sont arrivés maintenant. Jusqu’ici l’Écriture avait pour eux sa « consolation » — maintenant elle doit avoir sa « patience ». Jusqu’ici elle leur avait « joué de la flûte », maintenant elle doit leur « chanter des airs lugubres ». La joie de la fête des Trompettes, et la joie plus riche encore de la fête des Tabernacles, leur avaient été révélées et ils avaient répondu avec obéissance. Ils avaient « dansé » à ce son de la flûte. Mais maintenant, ils avaient à être exercés par le Livre d’une manière pénible. On lut « que les Ammonites et les Moabites ne devaient point entrer à jamais dans l’assemblée de Dieu ».

Cela était terrible. Jusqu’ici, tout s’était fait éminemment dans un esprit de communion. Ils s’étaient réunis ensemble non seulement dans leur joie comme en leurs jours de fête, mais dans leur acte de confession. « Les étrangers » avaient été éloignés, mais il ne semble pas que « le peuple ramassé » eût été recherché et découvert. Mais maintenant, à l’ordre de la parole trouvée en Deutéronome 23, il faut que ce sévère retranchement soit accompli ; comme à l’ordre de Lévitique 23, on avait déjà célébré les jours de joie de la fête des Tabernacles.

Mais c’était ce qu’il y avait de plus propre pour mettre à l’épreuve l’esprit d’obéissance dans ce bon jour de réveil. Et l’assemblée soutient cette épreuve et répond de la manière la plus heureuse à la demande de la Parole de Dieu. Voici en effet ce que nous lisons : « C’est pourquoi il arriva que dès qu’on eût entendu la loi, on sépara d’Israël tout mélange ». Voilà l’obéissance : faire ce que prescrit l’Écriture, mettre en pratique les leçons de la Parole quels que soient le service ou le devoir qu’elles enseignent, à quelque sacrifice qu’elles puissent appeler. L’iniquité cependant se trouve maintenant exister dans les positions élevées plus haut, semblerait-il, que le peuple ne pouvait arriver ; mais il faut qu’elle soit atteinte même là, car un temps de réveil et d’énergie nouvelle de la part de Dieu doit être un temps d’obéissance. Tout ce temps-là, un Ammonite avait été dans la maison de l’Éternel. C’était trop fort. Il n’était pas simplement, comme le mélange, dans la congrégation, mais dans la maison ; et cela, encore, par les menées du grand sacrificateur lui-même.

Néhémie était absent précisément alors de Jérusalem. Mais dès son retour, il agit à l’égard de cette abomination trouvée ainsi en haut, comme le peuple avait déjà agi lui-même selon sa mesure à l’égard du mélange. Car Deutéronome 23 sera écouté, quoiqu’il faille reprendre le fonctionnaire le plus élevé de l’Église. Éliashib n’est personne pour Néhémie lorsque Moïse parle — car l’un a l’autorité de Dieu avec lui, l’autre doit l’avoir sur lui. Avertissement solennel pour la chrétienté, si la chrétienté avait des oreilles pour entendre, cette chrétienté qui a établi son propre Éliashib au-dessus de Moïse, ses propres officiers au-dessus de l’Écriture. Mais tel n’était pas cet homme fidèle. Pour lui, « le siège de Moïse » était souverain. L’Écriture juge tout homme pendant qu’elle ne doit elle-même être jugée de personne. Il n’y a pas grand sacrificateur en Israël, ni prétention d’antiquité et de succession ou de quelque autre espèce que ce soit dans la chrétienté, quelque plausibles et séduisantes qu’elles soient, qui puissent en mettre de côté un iota ou un trait de lettre. Le Livre parlant de la part de Dieu, comme il le fait dans tous les temps, et s’adressant lui-même à toutes les conditions, doit être d’une autorité souveraine. « L’Écriture ne peut point être anéantie » — elle ne doit donc pas être contredite. Dieu l’accomplira ; et nous devons l’observer.

Les pensées des saints de notre époque peuvent bien s’arrêter sur tout ce que nous trouvons dans Néhémie, et sur la congrégation à ce dernier jour de l’Ancien Testament.

Nous avons vu des marques de l’état de dégradation de Jérusalem dans les chapitres 11 et 12 ; nous en trouvons encore dans le chapitre 13. Le sabbat y était profané, et on y contractait encore des alliances avec les filles des incirconcis. C’est là quelque chose de plus qu’un état de dégradation dans les circonstances : c’est de la dégradation morale ; c’est de l’abomination. La restauration effectuée par le retour de la captivité et le repeuplement de la ville ne lui ont pas donné le droit d’être saluée, comme elle le doit être dans les jours prochains du royaume, de ces paroles que l’Esprit a préparées pour les lèvres d’un monde rempli d’étonnement et d’admiration : « l’Éternel te bénisse, ô agréable demeure de la justice, montagne de sainteté ! » (Jér. 31, 23).

Mais malgré tout cela, je le dis encore, nous voyons Néhémie occupé à servir. Spectacle plein de beauté ! Je n’ai pas besoin de dire dans quelle perfection le divin Maître de tous les serviteurs fut au jour de Son service un modèle de cette manière d’agir. Mais il y a en cela une grande dignité morale, en qui que ce soit que nous en trouvions des exemples.

C’est aussi un spectacle bien édifiant, et qu’il nous importe tout particulièrement de considérer, que la congrégation gardant le Livre encore ouvert. Ils n’avaient pas de points préférés dans la loi. Ils font l’effet de gens qui ne voudraient pas qu’il y eût dans le Livre de Dieu « des textes négligés » ni « des pages non tournées ». Il ne s’en perdit pas un seul son pour l’oreille, quoique ce fût à distance qu’on l’ouït. Mais qui de nous, je le demande, est à leur niveau à cet égard ? Combien nous sommes enclins à choisir notre leçon, plutôt que « de vivre de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». N’en est-il pas ainsi ? Je puis aimer la page qui me parle de la fête des Tabernacles dans sa joie, et me réjouir du son des trompettes au jour de la nouvelle lune du septième mois. Mais la page qui me dit que je dois me purifier et me séparer des alliances non autorisées, a d’autres rapports avec moi, et s’adresse à moi en d’autres accents. Je ne choisis pas cette leçon. C’est une page du Livre que je ne suis pas disposé à ouvrir. Je suis tenté de dire avec le gouverneur romain : « Pour le présent va-t-en ; quand je trouverai un moment convenable, je te ferai appeler ». Il se peut que la maison soit trop sociable, que le cœur soit trop à l’aise, pour suivre une discipline telle que des ordonnances semblables à Deutéronome 23, 3.

Certes, certes, nous pouvons bien le dire, toute cette partie de l’Écriture, ces livres des captifs de retour, cet Esdras et ce Néhémie, sont dignes de l’attention profonde et de l’admiration de toutes nos âmes. Comme l’Esprit de Dieu travaillait dans les élus de ces jours-là, comme Il nous instruit dans les nôtres par ce qu’Il nous a fait savoir d’eux !

Et d’ailleurs, comme nous l’avons vu aussi, ces temps de Zorobabel, d’Esdras, et de Néhémie, furent des temps de réveil. Des temps semblables avaient été connus auparavant en Israël, avec Samuel, par exemple, David, Josaphat, Ézéchias et Ésaïe. Et on en a vu maintes fois de pareils dans le cours de la chrétienté. Il est possible aussi qu’un réveil prenne une forme à laquelle nous nous attendions peu, et peut-être sans aucun précédent parfait. C’est le propre de la vie, de revêtir parfois des traits exubérants pour opérer en dehors et au-delà de ses règles et de sa mesure ordinaires. Elle est plus semblable à elle-même lorsqu’elle agit ainsi, car la vie est essentiellement libre, et possède en elle-même une force naturelle. Mais en même temps, nous devons juger par la Parole de Dieu toute expression de la vie. « À la loi et au témoignage ». Si une chose ne supporte pas cette épreuve, ce n’est point la surabondance de la vie, quelque extatique ou exubérante qu’elle puisse être ; et il faut la rejeter avec toutes ses fascinations !

« À celui qui a, il sera donné encore davantage ». L’obéissance à une leçon est la voie certaine et sûre à la découverte d’une autre. « Si quelqu’un veut faire Sa volonté il connaîtra de la doctrine ». On peut être tenté de rester en arrière, de peur que les leçons qu’on a encore à apprendre soient désagréables. « Celui qui s’accroît science, s’accroît tourment ». De là vient qu’il y a en quelques-uns de nous une grande disposition ou tentation à s’arrêter court. Mais c’est là de la désobéissance, aussi bien que l’infraction d’une parole lue et comprise. Fermer le Livre pour la crainte de ce qu’il pourrait nous enseigner, c’est évidemment et certainement de la désobéissance.



  1. Voyez Esdras, Tome 2, page 334.
  2. Qu’on me permette d’ajouter, comme un éloge de ce serviteur de Dieu, une remarque qui m’est suggérée par un autre ; que quoique le livre qui porte son nom ait été écrit par lui-même, et soit une excellente autobiographie, cependant il ne nous apprend rien à son sujet au-delà de ce qui ressort nécessairement de ses rapports avec le peuple de Dieu et le service dont il s’acquittait envers ce peuple. Nous n’apprenons rien de lui quant à sa vie de famille, ou à ses circonstances domestiques, non plus son âge, ni le lieu de sa naissance ; nous pouvons bien dire qu’il ne se connaissait point lui-même selon la chair. C’est, en vérité un exemple vivant de cet état béni dans toute sa sincérité et sa simplicité.
  3. Et quel témoignage rend la chrétienté que la Réformation n’est pas la gloire ?